A fleur de mots

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A fleur de mots Livre réalisé en 2011/2012 par les élèves du lycée Jean Moulin de Pézenas dans le cadre d’un atelier artistique. 5 9 14 20 23 31 36 40 45 51 Cris et engagements Je l’ai croisé ce matin au marché Je marche sur terre J’aurai ta peau ! Devinez-moi ! Super Héros du monde ordinaire Traces Une rencontre Objets trouvés,et porte-bonheur Bonus : listes et inventaires 4 cris et engagements 5 Assis par terre Sophie Le Roux Aujourd’hui encore, je suis assis par terre. Le trottoir est humide : il a plu cette nuit. Le vent frais me fait frissonner. Je n’ai plus de manteau, on me l’a volé hier. Un gobelet en plastique est déposé devant moi. Personne n’y mettra rien, je le sais. Mais je n’ai plus rien à perdre à présent et l’espoir que tout s’arrange me maintient en vie. Les passants ne me regardent pas, ne s’approchent pas de moi. Je pense à mes congénères, à ceux qui comme moi n’ont plus rien. Clochards, SDF, c’est ainsi que nous appellent les autres. Ces « autres », il n’y a pas un an, j’en faisais partie. J’avais une maison, un travail, une famille. Puis la crise m’a fauché. J’ai perdu mon emploi. L’argent a vite manqué et ma femme m’a quitté avec mes enfants. Par la suite, j’ai perdu mon logement. Je trouvais alors divers emplois pour survivre. Mais quand on a découvert que je dormais dans les rues, on m’a renvoyé, encore et encore. Je n’ai pas très bien compris pourquoi.
Publié le : jeudi 11 septembre 2014
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A fleur de mots
Livre réalisé en 2011/2012 par les élèves du lycée Jean Moulin de Pézenas dans le cadre d’un atelier artistique.
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Cris et engagements Je l’ai croisé ce matin au marché Je marche sur terre J’aurai ta peau ! Devinez-moi ! Super Héros du monde ordinaire Traces Une rencontre Objets trouvés,et porte-bonheur Bonus : listes et inventaires
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criset engagements
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Assis par terreSophie Le Roux
Aujourd’hui encore, je suis assis par terre. Le trottoir est humide : il a plu cette nuit. Le vent frais me fait frissonner. Je n’ai plus de manteau, on me l’a volé hier. Un gobelet en plastique est déposé devant moi. Personne n’y mettra rien, je le sais. Mais je n’ai plus rien à perdre à présent et l’espoir que tout s’arrange me maintient en vie. Les passants ne me regardent pas, ne s’approchent pas de moi. Je pense à mes congénères, à ceux qui comme moi n’ont plus rien. Clochards, SDF, c’est ainsi que nous appellent les autres. Ces « autres », il n’y a pas un an, j’en faisais partie. J’avais une maison, un travail, une famille. Puis la crise m’a fauché. J’ai perdu mon emploi. L’argent a vite manqué et ma femme m’a quitté avec mes enfants. Par la suite, j’ai perdu mon logement. Je trouvais alors divers emplois pour survivre. Mais quand on a découvert que je dormais dans les rues, on m’a renvoyé, encore et encore. Je n’ai pas très bien compris pourquoi. Problème de réputation, disaient les patrons. Voilà ma petite histoire personnelle, ma vie détruite par des personnes ayant décrété que mon emploi n’était plus rentable, des personnes que je ne connais pas et ne connaîtrais jamais. Classique. On dit « l’argent ne fait pas le bonheur ». J’ai eu tout le temps d’y réfléchir, assis devant mon petit gobelet désespérément vide. De mon point de vue, c’est l’expression la plus juste qui soit. C’est l’argent qui m’a rendu pauvre,misérable. L’argent est devenu notre seule raison de vivre. S’enrichir coûte que coûte, c’est tout ce qui compte aujourd’hui, quitte à détruire la planète. Pour de simples morceaux de papier. Absurde. L’ombre d’un passant me tire de mes pensées. Un faible sourire pointe sur mes lèvres : d’une réflexion sur ma condition, j’en viens à disserter sur la pollution de la planète ! Tout cela est sûrement lié. Crise, pauvreté, pollution... Que voulez-vous ? Il faut y réfléchir au moins une fois dans la vie, et qui sait combien de temps durera encore la mienne. Désormais, elle ne dépend plus que d’un simple gobelet en plastique.
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Pourquoi pas moi ?Manon Pradeille
elle moi Si alors pourquoi pas ? Si elle alors pourquoi cela ? Si moi non alors pourquoi elle oui ? Si moi non alors pourquoi elle c’est permis ? Si elle indifférente et pourtant choisie Si moi acharné mais toujours interdit Si moi perdant et toujours prisonnier Si elle gagnante et sans cesse libérée Alors qu’est-ce que justice sinon un art abstrait ? Qu’est ce que justice sinon inégalité ? Et l’inégalité peut-elle être tolérée ? Dites-moi pourquoi si elle peut rire Pourquoi pas moi ?
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J’ai passé la nuit dehors Tatjana Gouin
J’ai passé la nuit dehors, encore. Avec la pluie, avec le vent. J’ai passé la nuit dehors, et alors ? C’est ce que je fais tout le temps.
J’avais un bout de pain dans mon écuelle. Et le goût de la faim aux lèvres. Je l’ai donné au petit. Amour paternel. J’aurais pas supporté qu’il en crève.
Tu vois, toi, le journal tu le jettes. Une fois lu, il ne sert plus. Tu vois, moi, le journal je l’achète. Pour pas mourir de froid dans la rue.
Et si j’empeste, les cheveux sales, jamais je ne me plains. Alors que toi tu pestes, et tu râles, tu grognes pour rien.
Et si je fais tout ça, ce n’est pas pour moi. C’est pour le petit. Tu sais, ce mini-moi, c’est toute ma vie. Je serais déjà parti, si ce n’était que ça.
8
J’ai passé la nuit dehors, encore. Avec la pluie, avec le vent.
J’ai passé la nuit dehors, et alors ?
J’en ai encore pour longtemps.
jelaicroisécematin
9
Dès ce moment, j’ai cru que mon cœur allait lâcher !Manon Gros
Je la regardais profondément, mes yeux plongeaient dans ses yeux, reflétant la vie qui se déroulait autour... Ses yeux ! D’une couleur bleu turquoise comme je les aime, c’est particulièrement eux qui m’ont fait la désirer... Elle était magnifique ! Ses cheveux longs et blonds lui retombaient sur les hanches, épousant parfaitement ses petites formes.
Le premier bouton de son chemisier était entrouvert, laissant deviner la naissance de son cou. Sur son épaule ? La lanière de son sac où étaient suspendus plusieurs badges, retraçant la vie d’un petit personnage de papier. J’étais émerveillée, je l’admirais, je la désirais plus que tout. Mon père au coin de la rue me faisait des signes pour que je le rejoigne, mais je n’ai pas bougé. Plus rien n’existait, juste elle et moi et cette vitre entre nous.
- Capricieuse ! me dit mon père en rentrant à la maison. Tu obtiens toujours ce que tu désires ! Mon père a raison, mais elle est la seule et l’unique désormais. La voilà dans mon lit, prête à garder mes nuits. Je l’ai croisée ce matin au marché…
10
J’ai empilé mes affaires dans ma trop petite valise,
En laissant avec regret le cadre posé sur la commode, C’était la photo de notre premier rendez-vous, C’est tout ce qu’il restait de moi dans cette chambre Que je quittais pour la dernière fois. En descendant la rue qui mène à la gare, J’ai senti des larmes monter au bord de mes yeux, NON ! Il fallait que je me ressaisisse, Je ne devais et je ne voulais pas craquer, pas maintenant, Je suis monté dans le train, le premier qui passait, Je ne savais pas où j’allais et cela me convenait bien, Je voulais me perdre pour ne pas retrouver mon chemin, son chemin, notre chemin, Je l’ai croisée ce matin au marché, et à son bras s’accrochait son avenir…. Et moi je deviendrai son passé.
Laetitia Joumier
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Je l’ai croisée ce matin au marché.TatjanaGouin
Ce matin. Au marché. Cela faisait bien longtemps que je n’avais foulé le sol pavé de cette place. Peut-être deux jours. Peut-être deux semaines. Ou bien était-ce deux mois ? Deux ans ? Je ne sais plus. Oh, elle n’a pas changé ! Toujours ce teint de marbre qu’on a envie de tâter du bout des doigts, cet impression de douceur et cette présenceCet air paisible. reposé, calme, malgré la foule qui grouillait comme devant leur reine. Et je me suis demandée s’ils avaient le droit, eux tous, d’être si proches de toi. De toi et de ton murmure. Ce doux murmure qui me rappelait la pièce. Tu sais, la pièce... J’étais jalouse de tous ces gens qui te lançaient leurs souhaits à la figure, qui te touchait de leurs mains impures, qui souillait mon souvenir.Non, non ! Cette grâce et cette finesse, cette beauté et cette eau si claire, c’était la nôtre, te souviens-tu ? Et notre pièce y demeure encore. Notre pièce, notre promesse, notre fontaine. Te souviens-tu ?
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Elle était là, devant moi, à commander une salade et quelques tomates.Cyrielle Bourguignon
Elle paraissait fragile et tellement forte à la fois. Serai-je un jour comme elle ? Un regard divinement puissant. La force de l’âge, la force de la confiance, la force de la vie ! J’espère moi aussi la posséder un jour ! Je l’attraperai en la tenant fermement entre mes mains ! Il ne faudra pas trop que je l’écrase pour ne pas qu’elle se détruise. Non ! Je la conserverai précieusement et puis quand j’aurai une maîtrise totale sur elle, je la laisserai se balader en moi, autour de moi ! Elle gravitera. Les gens la ressentiront. Ils seront impressionnés par cette puissance immobile en moi. Un pas en arrière ou une fascination en biais. Je deviendrai intouchable, invulnérable ! Comme elle ! Et moi aussi je commanderai une salade et quelques tomates avec ce même regard. Mais en attendant, je suis moi, moi et seulement moi …sensible, timide, cachée derrière ma faiblesse et mes trois pommes Golden. Un jour moi aussi, je serai vieille comme elle, ne craignant plus aucun danger ni ce qui m’est étranger.
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jemarchesurterre
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Je rampe Tatjana Gouin
Je suis une fille, et je marche sur Terre. Enfin, je suis une fille, et je rampe sur Terre. Écrasée sous le poids de la gravité, compressée, oppressée. Face contre terre. C’est le poids de la vie qui me pèse, et la vie, elle est obèse. Une grosse masse sur mes épaules. Le poids des soucis, des envies. Tout ce qui m’a menée à construire ma vie sur des Si. Et si...? Si seulement... C’est pour ça que je continue d’avancer, peu importe la distance gagnée chaque jour sur le chemin de mon destin. Je continue d’avancer, le cœur serré, pressé comme un citron . Et encore, avec l’impression qu’on y enfonce une fourchette, pour le vider entièrement de son nectar. Et les côtes broyées. Je continue de ramper. Mais le chemin n’est pas lisse, et plus j’avance, plus je m’écorche sur les graviers. Le visage, les paumes, la poitrine, le ventre, les genoux, tout ensanglantés. Mais c’est que j’espère qu’un jour la gravité me libèrera, que je m’envolerai, que j’oublierai. Que je vivrai. En attendant mes os craquent sous la pression, et personne n’y fait attention. J’espère. Je suis une fille, et je marche sur terre. Je suis une fille, et je rampe sur Terre.
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AvancerLaetitia Joumier
Sourire, s’exprimer, avancer, ce qui vous semble si aisé, n’est pas pour moi une chose facile.
Sourire face à ces regard de pitié qui refusent de m’aider,
M’exprimer, bien sûr, mais en haussant la voix,
Avancer...
Dites- moi comment voir l’avenir, si même cela m’est difficile ?
Et être une fille, belle et féminine ?
Et te plaire … ? Comment m’y prendre si je ne peux me dresser devant toi ?
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Devinez-moi !Sophie Le Roux
Je suis une fille et je marche sur Terre.Je suis une parmi des milliards. Je suis riche pour certains et pauvres pour d’autres. Je ne suis pas lui, je ne suis pas elle, mais c’est tout comme. Deux bras, deux jambes, et qu’importe si un de mes membres m’est arraché,Je suis moi et je le reste. Je suis moi, mon âme, ma conscience. Je suis mon corps, mon ombre, mes pensées. Je suis pour les autres ce qu’ils décident. Je suis celle que personne ne connaît, enfin, pas vraiment.Savez-vous désormais qui je suis ? Je suis une parmi des milliards. Je suis tout car tout est semblable. Je suis tout. Elle aussi. Et lui également. Nous sommes tout et tout n’est rien. Vous me suivez ?
Le BonhommeSamantha Lussiez
Je marchais dans cette rue souillée de pluie et de grêle, Mes souliers inondés, à toiser ce bonhomme qui crie, La cité de lumière s’épanouissait jusqu’aux cieux, Les rues dégorgeaient de spectateurs épars, Certains marchaient, aucun ne baissait les yeux. Qu’est-ce que ça pouvait leur faire, que la vie ne soit qu’une farce ? Ses doigts caressaient son instrument avec virtuosité, je m’en serais sûrement retrouvée jalouse Si seulement j’avais davantage retenu l’air joué par le pauvre musicien dans sa blouse. J’ai eu envie de l’applaudir, mais je me suis retenue C’est presque lui qui m’aurait remercié, visiblement surpris que je l’entende Cette sale nuit d’hiver dans ce sale quartier. Tout le monde passait devant cet homme assis, mais étais-je la seule à remarquer sa pancarte où figuraientJuste ces mots : « Joyeux Noël, Merci »
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identités
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Monsieur l’adolescentCyrielle Bourguignon
Je marche sur terre. Oui, depuis dix-neuf ans même! Je sais qu’il n’y a pas de fierté à vivre jusqu’à dix-neuf ans. Mais quand même, dix-neuf ans à ne jamais se révolter, à toujours écouter et à toujours obéir à ses supérieurs, ça c’est une fierté! Et oui, je n’ai jamais connu cette crise dite d’adolescence. Cela m’est inconnu, presque irréel. Comment peut-on se révolter ou s’énerver contre ses géniteurs ? Ceux qui nous aiment plus que tout au monde ! Les seuls qui donneraient tout pour notre bien ! Nous, leurs enfants ! Comment peut-on les contre dire ? Les énerver ? Les détester ? Tout ça pourquoi ? Parce que l’adolescent est susceptible à souhait. Monsieur l’adolescent a été blessé au plus profond de lui. Ah oui parce que les parents ne sont pas blessés quand monsieur. l’adolescent s’énerve !? Non ! C’est vrai que les parents sont des idiots qui ne connaissent pas les sentiments! Pire encore, ce ne sont pas des êtres humains, ce sont des robots programmés pour faire des reproches au moins trois à quatre fois par semaine ! Mais comment peut-on en arriver à ces idées totalement absurdes ? Quand ils sont blessés (oui parce qu’ils le sont), ils ne disent rien et encaissent le coup ! Imaginez qu’ils fassent comme les adolescents !
- Non tu ne sors pas ! - C’est ça, empêche moi de vivre aussi ! La maman devient alors toute rouge, si elle ne l’est pas déjà, prend une grande inspiration et crie : - De toute façon tu ne me comprends pas et tu ne me comprendras jamais !
Elle s’en va d’un pas décidé vers sa chambre et claque la porte.VLAN ! « Entends ma colère ! ». Au bout de dix minutes elle se calme, et elle commence à réfléchir pour se venger de sa fille qui décidément ne la comprendra jamais ! Quoi qu’il se passe, elle s’énerve pour un rien ! Et m’empêche de décider ! ». Voilà pourquoi je marche sur terre sans prendre la tête à mes parents. Pas de crise, ni de haine! Juste une envie de trouver mon propre chemin.
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