Du pont Alexandre III au musée du Vin, en passant par le Grand ...

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Saga Information – N° 295 – Mars 2010 7 Du pont Alexandre III au musée du Vin, en passant par le Grand Palais et la colline de Chaillot Philippe Berger-Sabatel, membre de la SAGA. Photo 1. Une vue panoramique du superbe pont Alexandre III enjambant la Seine d'une seule arche. Décidément, les promenades dans Paris guidées et commentées par notre vice-président Daniel Obert attirent toujours beaucoup de monde ! Nous étions encore bien plus d'une trentaine de candidats à le suivre un samedi après-midi, sur les quais de la Seine.
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Publié le : mercredi 28 mars 2012
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Source : saga-geol.asso.fr
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Saga Information N° 295  Mars 2010
Du pont Alexandre III au musée du Vin, en passant par le Grand Palais et la colline de Chaillot Philippe Berger-Sabatel, membre de la SAGA.
Photo 1. Une vue panoramique du superbe pont Alexandre III enjambant la Seine dune seule arche.  Décidément, les promenades dans Paris guidées etMonument historique en 1975, le pont Alexandre III a commentées par notre vice-président Daniel Obertété restauré en 1991 (photo 1). attirent toujours beaucoup de monde! Nous étions Malgréle vacarme envahissant, Daniel Obert peut encore bien plus dune trentaine de candidats à lenous détailler les différentes qualités de pierre suivre un samedi après-midi, sur les quais de lautilisées pour la construction des piliers, dune Seine. Il faisait presque beau, et même chaud pourhauteur de 17 mètres (figure 1) : un 21 novembre.- les parapets à balustres sont en calcaire de lÉchaillon, dans le Vercors, un calcaire urgonien Le Pont Alexandre III(140 Ma) très fossilifère ;  Audépart, nous sommes en rive gauche de la- le pilier lui-même, les colonnes et les statues sont en Seine, donc du côté de lesplanade des Invalides, aucalcaire blanc bathonien (165Ma) oolithique, de la pied de lun des quatre piliers dentrée (le piliercarrière de Chauvigny, dans le Poitou, comme le amont) de ce grandiose et élégant pont métallique,musée (ex-gare) dOrsay, non loin ; symbole de lamitié franco-russe. Inauguré lors de- la vasque et le médaillon sont en marbre blanc, lExposition universelle de Paris, en 1900, classéprobablement de Carrare ;
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Saga InformationMars 2010- N° 295 -- la corniche sommitale est en calcaire comblanchienLe Grand Palais a été construit dans le style Art de Bourgogne, le plus résistant car très homogène.Nouveau, et comme le Petit Palais en face, pour Elle supporte un magnifique groupe équestre enlExposition universelle de 1900. Or, suite à un bronze doré : « La renommée au combat », une uvreaffaissement général de sa structure, dû à un du sculpteur Pierre Granet.important enfoncement provoqué par la détérioration  Le muret qui borde le large trottoir est en calcaire dedes pieux en bois des fondations profondes de la Château-Landon (ou pierre de Souppes), un calcairepartie sud (consécutif aux variations du niveau de la lacustre dâge ludien (35Ma), dur et fin, dunenappe phréatique parisienne), la grande nef a été excellente qualité car non-poreux.fermée en 1993, et le Grand Palais a été entièrement  Noustraversons le pont, en direction des Champs-restauré ;les travaux ont duré jusquen 2005. En Élysées, pour gagner la rive droite. Les marches delongeant le Palais, nous remarquons de nombreux lescalier qui descend sur le quai, comme les pierresrepères (mires de géomètre) apposés sur les murs : les de la maçonnerie du passage sur berge (il y en a unbâtiments sont toujours surveillés régulièrement ! sur chaque rive), ont été taillées dans le graniteDevant lentrée des Galeries nationales du Grand sombre de Sénones, dans les Vosges du sud-ouest, unPalais, sur lesplanade, a été installé un grand bassin granite à petits cristaux blancs de plagioclase, quartzencadré de sculptures en marbre blanc de Carrare ; le grisâtre et biotite noire (micas). Daniel Obert nous faittout est toujours bien propre, car le marbre, non-remarquer la présence de quelques enclaves arrachéesporeux, est «auto-nettoyant »,leau et la saleté ne au socle lors de la remontée du magma. En fait, cepénètrent pas ! granite a été utilisé pour la construction des piles dassise du pont, de part et dautre de la Seine. Le Grand Palais  Unpeu plus loin, au pied du majestueux Grand Palais qui nous écrase de son imposante architecture de métal et de verre (photo 2), on observe la pierre des assises, une roche « froide », celle qui est utilisée dans la plupart des monuments à ce niveau car sa porosité est extrêmement faible, ce qui la rend quasi imperméable ; cest un calcaire du Bathonien (Jurassique moyen), roche issue du bassin carrier de Comblanchien, en Côte-dOr (photo 3). Ces pierres présentent souvent des joints sinueux ou crénelés, on les dit alors « stylolithiques », liés à des tassements ouPhoto 3. Arrêt pour les explications de Daniel dissolutions différentiels lors de la compaction du Obert au pied de la sédiment. Plus haut, une roche «ferme »,toujours façade orientale du dune porosité faible, utilisée pour la base des murs et Grand Palais. les colonnades, un calcaire oolithique dâge Jurassique moyen (Yonne ?). Au-dessus, une roche « ferme »,un calcaire lutétien, probablement en provenance des carrières de lOise. Photo 4. Notre guide en pleine discussion sur les marches de lescalier monumental de lentrée du Palais de la Découverte.
Photo 2. Le Grand Palais restauré, en arrière des piliers dentrée du pont r IIIr r
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Saga InformationMars 2010- N° 295 -Le Palais de la Découverteune sculpture dAntoine Bourdelle. La large base de Ouvert en 1937 pour lExposition universelle desla colonne est en granite porphyroïde (photo6), à Arts et Techniques, le Palais de la Découverte estgrands cristaux de feldspath rose en «dents de installé dans laile ouest du Grand Palais. Les pierrescheval », un granite vraisemblablement originaire des qui le composent sont donc identiques à celles quiCarpates, en Pologne, un exemple de roche pluto-viennent de nous être décrites. Daniel Obert nousnique dans Paris. Le square attenant est bordé de arrête toutefois devant le large escalier de lentréepetits pavés cubiques de granite rose de la Clarté, principale, avenue Franklin-Roosevelt, encadrée pardans les Côtes-dArmor. dimposantes sculptures en calcaire (photo 4).  Lesmarches de lescalier sont en calcaire comblanchien, dune teinte légèrement rosée, poli, ce qui le fait ressembler à un marbre. On observe également des différences daspect dans le calcaire des murs de la façade, plus ou moins érodé; ces différences sont dues à lérosion météoritique, mais aussi aux différents faciès du calcaire selon lendroit où il a été prélevé dans la carrière doù il provient.  Encontinuant notre chemin, place du Canada, nous passons devant les bustes de deux colonisateurs français (Samuel de Champlain et Jacques Cartier) dressés sur de hauts socles en calcaire dEuville, un calcaire à entroques (débris de tiges ou de bras de Crinoïdes) de lOxfordien supérieur de la Meuse. La pierre a été simplement «adoucie »sur ses quatre Photo 6. Le socle de cette grande colonne, à la gloire dun faces. poète polonais, est en granite porphyroïde rouge. er  En arrivant sur le cours Albert 1, et passant devant le Jardin dÉrevan (la capitale de lArménie), nous  Nousarrivons au pont de lAlma, célèbre pour son observons les parapets du bord de Seine: cest le « Zouave » (photo 7): il est toujours là, seul rescapé « bancde roche» qui a été utilisé, un calcaire à des quatre militaires en place avant la destruction de Cérithes, en provenance probable des carrières de lancien pont de pierre en calcaire oolitique (inauguré lOise (photo 5). par Napoléon III en 1856) dont les quatre piles gênaient la circulation fluviale, et qui aussi saffais-sait. Aujourdhui, et depuis 1974, cest un majestueux ont métallique, asymétrique, qui enjambe la Seine. La statue en pied du zouave surmonte lunique pile, roche de la rive droite.
Photo 5. En bord de Seine, les réponses de Daniel Obert aux questions posées se font très précises. Sur les quais de la Seine Longeant maintenant la Seine en rive droite, nous e quittons le 8arrondissement de Paris pour entrer dans e le 16 , et nous poursuivons notre chemin en direction de la place de lAlma.  Daniel Obert nous arrête devant un monument dédié à Adam Mickiewicz, un écrivain et résistant polonais,
Photo 7. Le célèbre zouave, du nouveau pont de lAlma, surveille la rive gauche. En arrière, un immeuble « haussmannien », caractéristique de limmobilier du Second Empire.
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Saga Information- N° 295 -Mars 2010  Avenue de New-York, Daniel Obert nous détaille unLa colline de Chaillot immeuble «haussmannien »typique des construc-Quittant la plaine alluviale de la Seine pour le tions du second Empire (photo 7). Lassise, là aussi,Trocadéro, nous arrivons bientôt au point fort de notre est une pierre froide, le calcaire de Souppes; enrandonnée géologique dans Paris: la colline de élévation, on observe du calcaire lutétien ou de laChaillot, qui correspond à la rive concave, abrupte, de pierre de Savonnières (Jurassique de Lorraine); laSeine lorsque son lit passait au nord du tracé actuel. lardoise bleue de la région dAngers a été utiliséeAu sommet, lactuel Palais de Chaillot, construit pour pour les toits ; les balcons « filants » longent la façadelExposition universelle de 1937, a remplacé lancien aux premier et quatrième étages de limmeuble.Palais du Trocadéro (photo 9).  Pour échapper au bruit ambiant, nous descendons sur le quai, en contrebas de lavenue, où nous marchons sur des pavés en grès de Fontainebleau, plus ou moins anciens, plus ou moins usés, souvent en réemploi, accompagnés de-ci, de-là, de pavés de granite.  On aperçoit, sur lautre rive, la tour (Gustave) Eiffel, une masse impressionnante de plus de 10 000 tonnes qui repose sur quatre piliers flottants en calcaire de Château-Landon (pierre de Souppes), eux-mêmes reposant directement sur le calcaire du Lutétien (photo 8).
Photo 8. En montant la colline de Chaillot, vue sur la rive gauche et la tour Eiffel.
Photo 9. La Palais de Chaillot, ses bassins, ses allées et ses jardins dans toute leur ampleur.  Laroche du substrat, cest le calcaire du Lutétien, qui a été intensément percé de galeries dexploitation depuis au moins lépoque gallo-romaine. Laquarium de Chaillot, fermé en 1985 pour vétusté, réouvert en 2006, est installé dans lune de ces anciennes carrières creusées dans la base du calcaire «grossier » ;les travaux de réaménagement ont permis de découvrir les dépôts de la mer lutétienne sur le Cuisien; malheureusement, rien na été conservé de ces inté-ressants vestiges géologiques.
Photo 10. Au bord de lun des bassins, sous les « embruns » des jets deau, le calcaire de Corent (Jura) est bien brillant !
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Saga InformationMars 2010- N° 295 - Nouslongeons les bassins à jets deau (photo 10),dimportants «désordres »,en 1998, à la suite dun dont les bordures sont construites en pierre de Corent,mouvement de terrain non anticipé ! dans le Jura, un calcaire dâge kimméridgienRue des Eaux, on est au voisinage de lancienne e (Jurassique supérieur, 143 Ma). Le parement de lasource de Passy, célèbre à partir du XVIIIsiècle pour façade, de part et dautre du grand escalier daccès àses eaux «ferrugineuses »sulfatées et pestilen-lesplanade des Droits de lHomme, est en calcairetielles(2). Mises en bouteille, elles étaient vendues et jaune clair de Massangis, au nord dAvallon, uncensées soulager des maux de ventre et guérir calcaire oolithique à encrines du Bathonien, dont onlanémie !Aujourdhui, ces eaux sont canalisées et découvre les nombreux petits fossiles apparents. Cesrepartent dans les égouts de la ville. dalles de calcaire de 100 x 100 cm et dune épaisseurEn haut de la rue des Eaux, se trouve le musée du de 8 mm (beaucoup plus épaisses que ce que lon faitVin !Il est installé dans les celliers dun ancien maintenant) sont les premiers exemples de placage decouvent des moines-vignerons de Passy, aménagés roche sur le béton.dans des anciennes carrières de calcaire lutétien  Entraversant les jardins en direction du sud-ouest,exploité au Moyen Âge. nous remarquons quelques gros blocs de grès marinUn dernier arrêt devant un immeuble relativement de Beauchamp, mamelonné, de type «paf »(1), récent,où nous nous rendons compte que le placage seulement posés là pour la décoration !de calcaire ne fait plus ici que 3 ou 4cm dépais- Unpeu plus loin, sous la rue Le Tasse, nousseur ! découvrons lentrée dune ancienne galerie, fermée par une grille, dans une falaise qui est un ancien front Conclusion de taille ; les strates sont reconstituées en béton, maisIl commence à faire un peu sombre, les jambes cest assez ressemblant! Au pied de la falaise, onviennent à se faire lourdes; cette instructive prome-retrouve toutefois quelques bancs du Lutétien encorenade va sachever en atteignant (encore par une en place.longue volée de marches) la rue Raynouard. Nous  Toutela colline est ainsi percée de carrières souter-remercions chaleureusement Daniel Obert pour toutes raines, dont certaines ont été aménagées pour servirles informations quil nous a transmises et les dhabitat troglodytique. Des ruines de lancien Hôteldécouvertes quil nous a fait faire tout au long de de ville de Paris ont été installées devant la falaise, onnotre excursion, avec son enthousiasme et sa ne peut pas dire que ce soit du meilleur effetgentillesse coutumière. Rendez-vous est déjà pris e esthétique. aveclui pour une prochaine excursion dans le XII  arrondissementde Paris en 2010.  La commune de Passypetit groupe est emmené par Jean Simonnot Un  Cestla dernière étape de notre périple qui va nousjusquà la Maison de Balzac, la seule des demeures mener jusquaux sources de Passy.parisiennes du romancier qui subsiste aujourdhui.  Passantpar la rue Le Nôtre, Daniel Obert nous faitLes autres reprennent la route ou le métro. observer la présence dune pierre meulière caverneuse dans les murs des constructions de cette voie---------------------------------------------fortement en pente ; en effet, cette roche sédimentairesiliceuse, dont la structure même lui donne une(1) Voirpif »,les différences entre les grès «« paf » excellente résistance à lécrasement et un fort pouvoiret «pouf »dans les cours de géologie régionale de isolant, a été beaucoup utilisée dans le bâtiment auDaniel Obert. Vous pouvez aussi le questionner en e XIX siècle.personne en réunion mensuelle de la SAGA.  Redescendussur lavenue de New-York, nous passons sous le pont de Bir-Hakeim (anciennement(2)Lorigine du soufre est vraisemblablement due à la viaduc de Passy) pour rejoindre la rue des Eaux, queprésence de la pyrite qui a été décomposée par les nous remontons. En effet, la colline de Passy est assezeaux déposées dans les sables cuisiens (Yprésien) abrupte et, sur ses flancs, les rues sont souvent dessous-jacents, en provoquant la formation dhydro-escaliers, que nous avons tous grimpés allègrement !gène sulfuré.  Dansce contexte particulier, la construction de certains immeubles a posé beaucoup de problèmes aux architectes. Lors de la réalisation du Parc de Passy, un espace paysager de 14000 m², des fonda-tions spéciales ont été mises en place au pied des bâtiments existants pour éviter le glissement de la colline de Passy. Rue Raynouard, un immeuble a subi
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