LA PRISONNIERE DE L'ÎLE AUX

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Niveau: Elémentaire, Primaire, CM1
LA PRISONNIERE DE L'ÎLE AUX PIRATES Cllasse de CM1 -- 2009 / 2010 -- Ecolle éll émentaii re A.. France – Perpiignan-- Les chapitres Chapitre 1: La carte du vieux pêcheur. Chapitre 2: Tempête dans l'Océan Indien. Chapitre 3: Les îlots de la terreur. Chapitre 4: Le vaisseau noir. Chapitre 5: Prisonnière des pirates ! Chapitre 6: Jack, le pirate repenti. Chapitre 7: L'île aux dragons. Chapitre 8: Un monstre dans les hautes herbes. Chapitre 9: La tribu sauvage. Chapitre 10: Le saphir du volcan. Chapitre 11: La frégate anglaise. Chapitre 12: La bataille navale. Chapitre 13: Epilogue.

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Publié le : vendredi 8 juin 2012
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Source : ac-montpellier.fr
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+ ) $ # %  ,   %#  -. $ -/  ) 0 + -% &   En ce 4 juillet 1715, ma somptueuse demeure des environs de Londres fourmillait d’activité. Mes domestiques se pressaient pour préparer mes malles et mes équipements : - C’est ce soir que passe la calèche pour Bristol ! On se dépêche ! - Oui Mademoiselle ! déclara mon fidèle serviteur John, les bras encombrés de paquets. Il me posa aussi cette question : - Sans vouloir vous offenser Mademoiselle Carlway, vous pensez être absente combien de temps ? - Au moins dix-neuf mois ! annonçai-je. - Mais pas assez longtemps pour oublier votre longue chevelure rousse, vos yeux verts comme des émeraudes, votre dentition si blanche et vos belles mains si fines ! se lamenta-t-il. Ma gouvernante Amélia était en sanglots. Elle essaya une dernière fois de me retenir : - Ah Mademoiselle Ashley, ce n’est pas raisonnable de vouloir retrouver votre père, cela fait si longtemps qu’il a disparu ! Et aux Indes, ce n’est pas comme si vous alliez au palais du Duc de Buckingham ! Et les tempêtes, vous y avez songé ? - Et les pirates ? reprit mon fidèle John, avec un air épouvanté. On dit qu’ils écument les mers dans ces contrées inhospitalières… - Oh, vous oubliez que je viens d’avoir 21 ans, et que j’ai parcouru les sept mers pour accompagner mon père dans ses expéditions ! J’ai surmonté tant de dangers, si vous pouviez imaginer ! Ah, j’entends la calèche qui va me conduire au port ! Cocher ! Par ici ! On chargea mes affaires et me voilà partie pour la grande aventure. Trois jours plus tard, j’arrivais à Bristol. Sur les quais, la goélette où j’allais embarquer m’attendait. C’était un navire qui faisait du commerce entre l’Angleterre et les Indes. Le capitaine, un ancien camarade de collège de mon père, m’avait accepté à contrecœur pour la traversée. Il était très superstitieux et croyait dur comme fer qu’une femme à bord, ça porte malheur ! Notre vaisseau était fin comme un oiseau. Sa coque brillait de mille feux. Il était bien armé par dix canons à bâbord, et dix autres à tribord. Au mât d’Artimon, flottait le pavillon de ma bonne Angleterre. La proue était ornée d’une statue en bois représentant une sirène. Trente marins étaient à la manœuvre, et comme depuis que le monde est monde, Bristol est le pays des plus fins matelots, on n’avait jamais vu sur les mers plus bel équipage. Le capitaine ordonna de lever l’ancre. Je gravis la passerelle qui reliait le pont du navire au quai ; ce fut à ce moment que se produisit un événement inattendu. J’entendis au loin une voix familière qui hurlait : - Mademoiselle Carlway ! Mademoiselle Carlway ! Attendez-moi ! Parmi la foule, j’aperçus la silhouette de John mon domestique, qui se frayait un passage en bousculant tout le monde. Au moment où on retirait la passerelle, il jeta ses malles à bord, s’agrippa à une corde et se hissa sur le pont. Ah, vous, quel pot de colle ! lui fis-je remarquer. -- S’il vous arrivait malheur, Mademoiselle, ma vie ne serait plus rien sans vous ! - Bon allez, trouvez-vous une cabine ! Dès que nous eûmes gagné le large, le capitaine fit mettre toutes les voiles dehors. Le vaisseau fut porté par la brise qui se levait. Durant les longs mois de traversée, j’ai lu et relu une copie de cette fameuse carte que mon père m’avait laissée avant son départ pour les Indes et les îles sauvages. Il l’avait achetée un bon prix à un vieux pêcheur de Malaisie, quelques années plus tôt. Cette carte, croyait-il menait au « Pays des dragons ». C’était au cours d’une expédition pour atteindre ce territoire mystérieux qu’il avait disparu, dix-neuf mois auparavant.J’avais alors décidé de remonter sa piste coûte que coûte, convaincue de le retrouver.  - 1 -
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 Nous naviguâmes sans encombre pendant sept mois. Le temps était beau et la mer calme. Alors que nous étions presque arrivés à bon port, de gros nuages tout noirs et lourds s’accumulèrent à l’horizon. Le capitaine avait l’air inquiet : - Tonnerre de Brest ! Un grain se lève, les gars ! Amenez la grand-voile ! Mais les matelots n’eurent pas le temps d’exécuter cette manœuvre ! La tempête arriva brusquement, les vagues devenaient aussi hautes que des montagnes ! C’était un déluge, un véritable ouragan ! Le navire se penchait de bâbord à tribord ; les voiles furent déchirées par le vent qui hurlait ! La coque craquait de partout, le capitaine n’arrivait même plus à tenir la barre. Je l’entendis s’écrier : - Ah ! Je le savais bien qu’une femme à bord, ça porte malheur ! Au même moment, le haut du mât de misaine s’envola et retomba sur la tête du capitaine, qui fut assommé. John se précipita et mit le blessé à l’abri. Alors, je décidai de prendre la barre… Des hommes protestaient : - Mais que fait-elle ? Arrêtez-la ! -- On va chavirer ! - Le commandant avait raison ! Mon fidèle serviteur John rétorqua : - Quoi ? Vous n’avez pas confiance en Ashley Carlway, la fille du célèbre scientifique Archibald Carlway, explorateur et navigateur du siècle ? A ces mots, tous les matelots lancèrent un « hourra ! » qui m’encouragea de plus belle. Je pris alors la décision qui allait nous sauver la vie. Ayant repéré un îlot non loin de là, je criai : - Aux avirons ! On va ramer les gars ! Souquez ferme ! John ajouta : - Oh, hisse ! Et une bouteille de rhum ! En avant toute ! Je dirigeai le vaisseau, qui ressemblait à une coque de noix dans les flots déchaînés, jusqu’à une crique à l’abri du vent, dans des eaux plus calmes. Après une nuit terrible, la tempête s’apaisa. Le capitaine avait repris connaissance. Il reconnut, non sans mal : - Hum, j’avais tort, vous nous avez sauvé la vie, ma chère Ashley !  Quelques jour plus tard, nous arrivâmes a Calcutta, le terme du voyage pour la goélette et son équipage. John et moi, nous fîmes nos adieux et nous nous dirigeâmes vers le palais du gouverneur, un ami de mon père. Le vieil homme nous accueillit très chaleureusement. Il nous renseigna sur mon père : Eh bien, la dernière fois que je l’ai vu, il est parti pour les îles de l’Est, dans les Mers Maudites. Je lui -ai pourtant déconseillé de se rendre dans ces zones inexplorées, mais ce vieux fou n’en faisait qu’à sa tête ! - Oui, oui, je sais, répondis-je. Et cette carte, elle vous dit quelque chose ? - Ah, je l’ai déjà vue ! Archibald y tenait plus que tout… Mais c’est sans doute une fausse ! Les pêcheurs de Malaisie, ce sont des pirates de la pire espèce ! C’est mon seul indice pour le retrouver ! Je pars sur le champ ! -Le gouverneur m’offrit les services de ses matelots pour nous conduire aux îles de l’Est à bord d’une jonque.  2 --
********* + ) $ #%  1  ,   2 #     %%-%&   L’équipage, une dizaine de solides gaillards, était à mes ordres pour suivre le cap indiqué sur la carte de mon père : Nord, nord-est, cinquante miles, longer les îles aux oiseaux de Paradis…  Nous naviguâmes sur des paysages merveilleux. De petits îlots rocheux étaient fièrement dressés parmi les flots turquoise. Des arbres aux fleurs multicolores les surmontaient.  Mais le quartier-maître ronchonna : - Hum, p’tite demoiselle, ce n’est pas une très bonne idée de continuer par ici… Les rumeurs et les légendes disent qu’il y a d’affreuses bêtes, des dragons géants mangeurs d’hommes ! - Justement, répondis-je, c’est là-bas que nous allons, mon père était parti à la recherche de ces reptiles. A ces mots l’officier devint blafard, comme s’il était pris de nausées. Il comprit que je ne reculerais devant rien. Il ajouta d’une voix tremblante : - Vous voyez ces îles autour de vous ? Des cannibales y vivent, le soir ils allument des feux et ils tapent sur leurs tam-tams pendant leurs festins ! Et il regagna sa cabine en tournant les talons. Le soleil disparut de l’horizon et un brouillard épais descendait très bas, envahissant l’archipel. Les îles encore visibles à la clarté pâle de la lune semblaient flotter sur l’eau, telles des crânes noirâtres, rendant la scène lugubre. Soudain un vent frais passa au-dessus de nos têtes, des cris stridents, des petits yeux rouges…C’était un énorme vol de chauve-souris vampires ! Le quartier-maître était affolé : - Quelque chose les a effrayées, ce n’est pas bon signe ! - Oh, mais arrêtez de vous plaindre tout le temps ! répondis-je. Un matelot reprit : - On entre dans le domaine des esprits naufrageurs ! Malheur à nous ! Et il claquait des dents. En effet, autour de la jonque, des récifs affleuraient la surface de l’eau. Des épaves étaient échouées ça et là, et on voyait même sur les rochers quelques squelettes blanchis. J’ordonnai alors : - Mouillez l’ancre, les gars ! On passe la nuit sur place, sinon on va finir comme ces pauvres naufragés ! Après une courte nuit d’un sommeil agité, ce furent les cris de John qui me réveillèrent : - Mademoiselle Ashley ! Mademoiselle Ashley ! Les brigands ! les poltrons ! les poules mouillées ! - Mais que se passe-t-il donc ? demandai-je. L’équipage s’est enfui à bord d’un canot ! Ils ont profité de la nuit pour filer à l’anglaise ! -
********** + ) $ # %  3  ,  . $  -" $% &  Nous continuâmes seuls. Un matin brumeux s’était levé. Je dus manœuvrer entre les écueils et îlots que je voyais à peine. Je voulais gagner la haute mer au plus vite. Mais le destin en décida autrement : - Voile à bâbord ! s’exclama John !
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Je pris la longue-vue de cuivre. Un grand vaisseau noir comme les ténèbres s’approchait. Il caressait la surface de l’eau, semblable à un calamar géant… Malheur ! Le pavillon noir des pirates ! L’ombre de la mort filait à toutes vagues vers nous ! Nous étions perdus ! C’était le Blackbird ! La terreur des océans ! Notre dernière heure était arrivée ! En quelques encablures, la goélette des flibustiers s’était rapprochée de notre jonque, nous étions à portée de leurs canons… Tout l’équipage des pirates, ces gentilshommes de fortune, ces bandits, était sur le pont. Les forbans se ressemblaient tous : c’étaient des brutes épaisses, plus moches les unes que les autres. Ils portaient un bandana blanc à pois rouges, une bonne centaine de balafres les défigurait. Leur regard de tueur était aussi profond que les abysses de l’océan. Ils avaient une grosse boucle d’oreille en or et ils étaient armés jusqu’aux dents ! Leur capitaine était encore pire que dans mes cauchemars ! Il portait un tricorne noir à bords rouges d’où dépassait de longs cheveux mal coiffés, pareils à des bouts de ficelle, roux comme les flammes de l’enfer. Sa bouche édentée faisait un sourire cruel. Il avait une jambe de bois et un perroquet se tenait sur son épaule ! Alors, cet affreux capitaine vociféra : - A l’abordage ! Capturez-les !!! Nous étions piégés, sans défense… Le vaisseau des pirates était tout proche. Une volée de grappins arriva sur nous ! Des forbans, le couteau entre les dents, agrippés à des cordages, se jetèrent sur John et moi comme des bêtes sauvages ! Submergés par leur nombre, nous fûmes capturés. Nous nous retrouvâmes ligotés et enfermés dans la cale de la goélette. Les forbans pillèrent joyeusement notre jonque, emportant tout ce qui s’y trouvait. J’en avais peur, notre aventure allait se terminer ici, je ne retrouverais jamais mon père. Ces vauriens demanderaient sans doute une rançon contre notre libération, ou bien ils nous jetteraient tout simplement aux requins… ********** + ) $ # %  4  , % $ " " $ 5%  ) $ %#  6   Le navire sur lequel nous nous trouvions tanguait dans tous les sens. Il faisait noir. Je ne savais pas ce qui se passait dehors. J’entendis un pirate sur le pont qui hurlait un ordre : - Remontons le fleuve ! Puis ce fut le silence, qui se prolongea infiniment. Il y avait un petit trou dans la coque moisie, j’essayai de regarder. Je voyais des feuillages exotiques, des lianes qui pendaient comme des chevelures verdâtres. Des singes excités sautaient de branche en branche et semblaient effrayés. La rivière devenait de plus en plus étroite. On nous fit débarquer et on monta dans des canots. Nous continuâmes ainsi, toujours ligotés. La nuit commençait à tomber. Des torches, des flambeaux étaient plantés au bord de la rivière. Des crânes lumineux éclairaient la rive. Le feulement d’un tigre tout proche nous fit sursauter. Puis nous vîmes deux énormes tours de chaque côté de la rivière. Des squelettes armés semblaient garder une entrée. Enfin, nous voilà devant une cascade qui coulait de la bouche d’un crâne géant en pierre. Le capitaine mit la main sur un levier et l’abaissa.
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La cascade s’arrêta de couler et laissa apparaître un tunnel secret. Nous l’empruntâmes et bientôt, nous arrivâmes à un petit port bien caché dans cette jungle. C’était le repaire des pirates, celui que toute la marine anglaise recherchait, sans jamais l’avoir découvert ! Sur les quais traînaient des tonneaux de rhum. Des squelettes pendaient à des grappins. De la musique sortait d’une grande bâtisse en bois. En passant devant, j’aperçus des forbans qui dansaient sur les tables, d’autres qui jouaient aux dés, et même quelques-uns qui se battaient avec des sabres d’abordage. Un flibustier nous fit entrer là-dedans et nous poussa jusqu’à un sombre escalier. Là-haut ce devait être l’antre de leur chef suprême ! On nous conduisit effectivement jusqu’à lui. C’était Redeyes, le pirate le plus recherché en Asie ! Il avait l’air content de nous voir. Il se mit à ricaner : - Ah ! Ah ! Deux parfaits aristocrates ! Et que font-ils par ici, mille tonnerres ? Ils croyaient trouver un carrosse ? Ah ! Ah ! Ah ! A cet instant précis, un forban déboula à toute allure dans la pièce où nous nous trouvions. Il brandissait la carte de mon père en hurlant : - Chef ! Chef ! Regardez ce que j’ai trouvé dans les affaires de la fille ! Et là, il m’est venu une idée lumineuse. Je fis semblant d’être désespérée. Je me mis à sangloter : Oooooh nooon ! Ils ont trouvé LA CARTE DU TRESOR !!! Malheur, misère !!! -Dès que je prononçai le mot TRESOR, une foule de pirates apparut précipitamment, comme un vol de mouettes sur une caisse de sardines ! - J’ai entendu TRESOR ? - Qui a parlé de TRESOR ? Où ça, un TRESOR ? - Silence, tout le monde ! ordonna Redeyes. Un trésor ? Passe-moi cette carte ! Hum ! ajouta-t-il après l’avoir examinée, un trésor sur l’île des dragons ? Mais elle est maudite, personne n’y va jamais ! Je fis semblant de sangloter encore plus : - Ouiiiiin ! C’est bien pour cela que personne n’a jamais trouvé ce TRESOR ! Ah, quelle journée ! - C’est mon jour de chance ! C’est mon jour de chance ! s’exclama le chef, qui montrait sa joie en dansant sur place. Il s’adressa à ses forbans. - On va faire fortune, les gars ! Demain, cap sur l’île des dragons ! Dans la foule des canailles, ce fut le silence total. Des pirates restaient bouche bée, d’autres étaient blancs comme l’écume, les yeux exorbités. Le quartier-maître, vert de peur, bégaya : - Vous parlez sérieusement, chef ? Tous ceux qui ont voulu risquer leur peau en cette terre maléfique n’en sont jamais revenus ! Même le terrible Capitaine Shark y a disparu ! Et on raconte, ajouta un matelot, que des monstres hantent cet enfer… -- Et les cannibales ? Des marins ont parlé de sauvages cannibales ! Malheur ! Pour lever leurs craintes, je continuai à jouer la comédie : - Ooooh ! Et dire que ce trésor représente ce qu’il y a de plus précieux au monde, il sera perdu à jamais ! Ooooh, quelle misère ! Mes paroles ont eu de l’effet : les yeux de tous ces flibustiers étaient devenus brillants comme des lingots dorés. - Assez discuté ! trancha Redeyes. Demain, on lève l’ancre ! Enfermez ces deux-là au cachot, ils nous accompagneront, ils l’ont bien mérité ! Ah, ah, ah ! - Hourra ! Hourra ! répondirent les pirates. Jusque là, mon plan fonctionnait à merveille.
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********** + ) $ # % 7  , ? 9  89 :  ) $ % # % ) " #$ &  Le quartier-maître nous jeta dans une cellule, une sorte de cage dans une épave retournée, échouée sur la plage. Il faisait noir, des rats couraient partout, c’était humide et infect. Tout à coup, une voix grave, venue de l’obscurité de la cellule, nous lança : - Ça fait longtemps que j’avais pas eu de compagnie ! Nous sursautâmes, John et moi. Je poussai même un cri de surprise. La voix reprit : - N’ayez pas peur, je suis Black Jack, un pirate repenti ! Je distinguai son visage, aux longs cheveux ébouriffés, les yeux clairs comme les eaux des Caraïbes, le teint hâlé, une petite moustache. Il était vêtu de haillons. Mon fidèle serviteur John le questionna : - Mais que faites-vous ici ? Notre nouveau compagnon expliqua : - J’ai voulu abandonner la piraterie, ainsi j’ai trahi notre code d’honneur. Je dois être marronné dans les prochains jours. - Marronné ? Qu’est ce que c’est ? demanda John. - C’est un ignoble châtiment pratiqué par les pirates, répliqua Jack. Le coupable est abandonné seul sur une île déserte. De nouveau j’eus une illumination. Je pris la parole : - Aimerais-tu être libre ? - Hélas, si j’échappe au capitaine Redeyes, ce sont les Anglais qui me pendront pour mes actes de piraterie ! se lamenta le repenti. - Et si je t’offrais l’asile dans mon pays ? J’ai des amis haut placés ! - Oh ! Alors je ferai tout ce que vous me demanderez ! s’écria l’autre. Je m’approchai deBlack Jack et je chuchotai : - Pss…Pss…Bla … - Mais les pirates… - Non, psst… aucun risque… Bla, bla…John est très fort… Marché conclu ? Marché conclu ! -Et nous nous serrâmes la main. John, qui avait tout entendu, protesta : - Vous n’y pensez pas, Mademoiselle Ashley, je ne peux pas vous abandonner ! - Allons, mon cher, vous êtes notre seule chance, n’oubliez pas que vous avez gagné 4 fois la course de canots sur la Tamise avec votre ville d’Oxford ! - Oui, mais … - Assez discuté ! C’est cette nuit que vous vous évadez, et Jack aussi! Les pirates avaient, comme à leur habitude, fêté notre capture. Ils s’étaient soûlés comme des mulets et ils ronflaient tous, tels des cochons.                     A l’aide d’une épingle pour tenir mes cheveux, j’ouvris délicatement la porte de la cellule. John et Jack se faufilèrent, avec des précautions de matou en chasse, jusqu’à une barque au bord de la rivière. Je refermai la porte derrière moi.
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Au matin, lorsque les pirates se réveillèrent avec la tête encore dans le brouillard, ils n’y comprirent rien. Ils allèrent voir le chef en s’essuyant les yeux. Redeyes entra dans une colère noire ! Les pirates chargés de nous surveiller, qui avaient eux aussi fait la fête, avaient filé en douce. Une fois de plus, je jouai la comédie : - Oh, que s’est-il passé pendant mon sommeil ? Nous aurait-on ouvert la porte ? Et mes compagnons m’ont abandonné ? Ah, les ingrats ! Redeyes ordonna : - Bande d’incapables ! Cherchez-les au lieu de rester figés sur place, tonnerre de Brest ! Les pirates cherchèrent John et Jack partout sur l‘île, soulevèrent le moindre rocher pour voir s’ils n’étaient pas dessous, écartèrent les feuillages du plus petit buisson et au bout de plusieurs longues heures, ils rentrèrent au camp sans les fugitifs. Puis soudain, le mousse déboula dans la cahute du chef et il bégaya : - Les… L… Les chaloupes ! - Quoi ? répondit Redeyes. Elles ne sont pas parties, hein ? - Justement, oui ! Un des canots a disparu ! - Ah, ces vauriens veulent nous piquer le magot, mais ils vont couler dans les eaux ténébreuses de l’océan profond ! Et sur un ton solennel il ajouta : - Les gars, on lève l’ancre au coucher du soleil ! Je ne savais pas encore à ce moment-là que Redeyes lui-même frissonnait à la simple pensée de l’île aux dragons, lieu maudit entre tous. Mais il ne pouvait pas résister à la tentation du mot « trésor ». Nous partîmes peu de temps après.
********** + ) $# % ;  , 2  -/  % * " &   Sur l’océan immense, le pire qui puisse arriver à un marin ce n’est pas une tempête mais au contraire une mer d’huile, le calme plat. Pas un souffle de vent. Nous dérivions depuis des jours sous un soleil de plomb. Au début, alors qu’ils en avaient encore la force, ces forbans se battaient à longueur de temps à cause du rhum et d’une histoire de femme. (Ce ne pouvait être que moi !) Quand l’alcool commença à manquer, ils continuèrent à se disputer pour des jeux de cartes et de dés. La situation ne s’arrangeait pas, je craignais pour ma vie. Heureusement, un matin de bonne heure, la vigie se mit à hurler : - Terre ! Terre en vue, droit devant ! Ouf, enfin je respirais ! En compagnie de ces crapules, le voyage fut vraiment long et pénible. De loin, l’île apparaissait comme une émeraude entourée de poudre d’or. Un volcan crachait une épaisse fumée noire, ce qui annonçait peut-être une éruption imminente. Plus nous approchions, plus la mer devenait déchaînée. Des vagues d’au moins quatre yards venaient s’écraser sur des récifs noirâtres. Le capitaine Redeyes s’avéra dans ces conditions un navigateur hors pair. Il manoeuvra habilement et réussit à nous faire passer la barre d’écueils. Puis il hurla : Mouillez l’ancre, paresseux ! Du nerf ! -Les pirates mirent les chaloupes à la mer et me jetèrent violemment dans l’une d’elles. Le quartier-maître ordonna : - Souquez ferme, sinon vous allez tâter de mon fouet !
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Les matelots répliquaient : - Oooh… hisse ! Et une bouteille de rhum ! De plus près, l’île avait l’air déserte, mais avec une forme d’hostilité que je ne saurais décrire. Je pouvais distinguer des cocotiers, des herbes hautes, ainsi que des végétaux d’espèces inconnues. Un pirate s’écria : - Les arbres ! Regardez les arbres ! Ce ne sont pas des branches, ce sont des tentacules ! Un autre répondit : - Tu as la berlue ou quoi ? Ce sont les lianes qui bougent ! Sur la plage toute proche, je vis soudain une silhouette de forme humaine apparaître un instant, puis elle se volatilisa dans la jungle inhospitalière ! Nous échouâmes les canots et nous débarquâmes sur le sable doré. La, se trouvaient des empreintes fraîches de monstres à trois doigts griffus et aussi d’innombrables traces laissées sans doute par une multitude de reptiles de grande taille. Nous entendîmes le cri strident d’un animal inconnu, venant des collines à quelques miles d’ici. Un vol d’oiseaux multicolores, visiblement effrayés, passa alors au-dessus de nos têtes. Les pirates se mirent en colonne. Ils sortirent les mousquets et les sabres d’abordage. Ils portaient les vivres et le dernier tonneau de rhum, moi ils m’avaient chargée de pelles et de pioches. La végétation paraissait impénétrable. Redeyes, à l’aide de la carte et d’une boussole, ouvrait la marche. Nous devions nous frayer un passage, à coups de sabres, parmi ces feuillages exotiques, qui nous cachaient le ciel. Nous progressions difficilement sous un véritable tunnel de verdure. La jungle nous submergea de son atmosphère malsaine : odeurs de bois pourrissant, boue gluante et pesante. Nous dûmes traverser des marécages vaseux, enjamber des racines glissantes, éviter des rochers coupants, endurer les morsures de fourmis rouges et les piqûres de bestioles volantes affamées. Nous risquions à chaque pas de disparaître dans des sables mouvants ou d’être mordus par les innombrables serpents qui étaient présents partout : dans les branches, sur le sol, sous chaque rocher… Au bout de plusieurs jours d’épuisement, le paysage commençait à s’éclaircir, les grands arbres étaient plus clairsemés. Nous suivions le cours d’un ruisseau paisible, bordé par de hautes montagnes escarpées. La nuit suivante fut plus sombre que les ténèbres et au matin, le jour plus brillant que le soleil. Sur la carte de mon père, ce lieu s’appelait « la vallée des dragons . » Au détour d’un sentier, nous tombâmes stupéfaits : devant nous, était dressé un totem en bois de plusieurs yards de hauteur. Il représentait un être monstrueux, comme un lézard de grande taille, aux dents acérées, à l’air féroce. Un forban, tremblant comme une feuille, balbutia : - C’est-y pas… C’est l’ territoire interdit, qu’on parle dans les légendes ? Ah ! Le malheur est sur nous ! Un autre pirate s’approcha du totem, une lueur dorée dans le regard. Il ricanait : - Hé les gars ! Les yeux de cette chose, là… ce sont des énormes RUBIS !!! Le pirate sortit son coutelas et voulut escalader le totem. Je le prévins : - A ta place, je ne ferais pas ça ! Il me répondit : - Oui, mais tu n’es pas moi, et avec ces rubis je pourrais m’en payer des tonneaux de rhum ! Ah voilà, je l’ai eu !
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Le flibustier avait réussi à arracher un joyau. Un instant après, un sifflement surnaturel, venu de nulle part, résonna dans toute la vallée ! - C’est le signal ! hurla Redeyes. Rappelez-vous la prophétie des anciens pêcheurs : « si tu entends le cri du maître des dragons, les ténèbres te prendront ! » Ils arrivent ! Courons, les gars ! Je ne savais pas de quoi ils parlaient, mais je suivis la colonne. Nous filâmes droit devant, sans nous retourner. Les herbes hautes nous cachaient toute visibilité. De nouveau le sifflement ! On aurait dit qu’il se rapprochait, de plus en plus ! Nous accélérâmes encore l’allure. Nous courions à perdre haleine. Quand tout à coup… - Aaaah ! Un grand cri… le pirate qui était devant avait stoppé net. Nous nous trouvions au bord d’un ravin haut de quelques yards. Et au dessous de nous… une vision d’horreur !Des carcasses d’animaux, des squelettes de toutes sortes… et au milieu… des dizaines de dragons ! C’étaient des bêtes immondes, comme des lézards gigantesques, le corps recouvert d’écailles sombres, dures comme du silex. Leur queue d’un yard de long ressemblait à celle des serpents. Ils avaient des pattes courtes, avec quatre doigts griffus. Une langue fourchue sortait de leur gueule immense et baveuse. Ils nous regardaient de leurs petits yeux cruels, jaunes, fendus d’une pupille verticale. Plusieurs de ces bêtes essayèrent alors d’escalader le ravin pour nous atteindre. Le quartier-maître se mit à beugler : - Je marche plus dans cet’ histoire ! Fuyons ! Un autre pirate ajouta : - Décampons ! Chacun pour sa peau ! Ce fut la panique totale ! Redeyes essayait de rassembler ses matelots, mais personne ne l’écoutait ! Les forbans se dispersèrent parmi les hautes herbes, dans toutes les directions. Plus personne pour me surveiller ! Je saisis ma chance et me mis à courir ! Autour de moi, des pirates hurlaient, probablement poursuivis par ces être horribles. Du bruit juste derrière moi, les herbes qui bougent, on me poursuivait ! Quelque chose m’attrapa par le pied ! Je hurlai et je tombai en avant. Ma tête heurta un rocher, je sombrai dans les ténèbres.  Ma première surprise quand je me réveillai fut de constater que j’étais vivante et en bonne santé, allongée sur une paillasse confortable. Je me trouvais dans une hutte en bois. Il faisait sombre. Au centre de la pièce, des braises se consumaient dans un foyer. Un bol en terre cuite était rempli d’un bouillon fumant. Une corbeille débordait de fruits appétissants. Les murs étaient tapissés de peaux de bêtes. Je me demandais ce qui avait bien pu m’arriver, quand le rideau en cuir de l’entrée s’ouvrit. Devant moi, se tenait un personnage imposant. C’était une sorte de sorcier d’une tribu sauvage. Il était d’une taille plus grande que la moyenne, avec de larges épaules, musclé comme un docker du port de Bristol. Il avait de longs cheveux noirs en pétard, retenus par un bandeau en coquillages blancs orné de plumes multicolores. A ses oreilles, pendaient d’énormes anneaux en or. Son nez aplati était traversé par un osselet. Beurk ! Quelle horreur ! Il avait la peau noire comme l’ébène, toute couverte de tatouages dorés, représentant des animaux fantastiques. Il aurait inspiré l’effroi, si ce n’étaient ses yeux pleins d’une curieuse douceur, et ce sourire bizarre au coin des lèvres.
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Quel ne fut pas mon étonnement quand il s’adressa à moi dans ma propre langue, avec un fort accent indien : - Viens avec moi, notre chef veut te voir ! Je le suivis à l’extérieur. C’était un village de huttes rondes, aux toits de chaume surmontés de défenses d’animaux inconnus. Des hommes, des femmes et des enfants se dirigeaient dans la même direction que nous, au son des tam-tams. Partout sur les allées en terre rouge, des dragons déambulaient tranquillement, sans doutes apprivoisés ! Moi je préférais les contourner. Je suis courageuse, mais pas téméraire ! Mon guide me conduisit jusqu’à une grande place, comme une arène. Autour, se tenaient les villageois armés de lances et de boucliers. Au centre, sur un trône incrusté de pierres précieuses, était assis un personnage au visage couvert d’un masque de dragon, identique au totem rencontré en chemin. Il était vêtu d’une tunique ample, couverte elle aussi de joyaux. Puis ce personnage, qui devait être leur roi, se leva. Tout le monde se prosterna. Je fis de même. L’homme donna un ordre ; tous se relevèrent, mais moi, en entendant cette voix, je fus parcourue d’un frisson, une sorte de déclic qui me fit courir vers lui ! Aussitôt, les guerriers m’encerclèrent, pointant leurs lances. Le roi s’adressa à la foule : - Pas de sacrifice, j’ai dit ! Un murmure réprobateur se fit entendre. Puis il se tourna vers moi et continua… en latin, la langue que mon père m’avait enseignée depuis mon enfance : - Ma fille bien aimée, c’est bien moi, ton père, mais fais comme si de rien n’était ! A grand- peine, je me retenais de pleurer, au fond de moi j’étais si contente ! Je reculai de quelques pas. Le sorcier qui m’avait conduite sans le savoir à mon père prit la parole : - Je l’ai si bien soignée, comme le veut la coutume, ce serait du gâchis de ne pas la sacrifier ! E t les autres reprenaient : - Sacrifice ! Sacrifice ! Je sentais que ça tournait mal. Mon père interrompit : - Soit ! L’étrangère sera sacrifiée à la prochaine lune ! Amenez-la dans ma hutte, et je la conduirai ensuite moi-même au temple ! J’ai dit ! Les guerriers accueillirent ces paroles par des cris de joie. Poussée par les lances dans mon dos, je fus conduite jusqu’à la hutte du chef, à l’écart du village. Des gardes armés jusqu’aux dents de lances et de poignards se tenaient à bonne distance. Dès que nous fûmes seuls, je me jetai dans les bras de mon père. Nous nous mîmes à pleurer d’émotion. - Enfin je te retrouve, mon cher père ! - Ma fille, je n’ai jamais douté que tu me retrouverais ! Mais ne perdons pas de temps… Voici mon histoire ! L’expédition que j’avais préparée a tourné au désastre ! Mon navire s’est brisé sur les récifs devant cette île maudite, tout l’équipage a péri dans le naufrage, je suis le seul survivant. Puis j’ai exploré le territoire, je suis tombé sur cette tribu. Ce sont des cannibales, tous ceux qui débarquent ici sont sacrifiés devant leur pierre sacrée, un saphir énorme. - Quelle horreur ! Et comment tu t’en es sorti ? - Ah ! Grâce à mes connaissances scientifiques, ils ont vu que je pouvais faire du feu avec une loupe, forger des armes bien meilleures que les leurs, prédire la course des étoiles...Pour eux, c’était de la magie. - Oh, Alors ils t’on pris pour un dieu ? - C’est à peu près ça ! Je leur ai même appris notre langage, mais je n’ai pas complètement gagné leur confiance. Cependant, ils ont renoncé à me sacrifier. Pour l’instant !  10 --
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