Fichepedagogique_Esclave de Pompei

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Fichepedagogique_Esclave de Pompei

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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L’Esclave de Pompéi Annie Jay
 5,5€ 288 pages N° 970   Niveau : 6 e /5 e      I – L’auteur  Annie Jay est née le 19 Juillet 1957 et a grandi en région parisienne, à Sarcelles. Dans son enfance, elle dévorait les romans et était passionnée d’Histoire. Cette passion ne l’a jamais quittée puisqu’elle se plaisait à raconter à ses neveux et nièce « les " petites " histoires de l’Histoire », ces anecdotes croustillantes dont les enfants sont souvent si friands. Pourtant, elle n’entreprend pas pour autant des études dans cette voie. « Je suis […] une autodidacte » confie-t-elle sur son site www.anniejay.com ). C’est suite à un défi que lui lance un jour sa nièce, qu’Annie Jay rédige son premier roman historique : Complot à Versailles . Écrire un roman historique est pourtant un travail long et rigoureux, les recherches sont multiples et approfondies. Mais Annie Jay l’envisage comme un jeu : « Écrire des romans historiques, c’est jouer pour ainsi dire au détective dans les coulisses du temps ». Alors comment ne pas se laisser entraîner dans un tel divertissement et dévorer chaque page de ses fresques si vivantes, au temps du Roi Soleil ou sous l’Antiquité ?  Ses romans historiques : Complot à Versailles (1993) : Prix de la meilleure œuvre pour la jeunesse 1994. À la poursuite d’Olympe (1995). Le Trône de Cléopâtre (1996) : Prix du roman historique de la ville de Versailles 1997 et Prix des collégiens la même année. À la Cour du Roi Soleil (2002) : Prix du roman jeunesse de Ste Foy de Peyrolières 2004. L’Esclave de Pompéi (2004). Au nom du Roi (2006). La Vengeance de Marie (2008). L’Inconnu de la Bastille (coécrit avec Micheline Jeanjean, 2008).  1 roman fantastique : Fantôme en héritage (1997) : Prix Ruralivre 1999.         
 
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II – Une fiction romanesque ?  1) Résumé du roman  Le jeune Lupus est esclave près de la majestueuse ville de Pompéi. Six ans plus tôt, alors qu’il voyageait en compagnie de sa famille, des pirates pillèrent le navire, tuèrent son père et le firent prisonnier ainsi que sa mère et sa jeune sœur, Actis. Tous trois furent vendus comme esclaves à Pompéi. Le puissant Tyndare acheta Actis et sa mère, tandis que Lupus fut vendu à un fermier nommé Félix. Depuis ce jour, le jeune homme n’a qu’une idée en tête : retrouver ce Tyndare et libérer sa mère et sa sœur. C’est pourquoi, lorsqu’il le voit un jour quitter le domicile du banquier Sporus chez qui son maître l’avait envoyé, Lupus n’hésite pas un instant. Il se lance à la poursuite de Tyndare et met tout en œuvre pour découvrir où se cache sa demeure. Cette quête mènera Lupus à Pompéi où il fera d’intéressantes rencontres et vivra de multiples aventures.  2) Le cadre spatio-temporel  L’intrigue se déroule dans la région de Pompéi, la Campanie. Au début du roman le protagoniste vit à « deux miles » de la cité de Nuceria, à l’ouest de Pompéi. La suite se situe exclusivement à Pompéi.  
 Source : Google images : www0.dfj.vd.ch/.../latin/POMPEI/situation.htm    
 
 
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Pompéi était, à l’époque où se situe l’intrigue, une puissante cité « de près de quinze mille habitants » (p. 59) dans laquelle se plaisaient à séjourner les riches Romains, rivalisant au travers de leur splendide demeure. Cité prospère grâce à son économie en plein essor, Pompéi voyait pourtant cohabiter bon gré mal gré toutes les couches de la société. Le protagoniste s croise d’ailleurs la route du banquier Sporus, du riche Tyndare, gladiateur affranchi de son état, de la troupe d’Apollonius (comédiens), d’esclaves occupant des fonctions diverses dans la société (des vigiles, des employés des thermes) et d’un pauvre sans abri bien souvent ivre… Les lieux, décrits avec une extrême précision, nous font voyager dans le temps et le lecteur visite tour à tour le Forum, les thermes, la Grande Palestre, la caserne des gladiateurs, le quartier de la porte Marine où ont séjourné Lupus et ses amis comédiens. A découvrir sur le plan de la ville :  
 Source :Google images : www0.dfj.vd.ch/.../latin/pompei/Plan2.htm   1 – Thermes du forum 9 – Grand théâtre 2 – Temple de Jupiter 15 – Grande Palestre 3 – Forum 16 – Amphithéâtre 8 – Caserne des gladiateurs  Avantage du roman (parmi de nombreux autres mentionnés plus loin) : l’action se déroule dans les derniers mois de gloire de la célèbre cité, détruite par une éruption du Vésuve le 24 août 79. Les repères historiques sont précis et le lecteur se laisse prendre au jeu et s’inquiète pour le protagoniste et ses proches au fur et à mesure que les pages nous rapprochent de la date fatidique.  3) Les principaux personnages  
 
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Lupus est le protagoniste du roman. Dans les premiers chapitres nous apprenons qu’il se  prénommait Dionysos et qu’il vivait à Rhodes où son père avait un commerce florissant. Après avoir été enlevé par des pirates puis vendu comme esclave à Pompéi, Dionysos devient Lupus, nom que donné par son maître Félix. Grâce à l’éducation que lui avaient donnée ses parents, Lupus était un des rares esclaves à parler et à écrire le grec et le latin. Son maître prévoyait d’ailleurs d’en faire son comptable (p. 14). Mais ce jeune homme était impulsif et très déterminé à retrouver sa jeune sœur Actis et sa mère, vendues elles aussi. C’est ainsi que, bravant tous les dangers que couraient habituellement les esclaves en fuite, Lupus part à leur recherche jusqu’à Pompéi, oubliant ses obligations envers son maître. Il n’en est cependant pas moins honnête, puisque pendant l’éruption du Vésuve, il met en péril sa vie pour sauver son maître blessé. La nature n’en a pas seulement fait un jeune homme très intelligent, Lupus est également d’une grande beauté (p. 13).  Les maîtres : · Félix, un fermier de Nuceria appartenant à l’ordre des Equites , est un homme bon. Malgré l’autorité dont il fait preuve au début du roman, il se comporte presque comme un père avec Lupus. Cette attitude se confirmera à la fin de l’intrigue, lorsqu’il affranchira le jeune homme et arrangera son union avec Claudia. · Nero Claudius Tyndare est un ancien gladiateur affranchi par l’Empereur Néron (p. 79). Au début du roman, il apparaît comme un homme cruel et emporté, puisque le lecteur l’aperçoit pour la première fois sortant de chez Sporus, particulièrement en colère (p. 23-24). Il fait figure de méchant tout au long du roman, mais la dernière partie du l’histoire le dévoile tout autre : homme sensible et prévoyant, il a épousé la mère de Lupus et a adopté Actis. Depuis cette époque, il n’avait de cesse de retrouver le jeune homme (p. 174). Notons que le choix de son nom n’est pas innocent : dans la mythologie grecque, Tyndare était le roi de Sparte et le père d’Hélène. On retient de lui le fameux serment qu’il fit prêter aux prétendants de sa fille. Ces derniers devaient promettre leur aide à celui qu’Hélène aurait choisi si un jour le besoin s’en faisait sentir. Ce serment fut un des éléments déclencheurs de la Guerre de Troie. Ces deux personnages rompent avec la tradition qui faisait passer les maîtres pour des êtres insensibles qui profitaient de leurs esclaves comme des marchandises, ce qui n’est pas tout à fait exact. Bien sûr il existait de mauvais maîtres, mais bon nombre confiaient à leurs esclaves des tâches importantes.  Le banquier Sporus est, quant à lui, un maître violent et caractériel. C’est ainsi que l’auteur le présente en compagnie de son secrétaire Icarios ou bien encore avec son portier qu’il n’a pas hésité à battre violemment après avoir découvert le vol de ses deux objets. De plus, il est un notable peu fréquentable : joueur (il joue d’ailleurs l’argent de ses clients), mauvais perdant, soucieux de sa réputation, il est également un meurtrier récidiviste (p. 97-98) et un imposteur, puisqu’il est prêt à faire accuser Lupus de la disparition de l’argent de ses clients.   La troupe de comédiens se compose de sept personnages hauts en couleur : leur chef, Apollonius , est un homme « de haute taille, [portant] une excentrique tunique brodée » (p. 42). Quelque peu coureur depuis qu’il est veuf, il n’en est pas moins la tête pensante du groupe. Sa fille, Séléné  (nom donné à la Lune en Grèce), 16 ans, a un amoureux dans chaque ville qu’ils traversent et a jeté son dévolu sur le jeune Lupus. Son frère jumeau, Hélios  (nom donné au Soleil) est un grand, blond aux yeux bleus. Acca , une « jolie naine musicienne », est la femme de Mucius , « un excellent mime ». Le frère de ce dernier, Florus , « de taille moyenne et frêle, [est] spécialisé dans les rôles de femme » (p. 64). La vieille Pétronia , mère de Mucius et de Florus,
 
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les accompagne. Aux yeux des autres, elle apparaît comme une vieille folle à cause de ses prédictions funestes. Ces sept personnages sont les adjuvants de Lupus. Ce dernier s’était enfui de chez Sporus en compagnie de Séléné, qui cherchait chez le banquier l’argent qu’il leur devait. Cependant, ils ont un rôle quelque peu différent de celui des traditionnels adjuvants : ils aident Lupus à fuir, puis à retrouver la trace de Tyndare, mais cette aide est réciproque. Lupus les aide également à trouver du travail à Pompéi. Leur présence dans le roman a également pour intérêt de nous monter ce qu’était la vie de comédiens ambulants comme il en existait sous l’Antiquité mais aussi bien plus tard, au XVII e siècle par exemple.  Claudia est la fille aînée de Tyndare. Plutôt jeune, elle éblouit immédiatement le protagoniste par sa beauté et sa fraîcheur. Ses yeux ont la couleur de l’océan. Elle aussi sera en temps voulu l’adjuvante de Lupus, lorsqu’elle lui permet de s’échapper de son domaine (chap. 15). Claudia est la figure de la jeune fille parfaite par sa beauté, son sens des responsabilités (elle n’hésite pas à prendre en charge un bébé que lui confie sa mère pendant l’éruption) et la constance dont elle fait preuve à l’égard de Lupus. Il n’est donc pas étonnant qu’elle devienne sa femme.  4) Un roman aux tonalités multiples  Ce roman se présente tour à tour comme un roman policier, un roman d’aventures, un catalogue des coutumes antiques et un roman historique.  a) Un roman policier  L’intrigue voit converger trois faits : le vol qui eut lieu chez Sporus, l’assassinat de l’antiquaire et celui d’un vieux mage qui se déroula bien avant notre histoire. Désireux de connaître l’adresse de Tyndare, Lupus pénètre au domicile du banquier, mais en même temps Séléné cherche chez ce dernier de quoi payer la prestation de sa troupe. Elle ne trouve pas d’argent, et pour cause, le lecteur en découvrira plus tard la raison. Séléné dérobe alors deux objets dont elle ne connaît pas la valeur. Mais le gardien donne l’alerte et les deux adolescents s’enfuient. Sporus en est certain, c’est l’esclave de Félix qui a fait le coup. Il le dénonce, et va tout entreprendre pour récupérer ses objets. Il en profite pour l’accuser également du vol de l’argent de ses clients, 150 000 sesterces (p. 55). Dans les romans policiers traditionnels, le lecteur ne connaît pas l’identité du criminel. Ici au contraire nous savons que Sporus a tué l’antiquaire ; le lecteur assiste au meurtre de Sotimus. Mobile du crime : Sporus voulait récupérer les deux objets que Séléné lui avait dérobés, mais il refusait de payer la somme que lui réclamait l’antiquaire. De ce fait, il le poignarda, sans même s’inquiéter d’éventuels témoins qui auraient pu voir la scène, ni même récupérer le poignard grec qui risquait de le compromettre. C’est à cette occasion que le lecteur est mis au fait du premier meurtre de Sporus : un vieux mage qui refusait de lui livrer la formule liée à l’ivoire magique. Sotimus avait deviné son crime et le banquier voulait également le faire taire. Deux mobiles donc au meurtre de Sotimus. L’enquête est menée par l’édile de Pompéi, Cnéius Helvius Sabinus et par un esclave public à son service, Pandion. Deux chapitres sont consacrés à cette enquête : les chapitres 10 et 17. Lupus est un personnage actif ici puisqu’il apporte son aide à Pandion. Ainsi, il saura s’il est vraiment mis en cause ou non. Mais son zèle étonne l’esclave public, qui découvre bientôt son identité. À l’issue de l’enquête, Lupus est disculpé. Quant à Sporus, il périra lors de l’éruption du Vésuve, puni non pas par les hommes, mais par les dieux (p. 240).  
 
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b) Un roman d’aventures  Selon la définition proposée par le dictionnaire Le  Robert , un « roman d’aventures » est un roman dans lequel surviennent des péripéties mouvementées . C’est bien le cas de L’Esclave de Pompéi  puisque dès les premières pages du roman s’enchaînent les actions imprévues.  En effet, alors qu’il se trouvait chez le banquier Sporus pour une affaire que lui avait confiée Félix, Lupus aperçoit Tyndare, l’homme qui avait acheté sa mère et sa sœur six ans plus tôt. Il décide alors de revenir fouiller le bureau du banquier afin de trouver l’adresse du riche Tyndare. Malheureusement le gardien donne l’alerte et Lupus est contraint de s’enfuir en compagnie de Séléné, une comédienne qui venait de dérober deux statuettes. Tous deux rejoignent la troupe d’Apollonius et gagnent Pompéi. Contre toute attente, Lupus retrouve la trace de Tyndare et Sporus qui l’accuse du vol des deux objets ainsi que d’une importante somme d’argent. Le jeune esclave se trouve alors emporté malgré lui dans de multiples aventures, jouant tour à tour le rôle d’apprenti comédien et de détective sur les traces de Tyndare, tout en essayant d’échapper à Sporus, de plus en plus déterminé et violent, et à son secrétaire. Autre péripétie mouvementée et imprévue si l’on ne tient pas compte, comme l’ont fait les personnages, des prédictions de Pétronia : l’éruption du Vésuve. Ce dernier élément de l’action à Pompéi nous fait craindre pour la survie des personnages auxquels le lecteur a eu le temps de s’attacher. Grâce à la charrette de Sporus et contre toute attente, Lupus et Claudia parviennent à s’enfuir de la ville.  Dans la tradition littéraire des romans d’aventures, les péripéties qui alimentent le récit ne suffisent pas. La seconde caractéristique de ce type de roman est la quête menée par le héros et pour laquelle il est prêt à tout . C’est le cas ici puisque le narrateur nous informe dès le début du roman que Lupus s’est promis de retrouver sa mère et sa sœur. Les retrouvailles de Lupus et d’Actis surprennent le lecteur puisqu’il ne s’attendait pas à voir Tyndare marier sa fille adoptive. Lupus non plus d’ailleurs. Cette péripétie relance le récit au lieu de le clore : Lupus va à présent pouvoir espérer obtenir la main de Claudia puisque celle-ci n’est promise à aucun prétendant. Reste le problème de son identité. Lupus est un esclave et un esclave ne peut espérer épouser une femme libre. Ce nouvel obstacle relance le suspense et maintient le lecteur en haleine jusqu’aux dernières pages du roman.   c) Un catalogue des coutumes antiques  La nourriture : Les références à ce que mangeaient les Latins sont nombreuses. Le narrateur nous informe à la page 65 que « d’ordinaire, on mangeait peu le matin et à midi ; on se contentait de grignoter debout. La plupart des gens se réservaient pour la cena , le copieux repas de l’après-midi, qui durait jusqu’au soir. » Les comédiens d’Apollonius mangent des beignets de poisson, du poulet aux figues (p. 64), des saucisses aux choux (p. 69), de l’ ofella (brochette de viande), des fèves au cumin (p. 66), le tout agrémenté de garum , une sauce « faite avec des intestins de maquereaux en putréfaction » (p. 127) (Pour plus de renseignements sur ce sujet : www.roma-quadrata.com ). Les plus pauvres remplaçaient le garum par de l’ allec , « sauce à base d’anchois » (p. 127). Les menus des repas de fête étaient pantagruéliques et plus raffinés. Chez Venustus, les invités pouvaient goûter des « cailles et [des] loirs rôtis, [des] tétines de truie et [des] concombres au miel » (p. 157). Chez Tyndare, étaient servis une « truie […] emplie de volailles,
 
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de saucisses et d’oignons confits au miel », « des escargots accompagnés de salades », « des langoustines avec des champignons, des filets de murènes et des grives rôties » (p. 211). Quant à la boisson quotidienne, il s’agissait très souvent de « vin miellé », c’est-à-dire coupé avec un peu de miel.  Les vêtements : Les femmes portaient une stola , longue robe drapée sur une tunique et serrée à la taille par une ceinture. Pour sortir, elles mettaient par-dessus une palla , sorte de manteau ou de grand châle, souvent posée sur leur tête.  Femmes romaines (Source : hbtm.neuf.fr/lesvetementromainsetgaulois.htm)  
   En guise de soutien-gorge, un strophium , une bande de tissu. Lorsqu’elles se mariaient, le costume traditionnel était une « tunique sans couture serrée à la taille par une ceinture », un voile orange posé sur « leurs cheveux coiffés en six tresses » (p. 199).  Les hommes portaient une longue toge drapée au-dessus d’une tunique. Les esclaves, quant à eux, portaient une simple tunique.  La religion : Les Romains étaient un peuple polythéiste et accordaient une grande place à la religion. Les dieux étaient omniprésents. Le narrateur évoque les lares (« divinités tutélaires chargées de protéger les rues, les carrefours, les maisons, la famille ») et les mânes (« esprits des morts qui protégeaient la maison ») (p. 52). Le dieu le plus important était alors Jupiter ; le roman évoque à plusieurs reprises la déesse Isis, déesse universelle de la mythologie égyptienne, adoptée par les Romains à l’époque impériale. Pour plaire aux dieux il était fréquent de faire des sacrifices. La plupart du temps on sacrifiait des animaux (cochon, mouton, taureau…), mais on faisait également des offrandes. Les Romains étaient particulièrement superstitieux et observaient avec attention les présages. C’est ainsi que Sporus évoque ceux qui se sont manifestés à lui : « j’ai vu un hibou voler de gauche à droite… Et puis, j’ai trébuché su r le seuil… […] un coq a chanté durant mon repas ! […] Je l’ai fait chercher pour le tuer. On ne l’a pas trouvé ! » (p. 52-53). Le vol des oiseaux est un présage très célèbre puisqu’il a déterminé qui serait le premier roi de Rome (cf. histoire de Romulus et de Rémus). Plus loin, Sporus conjure le mauvais sort en « [passant] son
 
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index mouillé de salive derrière son oreille » (p. 231). Enfin l’importance qu’il accorde à l’ivoire que Séléné lui a dérobé montre également que les Romains étaient très attachés à la magie. Les prémonitions de Pétronia témoignent également de la superstition des Latins : « Il faut fuir de Pompéi ! Les dieux n’aiment pas cette cité ! Elle est maudite ! Maudite ! Bientôt les génies de la montagne vont punir les habitants pour leur impiété ! » (p. 66) Ou encore : « Vulcain va les punir ! » (p. 68).  Les coutumes funéraires : Lorsqu’un décès survenait dans une famille, il était de coutume d’installer devant la porte un cyprès, « l’arbre dédié à Pluton, le dieu des morts » (p. 81). La cérémonie, différente selon le rang qu’occupait le mort dans la société, était conduite par les libitinaires. Le chapitre 7 conte en détail comment se déroulait une telle cérémonie : après avoir rendu un dernier hommage au défunt, le cortège composé de la famille, d’amis, d’esclaves, de clients, de pleureuses professionnelles, de musiciens et de comédiens qui jouaient le rôle des ancêtres de Quietus, accompagnaient le mort sur le bûcher. Après l’incinération, on éteignait le bûcher avec du vin, « les libitinaires [rassemblaient] les os du défunt » et « les [lavaient] » « avant de les placer dans l’urne à son nom » (p. 87). Notons la présence de pleureuses professionnelles et de musiciens, ce qui diffère largement de nos coutumes. Le narrateur stipule qu’« aucun rite religieux, aucun sacrifice et aucunes funérailles ne pouvaient se faire sans musique » (p. 115).  Les rites matrimoniaux : Le mariage est, dans la société romaine, un rite. Le roman nous en propose un aperçu. Lorsque Lupus voit sa sœur, ses cheveux sont relevés en six tresses (à la manière des Vestales) et coiffés d’un voile orange sur lequel est posée une couronne de fleurs. Ces détails sont traditionnels. Lors de la cérémonie, la pronuba lie les mains des deux fiancés et « [consacre] leur union devant leurs familles et les dieux » (p. 208). La mariée fait à son époux la promesse suivante : « Où tu seras Gaïus, je serai Gaïa ». Cependant, la présence de l’anneau au quatrième doigt de la main gauche serait une coutume répandue plus tardivement. Conformément à la tradition, le marié, en fin d’après-midi (« à l’apparition de l’étoile Vesper »), simule l’enlèvement de son épouse (p. 214). Envisageons le cas du divorce à cette époque. Le récit de Tyndare concernant le départ de son épouse fait allusion au divorce qui se pratiquait ainsi : « On allait chez le préteur (magistrat) faire rompre l’union. Chacun reprend ses biens et s’en va vivre autrement. […] Il faut sept témoins, tous citoyens romains, et devant eux on brise les tablettes du contrat de mariage. .. » (source : www.wikipedia.org ).  Les divertissements : En compagnie de la troupe d’Apollonius, le lecteur chemine à travers tous les lieux de divertissement de Pompéi. · Les thermes : un chapitre entier leur est consacré, le chapitre 13. Les thermes étaient le rendez-vous quotidien des Latins. On y allait pour se laver, se détendre, se faire masser, faire du sport, rencontrer des amis ou des clients. Le prix d’entrée est, nous dit le narrateur, d’un quart d’as, ce qui était très peu cher afin que tous, riches ou moins riches puissent s’y rendre. Après s’être déshabillé dans l’ apodyterium (vestiaire) et avoir déposé ses effets personnels « dans des casiers délimités par des sculptures » (p. 140 ; cela ne semblait pas être le cas aux thermes du forum, mais de tels casiers existaient dans d’autres thermes), le visiteur se dirigeait « vers la pièce tiède, le tepidarium  pour s’accoutumer à la chaleur, puis vers le bain de vapeur, le caldarium . » (p. 141). On revenait ensuite se faire huiler puis masser dans le tepidarium . Un fois propre, on se rendait au frigidarium , le bassin froid.
 
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 A : Entrée de la rue des thermes B : Entrée de la voie des thermes C : Apodyterium du secteur pour hommes D : Frigidarium pour hommes E : Tepidarium pour hommes F : Caldarium pour hommes G : Labrum pour hommes H : Bassin pour hommes I : Portique J : Entrée de la voie du Forum K : Praefurnium L : Zone de service M : Apodyterium du secteur pour femmes N : Tepidarium pour femmes O : Caldarium pour femmes P : Bassin à eaux froides Q : Labrum pour femmes R : Bassin à eau chaude  
Source : Google images : jpdruine.free.fr/pompei/thermesf.htm  Notons que les thermes du forum, ceux dans lesquels se rendent Lupus et ses amis, sont les seuls thermes encore en service après le tremblement de terre de 62. · La grande palestre était un grand terrain de sport où l’on pratiquait la lutte, la course ou encore le lancer de javelot. Les hommes d’affaires y rencontraient également leurs clients. Le narrateur nous précise que c’était « une des promenades préférées des Pompéiens » (p. 71) et la décrit en ces termes : « Vaste terrain planté de beaux arbres, le centre de la palestre était pourvu d’une grande piscine … v ide. Un autel de marbre, ainsi qu’une statue de l’empereur Auguste trônait non loin du bassin. » La grande palestre mesurait 142 mètres sur 107 mètres. C’est également là qu’avait lieu le marché aux esclaves. Sous les arcades un professeur faisait parfois la classe (cf. p. 72-73).
Source : www.wikipedia.org    
 
 
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· Le théâtre : Au vu des éléments fournis par le narrateur, il devrait s’agir du Grand théâtre, qui pouvait contenir 5000 places. On y jouait des comédies et des tragédies. Les Pompéiens comme les Romains raffolaient de ce genre de spectacles, souvent offerts par un homme politique qui souhaitait se faire élire aux prochaines élections. Dans le roman, il s’agit de Valerius Lollius Venustus, qui se présentait comme édile. Les comédiens présents sur scène portaient un masque et un costume approprié au personnage joué. Relisons l’explication fournie par Lupus : « Lorsque tu portes le masque de vieillard à grande barbe, tu t’habilles en blanc. Hélios fait le jeune homme avec le masque coloré en brun et une tunique aux couleurs vives. Quand il joue les femmes, Florus porte un masque clair avec une stola jaune pour les entremetteuses, pourpre si elle est riche, rouge si elle est pauvre… Et quand Mucius fait l’esclave, il met une perruque rousse et une tunique courte. » (p. 107-108) Un petit cône placé au coin de la bouche permet d’amplifier la voix du comédien que les spectateurs placés en haut des gradins pourront entendre (cf. p. 108).  d) Un roman historique  L’Esclave de Pompéi est également un roman historique puisqu’il est ancré dans une période précise qui est la toile de fond de l’intrigue (les derniers jours de Pompéi, l’éruption du Vésuve en 79 ap. J.- C.) et qu’il mêle aux personnages fictifs des personnages qui ont réellement existé. Les empereurs Titus et Néron sont simplement évoqués, Pline L’Ancien apparaît chez Venustus (p. 155-156) et donne son opinion à propos des caprices du Vésuve.  III – Sur les traces de l’Histoire  1) L’esclavage dans l’Empire romain  Un esclave est un bien que l’on possède et il n’a aucun droit. Il est placé sous la domination de son maître, qui, dans les premiers temps, avait droit de vie ou de mort sur son esclave. À partir du Ier siècle avant J.– C., la condition des esclaves s’améliore et ce n’est plus le cas. Le maître a le devoir de nourrir, loger et vêtir ses esclaves. On devenait esclave suite à une guerre perdue, un acte de piraterie (c’est le cas de Lupus, de sa mère et de sa sœur) ou suite à des dettes. C’est cette dernière raison d’ailleurs qui est évoquée par le Syrien qui vend le protagoniste et sa famille. Dans le roman, le héros côtoie un esclave égyptien (p. 17, l’esclave d’un voisin de Félix) et rencontre un esclave judéen (qui travaille aux thermes du forum). Avant une vente, il fallait préparer les esclaves afin de les présenter sous leur meilleur jour : on leur servait un copieux repas, on les lavait, on leur donnait des habits propres puis : « Suivant la coutume, le Syrien leur avait peint les pieds à la craie blanche, afin que nul n’ignore qu’ils étaient à vendre. Il avait accroché à leur cou une pancarte portant leur nom et leur âge, puis il les avait fait monter sur une estrade » (p. 30). La condition des esclaves est bien différente d’une famille à une autre. Il existe des esclaves ruraux  qui travaillent dans des fermes, les esclaves urbains  comme les pédagogues  par exemple, chargés d’instruire les enfants de leur propriétaire, l’ornatrix, servante qui s’occupait de la toilette et de la coiffure des femmes, ou encore des  esclaves publiques (comme les vigiles de la garde urbaine), travaillant pour l’Etat… Plus tard, on voit apparaître les esclaves impériaux , chargés de travailler dans le palais de l’empereur. Dans le roman, Lupus nous apprend qu’un esclave en fuite risquait le fouet ou l’ergastule (cachot). S’il avait commis de graves délits, il pouvait être condamné aux galères ou marqué au fer rouge sur le visage. Certains « servaient de repas aux fauves les jours de spectacles » (p. 39). Bien qu’on soit esclave de père en fils, il est possible pour un esclave de racheter sa liberté grâce au pécule qu’il amassait en fonction de ses revenus, bien souvent après de très
 
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nombreuses années. Un maître pouvait également rendre sa liberté à son esclave (c’est le cas de la mère et de la sœur de Lupus, puis cela sera le cas de Lupus à la fin du roman) en l’affranchissant. Pour ce faire, un magistrat touchait de la vindicte (petite baguette symbolisant la force) la tête de l’esclave puis le coiffait du pileus (bonnet phrygien) (p. 254). L’esclave recevait ensuite un nom « en trois partie » comme tout Romain : un praenomen  (prénom), un nomen (nom de famille) et un cognomen (surnom). Ainsi, à la fin du roman, le héros se prénomme Caïus Fabius Lupus ; nous pouvons remarquer qu’il porte le même praenomen et le même nomen  ou gentilice que son ancien maître (Caïus Fabius Felix). Cependant Lupus ne pourra pas encore espérer épouser Claudia qui, elle, est une ingénue, c'est-à-dire une fille d’affranchi. Il n’a pas encore les mêmes droits qu’un citoyen romain. Mais les projets de son ancien maître lui permettront d’envisager une telle union.  2) La société romaine  La société romaine était hiérarchisée et s’organisait en un ensemble de castes bien définies : les citoyens romains  qui jouissaient de leurs pleins droits civiques et politiques (les Patriciens  ou nobles, les Equites  ou Chevaliers (Félix, par exemple), militaires-magistrats et riches commerçants, et les Plébéiens , gens du peuple, masse laborieuse) et les non citoyens (les esclaves, les comédiens (cf. p. 54)…). Seuls les citoyens romains peuvent espérer une carrière politique ( cursus honorum ), qui se déroulait en plusieurs étapes :  Magistratures ordinaires Autres magistrats Questure (le questeur gère les finances de l’Etat)  Propréteurs, proconsuls (magistrats nommés gouverneurs d’une province) Edilité (l’édile gère l’organisation de la ville et Censeurs (ce sont généralement d’anciens consuls ; ils s’occupe de l’organisation des jeux et des spectacles, sont chargés du recensement quinquennal des citoyens comme l’atteste le roman p. 109) romains et administrent la fortune publique) Préture (les préteurs réglaient les litiges entres les Duumvir (magistrats occupant une charge semblable à citoyens) celle des censeurs ou des consuls) Consulat (plus haute fonction sous la République ;  sous l’Empire, les consuls perdent leurs pouvoirs militaires)  Ces magistratures requerraient un âge minimum.  3) Pompéi, une cité mythique  Pompéi était une importante cité de la Campanie (cf. II de la présente fiche), devenue tristement célèbre par sa destruction provoquée par l’éruption du Vésuve en 79. Dix-sept ans auparavant, un tremblement de terre avait déjà endommagé la cité qui s’était reconstruite. Mais l’éruption volcanique mise en scène dans le roman la détruisit définitivement le 24 août 79. Pline qualifie ce phénomène de naturel (p. 156), alors que les personnages de l’époque voyaient en lui une manifestation du mécontentement des dieux. La lettre de Pline le Jeune reproduite en fin d’ouvrage évoque avec détails les phases de l’éruption. Ainsi les tremblements du sol, les coups de tonnerre, l’obscurcissement du ciel, la pluie de cendres puis de pierres, le recul de la mer, l’odeur de souffre intense et suffocante décrits dans le roman au chapitre 21 sont bien des faits réels. Ce qui demeure étrange est la façon dont ont péri les Pompéiens : enfouis sous les cendres, asphyxiés par les émanations du volcan, ces hommes, femmes et enfants ont été retrouvés dans la position qui était la leur en cet instant, comme surpris dans leurs activités.
 
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