L'hydrosystème domestique et urbain à Nancy au XIXème siècle : essai de géographie historique, Domestic and Urban Water System in Nancy in the 19th Century : an Essay in Historical Geography

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Sous la direction de Jean-Pierre Husson
Thèse soutenue le 11 décembre 2010: Nancy 2
Cette thèse en géographie historique s'articule autour de quatre axes qui résument le parcours de l'eau dans Nancy au XIX° siècle, en bref, de la source à l'égout. Une fois définies les notions d'hydrosystème urbain, de géographie historique, de domesticité de l'eau, l'étude de ce linéaire aborde successivement quatre chapitres, qui sont autant de bornes jalonnant les différents objets abordés. Successivement sont étudiées les sources et les bouges ; les conduites principales et les bassines ; les conduites secondaires, les fontaines, les lavoirs et bains ; l'évacutation et la gestion des eaux non utilisées et usées. Ces objets forment des unités cohérentes distinctes qui interagissent entre-elles, et montrent des coutures parfois perméables, toujours perceptibles dans le paysage urbain actuel. L'eau à Nancy au XIX° siècle est un enjeu majeur. Les changements traversés sont multiples. D'une alimentation en eau souterraine (les sources), Nancy double très efficacement sa ressource par une alimentation en eau de surface (la Moselle). Le réseau d'adduction est amélioré par l'adoption progressive de la fonte. Le chemin de fer, le canal sont également des obstacles physiques à une alimentation pérenne. Enfin, la très forte hausse démographique réalisée après 1870 entraine une hausse importante de la demande. Nancy doit trouver rapidement des solutions efficaces. Le suivi du linéaire hydrique permet de mesurer les différents enjeux de l'hydrosystème domestique à Nancy à cette époque. Il permet également d'appréhender ses utilisations diverses. Un important travail en archives, confronté au terrain, a permis la réalisation de cette thèse.
-Hydrosystème domestique
-Domesticité de l'eau
This thesis in historical geography explores four main issues, showing the movement of water in Nancy in the 19th century, from the well to the sewers. After defining the notions of urban water system, historical geography and domestic water use, the study moves on to these four chapters: wells and collectors; primary water mains and bowls (which share water between secondary water mains); secondary water mains, fountains, wash-houses and public baths; disposal and management of used and unused water. These constitute self-contained, discrete entities, but they also interact, and some of these connections are still visible in the current urban landscape. Water was a major concern for Nancy in the 19th century. Numerous changes occurred during that period. Initially exclusively dependent on underground water resources (wells), Nancy managed to double its resources through the use of surface water (the river Moselle). The gradual adoption of cast iron also contributed to the improvement of the conveyance network, while the railway and the canal introduced physical obstacles to the perennial water supply of the town. Additionally, the sharp increase in population after 1870 led to a much greater demand, for which Nancy had to find efficient solutions. Following the movement of water allows this study to determine the main issues raised by the domestic water system of Nancy at that time, and to apprehend the various uses of that system. This works was achieved through important work in the archives and on the field.
Source: http://www.theses.fr/2010NAN21010/document
Publié le : dimanche 30 octobre 2011
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1

UNIVERSITÉ NANCY 2
École Doctorale Langages, Temps, Société




L’HYDROSYSTÈME
DOMESTIQUE ET URBAIN A
NANCY AU XIX°s.
ESSAI DE GEOGRAPHIE HISTORIQUE


----------------------
THÈSE
POUR LE DOCTORAT EN GEOGRAPHIE
PRESENTÉE ET SOUTENUE PUBLIQUEMENT LE 11 DECEMBRE 2010
PAR

Etienne MARTIN
né à Nancy (Meurthe et Moselle) le 15 septembre 1982

Membre du Conseil scientifique de l’Université,
Masters en géographie, droit public et histoire de l’Art,
Maîtrises en Géographie, droit privé et histoire contemporaine



Thèse dirigée par le professeur Jean-Pierre HUSSON,

C.E.R.P.A. E.A.1135
Place Godefroy de Bouillon – F 54 000 NANCY



Professeur Jean-Paul Bravard, Lyon 2, pré-rapporteur
Professeur Jérôme Buridant, Amiens, pré-rapporteur
Jury Professeur Michel Deshaies, Nancy 2
Professeur Jean-Pierre Husson, Nancy 2

L’hydrosystème domestique et urbain à Nancy, étude de géographie historique 2
Thèse de géographie, Université de Nancy 2, 2010, par Etienne MARTIN. 3

 
 
 








In memoriam Joanni MARTIN
mei patris.
Obiit ann. Dni. MMVII L’hydrosystème domestique et urbain à Nancy, étude de géographie historique 4
Thèse de géographie, Université de Nancy 2, 2010, par Etienne MARTIN.
REMERCIEMENTS 



Au professeur Jean-Pierre HUSSON,
professeur de Géographie à l’Université Nancy 2,
ancien directeur de l’U.F.R. Histoire, Géographie, Hist. de l’Art, Archéologie, Musicologie.

Le professeur Husson accepta dès le départ de diriger nos recherches. La grande liberté
laissée et l’intérêt apporté nous obligent grandement. Nous restons redevable de l’entière
confiance dont il nous fit part.



Au professeur Jean-Paul BRAVARD,
professeur de Géographie à l’Université Lumière Lyon 2,
membre de l’Institut Universitaire de France, directeur du LRGE.

Qu’il trouve ici les marques de notre gratitude et de notre reconnaissance pour avoir bien
voulu juger ce travail.



Au professeur Jérôme BURIDANT,
professeur de Géographie à l’Université Picardie Jules Verne d’Amiens,
agrégé d’Histoire.

Le professeur Buridant a bien voulu juger cette thèse. Qu’il soit assuré de nos
remerciements les plus vifs.



Au professeur Michel DESHAIES,
professeur de Géographie à l’Université Nancy 2,
directeur du C.E.R.P.A. E.A. 1135.

Il accepta sans réserve de participer au jury, doublant cet honneur d’une bienveillance dont
nous lui sommes gré.
REMERCIEMENTS 5

A S.Exc., le Docteur André ROSSINOT,
Maire de Nancy, Président de la CUGN, ancien Ministre,
Officier de la Légion d’Honneur

La présence du maire de Nancy au sein de notre jury en tant qu’invité nous oblige
grandement. L’intérêt qu’il porte à nos travaux est un honneur.



A Madame Veuve le professeur Jean Martin,
notre mère.
Médaille d’honneur de la Famille française (argent).

Nous lui présentons nos sentiments dévoués et notre profond respect filial, pour l’appui
constant témoigné.





MEIS ET AMICIS





Nous adressons également notre reconnaissance, sans les nommer, aux différentes
institutions et particuliers qui nous ont aidé dans nos recherches. Une seule exception sera
faite pour l’Université Nancy 2 et le CERPA, qui surent mettre à notre disposition les
moyens techniques nécessaires à la réalisation de cette thèse.
L’hydrosystème domestique et urbain à Nancy, étude de géographie historique 6
Thèse de géographie, Université de Nancy 2, 2010, par Etienne MARTIN.











Abréviations employées :
- AMN Archives Municipales de Nancy.
- ADMM Archives Départementales de Meurthe-et-Moselle.
- BMN Bibliothèque Municipale de Nancy.


Renvois bibliographiques :
Afin de faciliter la lecture et la manipulation de ce travail, pour les renvois
bibliographiques (op. cit.), il convient de se référer dès le départ à la bibliographie située
en fin d’étude, et non de rechercher la première mention du titre dans les notes.
INTRODUCTION 7

INTRODUCTION 




Ill. 1 : la fontaine de la place Saint-Epvre (reconstruite en 1883) lue du ciel.
En carton, vue de l’ancien monument, aujourd’hui conservé au Musée Historique Lorrain
Détail d’une gravure de Jean Cayon, tirée de son Histoire de Nancy (1846), op. cit. Photographie prise depuis les terrasses hautes de la
basilique Saint-Epvre © Etienne MARTIN, 2010.



« La géographie trouve peut-être dans l’espace un but et un moyen, j’entends un
système d’analyse et de contrôle. Au vrai, elle a peut-être un second but, une
seconde coordonnée - qui est d’aboutir, non pas à l’homme, mais aux hommes, à la
société. La géographie me semble, dans sa plénitude, l’étude spatiale de la société,
ou, pour aller jusqu’au bout de ma pensée, l’étude de la société par l’espace ».

1Fernand BRAUDEL, 1969

1 Cf. p. 172 in BRAUDEL (Fernand), 1969, op.cit. L’hydrosystème domestique et urbain à Nancy, étude de géographie historique 8
Thèse de géographie, Université de Nancy 2, 2010, par Etienne MARTIN.
2L’eau est à la mode. C’est une richesse précieuse, mal répartie dans le monde , convoitée,
objet de conflits. Ressource vitale par excellence, c’est un sujet souvent empreint de
politique, mais qui revêt également des aspects économiques, stratégiques, écologiques,
scientifiques… bref, l’eau est – à l’instar des grandes ressources mondiales – un sujet
« global », en ce sens qu’il peut être l’objet transversal d’études conduites dans de très
nombreuses disciplines.
Par son statut de ressource essentielle, l’eau fut domestiquée, aménagée, canalisée depuis
3la plus Haute Antiquité . Cette ressource s’inscrit dans une logique écosystémique
4cyclique : évaporation-condensation-transfert-précipitation-ruissellement .

Le cycle classique revêt en ville une dynamique très particulière : microclimat avec îlots de
chaleur, imperméabilisation des sols, sollicitation parfois trop forte de la nappe phréatique
locale, …etc…
5Sur le temps long, en reculant dans les siècles , les rôles joués par l’eau s’avèrent
multiples, sans oublier qu’il s’agit de l’une des rares ressources à véhiculer une part
6symbolique (et religieuse) importante . L’eau est l’un des quatre Eléments, que les
alchimistes représentent sous la forme d’un triangle, pointe vers le bas.

Au quotidien, en France, l’eau est présente partout. Les consommateurs ont oublié, avec le
confort d’une eau délivrée à domicile et en abondance, les durs efforts qu’imposait la
« corvée d’eau » il n’y a moins d’un siècle. Ouvrir le robinet et voir jaillir de l’eau avec
force est devenu une habitude à laquelle plus personne ne fait attention, mais dont on
mesure parfois toute l’importance lorsque des coupures (travaux, fuites, réparations) se
produisent.
Certes, les pénuries partielles, notamment lorsqu’il fait très chaud, rappellent que l’eau est
un bien précieux ; mais la possibilité d’achat d’eau en bouteille et le service de camions-
citernes annihilent partiellement la prise de conscience du consommateur.

L’étude des cas anciens, l’appréhension des difficultés d’autrefois permet de mieux saisir
toute l’importance d’une ressource en perpétuelle mouvement. Une ressource ambivalente
également. Elle est à la fois amie (pour ne pas dire vitale) et ennemie. Amie lorsqu’elle
hydrate l’homme, lorsqu’elle le lave, le nourrit, lui apporte une force motrice pour faire
tourner les moulins et autres « usines » protoindustrielles… Ennemie lorsqu’elle déborde,
tue (inondations, crues, noyades…le milieu aquatique n’est pas naturel à l’homme), mais
aussi lorsque le niveau général des océans s’élève. L’eau est ambivalente. Elle se présente
telle le dieu de l’Antiquité Janus, avec deux visages : stagnante, elle peut représenter un
danger (eau croupie, flétrie) comme un loisir (plan d’eau pour la pêche, la baignade).

2 6 % des eaux terrestres pour la seule province du Québec.
3 BRUN (Jean-Pierre) et FICHES (Jean-Luc), 2007, op.cit.
4 Pour plus de renseignements, cf. chapitre « Le cycle de l’eau et la notion de bilans » in COSANDEY
(Claude), BIGOT (Sylvain), DACHARRY (Monique), GILLE (Emmanuel), LAGANIER (Richard) et
SALVADOR (Pierre-Gil), 2003, op.cit.
5 GUILLERME (André), 1997, op.cit.
6 Cf. chapitre « Eaux, religions et idéologies », pp. 114-118 in WACKERMANN (Gabriel) et ROUGIER
(Henri), 2009, op.cit. INTRODUCTION 9

Fuyante, elle peut être une alliée (elle nettoie, purifie, renouvelle), mais aussi une rivale
7impitoyable (elle emporte, dévaste, arrache) .



Première ressource Froid et humide (qualités active
mondiale sur terre et passive, appliquées aux
quatre Eléments) H O 2

Vitale, aux multiples emplois.
Ses qualités propres servent de
références (litre, °C…).

L’eau est donc tout à la fois crainte et aimée. Ses emplois sont immenses, ses qualités sans
cesse étudiées. Ses caractéristiques servent de référence à de nombreuses mesures
usuelles : un litre d’eau pèse un kilo (soit le volume d’un décimètre cube). La température
8en degré centigrade est également définie par rapport à l’eau : à zéro, l’eau gèle, à 100,
elle bout (pression retenue : une atmosphère au niveau de la mer). L’eau est
inconsciemment un référent permanent.

Les facettes liées à l’eau sont multiples, à l’instar des lieux où elle est présente. Définir une
limite spatio-temporelle est une étape importante, mais il convient au préalable de définir
les termes du sujet.


L’eau est un « univers dans l’univers »
9Erik Orsenna, 2008 .


Définition des termes du sujet
Le titre de cette étude est : « L’hydrosystème domestique et urbain à Nancy au XIX°siècle,
essai en géographie historique au service de l’aménagement »
Commençons par délimiter le domaine d’étude ; qu’entendre par géographie historique ? Il
convient déjà de s’arrêter sur le terme de géographie, commun et pourtant délicat à
10expliquer. Comme le rappellent justement Pierre George et Fernand Verger (1996 ), « le
terme en soi peut présenter une certaine ambiguïté. Description, dessin de la Terre, en
opposition apparente avec la discussion, c’est-à-dire l’explication de la terre, la géologie.

7 Les Nancéiens ont le souvenir des crues de 1983, 1984 et pour les plus anciens 1947 (« de l’eau jusqu’à la
cathédrale »). Les archives rappellent des désastres répétés, effrayants : le déluge de la Saint-Crépin qui
arrache tous les ponts sur la Moselle à Epinal (25 octobre 1778).
8 Inventée en 1742 par l'astronome et physicien suédois Anders Celsius.
9 ORSENNA (Erik), 2008, op.cit.
10 GEORGE (Pierre) et VERGER (Fernand), 1996, op.cit. L’hydrosystème domestique et urbain à Nancy, étude de géographie historique 10
Thèse de géographie, Université de Nancy 2, 2010, par Etienne MARTIN.
Ce n’est donc pas dans l’étymologie, mais dans la pratique de la recherche et de la
formulation de la connaissance que l’on doit chercher les éléments d’une définition ». Il y a
pratiquement autant de définition de la géographie que de géographes, chacun abordant la
matière avec une sensibilité personnelle entre science humaine, science exacte et même
représentative, mise en scène des territoires. De grandes lignes peuvent cependant être
dégagées. Confrontons trois définitions Les deux premières émanent de géographes, alors
que la dernière est l’œuvre d’un historien. S’attarder sur un autre point de vue – extérieur à
la discipline – est nécessaire lorsqu’on croise les deux disciplines. Pour P. George et
F. Verger (1996), « son objet est de déceler, et, dans la mesure du possible, d’évaluer la
nature et l’intensité des rapports et relations qui caractérisent et conditionnent la vie des
11groupes humains ». R. Brunet (1993 ), quant à lui, rappelle que la géographie a « pour
objet la connaissance de cette œuvre humaine qu’est la production et l’organisation de
l’espace ». C’est l’une des sciences des phénomènes de société. Ces définitions concernent
la géographie humaine, de laquelle est issue la géographie historique. Nous ne traitons pas
de la géographie physique qui relève d’une branche très différente. Y. Tissier, historien de
formation, livre une définition plus dépouillée, mais aussi plus globale : la géographie est
la « science de la description de la Terre, de sa configuration, de ses climats, des hommes
12qui y vivent » (2005 ). La géographie est donc une science descriptive, mais aussi
analytique de l’organisation d’un espace par l’homme, et des rapports qui existent entre
l’espace et son aménageur.

Il convient maintenant de définir l’histoire, second terme qui figure dans « géographie
historique ». Là encore, il apparaît nécessaire de recourir à des définitions émanant tant
d’historiens que de géographes. La confrontation, enrichissante, de ces différents points de
vue permet de mieux investir, pénétrer la notion. Chacun y apporte un éclairage et une
sensibilité fructueux. Y. Tissier (2005) la définit comme les « récits des faits et des actions
mémorables du passé d’un peuple, d’une société humaine ; [la] connaissance que l’on a du
passé ; [la] science humaine qui s’attache à approfondir et à perpétuer cette connaissance
par la recherche et l’enseignement ». R. Brunet (1993) est plus pragmatique, pour ne pas
dire lapidaire, dans sa définition : « c’est la connaissance du passé ». Laconique. Il achève
non sans ironie en rappelant que « des volumes entiers ont été produits, qui cherchaient à la
[l’histoire] définir ».
Dans ces approches diverses de disciplines qui pourtant s’entrecroisent, s’entremêlent et
parfois s’entrechoquent fréquemment, faut-il voir une crainte, une méfiance, voire une
défiance ?

13Mêler histoire et géographie ne va pas de soi . Pour de nombreuses raisons, dues en partie
à la manière dont ces deux disciplines ont été enseignées, le « mariage » est peu évident et
fait cas d’école en France, contrairement à ce qui se passe chez nos voisins. Doit-on parler

11 BRUNET (Roger), FERRAS (Robert) et THERY (Hervé), 1993, op.cit.
12 TISSIER (Yves), 2005, op.cit.
13 Surtout en France, où la Géographie historique n’est pas une catégorie reconnue (peu de postes ainsi
libellés). Cf. GRATALOUP (Christian) « Géographie historique et analyse spatiale : de l’ignorance à la
fertilisation croisée », in BOULANGER (Philippe) et TROCHET (Jean-René), 2005, op.cit.

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