Du paysage de l'un à l'autre du paysage. Discours du paysage, pouvoir et identité(s) en Colombie au 19ème siècle, From one's landscape to the other in the lanscape. Landscape's discourse, power and identity in 19 th century's Colombia

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Sous la direction de Thomas Gomez
Thèse soutenue le 12 juin 2009: Paris 10
Véritable forme migrante qui circule d'un champ du discours à l'autre, le paysage fut tout au long du 19e siècle intensément mobilisé par les élites colombiennes à des fins de légitimation ou de subversion de certains principes de vision et de division sociales. Notre étude s'articule autour de trois « moments » discursifs qui entretiennent entre eux des rapports dynamiques d'intertextualité. Le premier, que nous avons défini comme celui du paysage impérial, s'inscrit dans la vision renouvelée de l'espace global qui émerge en Europe à la fin du 18e siècle : le paysage est alors pensé par les voyageurs impériaux, et notamment par celui qui réinventa le paysage américain, Alexandre de Humboldt, comme un dispositif panoptique de saisie intégrale de l'espace. L'analyse du second « moment » doit nous permettre de comprendre comment les élites qui s'engagent tout d'abord dans un processus de différenciation identitaire puis dans un processus d'invention de la Nation détournent à leur profit le discours du paysage et ses modes d'autorisation pour créer du commun territorial et opérer une naturalisation des frontières et des hiérarchies sociales héritées de la Colonie. Notre troisième chapitre s'intéresse à la manière dont certaines œuvres littéraires, extérieures au canon légitime, ont pensé et remis en cause le fonctionnement du régime de représentation paysager. Pour ce faire nous analysons quatre œuvres qui constituent autant de point de vue minoritaires sur la Nation en cours d'élaboration : les romans Manuela, de Eugenio Díaz, Dolores de Soledad Acosta et Ingermina de Juan-José Nieto et les poèmes des Cantos populares de mi tierra de Candelario Obeso.
-Paysage
The landscape, a real migrant form that moves about from one speech’s field to another, has been intensely mobilized by the colombian elites throughout the 19th century to legitimate or to undermine some social division or visual principles. Our present study is structured on three discursive « moments » that maintain between them dynamic intertextual relations. The first of them, that we have defined as the imperial landscape, fits into the renewed global space’s vision that rose in Europe at the end of the 18th century: the landscape is imagined by the imperial voyagers, specially by the one who reinvented the american landscape, Alexandre de Humboldt, as a panoptic device to seize the landscape’s wholeness. The analysis of the second « moment » lets us understand how the elites, that first got embarked in an identity differentiation process followed by a one in which the Nation was invented, embezzled the landscape’s discourse and its empowerment fonctions that serve to create the idea of a shared territory and to proceed to the boundaries’ and hierarchies’ naturalization. Our third chapter concerns the way in which a certain litterature, besides the legitimate canon, has thought about and has questionned the functioning of the landscape’s representation. In order to achieve this, we have analysed four books that represent as many minority points of view over the Nation which is under construction : the novels Manuela, by Eugenio Díaz, Dolores by Soledad Acosta and Ingermina by Juan-José Nieto and the poems of the book Cantos populares de mi tierra by Candelario Obeso.
Source: http://www.theses.fr/2009PA100069/document
Publié le : lundi 19 mars 2012
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UNIVERSITÉ PARIS–OUEST–NANTERRE-LA DÉFENSE
École doctorale Lettres, Langues, Spectacles
DU PAYSAGE DE L'UN
À L'AUTRE DU PAYSAGE
Discours du paysage, identité(s) et pouvoir
een Colombie au 19 siècle
Par Philippe COLIN
Thèse de doctorat
sous la direction de Thomas GOMEZ
12REMERCIEMENTS
Mes remerciements vont tout d'abord à mon directeur de thèse, Thomas Gomez,
qui, malgré mes errances et mes doutes, s'est toujours montré convaincu de la pertinence
de mes travaux. Il a su m'accorder une entière liberté dans mes recherches tout en
m'apportant un soutien décisif.
Ma reconnaissance va aussi à Juliana Jimenez, ma chère épouse, présente toutes
ces années. Le présent volume doit beaucoup au soutien inconditionnel, à sa patience si
rassurante pendants les inévitables moments de découragement et, plus prosaïquement, à
son minutieux travail de mise en forme du manuscrit.
Je remercie mon frère Jean-Baptiste et mes amis, Aude Peleket et Jesús Martínez
pour leur regards attentifs, leurs talents de polyglotte et leurs commentaires perspicaces
lors de la dernière relecture du manuscrit.
Je pense aussi à mon ami (et maître) Luis Elias Calderón qui m'a fait découvrir la
poésie costeña et la richesse de la culture populaire colombienne.
Je suis aussi redevable à María Helena Aguilar et Véronique Bellanger qui m'ont
non seulement logé de longues semaines à Bogotá mais m'ont aussi encouragé à
poursuivre mon travail.
Je tiens aussi à remercier mes amis et compagnons de fortune (et d'infortune)
Balkis Aboueleze, Daniel « Bolero » Damasio , Daniel Gutierrez, Andrés Vélez, Camilo
« el pájaro » Uribe et Charles Fonlupt qui, au gré de conversations souvent passionnantes,
m'ont aidé à formuler ma pensée.
Merci enfin aux collègues du département d'espagnol de Paris X pour l'intérêt
qu'ils ont porté à mon travail.
3
4INTRODUCTION
Dans ses « Apuntes de viaje », publiés en 1853 dans le journal El Neo-granadino,
Santiago Pérez, alors jeune secrétaire de la comisión corográfica, une vaste entreprise de
description du territoire organisée par le gouvernement de la Nueva Granada, décrit ce qui
a souvent fait l'objet de la curiosité, parfois scandalisée, des voyageurs européens : la
traversée de la cordillère à dos d'homme ou, plus précisément, sur une chaise fixée sur le
dos d'un « sillero ». Avec un ton badin qui en dit long sur le degré d'acceptation de cette
pratique au sein des cercles lettrés néogrenadins, le voyageur décrit ainsi l'étrange figure
de Janus qu'il forme avec son porteur :
Comenzamos a andar mirando más o menos hacia arriba, según que nuestro porta
persona se doblaba más o menos hacia abajo. Quedamos confundidos de macomun et
in solidum con nuestros cargueros, a cuya buena fe, o más bien, a cuyas buenas
piernas teníamos que consignarnos en cuerpo y alma. Verdad es, por otra parte, que
nostros ni de vista los conocíamos a ellos, y que aun cuando esos sitios no eran de los
que más nos pudieran confortar, nosostros los veíamos por primera vez, y esto al
revés; por cuanto que al fin cada uno era sino la espalda mirona y pensativa de un
animal, prójimo nuestro, que había asumido sobre la suya nuestra respectiva
1personalidad.
C'est juché sur ce promontoire humain quelque peu instable que le narrateur-
voyageur, qui a pris soin de reléguer la partie muette et invisible de l'assemblage dans la
sphère de l'animalité tout en se réservant celle du logos, va contempler et interpréter la
1 Santiago Pérez, « Apuntes de un viaje por el sur de la Nueva Granada, en 1853 », dans : Museo de Cuadros
de Costumbres, Variedades y Viajes, "El Mosaico", Bogotá, Banco Popular, 1973, Vol. 2, p. 149.
5portion de territoire qui se déploie le long du trajet :
Desde el momento en que se penetra en la montaña, el horizonte se estrecha y no va
encontrando a su rededor el viandante sino un cerco de bosques impenetrables,
conjunto de una vegetación vigorosa, que se ha desarrollado virgen durante siglos.
En la aparente unidad de perspectiva, siempre de árboles, de palmas, de arbustos, de
hojas y de flores, a las miradas del viajero estudioso debe presentarse la más
extraordinaria variedad, como en el seno opulento de la naturaleza. Allí se ven las
gesnereáceas con su brillante corola de formas diversas y de variados matices, con sus
hojas cubiertas de vello finísimo, verdes las unas como esmeraldas, sembradas las
otras de líneas negras y con el reverso morado en éstas, rojo aquellas, y de color de la
2candela en las demás.
La description paysagère poursuit son cours, passant incessamment du panorama
englobant aux descriptions taxinomiques, mêlant discours scientifique et discours
littéraire. Elle est finalement interrompue par le récit d'un incident qui rappelle au souvenir
de l'Un ébloui « ante la sublime originalidad de aquel espectáculo » l'existence de L'Autre
et permet à l'inscripteur de citer sa parole racialisée sous une forme typographique
stigmatisante : « -cuidao con rebuyírseme, patroncito ».
Si nous avons choisi d'ouvrir notre étude par cet extrait d'un récit de voyage, c'est
que le discours du paysage et la scène d'énonciation à partir de laquelle il se déploie nous
paraissent exemplaires d'un certain régime de la représentation qui s'est imposé de manière
quasi-hégémonique dans la constellation des discours « nationalisants » pendant une
egrande partie19 siècle. En Colombie, comme ailleurs en Amérique, le projet post-colonial
de construction d'une identité nationale impliquait en effet l'élaboration d'un nouveau
treillage culturel qui fût en adéquation avec le modèle de civilisation désirée par les élites.
À cet égard, l'invention d'un territoire qui pût servir d'infrastructure symbolique à ce
programme fondé sur les grands paradigmes de la modernité européenne, fut essentielle.
Comme l'ont récemment montré certains historiens sensibles à la dimension culturelle des
2 idem, p. 150-151.
6processus post-coloniaux, les discours scientifiques, politiques et littéraires furent des
éléments fondamentaux dans la construction d'un nouvel imaginaire territorial.
Bien entendu, cette politique de la représentation fut essentiellement le fait de
l'élite qui en détenaient les clés : une élite lettrée dont l'imaginaire, comme l'a montré le
philosophe colombien Santiago Castro-Gómez, était profondément informé par un habitus
3colonial structuré autour de la blancheur ethnique et sociale. La mise en conformité du
territoire national avec le programme civilisateur promu par l'intelligentsia colombienne
fut donc aussi une affaire de violence symbolique : en naturalisant certains principes de
vision et de division du monde tenant à la fois de l'habitus colonial et de la nature même
du projet modernisateur – lui-même inséparable de sa dimension impériale - le corps de
discours qui se constitua autour du territoire national visait en effet à la légitimation et à la
perpétuation d'une certain ordre des choses articulé autour d'un principe structurant
fondamental : la race. Nous dirons, en reprenant le concept du sociologue péruvien Aníbal
Quijano, que la colonialité du pouvoir est la matrice discursive préalable et silencieuse à
4partir de laquelle tout propos sur le territoire national se déploie.
Cette double dimension, qui fait du discours sur le territoire un véritable système
de lecture du monde, nous semble manifeste dans le passage cité plus haut : le paysage
qu'il élabore est en effet inséparable d'une mise en scène discursive instaurant un certain
partage du pouvoir-dire et du pouvoir-voir : pendant que l'Un paysage, son double négatif
marche; pendant que l'Un discourt, l'Autre silencieux travaille; pendant que l'Un évalue
l'espace, son Autre a les yeux rivés sur l'immédiateté du sentier. L'on pourrait même dire,
en faisant jouer les mots, que le paysage de l'Un s'élabore sur le dos de l'Autre. Quoi qu'il
en soit, la chose saute aux yeux : il existe une économie spécifique de l'énonciation
paysagère et celle-ci, comme le faisait remarquer Edward Saïd à propos de l'orientalisme,
5 ne vaut finalement pas nécessairement par son objet ; sa nature, ses enjeux et ses
fonctions se situent à l'évidence ailleurs. Ce constat ouvre une série de questions qui sont
3 Santiago Castro-Gómez, La Hybris del punto cero, Pontificia Universidad Javeriana / Instituto Pensar,
Bogotá, 2004, p. 78.
4 Aníbal Quijano, « Colonialidad del poder, eurocentrismo y América Latina », dans : Edgardo Lander (dir.),
La colonialidad del saber : eurocentrismo y ciencias sociales. Perspectivas latinoamericanas, CLASCO,
Buenos Aires, (en ligne) : http://www.clacso.org/wwwclacso/espanol/htlm/libros/lander/10.pdf
5 Edward Saïd, L'orientalisme. L'orient créé par l'occident, Seuil, Paris, 2005, p. 35.
7précisément au centre de notre problématique : quels sont les différents discours que
mobilise la mise en paysage du territoire ? Quelles objets élaborent-ils ? Quel partage des
ressources symboliques institue et fonde la discours du paysage ? Quel partage du sensible
instaure-t-il ? Quelles figures de l'Autrui entérine-t-il ?
DISCO URS
Il est d'usage, lorsqu'on débute une étude sur le paysage, de s'étendre longuement
sur les positions théoriques concurrentes qui font du paysage soit une pure réalité
physique, soit une pure production culturelle, pour finalement conclure par une position
« équilibrée » qui reconnaît la double réalité du paysage. Si nous préférons épargner au
lecteur l'inventaire fastidieux des différentes positions qu'a généré le débat autour du
paysage au cours des quinze dernières années, mentionnons celle qui semble aujourd'hui
faire consensus : comme l'a résumé l'historien de l'art Michael Jakob, le paysage peut être
défini par la formule lapidaire suivante : « P = S + N ». Ce qui, développé, donne ceci :
« le paysage renvoie (...) à trois facteurs essentiels ou conditions sine qua non : 1. à un
sujet (pas de paysage sans sujet); 2. à la nature (pas de paysage sans nature); 3. à une
relation entre les deux, sujet et nature, indiquée par le signe + (pas de paysage sans
6contact, lien, rencontre entre le sujet et la nature) ». Dans une perspective comparable,
W.J.T. Mitchell s'est attaché à dépasser l'opposition factice entre réel et représentation du
réel en résumant la liminalité constitutive du paysage par une comparaison qui nous
semble productive à plus d'un titre :
Landscape is a medium of exchange between the human and the natural, the self and
the other. As such, it is like money: good for nothing in itself, but expressive of
7 potentially limitless reserve of value.
Dans un tout autre contexte, Christine Chivallon récuse aussi toute dissociation
6 Michael Jakob, Le paysage, Infolio éditions, Gollion, 2008, p. 34.
7 W.J.T. Mitchell (dir.), Landscape and power, University of Chicago Press, Chicago/London, 1994, p. 5.
8entre l'imaginaire et le perceptible en rappelant que « l'imaginaire est radicalement
8 partout, pour emplir de sens un univers qui se présente indifférencié ». En d'autres
termes, la matérialité est toujours sémiotisée par un travail de l'imaginaire puis une activité
symbolique qui ne peut elle-même advenir au perceptible qu'en se fondant sur certains
traits objectifs de la réalité matérielle. On pourrait ajouter, en paraphrasant Pierre
Bourdieu, que le travail de sémiotisation de la matière qu'opère le paysage fonctionne dans
la mesure où il est astreint à un « principe de réalité » rigoureux, c'est-à-dire à une
9opération de sélection, de découpage et de symbolisation de l'existant. Qu'il apparaisse in
visu ou bien in situ, selon la distinction proposée par Alain Roger, le paysage n'est ni le
tout réel lui-même ni une simple surface miroitante mais une opération de transfiguration
10 symbolique de traits qui appartiennent à l'espace objectif.
Quoi qu'il en soit, afin de dissiper tous les malentendus que le terme polysémique
de paysage - dont on ne voit au demeurant pas très bien au nom de quoi il devrait être rivé
à une signification exclusive -, nous avons choisi ici de concentrer notre étude sur ce que
nous avons appelé le discours du paysage. Parler de discours implique en effet que nous
nous concentrions sur les opérations discursives d'encodage de la réalité que produit la
mise en paysage d'un espace donné. Notre étude portera donc bien moins sur l'espace
paysagé lui-même que sur le travail d'écriture, de scénarisation, en un mot, de
médiatisation dont il fait l'objet à une époque où s'élabore une image de la Nation
émergente. Dans un sens plus restreint, parler de discours nous permet de centrer notre
étude sur les représentations verbales et plus précisément textuelles de l'espace, sans
aborder d'autres formes de mise en paysage pour lesquelles nous abandonnons au
demeurant toute prétention (comme, par exemple, celles qui relèvent de l'iconographie).
Nous sommes conscient qu'en introduisant la notion herméneutique, instable s'il en
est, de discours nous risquons d'épaissir l'imprécision de notre propos au lieu de la
dissiper. Aussi, convient-il de définir au plus près ce que nous entendons par discours du
paysage. Si l'on reprend la fameuse définition qu'en donne Michel Foucault dans
l'Archéologie du savoir - « on appellera discours un ensemble d'énoncés rapportables à
8 Christine Chivallon, « Retour sur la communauté imaginée d'Anderson. Essai de clarification théorique
d'une notion restée floue », Raisons politiques, n°27, 2007/3, p. 157.
9 Pierre Bourdieu, Langage et pouvoir symbolique, Seuil, Paris, 2001, p. 302.
10 Alain Roger, Court traité du paysage, Gallimard, Paris, 1997.
911un même système de règles, historiquement déterminés » - l'on pourrait caractériser notre
objet étude comme l'ensemble des énoncés textuels qui, dans un état historique du champ
de production des discours, mettent en scène une représentation visuelle du territoire
depuis un point de vue extérieur à l'objet contemplé. Le paysage ainsi défini fait partie
d'une formation discursive, c'est-à-dire d'un ensemble de règles qui déterminent les
conditions de possibilité de son effectuation. Ces règles, comme l'a montré Michel
Pêcheux, sont indissociables de positionnements idéologiques et politiques
12transindividuels qui relèvent de formations sociales spécifiques. Investir le discours du
paysage, c'est en effet toujours se positionner à l'intérieur d'un certain interdiscours
idéologiquement connoté; c'est par conséquent soumettre l'espace paysagé à un traitement
en terme de valeurs dans le mouvement même de sa production.
Reste que les formations discursives ne sont pas des structures monadiques
étanches : elles sont inséparables d'un interdiscours par lequel circulent constamment des
éléments de provenances multiples. Ainsi, les énoncés paysagers appartiennent à des
formations distinctes qui ne cessent de communiquer, empruntant l'un à l'autre leurs
protocoles de représentation, leurs régimes spécifiques d'autorité et leurs modes
d'intervention sur le monde : le paysage constitue en cela une forme éminemment
transversale. Aussi nous proposons-nous d'examiner toute une série d'énoncés provenant
de champs discursifs que la tradition universitaire maintient en général strictement séparés
: récits de voyage, discours scientifiques, roman et poésie. Toutes ces œuvres constituent à
notre sens un vaste réseau intertextuel ou, pour reprendre l'expression d'Edward Saïd, « un
13système de citations d'ouvrages et d'auteurs ». Ajoutons que le discours textuel du
paysage étant une forme de « traduction » d'une technologie de la représentation
empruntée au domaine des pratiques picturales, il nous paraît impossible et vain d'assigner
à ce phénomène discursif des limites trop tranchées. Il nous semble en outre que c'est
précisément dans l'épaisseur de ses frontières que se jouent certains des effets les plus
intéressants du discours paysager. Aussi envisagerons-nous la forme-paysage comme un
discours instable qui s'articule et se constitue à la limite de représentations textuelles de
11 Michel Foucault, L'archéologie du savoir, Gallimard, Paris, 1969, p.153.
12 Michel Pêcheux, « la sémantique et la coupure saussurienne : langue, langage, discours », dans : Denise
Maldidier, L'inquiétude du discours, Éditions des Cendres, Paris, 1990, p. 133-154.
13 Edward Saïd, op. cit., p. 37.
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