Magnon pujo Cyril Juin

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Niveau: Supérieur, Master

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Magnon-pujo Cyril Juin 2007 1 UNIVERSITE PARIS 1 PANTHEON – SORBONNE Département de Science Politique Année universitaire 2006 – 2007 REPRESENTER ET REGULER LA VIOLENCE PRIVEE Le cas de BAPSC -the British Association of Private Security Companies- comme association professionnelle des compagnies de sécurité privée britanniques. Magnon-pujo Cyril Master 2 Recherche – mention Relations Internationales Sous la direction de Monsieur le Professeur Michel Dobry.

  • évolutions de la sécurité privée

  • d?expression des compagnies

  • expressions d?une

  • sécurité privée

  • violence privee

  • profession

  • faire face aux problematiques inherentes

  • renouvellement profond de la profession de soldat privé


Publié le : vendredi 1 juin 2007
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Magnon-pujo Cyril Juin 2007


UNIVERSITE PARIS 1 PANTHEON – SORBONNE

Département de Science Politique

Année universitaire 2006 – 2007












REPRESENTER ET REGULER LA VIOLENCE PRIVEE

Le cas de BAPSC -the British Association of Private Security Companies-
comme association professionnelle des compagnies de sécurité privée
britanniques.
















Magnon-pujo Cyril


Master 2 Recherche – mention Relations Internationales
Sous la direction de Monsieur le Professeur Michel Dobry.


1 Magnon-pujo Cyril Juin 2007











L‟université n‟entend donner aucune approbation
ni improbation aux opinions émises dans ce mémoire.
Ces opinions doivent être considérées comme propres à leur auteur.
2 Magnon-pujo Cyril Juin 2007












Pour des raisons de confidentialité et de non autorisation à la reproduction
publique de certains documents, entretiens et citations (figurant dans le corps de
texte et en annexe), cette version du mémoire a été remaniée et expurgée de
certains passages.
Cet exemplaire ne correspond ainsi pas intégralement à la version discutée lors
de la soutenance de ce travail.
3 Magnon-pujo Cyril Juin 2007



SOMMAIRE

SOMMAIRE .......................................................................................................................................... 4

INTRODUCTION . 5

I – LA GESTATION D’UNE INITIATIVE INEDITE
Ou la création de BAPSC dans le contexte d‟une sécurité privée en évolution ............................... 14

I – 1. NOUVEL ENVIRONNEMENT, NOUVEAUX BESOINS ? ........................................ 15
I – 1.1. Les deux faces d‟une même pièce :
Sur le tournant du 11 septembre 2001 et de la guerre en Irak. .... 15
I – 1. 2. Sur la rhétorique des « nouvelles activités ». ............................................................. 22
I – 1. 3. Le marché britannique de la sécurité privée :
des spécificités incontournables ................................................. 26

I – 2. FAIRE FACE AUX PROBLEMATIQUES INHERENTES
A LA SECURITE PRIVEE. ............................................................................................. 34
I – 2. 1. L‟enjeu de la réputation. 34
I – 2. 2. La question du rapport à l‟Etat. ................... 40
I – 2. 3. Sur le besoin et la logique de la différenciation. ......................... 46

I – 3. LA MISE EN PLACE D’UNE ORGANISATION « HYBRIDE ». .............................. 53
I – 3. 1. A l‟origine du projet. ................................................................................................... 53
I – 3. 2. Sur les missions de BAPSC. ....................... 60
I – 3. 3. Des objectifs nécessairement incompatibles ? ............................ 68

II – BAPSC : QUEL ACTEUR POUR LA SECURITE PRIVEE BRITANNIQUE ? ................. 75

II – 1. LA REPRESENTATION DES COMPAGNIES DE SECURITE PRIVEE. ............. 76
II – 1. 1. S‟affirmer comme un protagoniste crédible. ............................................................. 76
II – 1. 2. Etre spécifique face aux initiatives parallèles ............................ 84

II – 2. L’ACTION REGULATRICE DE BAPSC :
FER DE LANCE OU FAIRE-VALOIR ? ..................................................................... 93
II – 2. 1. La régulation : objectif fondamental ? ....... 93
II – 2. 2. Une activité philanthropique ? ................................................................................. 100
II – 2. 3. Un travail indépendant et inédit ? ............ 107

II – 3. BAPSC OU LE REFLET DES LOGIQUES DU MARCHE DE LA SECURITE
PRIVEE. ......................................................................................................................... 116
II – 3. 1. De la difficile synthèse des attentes et positions de ses membres. .......................... 116
II – 3. 2. BAPSC, l‟ « action collective » de sécurité privée britannique ? ............................ 123

CONCLUSION .................................................................................................................................. 134

BIBLIOGRAPHIE ............................ 140

TABLE DES MATIERES ................................................................................................................ 148

4 Magnon-pujo Cyril Juin 2007


INTRODUCTION

Si les acteurs immergés dans un milieu qu‟ils sont censés représenter et réguler le
qualifie eux-mêmes de très secret, cela permet de saisir tant l‟intérêt que la difficulté de se
pencher sur la question des compagnies de sécurité privée et de leur mode de représentation,
désir qui motive cette étude. En effet, animée par une volonté de compréhension de la part
1britannique de cette industrie « shrouded in secrecy » - selon les termes de Chris Kinsey -,
2cette recherche s‟attelle à l‟analyse d‟un nouvel acteur de la sécurité privée au Royaume-Uni,
une association à la fois représentante et régulatrice de ce secteur : the British Association of
Private Security Companies (BAPSC), officiellement créée en février 2006. Récent et inédit,
ce protagoniste, objet principal de notre recherche, nous apparaît en effet comme digne
d‟intérêt, comme un prisme révélant positions, besoins et expressions d‟une industrie
britannique de la sécurité en profond changement.

Les évolutions de la sécurité privée
En pleine rénovation depuis les années 1990, le marché de la sécurité privée n‟a
depuis cessé de croître, jusqu‟à faire aujourd‟hui part de sa volonté de s‟organiser et de se
réguler, notamment dans le monde anglo-saxon, lieu principal d‟expression des compagnies
de sécurité privée qui nous intéressent. En effet, en une vingtaine d‟année, cette industrie,
passée des controversées armées privées telles Executive Outcomes et Sandline aux « Private
Military Companies » comme Dyncorp, s‟est de même structurée autour de la forme des
compagnies de sécurité privée à l‟image d‟ArmorGroup ou Aegis. Ces changements
témoignent alors du renouvellement profond de la profession de soldat privé qui, jusque dans
les années 1970, se limitait à la forme bien connue du mercenariat, profession millénaire
qualifiée parfois de second plus vieux métier du monde. En effet, face aux critiques faites à
l‟encontre des « barbouzes » de la décolonisation obligeant les mercenaires à se faire discrets
pour un temps, la sécurité privée va revenir sur le devant de la scène mais dans une forme
évoluée, une configuration entrepreneuriale de structures qui s‟apparentaient jusqu‟alors à des
réseaux d‟individus isolés. Réapparue et renouvelée dans les années 1990, la profession de

1 Chris Kinsey est l‟auteur reconnu de: Corporate Soldiers and International Security: the Rise of Private
Military Companies, New York, Routledge, 2006, 208 p.
2
Par sécurité privée nous entendons, entendrons et reprenons le terme employé par la profession pour qualifier le
secteur des compagnies militaires et de sécurité privée, agissant dans l‟industrie de la sécurité privée active à
l‟internationale. Ceci exclu de fait et définitivement les entreprises de sécurité commerciale à l‟image des
sociétés de gardiennage oeuvrant uniquement dans le pays de leur domiciliation.
5 Magnon-pujo Cyril Juin 2007


soldat privé démontre ainsi son utilité, se réaffirmant une fois encore comme un acteur
incontournable et nécessaire à la conduite d‟opérations armées. Désormais, la sécurité privée
se présente donc différemment. Nous avons en effet affaire à des entreprises, proposant divers
services, et portées par la fin de la guerre froide, la démobilisation des armées (mettant à
disponibilité sur le marché hommes et matériels) et le désengagement des deux
superpuissances des conflits périphériques, créant une croissance forte de la demande de
sécurité privée. Aidées par l‟affirmation de l‟idéologie libérale et le développement des
privatisations, renforçant l‟image et le rôle du privé, ces entreprises militaires privées vont
donc se développer rapidement. Néanmoins, il convient selon nous de distinguer des
évolutions au sein même de ce nouvel âge du mercenariat dit entrepreneurial. Il nous semble
en effet que si dans un premier temps le renouvellement de cette profession passe par la
3création d‟armés privées (Executive Outcomes, Sandline ) aux pouvoirs trop étendus et à la
légitimité discutable, nous pouvons observer dans un deuxième temps l‟émergence
d‟entreprises aux tailles plus réduites, cherchant à officialiser leurs activités et jouant la carte
du libéralisme : les compagnies militaires et de sécurité privée. Celles-ci apparaissent prendre
bonne note des critiques adressées à leurs prédécesseurs et se présentent comme des
entreprises évoluant au sein d‟un marché classique, suivant la loi de l‟offre et de la demande,
sous le coup de contrats légaux, utilisant un personnel permanent et fiable usant de pratiques
respectables et transparentes. Ces compagnies militaires et de sécurité privée légitiment ainsi
leurs activités et leur fonctionnement en se présentant comme différentes des mercenaires,
légitimation jugée valable et acceptée largement par les clients de cette industrie, peu désireux
de se questionner sur les problèmes encore réels de dérives, de déficit d‟encadrements légaux
et de partage du monopole de la contrainte physique légitime découlant de cet usage de la
sécurité privée. Les années 2000 sont donc celles de l‟affirmation des compagnies de sécurité
privée, présentées comme un recours avantageux financièrement et stratégiquement, tant pour
l‟Etat, les entreprises privées que pour les organisations internationales ou les particuliers. La
sécurité privée, renouvelée, semble alors revenue sur le devant de la scène, se renforçant mais
faisant aujourd‟hui face à la gestion de la croissance de l‟industrie suite aux événements du 11
septembre 2001 et de la guerre d‟Irak débutée en 2003.

3
Executive Outcomes (compagnie sud-africaine née des ruines de l‟Apartheid) et Sandline (compagnie
britannique enregistrée au Bahamas) sont en effet les premiers exemples et les modèles décriés du renouveau du
mercenariat des années 1990. Offensives, agressives et soupçonnées de corruption, elles ont principalement
opéré en Afrique avant de devoir disparaître face aux critiques et surexpositions de leurs faits d‟armes. Portées
par des hommes charismatiques (Eben Barlow pour EO et Tim Spicer pour Sandline), ces compagnies
demeurent des symboles et des références tant au sein de la profession que parmi ceux qui l‟étudient.
6 Magnon-pujo Cyril Juin 2007


4En effet, en pleine expansion depuis plus d‟une décennie , cette sécurité privée, agissant à
l‟internationale et répondant désormais à des formes entrepreneuriales, multiplie les offres de
services et les clients potentiels tout en structurant son secteur d‟intervention afin de lui
permettre une croissance stable et continue, suite aux « révolutions» qu‟ont été pour la
profession les événements du 11 septembre 2001 et la guerre d‟Irak débutée en 2003. Il ne
s‟agit alors plus, pour les compagnies de sécurité privée recherchant la respectabilité, de
fournir une guerre clef en main mais plutôt d‟offrir des services de soutien logistique, des
formations, de la planification, du renseignement ou de la protection, services liés plus ou
moins directement à la conduite de la guerre et au maintien de la sécurité. Profondément
renouvelée, adaptée au contexte post guerre froide et au développement d‟une logique
économique libérale, la sécurité privée s‟est donc transformée, affirmant sa respectabilité, et
doit désormais gérer le passage à l‟âge de la maturité suite aux années de croissance folle que
l‟industrie a dû absorber, avec toutes ses conséquences. C‟est dans ce contexte qu‟intervient
alors la création d‟entreprises de régulation, à l‟image de la récente initiative de
gouvernement suisse et du Comité International de la Croix-Rouge (CICR), ou de groupes
d‟intérêt représentant une partie des entreprises du secteur auprès des pouvoirs publics et plus
généralement de l‟extérieur, comme en témoigne l‟activité depuis 2001 de l‟International
Peace Operations Association (IPOA) aux Etats-Unis. C‟est de même suivant cette logique
que va naître au Royaume-Uni l‟ « initiative BAPSC », nous intéressant ici et portant
néanmoins l‟originalité de traiter simultanément des deux besoins exprimés de la sécurité
privée que sont la régulation et une meilleure représentation du secteur suite aux évolutions
récentes à l‟œuvre dans l‟industrie.

Etat de la question
5Sans dresser un historique exhaustif du secteur dont il n‟est pas ici question , l‟activité
croissante et diversifiée de ces entreprises de sécurité privée -que nous venons de synthétiser
rapidement- amplifiée par l‟épisode et les dérives irakiennes, a eu pour effet, dans le même

4
Le marché de la sécurité privée était en effet estimé à 100 milliards de dollars en 2004 alors qu‟il est évalué à
202 milliards de dollars pour 2010. Chiffre de S. Makki, Militarisation de l’humanitaire, privatisation du
militaire, Paris, Cahier d‟étude stratégique, 2004, 294 p.
5 De nombreux travaux sur cette notion, suivant une perspective historique, ont été réalisé. Nous nous referons
ici par exemple à la qualité de ceux de P. W. Singer, Corporate Warriors, the Rise of the Privatised Military
Industry, Ithaca and London, Cornell University Press, 2003 ; de C. Kinsey, op.cité (ces deux travaux étudiant
l‟évolution de la sécurité privée jusqu‟à décrire ses formes actuelles) et J. Thomson dans Mercenaries, Pirates
and Sovereigns: State-Building and Extraterritorial Violence in Early Modern Europe, Princeton, Princeton
University Press, 1994, 219 p. (perspective exclusivement historique)

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temps, de placer cette industrie sous le feu des projecteurs médiatiques, politiques et
universitaires (quoique ceux-ci dans une moindre mesure). Peu étudiée jusqu‟aux années
2000, la question des compagnies de sécurité privée et de leur secteur s‟expose alors à une
visibilité grandissante occasionnant ainsi une multiplication des travaux concernant le secteur,
sorti de sa confidentialité passée. Néanmoins, traitant d‟une industrie controversée, tantôt
rappelée à son passé mercenaire, tantôt traitée comme une réalité stratégique ou comme une
option commerciale dans un environnement libéral, les travaux sur le sujet, notamment au
niveau universitaire, n‟échappent que rarement à une vision morale de la question, reflétant
alors les idéaux nationaux ou personnels de leurs auteurs. Si aucun travail ne peut se prévaloir
du qualificatif d‟objectivité, les recherches sur la sécurité privée tombent ainsi souvent dans
l‟excès inverse, indiquant un traitement partiel et partisan de la question, illustré par la
fréquente utilisation politique des travaux par un secteur cherchant encore à justifier et
légitimer son existence. Malgré tout encore peu nombreuses, les recherches universitaires
complètes traitant de la sécurité privée restent de plus souvent marquées par leur contexte. Il
existe ainsi beaucoup plus d‟études sur le sujet dans le monde anglo-saxon, de part leur
proximité avec le phénomène. Toutefois, peu de recherches semblent aborder cette question
sous l‟angle des sciences sociales et plus spécifiquement de la science politique. Ainsi, la
majorité des écrits non journalistiques abordent la question selon une perspective historique,
cherchant alors à tracer l‟évolution de la sécurité privée depuis les âges du mercenariat, ou à
6travers une perspective stratégique et militaire .

Choix et contenu de la problématique
Afin d‟étudier aussi rigoureusement que possible une des facettes d‟un secteur dont les
7acteurs sont passés d‟une dizaine à plus d‟une centaine en l‟espace d‟une décennie , cette
recherche fait l‟objet de choix méthodologiques précis. Pour sortir des débats moraux et
autres controverses chiffrées, n‟accroissant au final que faiblement la compréhension de notre

6 La majorité des travaux sur les compagnies de sécurité privée sont en effet anglo-saxons et souvent moins
critiques face au phénomène. Le cas français est différent. En effet il n‟existe que très peu de compagnies de
sécurité privée en France, les travaux sont donc plus tournés vers le mercenariat proprement dit, et reprennent
souvent à leur compte la tradition française de valorisation d‟un Etat fort, réticent aux privatisations, pour juger
la sécurité privée aujourd‟hui, à l‟image de l‟ouvrage de X. Renou, La privatisation de la violence : mercenaires
et sociétés militaires privées au service du marché, Marseille, Agone, 2005, 488 p. Nous pouvons noter
également les divers travaux de P. Chapleau, illustrant le traitement journalistique de la question, même si les
articles de S. Makki, R. Banegas et le numéro 52 de la revue Cultures et Conflits (« Les entreprises para-privées
de coercition : de nouveaux mercenaires », hiver 2003, 184 p.) représentent les quelques travaux universitaires
français sur la question.
7 Selon plusieurs estimations, dont celle de P. Toyne Sewell, environ 170 compagnies de sécurité privée
agiraient aujourd‟hui en Irak, ceci laissant imaginer le nombre potentiel de compagnies moins connues agissant
sur d‟autres territoires conflictuels.
8 Magnon-pujo Cyril Juin 2007


objet, nous avons ici fait le choix d‟une nouvelle approche pour étudier la sécurité privée, se
référant alors plutôt à un travail sociologique de manière à ouvrir de nouvelles perspectives.
En effet, face à un champ d‟étude vaste, en évolution et composé de compagnies de sécurité
privée exprimant leur besoin d‟organisation face à une croissance forte, il nous est apparu
pertinent de limiter notre recherche à BAPSC, association nouvellement créée et marquée
fortement par ce contexte. Agissant sur le segment britannique de cette industrie, le choix de
BAPSC nous semble donc approprié puisqu‟il nous permet de rester focalisé sur une partie du
monde anglo-saxon des compagnies de sécurité privée, le plus représentatif de ce nouveau
marché. Dans le cadre de notre étude, cette limitation est alors parfaitement intelligible dans
la mesure où l‟association BAPSC, née d‟un contexte particulier, est formée par la majorité
des compagnies de sécurité privée britanniques identifiables et reconnues, compagnies dont
elle se veut tant le représentant que le régulateur. Etudier BAPSC permet ainsi une préhension
sur un secteur vaste et complexe, ordinairement peu enclin à s‟ouvrir aux recherches
universitaires. Plus fondamentalement, par son activité inédite, son statut d‟association
récente et définissant son devenir, par ses fonctions diverses et son action dans un secteur
controversé mais auprès d‟acteurs reconnus, le choix de BAPSC comme objet d‟étude nous
paraît tout à fait justifié, espérant ainsi ouvrir une perspective nouvelle pour l‟étude plus
générale d‟un secteur jusqu‟alors focalisé sur l‟analyse des compagnies proprement dites. Le
prisme de BAPSC et son analyse approfondie nous semble ainsi fournir l‟opportunité de
comprendre tant une organisation inédite et intéressante que de percevoir les logiques des
compagnies de sécurité privée qui la composent.
Etudier BAPSC, sa position et son rôle passe alors par l‟analyse détaillée de ses
activités, révélatrices des fondements de l‟association. Conçue dès l‟origine comme un acteur
hybride, BAPSC a pour missions de représenter et réguler l‟industrie britannique de la
sécurité privée. L‟association est ainsi dotée d‟un mandat, délivré par les compagnies de
sécurité privée qui la financent, et doit donner à voir la réalité et les avantages de l‟industrie
britannique, tout en encadrant l‟ensemble de la profession. D‟apparences simples, ces
missions s‟avèrent en réalité plus complexes, notamment par le simple fait de devoir tant
représenter que réguler une industrie problématique et diverse. La représentation, tout comme
l‟encadrement, implique en effet l‟adoption de postures caractéristiques dont BAPSC cherche
néanmoins à se départir en vue de ne pas être enfermée et cataloguée trop rapidement.
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Cette recherche vise donc de manière globale, à comprendre « l‟initiative BAPSC » -
lancée au Royaume-Uni en février 2006- et visant à encadrer et à représenter les compagnies
de sécurité privée domiciliées en Grande Bretagne et agissant hors des frontières du royaume.
Quels sont alors la raison d‟être, l‟origine et le fonctionnement de cette association inédite par
sa forme et son objet ?
Quel rôle et signification joue BAPSC en tant que nouvel acteur hybride mis en place dans un
marché de la sécurité privée en évolution ?
Quels rapports, attitudes et discours tiennent à son encontre les membres qui la composent ?
Et en quoi font-ils, ou non, de cette association un révélateur des logiques de l‟industrie qui
l‟entourent ?
Enfin comment peut-on comprendre de manière plus générale l‟action de cette association et
les effets réciproques de celle-ci avec le champ de la sécurité privée britannique ?
Ces questions, tournées vers BAPSC, ont pour intérêt d‟étudier la position hybride occupée
par cette association active dans un secteur sensible, celui de la privatisation des services
militaires régaliens. Les multiples logiques et besoins de la sécurité privée invitent de même à
se questionner sur la cohérence et l‟action de cette organisation récente dont la place
n‟apparaît pas encore établie sur ce marché, champ d‟étude plus organisé et hiérarchisé qu‟il
n‟y paraît. Ainsi, dresser une sociologie de BAPSC semble permettre une étude originale sur
la sécurité privée britannique à travers l‟analyse d‟une organisation nouvelle et jusqu‟alors
non étudiée.

Méthode
Toute intéressante qu‟elle soit, l‟étude de BAPSC n‟en reste pas moins confrontée au
problème d‟une recherche dans le domaine relativement clos de la sécurité privée. Si cette
recherche part avant tout d‟une enquête de terrain réalisée à partir d‟entretiens accordés par
certaines personnes travaillant pour BAPSC et par certaines compagnies membres de
l‟organisation, cette méthode étant à nos yeux la seule légitime face à la volonté annoncée de
rénover la perspective d‟étude des compagnies de sécurité privée, il convient de rappeler que
ceci n‟a pas été sans poser plusieurs problèmes d‟ordre méthodologique. En effet, sujet
sensible et exposé, la question des compagnies de sécurité privée nous amène à étudier une
industrie nouvelle et souvent regardée avec défiance, occasionnant ainsi de la part des acteurs
concernés une réticence première à être interrogé. Loin d‟être, pour la majorité des membres
de l‟association, des protagonistes bien installés dans le secteur de la sécurité privée, les
compagnies de sécurité privée, notamment celles de petites tailles, se refusent souvent à tout
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