Les pastoureaux

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On donna le nom de Croisade des Pastoureaux à deux mouvements séparés de 70 ans qui se déroulèrent en 1251 et 1320 et celui de Croisade des Enfants ( 1212 ) à des mouvements populaires particulièrement violents et qui inquiétèrent fort les puissants de leur temps après qu'ils eurent tenté en vain de les instrumentaliser.
Publié le : dimanche 27 mars 2016
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Les Pastoureaux, ou les croisades populaires
Le joli nom que voilà: des petits bergers soufflant dans leurs flûtiaux, couronnés de lierre et de fleurs, sautillant dans les prés et les bois, suivis de troupeaux de biquettes charmantes, parsèment rideaux et tentures de nos enfances. Le terme est trompeur, il ne renvoie pas à un épisode bucolique de notre histoire mais à un moment très curieux d'élan populaire et religieux dans un environnement de violence. Plusieurs milliers de personnes y furent impliqués, et ils mirent les pouvoirs à rude épreuve. On donna le nom dedes Pastoureaux Croisade  à deux mouvements séparés de 70 ans qui se déroulèrent en 1251 et 1320 et celui de Croisade des Enfants ( 1212 ) à des mouvements populaires particulièrement violents et qui inquiétèrent fort les puissants de leur temps après qu'ils eurent tenté en vain de les instrumentaliser.
Mais ce n'est pas l'histoire chronologique ou factuelle de ces mouvements qui m'intéresse, c'est l'écho qu'ils font résonner dans nos temps troublés: des hommes jeunes, pauvres, issus des classes méprisées et opprimées, s'engouffrent dans le fanatisme religieux ici chrétien, catholique.
En quelques mots: nous sommes aux temps des Croisades: les Européens se sont lancés dans la reconquête des Lieux Saints et, scandale des scandales, le roi pieux, Saint Louis est fait prisonnier par les Arabes, ainsi que deux de ses frères après leur défaite devant Mansourah. Comment Dieu peut-il permettre cela ? Puisque bien évidemment le Dieu des Chrétiens est le seul l'unique vrai Dieu. Pour délivrer les Lieux Saints, et le roi prisonnier, en 1251, un mouvement alimenté par des prédicateurs religieux ( du type apocalyptique, anti-puissants ) affirme que seuls les humbles et
les pauvres pourront délivrer et le roi et Jérusalem parce que riches et puissants ont pêché et que leurs pêchés ont entraîné leur défaite.
1251: les Pastoureaux marchent vers Paris, armés. Ils viennent de Picardie et se déplient ver la Bretagne, Bourges et Orléans. Ils sont plusieurs milliers, ils représentent de fait un danger réel. Dans un premier temps, la reine Blanche de Castille les reçoit et tente certainement de les canaliser voire de les utiliser. Mais les Pastoureaux sont trop dangereux pour les puissants de la société féodale, hiérarchisée et cloisonnée. Après de violents pillages et des agressions contre les communautés juives des villes, les pouvoirs locaux les répriment férocement. Ils se dispersent, mais quelques uns peuvent rejoindre les Croisés en Terre Sainte.
En 1320, plus de roi à délivrer mais un Voyage Saint à faire, des prédicateurs enflammés et des jeunes gens partis sur les routes de France, mais aussi d'Europe en direction de l'Orient pour absoudre leurs péchés. En France, le mouvement renaît en Normandie et des groupes convergent vers le Sud. Au passage, ils commettent pogroms, pillages, violence. Les pouvoirs ecclésiastiques, locaux, royaux s'unissent pour écraser ces troupes de jeunes gens incontrôlables.
A partir ce schéma rapide et factuel, il faut examiner le contexte social et économique: visiblement, ces masses en mouvement sont composées de paysans; Ils représentent à cette époque 90% de la population et supportent l'ensemble des charges fiscales et seigneuriales. Au moment de l'échec des croisades, l'endettement de la royauté et des seigneurs est très important. Le roi réclame des aides pour financer ses croisades aux seigneurs, et ceux-ci les reportent sur les masses paysannes. Celles-ci auront à supporter pendant le XIV ème siècle la présence de gens d'armes sur leur territoire qui vivent à leur dépens et se livrent au pillage, et aux exactions. Dans un contexte économique tendu, ce que l'on appelle les émeutes, les émotions populaires peuvent prendre un tour religieux pour autant que l’église tente de canaliser les masses en mouvement vers un but " saint " ou que des prédicateurs illuminés ne les jettent sur les chemins des Lieux Saints.
Nous avons donc une classe sociale dominée, opprimée, pauvre dans son ensemble: la classe paysanne et dans ce groupe des hommes jeunes, des bergers ( des pastouraux ) ou des Enfants ( pueri,enfants de Dieu ).
Ils seraient en âge de prendre une place dans la société en travaillant, en se mariant, en s'intégrant dans leur milieu mais le contexte le rend impossible. Ils sont encore dans le temps des violences adolescentes ( voir «Une Histoire de laViolence», de Robert Muchembled ) que se doit de réguler la société des aînés ( les pères, les seigneurs, les religieux, le roi ).
Car les Pastoureaux s'en prennent également au pouvoir royal: ils se rendent au devant de Blanche de Castille en 1251. Ils doivent sûrement l'inquiéter pour qu'elle tente de les instrumentaliser au lieu de les anéantir immédiatement.
Et puis nous trouvons l'appel de prédicateurs enflammés, de type apocalyptique et révolutionnaire, obnubilés par le discours primitif chrétien ( la condamnation des riches et des puissants ). Nous en retrouverons plus tard un exemple chez Savonarole en Italie. Mais les mouvements font aussi preuve d'un antisémitisme extrême: les Juifs sont vus comme le peuple déicide, mais aussi comme ceux qui empoisonnent les puits, propagent la peste volontairement.
Je rajoute un sentiment d'impunité, un recours à la violence spontanée qui abat tout ce qui se met sur le chemin de ces groupes. Une violence qui s'en prend même à des prêtres ou des religieux.
Voici le tableau que nous pouvons dresser de ces Croisades. Quel rapport me direz-vous avec des jours plus contemporains ? Un monde déstabilisé dans ces structures, une classe d'âge privée d'avenir, la guerre ou ses conséquences vécues dans les structures villageoises, un besoin de trouver une réponse aux questions qui taraudent les uns et les autres, l'utilisation du discours religieux pour légitimer violences et exactions.
Je vous conseille de vous plonger dans les textes cités en référence et bien entendu de relire«Une HistoiredelaViolence,de Robert Muchembled», notamment pour ses lignes sur « les classes pauvres, les classes dangereuses ».
Catherine Calvel
SOURCES:
Georges Duby:L'économie rurale et la vie dans les campagnes dans l'Occident Médiéval,Champs
Flammarion,1977.
Georges Passerat:https://crm.revues.org/3533
Persée:http://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1995_num_153_1_450759
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