Le communautarisme menace la République - Tribune de Camille BEDIN dans Valeurs Actuelles - 28 août 2014

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Camille Bedin est secrétaire générale adjointe de l’UM , présidente du groupe d’opposition UM au conseil municipal de Nanterre. Valeurs d’avenir Société LecommunautarismemenacelaRépublique ar Camille Bedin chaque communauté, son camp. Notre pays est celui de la “République souvecitAoyens unis dans la communion nationale par un raine”, qui faisait de tous ses enfants des “plébiscite de tous les jours”. Ces dernières semaines ont pourtant été marquées par l’accélération d’un phénomène de segmentation de notre société : à travers les médias et les réseaux sociaux, nos communautés religieuses se sont mobilisées séparément pour le Moyen-Orient. Cette tendance marque une évolution de notre pays. Elle n’est pas que religieuse ; dans l’ensemble du monde occidental, les attachements aux marques d’identité, qu’elles soient politiques ou sociales, se font ressentir. Chacun comprend que la fidélité à sa propre tradition est une force et peut être un apport pour la société. Mais chacun perçoit aussi qu’un pays où chaque groupe s’isole et se défie des autres deviendrait fragile. Or force est de constater que, aujourd’hui, la France éprouve ce malaise : l’effet du “retour aux sources”, qui pourrait être enrichissant, risque de devenir un repli identitaire marqué par l’inquiétude et la concurrence des revendications communautaires.
Publié le : jeudi 28 août 2014
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Camille Bedin est secrétaire générale adjointe de l’UM , présidente du groupe d’opposition UM au conseil municipal de Nanterre.
Valeurs d’avenir
Société LecommunautarismemenacelaRépublique
ar Camille Bedin
chaque communauté, son camp. Notre pays est celui de la “République souve-citAoyens unis dans la communion nationale par un raine”, qui faisait de tous ses enfants des “plébiscite de tous les jours”. Ces dernières semaines ont pourtant été marquées par l’accélé-ration d’un phénomène de segmentation de notre société : à travers les médias et les réseaux sociaux, nos communautés religieuses se sont mobilisées séparément pour le Moyen-Orient. Cette tendance marque une évolution de notre pays. Elle n’est pas que religieuse ; dans l’ensemble du monde occidental, les attachements aux marques d’identité, qu’elles soient politiques ou sociales, se font ressentir. Chacun comprend que la fidélité à sa propre tradition est une force et peut être un apport pour la société. Mais chacun perçoit aussi qu’un pays où chaque groupe s’isole et se défie des autres deviendrait fragile. Or force est de constater que, aujourd’hui, la France éprouve ce malaise : l’effet du “retour aux sources”, qui pour-rait être enrichissant, risque de devenir un repli identitaire marqué par l’inquiétude et la concur-rence des revendications communautaires.
es attachements communautaires provien-L nent naturellement, comme Tocqueville l’avait remarquablement prévu, de la liberté indi-viduelle qui nous conduit à tisser des réseaux de proximité qu’on se choisit et à créer des solidarités de voisinage, d’engagement, de foi ou de tradition. Cette liberté nous enrichit. Elle est d’ailleurs trop souvent blessée au nom d’une vision égalitariste de l’intérêt général. Cependant, comme ierre Manent l’a montré, pour que la démocratie fonctionne, il est indispen-sable que ses membres y participent avec le souci de définir des solutions communes. Or notre pays semble souffrir aujourd’hui d’une absence de pro-jet collectif susceptible de mobiliser chaque groupe et chaque individu vers un avenir partagé. ersonne ne sait de quoi demain sera fait, et encore moins pourquoi nous devons nous mobili-ser tous ensemble, dans une période pourtant si exigeante en sacrifices. Le président de la Répu-blique, qui devrait être en première ligne pour des-siner cet horizon commun, est à peine capable
d’esquisser des directives pour son propre gouver-nement. Il en serait de toute façon incapable : par cynisme, il a fondé sa campagne de 2012 sur la seg-mentation électorale, s’adressant aux électeurs en fonction de leur appartenance ethnique, reli-gieuse ou sexuelle. La gauche a sciemment trahi la République en s’adressant à des communautés plutôt qu’à des concitoyens. La droite n’est pas non plus exempte de reproche, elle qui, si elle a très tôt diagnostiqué le malaise identitaire, n’a pas su trouver les mots pour expliquer que ses projets valaient pour tous les citoyens, quels que soient leur origine ou leur milieu social. Il est temps de proposer des solutions à ce défi majeur.
omme de nombreux élus de terrain de ban-C lieue, je sais qu’il est possible de proposer des projets qui rassemblent nos concitoyens, au-delà des différences religieuses, culturelles ou sociales. Je sais qu’il est possible d’organiser le dialogue entre des “communautés” et des individus qui ne se connaissent pas et qui, a priori, n’ont absolu-ment rien en commun. Je sais qu’ils peuvent parti-ciper ensemble au même projet collectif si ce der-nier porte en son cœur l’avenir de leurs enfants, autour de valeurs qui font la fierté de notre pays : la liberté, la méritocratie, la solidarité, l’ouverture, la tolérance, le respect. our rassembler à nouveau, il n’y a pas d’autre pierre angulaire que l’école de la République : il est temps d’offrir aux plus jeunes, d’où qu’ils vien-nent, la promesse d’une réussite équitable et juste, qui s’acquiert par le seul travail et les efforts, une réussite née de l’ascenseur républicain. Nous devons avoir le courage exceptionnel de libérer le marché du travail et de renouer avec une société plus fluide, pour mettre fin aux multiples castes et plafonds de verre, des privilégiés de l’État à ceux qui profitent du système, excluant les jeunes, les plus âgés, tous ceux qui veulent sortir de leur case, ceux qui veulent entreprendre, ou encore les plus fragiles d’entre nous. À nous, la droite, de porter ce discours fédé-rateur qui dépasse les origines, les communau-tés et les préjugés, pour rassembler tous les Français derrière le même étendard : celui de la République.
Nous devons porter un projet qui rassemble tous les citoyens autour de valeurs communes.
28 août 2014Valeurs actuelles- 89
Les commentaires (1)
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j.fargier

BRAVO, avec vous.

vendredi 29 août 2014 - 08:30