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France Nature Environnement
Le 11 juillet 2002
1
Les propositions de France Nature Environnement sur la question des
pesticides
1
Préambule
La dispersion et l'accumulation des pesticides dans tous les milieux et dans tous les
compartiments de la biosphère posent et poseront d'insurmontables problèmes de santé
publique et d'intoxication des biocénoses terrestres et aquatiques. Des dommages graves
portés à la biodiversité, (baisse de fécondité, mortalité…), des accidents majeurs
imprévisibles, (des milliers de ruches décimées en quelques jours…), une pollution chronique
de l'eau et des fruits et légumes (4% des aliments analysés dépassent les normes autorisées),
sont quelques-unes unes des conséquences inévitables résultant de l'emploi massif et
incontrôlé des pesticides.
Pour cette raison, FNE souhaite une réduction drastique de leur usage et
à terme
leur
interdiction.
Cependant, parce qu'il est impossible d'interdire brutalement l'usage inconsidéré des
pesticides, FNE souhaite une refonte totale du système en vigueur allant des procédures
d'homologation à l'utilisation sur le terrain (en passant par les circuits de distribution).
Sur les alternatives aux pesticides
Réduire ou supprimer l'usage des pesticides suppose l'existence de stratégies alternatives. Il
est donc essentiel d'orienter la Recherche publique, l'Enseignement et le Développement
agricole vers ces options écologiquement saines.
Il existe en effet une large palette de combinaisons techniques susceptibles de limiter
considérablement l'impact des ravageurs sur les cultures. Il importe de les approfondir et de
les promouvoir activement auprès de la profession agricole.
Le
tout chimique
n'est pas un mal nécessaire incontournable et avant chaque utilisation il
serait important de s'assurer de la mise en oeuvre de l'ensemble des moyens agronomiques ou
biologiques préventifs aptes à enrayer précocement la plupart des explosions parasitaires. La
lutte intégrée
qui considère l'usage des pesticides comme un ultime recours, repose en effet
sur quelques principes agronomiques et écologiques qui gagneraient à être généralisés.
Citons pour commencer les
rotations longues
, qui constituent la clef de voûte des
systèmes à bas niveaux d'intrants. Le retour fréquent des mêmes cultures sur les mêmes
parcelles favorise en effet la multiplication des ravageurs spécifiques et aboutit ainsi
inévitablement aux infestations parasitaires chroniques justifiant alors des traitements
1
Issu de l'anglais pest, = ravageur, le terme pesticide désigne les produits antiparasitaires à usage agricole,
(terminologie officielle), qui sont appelés aussi produits phytosanitaires ou
produits phytopharmaceutiques par
la profession agricole et l'industrie agrochimique. Il recouvre ici une large acceptation : herbicides, fongicides,
insecticides, acaricides, nématicides
,
rodonticides, molluscicides
et substances de croissance…
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systématiques. Ceux-ci dérégulent en retour les équilibres écologiques et favorisent ainsi en
permanence de nouvelles menaces sanitaires.
La conséquence pratique qui découle du choix d'une rotation longue est bien sûr la
diversité
des cultures et des assolements. Diversité qui s'oppose à la spécialisation céréalière
et à la monoculture pourtant activement encouragées depuis 30 ans.
Avec le choix des variétés résistantes ou tolérantes et avec la mise en place
d'espaces
de régulation écologique
insérés dans l'agrosystème, (haies, bosquets, enherbement des
vergers…etc.), la pression parasitaire est en effet davantage contrôlable.
Enfin, en dépit de son efficacité prouvée sur certains ravageurs, la
lutte biologique
,
(emploi d'un auxiliaire vivant pour combattre un ravageur), reste confidentielle et
marginalisée. Peu de cultures sont concernées et les circuits de distribution sont encore
largement embryonnaires. Pourtant, utilisés dans le monde à une échelle significative, que ce
soit en cultures sous serre, (
Encarsia formosa contre les aleurodes…)
, en arboriculture,
(
Bacillus thuringiensis sur carpocapse…
), et même en cultures céréalières, (
Trichogrammes
contre la pyrale du maïs
), de nombreux agents biologiques ont montré leur pertinence dans la
lutte contre les ravageurs des cultures, pour peu que les itinéraires techniques utilisés et
l'organisation spatiale du milieu soient compatibles avec leur biologie.
De nombreux systèmes agricoles sous label
agriculture biologique
utilisent ces techniques. Ils
réussissent à combiner viabilité économique, protection des milieux et qualité des aliments.
Paradoxalement, et malgré l'intérêt de ces systèmes de production, les crédits de recherche
affectés à l'agriculture biologique sont encore notoirement insuffisants.
Pourtant, il n'y aura pas de réelles alternatives aux pesticides sans une mobilisation importante
de la recherche, de la formation et du développement.
Sur la formation des utilisateurs.
L'essentiel des
dégâts collatéraux
induits par les pesticides résulte de pratiques aberrantes
largement répandues: surdosages, traitements inutiles, rinçage et vidange des fonds de cuve
in
natura
, mélange de produits, traitements par grand vent…etc. En dépit de la réglementation,
des notices techniques et des précautions les plus élémentaires, de nombreux utilisateurs
s'exposent aux intoxications et dispersent des molécules parfois extrêmement toxiques avec
une insouciance stupéfiante : Du jardinier amateur qui épand 30 fois la dose admissible, à
l'agent de l'équipement qui traite murs, trottoirs et caniveaux sans réflexion sur le
ruissellement et le devenir des herbicides, en passant bien sûr par les agriculteurs, qui sont de
loin les plus gros utilisateurs et les plus gros pollueurs, la dangerosité réelle de ces produits
n'est jamais complètement intégrée. (Malgré les notices techniques et les préconisations
d'usage, le port du masque et des gants au cours de la préparation et de l'épandage des
pesticides est
rarissime
, témoignant ainsi du peu de conscience des risques encourus par les
manipulateurs eux-mêmes et par conséquent, des risques auxquels ils exposent les
nombreuses cibles indirectes touchées également par ces produits).
Pour l'ensemble de ces raisons, FNE souhaite la mise en place d'une formation et d'un
diplôme de compétence,
obligatoire pour tout utilisateur de pesticides.
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Cette capacité professionnelle qui est déjà obligatoire pour les entreprises de traitements
phytosanitaires, de dératisation et de désinsectisation, devrait être étendue aux agriculteurs,
aux salariés agricoles, aux agents de l'Equipement et de la Sncf et à tout utilisateur potentiel.
Il serait souhaitable que cette formation modulaire (réglementation, santé et sécurité, bonnes
pratiques, stratégies alternatives, risques pour les milieux naturels et la faune sauvage…),
fasse l'objet d'une remise à niveau périodique,
validée par une certification provisoire,
ceci
pour tenir compte de l'évolution permanente des connaissances, de la réglementation en
vigueur, et des matières actives.
Cette obligation de professionnalisation des utilisateurs favorisera, comme dans d'autres pays
européens, l'émergence de nouvelles stratégies phytosanitaires, (et notamment toutes les
mesures préventives et alternatives), ainsi que des usages plus parcimonieux et plus
conformes aux exigences d'aujourd'hui. En effet, pour les agriculteurs ou les salariés agricoles
titulaires de la certification, les pratiques aberrantes seront explicitement connues ainsi que
leurs sanctions pénales éventuelles.
Associé au
contrôle technique périodique
du matériel d'épandage, ce dispositif de formation
obligatoire
devrait
également
favoriser
l'émergence
d'entreprises
de
traitements
phytosanitaires, s
pécialisées et accréditées
,
qui garantiraient par leur professionnalisation et
par leur responsabilité pénale, de bien meilleurs usages des pesticides (respect des doses, des
consignes de préparation, de vidange et rinçage des pulvérisateurs, des milieux et zones
sensibles, (habitations, bords de rivière, znieff…), etc.
Sur la distribution
Quelle que soit la pertinence des procédures d'homologation et des règles de sécurité, le fait
de trouver facilement de nombreux pesticides dans n'importe quelle jardinerie ou
supermarché, -vendus en libre service-, déresponsabilise les utilisateurs (jardiniers amateurs),
mais aussi les agriculteurs, témoins de cette banalisation rassurante. Il est impossible
d'expliquer aux agriculteurs que ces produits sont dangereux pour eux-même, dangereux pour
les consommateurs et dangereux pour l'environnement s'ils sont si facilement accessibles.
L'exigence du diplôme d'applicateur de produits phytosanitaire, pour
acheter et utiliser
ces
produits, devrait rapidement conduire à la disparition de ce marché, laissant le choix aux
jardiniers amateurs de s'orienter vers le jardinage biologique ou vers des entreprises de
traitements spécialisées et agrées.
Sur le conseil et le développement
Les vendeurs de pesticides ne sont pas des agents de développement et pourtant ce sont eux
qui, en matière de protection phytosanitaire, fournissent l'essentiel des conseils techniques aux
agriculteurs.
Le Développement Agricole doit retrouver sa place dans la prescription économe et
pertinente. Son rôle aujourd'hui est non seulement d'encourager toutes les stratégies
alternatives aux pesticides, mais
également de produire des références locales directement
valorisables, (détermination des seuils de nuisibilité économiquement acceptables, recherche
et promotion de variétés résistantes, tests et mises en place d'auxiliaires, etc.)
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Les vendeurs et prescripteurs de pesticides requièrent au minimum la même formation que les
utilisateurs. Les règles de distribution nécessitent également un renforcement considérable:
suppression du démarchage, responsabilité pénale accrue en cas de manquement aux règles en
vigueur et notamment identification des acheteurs et vérification de leur agrément,
enregistrement des quantités et des surfaces traitées, vérification des homologations d'usage,
et enfin conformité avec les
avertissements agricoles,
publiés régulièrement par les Services
Régionaux de la Protection des Végétaux. Ce service de l'Etat, ne concerne en effet
aujourd'hui qu'une
infime minorité
des utilisateurs alors que la prescription, la vente et
l'utilisation des pesticides devraient être systématiquement couplées à un risque réel
officiellement vérifié.
Les vendeurs doivent également organiser et pérenniser la collecte des produits
phytosanitaires périmés ou non utilisés.
Sur le matériel d'épandage, de rinçage et de stockage des pesticides.
Les entreprises spécialisées et les agriculteurs titulaires du diplôme d'applicateur devraient
recevoir une visite technique périodique de leurs installations de préparation et de stockage
des pesticides (locaux étanches, fermés à clef, produits identifiés, affichage des consignes de
sécurité, etc.). A cette occasion, le matériel d'épandage sera vérifié ainsi que la procédure de
vidange et de rinçage utilisée.
Parce que les risques de
dérive au vent
sont considérables et parce que la surface moyenne des
parcelles agricoles est heureusement encore réduite en France,
l'épandage aérien
doit être
définitivement interdit. Cette mesure, qui ne touchera pas beaucoup de monde, a l'intérêt de la
cohérence avec toutes les recommandations précédentes
(comment expliquer qu'il ne faut pas
traiter à trois mètres des ruisseaux quand on traite à 200 km/h et à plus de vingt mètres
d'altitude ?).
Sur les procédures d'homologation
Les procédures d'homologation ont fait l'objet de beaucoup d'améliorations depuis quelques
années, pourtant elles restent singulièrement opaques. Les experts et les laboratoires
universitaires qui valident les molécules sont souvent
indirectement
dépendants des firmes
agrochimiques qui produisent les molécules (bourses de DEA, thèses…). D'autre part, les
caractéristiques physico-chimiques des molécules, qui constituent des paramètres essentiels
de l'homologation, sont établies en conditions normalisées de laboratoire, nécessairement très
éloignées des conditions réelles d'utilisation. Ainsi, la
demi-vie
des molécules c'est-à-dire leur
dégradabilité dépend du complexe pédoclimatique local et de l'histoire de la parcelle, de
même que leur mobilité dans les milieux naturels…
L'impact réel des pesticides sur l'environnement n'est donc jamais vraiment connu.
La complexité des milieux, des chaînes trophiques et des cibles potentielles, dépasse de
plusieurs ordres de grandeur nos connaissances réelles. Quand on valide une nouvelle
molécule, on ne sait rien sur ses effets induits -à court et à long terme-, sur le cortège
d'espèces sensibles, victimes directes ou indirectes de la molécule ou de ses métabolites
successifs, ni du cocktail de substances xénobiotiques qui constitue désormais le bruit de fond
permanent de notre environnement.
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Parce qu'ils sont massivement utilisés sur des millions d'hectares, les pesticides imprègnent
maintenant tous les milieux, (même les pluies atteignent parfois des concentrations qui les
rendent officiellement impropre à la consommation), et aucun test de laboratoire n'est capable
d'en apprécier réellement l'ensemble des conséquences sur les écosystèmes et sur la santé
humaine.
Pour une Agence des pesticides
Les données toxicologiques et surtout écotoxicologiques sont rares, éparses, insuffisantes et
difficiles d'accès.
S'il existe aujourd'hui une agence centrée sur la sécurité sanitaire de notre alimentation, il
n'existe par contre aucune structure chargée de recueillir, coordonner et analyser les effets
induits sur les écosystèmes : quand un pesticide (ou un mélange de pesticides), décime en
quelques jours plus de 3000 ruches, on peut pourtant raisonnablement supposer qu'il induit
également de nombreux
effets
invisibles
sur de nombreuses autres espèces d'arthropodes, en
générant des conséquences à court et à long terme, toujours imprévisibles. Il est ainsi
indispensable d'organiser aujourd'hui une écotoxicovigilance, gérée par une
agence
indépendante
et susceptible de détecter précocement les problèmes avant qu'ils ne deviennent
insurmontables. La qualité des milieux, de notre environnement et de notre cadre de vie
seraient ainsi sans aucun doute renforcées.
Conclusion
Depuis trente ans, l'agriculture française s'est engagée à marche forcée vers un productivisme
forcené qui en a fait un des plus gros consommateurs du monde en pesticides (94694 tonnes
en l'an 2000 !). La manipulation de ces
quantités industrielles impressionnantes
engendre des
dégâts considérables sur les écosystèmes terrestres et aquatiques et menace la santé publique.
L'accumulation et la multiplicité des résidus de pesticides dans tous les milieux et tous les
compartiments constituent également de véritables
bombes à retardement
qui tôt ou tard
finiront par exploser.
Pour autant, il est impossible aujourd'hui d'interdire brutalement l'usage des pesticides, tant
les systèmes intensifs sont fragiles et vulnérables. Les évolutions proposées par FNE
devraient favoriser une transition vers des systèmes écologiquement plus acceptables en
responsabilisant l'ensemble de la filière (prescripteurs, distributeurs et applicateurs) et en
suscitant de nouvelles approches agronomiques et de nouvelles combinaisons techniques
moins vulnérables et moins dépendantes des pesticides.
Se former ou former ses salariés, acquérir les compétences techniques indispensables pour
être agréé à manipuler les biocides ou bien
sous traiter
à une
entreprise qualifiée
constituent
des évolutions souhaitables du métier d'agriculteur.
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Annexe BROMADIOLONE
Tous les pesticides n'ont pas la même dangerosité immédiate.
Les molécules réputées dangereuses à faible dose pour l'homme ont, -ou vont faire-, l'objet
d'une réévaluation qui a conduit ou conduira à leur interdiction.
Les molécules dangereuses pour la faune aquatique ou terrestre ne font pas l'objet de la même
vigilance car la santé humaine n'est pas, semble t-il, concernée à court terme et parce que les
effets en cascades sur les différents maillons écologiques successifs sont difficilement et
tardivement détectés (les tests sur daphnies ou autres bio-indicateurs sont bien sûr
insuffisants).
Parmi les multiples familles de molécules suspectes, les anticoagulants posent des problèmes
spécifiques parce qu'ils touchent potentiellement l'ensemble des animaux à sang chaud. Ainsi,
la Bromadiolone, et la chlorophacinone qui sont les anticoagulants utilisés massivement dans
la lutte contre les campagnols, touchent directement ou
indirectement une partie de l'avifaune
et des mammifères terrestres exposés aux appâts toxiques ou aux cadavres des campagnols
empoisonnés.
Face aux risques importants que les anticoagulants font courir à la faune sauvage non cible,
France Nature Environnement souhaite une réévaluation immédiate des dossiers
d'homologation de ces toxiques ainsi que l’interdiction rapide de leur emploi
in natura
. En
effet, l’état des populations de certains rapaces ou carnivores est aujourd’hui tel que des
mesures fortes doivent être prises dans les plus brefs délais.
D'autre part, compte tenu du caractère particulier de la lutte contre les campagnols, il serait
souhaitable d'appliquer prioritairement les mesures proposées précédemment : promotion de
méthodes alternatives et obligation de recourir à des entreprises dûment qualifiées et agréées
pour traiter les surfaces agricoles (
module de formation "campagnol"
). Cette dernière mesure
permettrait un contrôle plus strict des quantités dispersées dans la nature et garantirait des
applications moins systématiques et davantage respectueuses de la faune sauvage.
La récente interdiction de l’usage de tels produits pour la destruction d’espèces de gibier
classées nuisibles a constitué une très grande avancée pour la protection de la Faune. Cette
interdiction devrait être maintenant étendue à l’ensemble des vertébrés; les conséquences pour
la biodiversité étant les mêmes dans tous les cas.
Parallèlement, FNE propose une modification des méthodes culturales pour limiter la
fréquence et l’amplitude des pullulations et préconise le recours au piégeage du campagnol tel
qu’il est actuellement développé avec succès dans des pays voisins.
.
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