Master Recherche de Science Politique spécialité Études Africaines

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Niveau: Supérieur, Master

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Master 2 Recherche de Science Politique spécialité Études Africaines Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne De la confrontation au compromis : Le basculement stratégique du gouvernement ougandais pour la résolution du conflit du Nord Directeur : Rémy Bazenguissa-Ganga Pablo Pascual Paniagua

  • premières concessions du gou dans le cadre du coha

  • résolution du conflit du nord

  • chefferies traditionnelles

  • modifications des politiques internes concernant le nord

  • mesures de rétablissement de la confiance réorientation

  • voix politiques


Publié le : vendredi 8 juin 2012
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Source : univ-paris1.fr
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Master 2 Recherche de Science Politique spécialité Études Africaines

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne









De la confrontation au compromis : Le basculement stratégique du
gouvernement ougandais pour la résolution du conflit du Nord





Directeur : Rémy Bazenguissa-Ganga














Pablo Pascual Paniagua














































REMERCIEMENTS





Je tiens a remercier à mon directeur de mémoire Monsieur Rémy Bazenguissa-Ganga
pour l’aide dont il m’a fait bénéficier.

Merci également à MM. Richard Banégas, Henri Médard et Mlle Sandrine Perrot pour
l’intérêt porté sur ma recherche et pour ses conseils.


Merci à S.E. M. Bernard Garancher pour toutes les informations et documents ainsi que
pour l’hébergement à Kampala.

Merci à M. Jérôme Dubois-Mercent pour tous les contacts et les facilités prêtées sur le
terrain.


Merci à Mlle. Yvonne Klintborn pour les corrections du français, sa patience, sa
disponibilité et son dévoument.

Merci à mes interlocuteurs ougandais, notamment à M. Carlos Rodríguez de partager
avec moi ses connaissances et son temps.

Merci à Camille, Anouk, Jackie, Florence, George, Lawrence, Dev, Javi et Ayito.

Merci à mes amis « parisiens » Albert, Joana, Manuel, Jota, Adrián, Dani, Laura, Rafa,
Fernando, Anne, Kim, Piazzi, Alexandre et Guillem, qui ont fait de cette ville un endroit
un peu moins gris.



TABLE DE MATIÈRES

De la confrontation au compromis : Le basculement stratégique du
gouvernement ougandais pour la résolution du conflit du Nord

Introduction ..................................................................................................... p.6
Problématique ................................................................................................. p.7
Hypothèses........................................................................................................ p.7
Méthodologie ................................................................................................... p.9
Intérêt de la recherche .................................................................................... p.10
Travaux sur le terrain ..................................................................................... p.11
Définitions préalables ................................................................................ p.12
Définir le basculement de stratégie ................................................ p.12
Guerre, système de conflits et sécurité .......................................... p.14
Paix et résolution de conflits ......................................................... p.19
Plan .................................................................................................................. p 22

1. Un basculement stratégique ? (2006-2007) ................................................. p.25

1.1 La mise en place du cadre de résolution à Juba ................................... p.25
- Le CoHA et les pourparlers de Juba : Institutionnalisation et
professionnalisation du processus ...................................... p.25
- Premières concessions du GoU dans le cadre du CoHA et des
pourparlers de Juba ............................................................. p.35

1.2 Modification de la position traditionnelle du GoU en dehors de Juba ... p.42
- Mesures de rétablissement de la confiance réorientation de
l’activité militaire................................................................... p.42
- Modifications des politiques internes concernant le Nord :
« Amnesty Act » et « Protected Village Policy » .................. p.45


2. Désarticulation des facteurs d’alimentation du conflit ................................... p.55

2.1 Recompositions Internes : des acteurs nationaux en mutation ................. p.55
- Fin de la légitimité du maquis : Élargissement de l’arène politique et effritement du
mythe héroïque du président ....................................... p.55
- Un nouveau leadership acholi : Mouvements sociaux et voix politiques
contestataires, chefferies traditionnelles, leaders religieux et
représentants politiques ...................................................................... p.61
- La LRA en crise : un mouvement rebelle à bout de souffle ............ p.65

2.2 Un contexte régional et international en mutation .................................... p.71
- La paix soudanaise de 2005 : changement des alliances et des rapports
de pouvoir ........................................................................................... p.71
- Une pression internationale grandissante : Terrorisme international,
justice .................................................................................................. p.79

Conclusion ............................................................................................................ p.85
- La reconversion de la stratégie du régime ................................................... p.85
- Transformation des conditions d’énonciation du discours de
légitimation de la confrontation ...................................................................... p.88
- Les effets de l’interdépendance régionale et internationale ......................... p.90

- Vers un encadrement politique du conflit : La construction d’une nouvelle
identité ougandaise ?....................................................................................... p.92
- Évaluation des profits et des coûts du conflit : des nouveaux résultats ....... p.93


BIBLIOGRAPHIE .............................................................................................. p.96
ANNEXES ......................................................................................................... p. 102
GUIDE D’ENTRETIENS .................................................................................. p.141
1. Introduction

Le conflit du nord de l’Ouganda a subi depuis son début des transformations qui ont
touché l’espace où il se déroule, les enjeux qu’il entretient ainsi que le nombre et la
composition d’alliances des acteurs impliqués, le tout ponctué de discours de
mobilisation, comme il sied à un gouvernement historiquement militariste.
Le gouvernement ougandais [Government of Uganda (GoU)] a basculé entre trois
approches : une politique d’amnistie, sélective d’abord puis totale avec la promulgation
de l’« Amnesty Act » de 2000; des tentatives de négociation politique par des contacts
sporadiques avec le groupe rebelle, surtout pendant les années 90 ; et, enfin, une
pression armée sous forme d’opérations militaires lancées d’abord en solitaire, puis avec
la participation d’éléments soudanais.
Bilan : ces opérations n’ont fait que confirmer la difficulté d’anéantir le mouvement
rebelle de Joseph Kony par des moyens militaires. Pourtant, le protocole Iron Fist, qui
permettait l’incursion de l’armée ougandaise en territoire soudanais pour détruire les
bases arrières de l’Armée de résistance du Seigneur [Lord’s Resistance Army (LRA)],
fut renouvelé et aujourd’hui, même si la dernière prorogation de celui-ci a expiré, les
troupes de l’armée ougandaise [Uganda People’s Defence Force (UPDF)] sont toujours
présentes au Sud-Soudan. Cette présence laisse présumer que le gouvernement
ougandais demeure convaincu que la voie militaire est un moyen efficace de résoudre
la question de la rébellion du Nord.
La perpétuation des affrontements a néanmoins fait planer le doute sur la pertinence de
ces mesures, sur leur mode de mise en œuvre et sur la sincérité de l’engagement du
gouvernement à l’égard de la résolution du conflit.
Enfin, en août 2006, la signature d’un accord de cessation des hostilités [Cessation of
Hostilities Agreement (CoHA)] entre le gouvernement de l’Ouganda et la LRA permet
d’arrêter les affrontements tout en mettant en place un cadre de négociations.
Cet événement peut a priori être perçu comme un contournement de la politique, voire
de la pensée stratégique du gouvernement de Museveni. Celui-ci semble en effet passer
outre une stratégie qui accordait la priorité aux solutions militaires en vue de maîtriser
les problèmes de sécurité intérieure, pour adopter désormais une stratégie de
négociation pacifique formalisée dans le cadre d’un processus de paix. Ce basculement
se prête à l’analyse des motivations et du degré d’engagement du gouvernement à
l’égard d’une résolution pacifique du conflit.
Problématique

Aujourd’hui, grâce à l’amélioration des relations avec les pays voisins – notamment
avec la République Démocratique du Congo (RDC) et le Soudan – et à la
désarticulation de la plupart des mouvements insurrectionnels intérieurs tels le West
Nile Bank Front (WNBF), le United Liberation Front II (UNLFII) ou le National Army
for the Liberation of Uganda (NALU), la seule menace qui pèse sérieusement sur la
stabilité du pays demeure celle de la rébellion en pays acholi.
Étant donné l’ampleur du conflit, il serait insaisissable d’en appréhender toutes les
ramifications dans ce cadre. Il serait pourtant intéressant d’analyser si les derniers
mouvements en faveur d’une solution pacifique constituent un véritable tournant de la
stratégie du gouvernement ougandais. Peut-on parler d’un basculement de la politique
du gouvernement ougandais, qui semble passer d’une stratégie qui privilégiait la
mobilisation militaire vers une stratégie de résolution pacifique des conflits formalisée
dans le cadre d’un processus de paix ? Et, le cas échéant, comment cela s’est-il
produit ?
Nous concentrerons notre analyse sur la période débutant en 2004-2005 avec la fin de
l’opération « Iron Fist » et se terminant en 2006-2007, année où un cadre de résolution
pacifique du conflit est mis en place à la capitale du Sud Soudan, Juba. Ainsi pourrons-
nous connaître la portée de cette apparente démilitarisation stratégique et des
engagements de Museveni pour la paix.

Hypothèses

Les gestes posés par le gouvernement ougandais pour atteindre un accord de paix au
nord du pays répondent à une nouvelle orientation stratégique issue d’un concours de
circonstances sur deux fronts : 1) changements dans le contexte international tels la
signature de la paix au sud du Soudan, le rapprochement diplomatique entre le Soudan
et l’Ouganda ou la pression accrue des organisations internationales et des bailleurs de
fonds en faveur de la démilitarisation du pays - l’aide financière, qui provient
primordialement des États-Unis, est en fait assujettie à cette condition ; 2)
recomposition des équilibres internes illustrée par la montée de l’opposition aux
élections générales de 2006 ; effritement du mythe « héroïque » du président – partiellement attribuable à une question de relais générationnel – ; contestation de plus
en plus articulée et influente des représentants de la société acholie ; faiblesse relative
de la LRA ; et projet politique de cohésion nationale que le président tient à léguer à son
pays.
Si pendant la période 2002-2004 le gouvernement Museveni a fait coexister une
approche militaire ambitieuse pour la solution du conflit parallèlement à des appels à
l’intervention de la Cour Pénale Internationale (CPI) et à l’offre d’une amnistie
générale, l’encadrement politique prend plus de place depuis 2005-2006, c’est-à-dire à
compter des pourparlers qui s’engagent à Juba. Un nouveau cadre institutionnalisé et
professionnalisé semble dès lors se mettre en place pour l’atteinte d’une solution
négociée. Il est assorti de mesures visant à rétablir la confiance et d’une réorientation
des activités militaires.
En définitive, il serait possible d’avancer que l’affaiblissement des facteurs externes et
internes qui stimulaient le conflit met en évidence l’épuisement du modèle militariste de
Museveni pour combattre la rébellion et se manifeste par l’engagement dans un
processus de résolution pacifique accompagné d’une timide réorientation de certaines
politiques.
Or, les parties prenantes n’ont pas pleinement confiance en ce processus encore en
langes qu’est le processus de Juba, ce qui fait que les compromis restent faibles et
soumis à des oscillations continuelles. Au nombre des problèmes, le manque de
définition idéologique et l’opacité des objectifs des rebelles font de ceux-ci des
interlocuteurs capricieux, alors que le gouvernement, fort de son caractère et de sa
trajectoire éminemment militaire hésite à réorienter sa stratégie.
A priori, on peut affirmer qu’un tel basculement existe à cause de la dégradation des
facteurs qui alimentaient le conflit et de la mise en question de la méthode armée
traditionnelle, d’où une réévaluation des coûts du conflit et de la paix qui a débouché
sur la formalisation des négociations. Ceci s’est manifesté par la réalisation de certaines
concessions formalisées par des accords et de quelques gestes de bonne volonté. Cela
dit, le risque de réactivation du conflit, la faiblesse du processus, la difficulté de
transformation des identités et des imaginaires que la paix entraîne et les racines
militaires du gouvernement risquent de compromettre l’encadrement politique du
conflit.

Méthodologie
L’analyse aborde la problématique à partir d’une perspective constructiviste. Le fait
social serait ainsi compris comme le produit d’une interaction entre l’acteur et
l’événement.
La réalité sociale sera perçue comme le fruit d’un processus de construction qui s’étend
tout au long d’une durée où les choix, les perceptions et les imaginaires déterminent des
stratégies évolutives des acteurs.
Il s’agira essentiellement de chercher à atteindre des résultats scientifiques dans la
mesure du possible à l’aide d’une méthode de révision critique de l’histoire, de l’analyse
d’indicateurs juridiques, économiques et militaires, d’une interprétation des politiques
mises en œuvre par le GoU et des discours prononcés par ses représentants, le tout
ponctué de témoignages, d’observations et d’entretiens sur le terrain.

Pour illustrer les manifestations de ce possible changement d’approche par rapport à la
question du Nord, il s’agira d’analyser le déroulement des négociations à partir de la
perspective gouvernementale ainsi que les évolutions récentes des politiques du
gouvernement ougandais en matière juridique, économique et sécuritaire, telles
qu’illustrées par la reformulation de la politique d’amnistie et de celle des réfugiés,
toutes deux en 2005, par les mécanismes de justice hybrides issus de l’accord sur les
« Principes de la Responsabilité et la Réconciliation », par les nouveaux objectifs
stratégiques de l’UPDF décrits dans l’énoncé de principes 2006-2007 du Ministère de la
Défense ainsi que par la redistribution du budget national 2006-2007.

Enfin, une approche axée sur certains indicateurs servira à appuyer ou à rejeter
l’argument de la dégradation des facteurs d’alimentation du conflit et du virement de la
politique ougandaise pendant la période qui nous occupe. Il s’agira notamment
d’indicateurs politiques, économiques et sécuritaires se rapportant aux élections de
2006, à la part des crédits consacrés au poste budgétaire de la sécurité – telle
qu’énoncée dans le document explicatif du budget ( Background to the Budget ) – et à la
mobilisation de troupes de l’UPDF que préconise l’énoncé de principes ( Policy
Statement ) 2006-2007 du Ministère de la Défense.

Sera également de mise une analyse interprétative des discours des représentants du
GoU – tel que le discours du président à la nation en 2007 - repris dans certaines publications qui mettent en évidence le degré d’engagement politique du gouvernement
ougandais à l’égard des pourparlers de Juba et l’importance octroyée à la stratégie
militaire. Nous nous pencherons en passant sur les propos et les discours d’autres
acteurs de premier plan susceptibles d’avoir exercé une influence sur les décisions du
gouvernement ougandais, dont le gouvernement sud-soudanais (GoSS) et le ent du Soudan (GoS), sans oublier les interventions des leaders acholi.

Intérêt de la recherche

La littérature concernant le clivage Nord-Sud en Ouganda est nombreuse, surtout dans
les milieux anglophones. En français, quelques chercheurs comme Sandrine Perrot ou
Gérard Prunier se sont occupés dans leurs travaux des questions sécuritaires intéressant
l’Ouganda. Pourtant, après le retrait des forces ougandaises de la RDC et suite au
cessez-le-feu signé à Juba et à l’ouverture des négociations, peu de travaux comprenant
la période mentionnée (2004-2005/2006-2007) ont repris sérieusement la question du
basculement stratégique du gouvernement de Museveni et de ses nouvelles formulations
politiques à l’égard du Nord.
Il est manifeste que l’analyse de l’histoire récente comporte son bagage de difficultés et
il ne s’agit surtout pas de faire de la « politique fiction ». Cependant, le travail ne porte
pas tant sur les perspectives futures de résolution, qui sont encore à un stade primaire,
que sur les raisons et les modes de changement stratégique vis-à-vis du conflit.
De plus, l’intérêt réside dans le conflit proprement dit car celui-ci, tout en intégrant des
traits biens particuliers qui lui confèrent un caractère tout à fait unique, reflète tout de
même les évolutions que la réalité conflictuelle dans le système international a connue
tout au long de l’histoire, surtout si l’on adhère au découpage proposé par Pierre
1Hassner.


1 HASSNER, P, Guerres et Sociétés, Khartala, Paris 2003, p.11. cf. p.6

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