UNIVERSITE DE PARIS PANTHEON SORBONNE INSTITUT DE RECHERCHE ET D'ETUDES SUPERIEURES DU TOURISME

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Niveau: Supérieur, Master

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  • mémoire - matière potentielle : professionnel


1 UNIVERSITE DE PARIS 1 - PANTHEON SORBONNE INSTITUT DE RECHERCHE ET D'ETUDES SUPERIEURES DU TOURISME L'INTERTERRITORIALITE, UNE STRATEGIE TOURISTIQUE PERTINENTE POUR UNE COLLECTIVITE LOCALE? L'exemple des itinéraires cyclotouristiques Via Rhôna et Loire à Vélo Mémoire professionnel présenté pour l'obtention du Diplôme de Paris 1 - Panthéon Sorbonne MASTER PROFESSIONNEL TOURISME (2e année) Spécialité Développement et Aménagement Touristique des Territoires Par Mlle Justine NIOCHE Directeur du mémoire : M. Jean-Pierre MARTINETTI JURY Membres du jury : .................................... : ..................................... : ..................................... Session de juillet 2011

  • territoire au cœur du projet cyclotouristique

  • cyclotourisme

  • produits touristiques

  • aménagement touristique des territoires

  • frontière politique

  • limites du territoire

  • itinérance aux projets touristiques

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Publié le : vendredi 1 juillet 2011
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Source : univ-paris1.fr
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UNIVERSITE DE PARIS 1  PANTHEON SORBONNE INSTITUT DE RECHERCHE ET D'ETUDES SUPERIEURES DU TOURISME "L’INTERTERRITORIALITE, UNE STRATEGIE TOURISTIQUE PERTINENTE POUR UNE COLLECTIVITE LOCALE? L’exemple des itinéraires cyclotouristiques Via Rhôna et Loire à Vélo"
Mémoire professionnel présenté pour l'obtention du Diplôme de Paris 1  Panthéon Sorbonne MASTER PROFESSIONNEL "TOURISME" (2eannée) SpécialitéDéveloppement et Aménagement Touristique des TerritoiresPar Mlle Justine NIOCHE justine.nioche@orange.frDirecteur du mémoire : M. JeanPierre MARTINETTI JURY Membres du jury : .................................... : ..................................... : ..................................... Session de juillet 2011
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Remerciements
Je tiens tout d’abord à remercier M. MARTINETTI, qui a bien voulu diriger mon mémoire et me guider dans mon travail, ainsi que Mme GRAVARIBARBAS, directrice de l’IREST, pour ses précieux conseils. Je remercie également toutes les personnes que j’ai rencontrées dans le cadre de cette étude, qui ont accepté de me recevoir et de me consacrer un peu de leur temps. Ma gratitude s’adresse tout particulièrement à M. SAVIGNAC, du Conseil Régional du Centre, pour sa disponibilité, sa gentillesse et ses conseils qui m’ont permis de mieux cerner mon sujet d’étude. Je souhaiterais aussi adresser mes remerciements aux deux loueurs de vélos à Valence et près de Sablons, sans l’aide de qui les observations de terrain auraient été bien pénibles ! Une pensée toute particulière pour Titouan, Joël et Philippe, pour leur présence et leur soutien moral (et physique) tout au long de mon périple ligérien. Un très grand merci à Véronique, pour ses recherches dans les fonds documentaires et son oeil avisé, et pour ses longs weekends de travail. Enfin, je remercie toute ma famille, et ma mère en particulier, coach de la première à la dernière heure.
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SOMMAIRE INTRODUCTION .................................................................................................................... 5I Créer un itinéraire cyclotouristique : un projet territorial à l’origine d’une gouvernance originale ? ......................................................................................................... 10A) Tourisme : de la transterritorialité à l’interterritorialité ........................................... 10 1) Le tourisme, un phénomène transterritorial ............................................................. 10 2) Une gouvernance originale : trouver un intérêt commun ? ...................................... 13 3) De la prise en compte des flux touristiques transterritoriaux à l’esquisse d’une coopération interterritoriale.............................................................................................. 17 B) Interterritorialité et cyclotourisme : une « bonification » mutuelle................................. 20 1) L’itinérance touristique, vecteur d’interterritorialité................................................ 20 2) Une coopération des territoires essentielle au cyclotourisme .................................. 23 C) Via Rhôna et Loire à Vélo : historique et état des lieux ................................................. 27 1) Des projets avec de nombreux points communs…...................................................... 27 2) Mais des degrés de réalisation très différents .............................................................. 31 II Coproduire un itinéraire cyclotouristique : l’intérêt de travailler en partenariat, la contrainte de travailler avec des partenaires ?.................................................................... 36A) Les atouts de l’interterritorialité pour le cyclotourisme.................................................. 36 1) Créer à plusieurs un produit cyclotouristique collectif ............................................ 36 2) Un échange de bonnes pratiques .................................................................................. 40 3) L’invention d’une gouvernance originale, plus souple et adaptable............................ 43 B) Une relation multipolaire réellement innovante ? ........................................................... 48 1) Un système d’acteurs complexe .............................................................................. 48 2) Les limites de l’innovation interterritoriale : le poids des hiérarchies traditionnelles . 52 C) Les difficultés de la collaboration avec d’autres collectivités........................................ 56 1) Contexte et objectifs politiques divergents : le test de l’intérêt général ...................... 56 2) Des échelles de temps en décalage .............................................................................. 59 3) Un « bricolage permanent » ? ...................................................................................... 64 III Un nouveau modèle de gouvernance touristique locale, inspiré de la conduite de projets cyclotouristiques ........................................................................................................ 66A) Les différences entre Loire à Vélo et Via Rhôna, des éléments éclairants pour évaluer la coopération interterritoriale ? ............................................................................................... 66 1) Les réalisations et les accrocs : quelle réussite des itinéraires ? (observations et enquêtes de terrain) .......................................................................................................... 66 2) Les rapports humains comme facteurclé de la conduite de projet.............................. 71 3) Une différence fondamentale : l’enjeu du chef de file................................................. 75 B) Produit cyclotouristique durable et durabilité du mode de pilotage interterritorial ....... 78 1) Un produit touristique « vert »..................................................................................... 78 2) Un produit touristique viable économiquement ....................................................... 79 3) L’implication des acteurs (et ses limites)..................................................................... 81 4) Le territoire au cœur du projet cyclotouristique .......................................................... 83 C) La conduite de projet interterritoriale, un nouveau pilier des stratégies touristiques locales ................................................................................................................................... 87 1) Le vélo au cœur d’une nouvelle stratégie touristique durable.................................. 87 2) Interterritorialité : de l’itinérance aux projets touristiques locaux............................... 91 3) L’interterritorialité à la portée des collectivités locales, ou l’invention d’un tourisme local innovant ................................................................................................................... 93 CONCLUSION....................................................................................................................... 96
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BIBLIOGRAPHIE ............................................................................................................. 100 Annexes .............................................................................................................................. 102
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INTRODUCTION La complexification des territoires, aujourd’hui, est devenue une réalité. Le territoire s’emploie désormais plus souvent au pluriel, afin de rendre compte de contextes locaux particuliers, d’espaces disposant d’une identité propre, d’une autorité politique spécifiques… Les territoires sont multiples et recouvrent des définitions bien différentes : apparu récemment 1 dans le champ géographique , le territoire est à la fois « espace, espace socialisé, espace géographique, entité éthologique ou espace approprié ». Il constitue avant tout un « espace vécu », dironsnous, pour des groupes sociaux habitant ce territoire. Longtemps, il a représenté un horizon fermé pour ces habitants, concentrant toute la gamme d’activités nécessaires à la vie quotidienne, telles que le travail, les loisirs, les lieux d’habitation des proches... Les pratiques sociales de tel groupe donné demeuraient donc elles aussi dans les limites du territoire, qui devenait ainsi une référence pour ce groupe, un objet d’attachement et un générateur d’identité. Aujourd’hui pourtant, cette notion est nettement plus floue : les territoires ne fonctionnent plus en « vase clos », mais sont au contraire le support de pratiques multiples, dont l’origine ne se situe plus nécessairement dans le territoire luimême. Le développement de mobilités plus fréquentes, plus rapides, plus aisées, fait voler en éclat le concept traditionnel de territoire comme espace de vie d’un groupe social déterminé. Les limites des territoires se sont donc brouillées, voire estompées : les déplacements quotidiens, tels que les migrations pendulaires effectuées entre le domicile et le lieu de travail, les pratiques de loisirs ou le tourisme ont introduit une sorte de « perméabilité » (Vanier, 2008) des territoires, qui perdent ainsi de leur « consistance ». Les « usagers » d’un territoire, qui regroupent à la fois les habitants de ce territoire mais aussi tous ceux qui le pratiquent, au quotidien ou ponctuellement, ont tendance à s’affranchir des limites traditionnelles du territoire, et notamment de ses frontières politiques. Le territoire des élus ne suffit pas à englober l’ensemble des pratiques qui se déroulent sur l’espace dont ils ont la charge. Ces pratiques sont fondamentalement transterritoriales : elles se déploient sur plusieurs territoires administratifs à la fois. Le tourisme s’inscrit pleinement dans cette « transgression » des territoires administratifs : le touriste est par définition celui qui sort d’un territoire pour se rendre dans
1 F. BESANCENOT, « Le territoire : un espace à identifier », 2006. Article électronique accessible sur le site: http://graindegeo.enslsh.fr/article.php3?id_article=165
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un autre : il quitte son espace quotidien et aborde un territoire étranger. Ce territoire se limite, pour lui, à une destination, et non à un territoire politique : il ne connaît pas nécessairement les limites administratives de l’espace où il se trouve. Dans tous les cas, ce ne sont pas ces limites qui l’intéressent : le but de son voyage est constitué par un ou plusieurs « site(s) » où il souhaite se rendre, et c’est à travers ce ou ces sites qu’il aborde l’espace où il voyage, et non au travers des limites administratives. Il structure ainsi « son » propre territoire, en fonction de ses pratiques touristiques (visites, hébergement, déplacements…). Cette transterritorialité inhérente au tourisme ne va pas sans poser problème aux territoires administratifs : le tourisme en effet représente un secteur économique local particulièrement intéressant pour les collectivités, qui en font souvent un levier du développement local (Violier, 2008). Souverains à leur échelle, les territoires s’imposent a priori comme des unités cloisonnées, et relativement autonomes, disposant de compétences spécifiques dans différents domaines. Les échelons territoriaux se sont multipliés depuis les lois de décentralisation de 1982 et 1992 (communes, communautés de communes, pays, départements, régions, …) en établissant des prérogatives sur l’espace dont ils sont la charge. Comment concilier alors une stratégie touristique locale, inscrite nécessairement dans les limites du territoire pour favoriser le développement économique de celuici, et des pratiques sociales et touristiques qui ignorent les frontières administratives ? Les territoires seraientils, dans tous les sens du terme, « dépassés » ? Cette transformation des rapports à l’espace pose en réalité un problème de taille au territoire politique : les pratiques sociales qui fondent ce territoire et déterminent les conditions de l’action publique évoluent : pour demeurer en accord avec les évolutions de la société, les politiques publiques doivent donc s’adapter. Vanier (2006) évoque un « nouveau devoir » des territoires pour se mettre en accord avec les pratiques sociales : puisque les usagers des territoires s’affranchissent de leurs frontières et font usage de véritables réseaux trans territoriaux (qu’il s’agisse de transports, de pratiques de loisirs, de relations humaines, etc.), les territoires doivent également adopter un fonctionnement en réseau afin de pouvoir « encadrer » et gérer ces pratiques. Cette collaboration entre territoires consiste en un véritable partenariat des collectivités locales, en s’engageant dans une politique interterritoriale. Cela relève du défi pour les autorités locales, qui doivent coopérer et coordonner leurs actions avec un territoire voisin, qui est, traditionnellement, à la fois partenaire et concurrent (Gaudin, 2007) : il s’agit ainsi d’une nouvelle manière de gérer l’espace, qui va audelà de la simple concertation. En effet, il faut entendre « collaboration » au sens latin du terme, « travailler ensemble ». Le terme de « coproduction » d’une politique
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publique serait sans doute la meilleure définition de l’interterritorialité, celle que nous retiendrons dans notre travail. Les collectivités doivent ainsi inventer une manière de fonctionner ensemble, chacune sur son territoire, mais en prenant en compte des enjeux plus globaux. Les négociations et décisions doivent être menées en commun, et pouvoir être appliquées ensuite, de façon spécifique, au territoire de la collectivité. Pour Vanier (2008) cette interterritorialité consiste à « échanger la posture de la dépendance et de la soumission aux flux contre celle de leur mise en culture ». En effet, le territoire doit aller audelà de sa position passive de « support » des flux, et jouer un rôle actif qui les « encadre » et les
accompagne. Les territoires doivent donc s’impliquer dans une forme originale d’action publique, un fonctionnement qui ne va pas de soi. Nous souhaiterions nous interroger sur la pertinence d’une telle « gouvernance » pour la conduite de projets touristiques. Nous nous appuierons sur l’exemple de deux itinéraires cyclotouristiques, la Loire à Vélo, reliant Nevers à Saint Nazaire, et la Via Rhôna qui longe le Rhône du Lac Léman à la Méditerranée. Ces deux itinéraires suivent le cours de fleuves, et traversent par conséquent de nombreux territoires appartenant à divers échelons territoriaux. Ils constituent ainsi des projets à vocation « naturellement » interterritoriale : le territoire va donc se trouver confronté à des flux exogènes, qui le parcourent, qui le modifient, et se prolongent vers les territoires voisins. L’interterritorialité recouvre à la fois des coopérations « verticales », lorsque deux collectivités de différentes échelles s’accordent sur une réalisation, et des partenariats « horizontaux » qui « lient » des collectivités du même échelon territorial, comme des communes entre elles, des régions entre elles… L’interterritorialité paraît donc être une réponsepertinente pour agir sur ces flux de touristes à vélo, et non plus simplement les subir, en associant le plus de partenaires possibles, et en prenant en compte les aspects locaux et « globaux » pour proposer un développement durable du territoire. Une coopération interterritoriale semble, à première vue, la réponse la plus adéquate pour créer un itinéraire cyclotouristique qui réponde aux besoins et aux attentes des touristes. Ce qui est valable – ou semble valable – pour le cyclotourisme, estil pertinent pour l’ensemble des projets touristiques en général ? En effet, le partenariat semble plus intéressant, plus avantageux, pour chacun des territoires impliqués, que la concurrence et la rivalité visàvis d’une population touristique similaire. Cette nouvelle gouvernance, qui se traduit par des pratiques de collaboration, de « copilotage », de « coproduction » et de « cocontractualisation » (Gaudin, 2007) apparaît comme un mode de fonctionnement original pour les collectivités dans différents domaines,
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qu’il s’agisse de l’environnement, de la culture, des transports, de la politique de la Ville, etc. (Gaudin,ibid). Dans le cas des projets de création d’un itinéraire cyclotouristique, ce nouveau mode de pilotage s’est peu à peu imposé comme une méthode disposant d’atouts considérables, en dépit de quelques inconvénients inhérents à ce type de partenariat. On peut alors se demander si la coopération interterritoriale peut représenter une piste solide pour le montage de projets touristiques différents. Sinon, quelles en seraient les conditions de réussite ? Dans quelle mesure l’interterritorialité peutelle être pensée comme le point fort d’une stratégie touristique locale ? Pour guider notre réflexion, nous nous appuyons sur une hypothèse de départ. Selon nous, le « fonctionnement interterritorial », c’estàdire la façon dont les différentes collectivités collaborent, influe sur le développement et le déroulement du projet touristique. Cela signifie que l’interrterritorialité peut être bénéfique, ou au contraire constituer une entrave pour l’avancement d’un projet. La collaboration entre les territoires représente en effet davantage que l’addition pure et simple des moyens financiers et techniques qu’ils peuvent mettre en œuvre. Si l’interterritorialité n’était qu’une juxtaposition de moyens ou de territoires, elle serait nécessairement avantageuse. Or, nous avançons qu’elle peut aussi être source de difficultés, ou du moins de retard, de lenteur, pour un projet, si son fonctionnement n’est pas assez performant. Ce fonctionnement possède plusieurs dimensions, qui peuvent chacune venir menacer la progression du projet : organisation interne des partenaires, structure du réseau, relations entre collectivités et entre individus… Il s’agit d’un équilibre délicat à trouver, qui repose en grande partie sur la capacité de la collectivité « chef de file » à construire une véritable synergie entre les acteurs. Ces modalités de fonctionnement du processus interterritorial nous permettront de définir les conditions de réussite de ce mode de pilotage original, et de s’interroger ensuite sur son potentiel pour la stratégie touristique d’une collectivité locale. Dans une première partie, nous verrons en quoi le cyclotourisme se conçoit presque de façon « naturelle » comme un projet interterritorial, bien plus que tout autre projet touristique. Ainsi les collectivités territoriales de nos deux cas d’étude ontelles privilégié la collaboration entre territoires pour mettre en œuvre leurs itinéraires cyclotouristiques : si les pratiques des touristes à vélo sont un facteurclé dans la décision de collaboration, la réalisation concrète de l’itinéraire et sa réussite future auprès des usagers dépendent de la capacité des acteurs publics à travailler ensemble et à coordonner leur action. Le cyclotourisme est donc un objet d’étude très intéressant pour examiner les relations entre collaboration interterritoriale et projets touristiques, puisqu’il permet de créer un lien entre ces deux éléments qui ne va pas de soi.
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Dans une deuxième partie, nous montrerons que l’interterritorialité est un mode de gouvernance « émergent », dont le remarquable potentiel pour le montage de projets cyclotouristiques permet de gagner du temps lors de la réalisation de l’itinéraire, d’assurer sa continuité et sa cohérence afin de le proposer aux touristes comme un véritable produit touristique achevé. Toutefois, elle présente encore, dans son fonctionnement, de sérieux obstacles pour les collectivités locales et nécessite des ajustements permanents afin de pouvoir répondre avec pertinence aux besoins des territoires. Enfin, dans notre dernière partie, nous questionnerons ce « modèle interterritorial » apparu dans le montage des projets cyclotouristiques comme la Loire à Vélo et la Via Rhôna. Ce « modèle » visant un développement touristique durable, tant par une nouvelle forme de gouvernance que par la création d’un produit touristique « vert » et performant, estil limité aux itinéraires cyclotouristiques ? Peutil être élargi à d’autres types de projets touristiques locaux ? Quelles sont ses spécificités propres au cyclotourisme ? Dans quelle mesure ce modèle pourraitil être adapté afin que les collectivités puissent réellement y voir l’instrument de stratégies touristiques durables locales ?
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I Créer un itinéraire cyclotouristique : un projet territorial à l’origine d’une gouvernance originale ?  Dans cette première partie, nous reprenons l’hypothèse formulée par Vanier dans son ouvrageLe Pouvoir des territoires(2008), selon laquelle les territoires politiques accusent un certain retard par rapport aux pratiques sociales dont ils sont le support. Dans le cas du cyclotourisme, il semble bien que les pratiques des touristes ont conduits les acteurs publics à intervenir et à s’investir pour tirer parti de ce potentiel. Or, c’est le caractère transterritorial des flux touristiques observés qui a déterminé le choix d’un mode gouvernance innovant : la collaboration interterritoriale, qui paraissait être l’outil le plus pertinent pour mener à bien le projet d’itinéraire cyclotouristique impliquant de très nombreux acteurs publics et privés.
A) Tourisme : de la transterritorialité à l’interterritorialité
Le tourisme est un phénomène transterritorial : les flux touristiques traversent sans cesse les limites territoriales. Pourtant, les collectivités locales, visant à optimiser les retombées économiques du tourisme pour leur propre développement, ont tendance à proposer une offre touristique centrée uniquement sur leur territoire administratif, à l’exclusion de l’espace du territoire voisin. Comment dans ces conditions imaginer une gouvernance touristique interterritoriale ? Celleci ne passetelle pas avant tout par la construction d’un intérêt commun à toutes les parties concernées ?
1) Le tourisme, un phénomène transterritorial Tourisme et territoire. La relation entre ces deux éléments est complexe, et néanmoins très forte : le tourisme en effet, repose sur le territoire, il s’en nourrit. Le territoire, l’espace constitue souvent la première ressource de l’offre touristique : les touristes en effet choisissent à la fois un « lieu » de séjour, c’estàdire un « décor » (campagne, mer, montagne…) et déterminent leur choix en fonction des caractéristiques spécifiques offertes par chaque espace (tourisme vert, tourisme culturel, sportif, balnéaire…) Le territoire, l’espace luimême, son organisation, ses équipements, ses sites, parfois même son climat ou sa topologie, détient donc une place importante parmi les différents motifs de séjour des touristes. Il faut toutefois
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s’entendre brièvement sur la définition du territoire dont nous parlons : ici, il s’agit seulement de l’espace local, sans considération de territoire administratif ou politique. Les collectivités territoriales, cependant, ont rapidement compris tous les avantages qu’elles pouvaient retirer du tourisme. Le tourisme, secteur d’activités majeur en France en termes de part du Produit National Brut, fait partie intégrante des stratégies de développement local, il est même devenu un « classique » de ce genre de discours (Violier, 2008) : le secteur touristique est même souvent considéré comme le dernier recours d’espaces en perte de vitesse. Les autorités attendent alors du tourisme un nouvel essor, une redynamisation de leur territoire : fréquentation touristique signifie alors retombées économiques, directes et indirectes, incluant de nouveaux emplois générés par le secteur, des recettes pour la communauté…. Le tourisme est également un instrument pertinent pour améliorer l’image et l’attractivité du lieu, en le montrant, en quelque sorte, sous son meilleur jour : il met en valeur les atouts locaux, les sites dignes d’intérêt… Les collectivités ont donc tendance à miser sur le tourisme pour leur stratégie de développement, en se concentrant sur l’offre touristique locale, à l’intérieur du « territoire des élus » (Violier, 2008) : si celuici semble pertinent à première vue (c’est l’espace sur lequel s’exercent les politiques publiques, où les entrepreneurs peuvent demander des financements publics, etc.), on peut se demander s’il est judicieux, dans le domaine touristique, d’exclure toute continuité avec les territoires voisins, quitte à priver le touriste de « sites », au sens large, intéressants, parce qu’ils sont situés de l’autre côté d’une frontière administrative. Nous disions que le territoire était la ressource fondamentale du tourisme : toutefois, ce territoire en question n’est pas nécessairement le territoire politique. Ainsi, « plus les touristes viennent de régions éloignées du lieu touristique, plus ils en méconnaissent les subtilités », explique Violier. Nous avons pu vérifier nousmême cette affirmation, en demandant, lors de nos 2 enquêtes de terrain , aux touristes rencontrés s’ils pouvaient nous citer le nom du territoire administratifs où ils se trouvaient : la très grande majorité des touristes étrangers interrogés donnaient une réponse erronée, ou répondaient qu’ils ne savaient pas. Violier (2008) explique ainsi : « Par leurs pratiques, les touristes construisent un territoire touristique partiellement autonome par rapport au territoire des habitants. Dans ce sens, le concept de territoire se réfère seulement aux liens que tissent les habitants, temporaires ou permanents, avec un espace auxquels ils attribuent une limite souvent plus floue que les frontières administratives ». En réalité, le touriste ne reste généralement pas
2 Cf. dossier méthodologique.
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