NOIRCHATEAU

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Patrick, grand blessé de la grande guerre, avait promis a Fernand, l’infirmier qui avait œuvré, pour qu’il soit soigné et sauvé d’une mort certaine, de venir en France, chez lui, une fois la guerre terminée.
Quatre longues années après la fin du conflit, Patrick s’est décidé à tenir son serment et revenir sur cette terre qu’il n’avait connue que sous les affres de la guerre.
Après quelques jours de détente dans le Paris des années 1920, Patrick arriva enfin dans le Beaujolais, chez celui qu’il considérait comme son sauveur, Fernand.
Le hasard fit qu’il apprenne l’histoire d’Ashley, jeune Lady Anglaise, morte depuis plus de cinquante années, et qui avait vécu dans ce bourg du Beaujolais. Ce village, comme d’autres de ce pays dit des pierres dorées, avait un certain reflet toscan.
A l’instigation de son amant, cette jeune et belle veuve d’un richissime viticulteur de la région, va devoir cohabiter avec Marcel, un ancien marin, dont la justice à préféré ignorer les nombreux délits et crimes dont il avait l’auteur.
La demeure de Lady Ashley, restera à jamais le lieu ou celle-ci retrouva la joie de vivre, mais également, celui ou la grande faucheuse avait pris l’habitude de venir, et ce, bien longtemps. Trop longtemps.
De tous les hommes qui aimèrent Lady Ashley un seul sut conserver en lui l’étincelle de son souvenir impérissable qui marquera à jamais… NOIRCHATEAU
Publié le : vendredi 10 janvier 2014
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Arnaud Vidal NOIRCHATEAU Roman
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À ma femme, à mes trois enfants et à leurs conjoints
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NOIRCHATEAU
it san l consentemen d l’auteu o d se ayant droi o ayant
(Aliné 1 d l’article L.122-4) et constitue une contrefaçon sanctionnée par l’article
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transformation l’arrangemen ou quelconque. (Article L.122-4.)
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Cuiusvis est errare : nullius nisi insipiendis, in errore perseverare(Cicéron) L’erreur est une chose commune : seul l’ignorant persévère dans l’erreur.
J’ai pu, dans le texte qui suit, commettre quelques inexactitudes historiques, ou bien me livrer à des interprétations jugées inexactes par ceux ou celles qui pensent détenir le savoir universel. Je les rassure, mon propos n’est pas «parole d’évangile» et, de ce fait, j’accepterai volontiers les remarques justifiées dans la mesure où l’on restera dans les limites de la convivialité.
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Je lui avais promis
Je le lui avais promis
Je lui avais promis
Lelletruojerairaprniitifavaéré,espmentitdaenttmemoecPeuqsiakcirtaedelIatn.htâavtiquetrualoeuengrevifneP.nqserntécouléesdepusnaénseséatei terminer ses préparatifs de départ en acceptant, ou du moins en donnant l’impression de satisfaire aux constants conseils et recommandations dont Lady Raleigh, sa mère, l’encourageait à suivre à la lettre. Il offrait souvent un sentiment de passivité en répondant sans avoir prêté crédit au débit perpétuel de paroles dont sa mère l’affligeait. Un certain nombre de fois, il avait fait l’objet de commentaires d’étonnement, résultant de certaines questions dénouées d’importance. Patrick s’abstenant de polémiquer avec sa mère. Le jeune officier, avait fait la guerre et versé son sang pour la Couronne et pour son roi, en servant en première ligne. Sa mère, Lady Raleigh voyait en lui ce garçon jadis si poli et toujours à son écoute. Patrick, toujours suivi de sa mère, terminait de ranger minutieusement ses bagages dans le coffre de sa voiture. Il allait s’embarquer à Douvres, en ce mois de mai 1922, mais cette fois-ci la traversée vers la France se ferait sans paquetage ni armement. Lady Raleigh était anxieuse par ce départ, qu’elle critiquait, le jugeant dénoué d’intérêt. Tout était prétexte afin de tenter de dissuader son fils de s’éloigner d’elle. Lady Raleigh devant l’inébranlable volonté de Patrick, avait, à contrecœur, fini par s’accommoder de la détermination affichée par celui-ci. Elle dut prendre son parti et lui souhaiter un bon et agréable séjour chez ce Français à qui son fils avait promis d’aller rencontrer, une fois la guerre terminée. Aujourd’hui, Patrick s’apprêtait à honorer sa parole. — Fais un excellent trajet et sois prudent, lui dit-elle, car les routes en France sont certainement périlleuses. — Voyons mère, cette critique me semble superflue envers nos amis les Français.  also !Times change and peopleRépondit en soupirant mélancoliquement Lady Raleigh. — Oui, c’est certain et indiscutable. Les temps ont changé ainsi que les gens. La France est un pays civilisé. Il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour mon voyage. Je vous promets de m’abstenir de faire d’excès ou de bêtises. — Nous t’accordons notre confiance, Patrick, mais ce déplacement, nous avons le sentiment que tu devrais le reporter. Nous nous revoyons au moment ou tu t’embarquais pour aller combattre et une même angoisse nous serre le cœur, comme une mauvaise prémonition. Lady Raleigh comme bon nombre d’aristocrates, où, se donnant, l’illusion d’en faire partie, parlait de soi à la troisièmepersonne. Elle transcendait les autres en imaginant correspondre à l’idéal auquel elle croyait valoir et qu’elle se devait de défendre. — Mère, notre splendide isolement britannique semble terminé à tout jamais. Je doute que l’avenir puisse être le prolongement du passé. Trop d’événements ont bouleversé l’échiquier mondial. J’ai gardé d’excellents souvenirs de mes anciens camarades de lutte et je peux vous affirmer qu’ils nous considèrent comme des amis. Nous devons les estimer également comme tels, et tels qu’ils sont ! — Mais c’était la guerre et vous combattiez un même ennemi ! Aujourd’hui, c’est tellement différent ! — Vous, vous inquiétez beaucoup trop. Il me semble que lors de vos villégiatures à Nice, avant ce conflit, vous les affectionniez énormément, ces Français que vous tentez de dénigrer aujourd’hui. Vous reveniez toujours ravie de vos séjours en France. Il aurait été invraisemblable d’entendre de tels propos sur les Français alors ! — Certes, mais comme je le disais, les temps ont changé depuis.
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La beauté des paysages et la douceur du bord de mer de la Côte d'Azur étaient un excellent antidote pour les dépressions à répétition de Lady Raleigh. Sans nul doute, le meilleur des traitements, elle le trouvait ailleurs qu’au bord de la baie des Anges. Son principal centre d’intérêt résidait en Marco. Un excellent chauffeur local qui non seulement lui fit découvrir les beautés de la région, mais qui savait admirablement enjoliver les beaux jours de cette extravagante et richissime Anglaise en mal de sensations fortes. Marco était courtois et serviable. Il savait mettre en valeur son indéniable beauté latine et, qui plus est, il était doté d’une inspiration à toute épreuve. Surtout au lit ! Il était vrai également que les compensations qui gratifiaient ses extras avaient de quoi garantir une profusion de satisfactions et une totale discrétion. Lady Raleigh partageait les prestations de son chevalier servant, avec plusieurs autres vacancières. Tout aussi riches les unes que les autres et disposées à retrouver un semblant de vigueur sinon de jeunesse dans les bras du beau Marco. Bien que natif du sud italien, le bellâtre se prétendait Suisse, et même ancien garde pontifical sous Pie X ! Ajouté à son éloquence verbale dont certaines de ces dames anglaises en mal d’exotisme sur la Côte d’Azur se voyaient incapables d’interrompre, il bénéficiait d’un charme indéniable qu’il s’employait à exploiter de façon admirable. Trois ou quatre mois d’efforts au service de ces dames lui permettaient de vivre aisément le reste de l’année ! Lady Raleigh était loin d’imaginer que ses fantasmes saisonniers puissent être connus un jour de son fils. Le destin fit en sorte que de très bons amis aient néanmoins rapporté les vocations de Lady Raleigh à Patrick, qui se garda de toute critique.
Patrick poursuivait ses préparatifs sous l’œil attentif de sa mère. — C’est promis mère. Dès mon arrivée dans la capitale française, je vous télégraphierais afin de vous rassurer. — Paris, ah ! Paris. C’est une ville pleine de tentations et tu seras incapable de résister longtemps à tous les attraits de cette cité démoniaque et encore moins à ces jeunes et belles femmes dans la fleur de l’âge. Elles t’aguicheront avec leurs regards langoureux et te feront croire à leurs ingéniosités, se lamenta Lady Raleigh. — Voyons, j’ai cessé d’être un enfant depuis longtemps ! Et je puis vous affirmer que je saurais combattre vaillamment toutes ces diablesses qui tenteraient de me réduire à l’asservissement tout aussi agréable qu’il puisse être. Poursuivit Patrick, en prenant les mains de sa mère et en lui souriant. — Si nous en avions le choix, nous serions bien confortées, si tu optais pour continuer de temps à autre, à fréquenter ton si peu recommandable cercle privé, quand tu te rends à Londres et non partir pour la France. — Ah, vous voulez parler duKit Kat clubou duL’Embassy? — L’un comme l’autre, ce sont des endroits que les gentlemans devraient s’abstenir de hanter. — Mère, je soupçonne fort que vous méconnaissiez à ce point la respectabilité de ces lieux et des gentilshommes que nous y coudoyons. Parmi les gentlemans que nous côtoyons, nous pouvons compter l’un de ses plus prestigieux membres. Il s’agit de David,1 dont je suppose qu’il serait inutile que je vous le décrive ! — Que Dieu nous garde longtemps notre roi Georges V. J’ose à peine imaginer quel sera le destin de notre pays, avec toutes les réformes que le Prince-de-Galles voudrait appliquer. Et de plus, il est toujours célibataire et cela semble devoir se perpétuer ! — C’est l’un des nôtres, mère ! Je dis par là qu’il a été au front pour défendre notre pdrearspueaadué.Eqtuesinàotcreejporuirncilespreisvtilréegfiuesréadseescosnenvtoilmere,nttosustucrolmamraeismonoi-dmÉêtmate.,Dcuestmoqiunesjseusrulieschoix de sa future épouse et je l’approuve sans restriction ! — Excuse-moi Patrick, mais je suis soucieuse, pour toi. Quant au prince de Galles… — Tu t’en fiches, n’est-ce pas ? — Disons que je préfère m’abstenir de tout commentaire ! — Bien évidemment. Conclut Patrick
1Petit nom du Prince de Galles, le futur Edward VIII
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L’inquiétude de Lady Raleigh était bien réelle sur ce voyage que son fils unique avait décidé d’effectuer en France. Les motifs lui semblaient déraisonnables et dépourvus d’intérêt, du moins c’était son avis. Lady Raleigh aurait souhaité que Patricks’installeen épousant une Anglaise, bien entendu, et qu’il oublie une fois pour toutes cette envie de retourner en France pour y rencontrer un soi-disant homme de grande valeur et envers qui il aurait une dette. Lady Raleigh lui avait pourtant présenté la juvénile et non moins appétissante, Lady Bessie Carpenter, familièrement surnommée Beth, donc un de ces ancêtres était Sir Thomas Bodley, enfin c’est ce que les Carpenter prétendaient. Bessie possédait assurément beaucoup de charme. D’ailleurs, Patrick avoua à sa mère qu’il la trouvait belle, gracieuse et bien servie de corps, mais tous ces arguments semblaient rester insuffisants pour envisager une éventuelle union avec cette charmante demoiselle de bonne famille. Du moins pas dans l’immédiat. C’est ce qu’il prétendit, quand il la vit lors de la réception que Lady Raleigh avait organisée en honneur de son fils après sa sortie définitive de l’hôpital. Patrick se remémora l’avoir déjà rencontré à diverses circonstances avant la guerre. Elle était alors une gamine, depuis elle avait changé… Au cours des mois qui suivirent leurs retrouvailles, ils eurent l’occasion de se rencontrer à plusieurs reprises, toujours dans la demeure des Raleigh, ou la pétillante Beth se voyait invitée régulièrement par Lady Raleigh. Patrick affirma à sa mère qu’après son retour de France, il envisagerait de reconsidérer la question nullement prioritaire aujourd’hui, et ce, malgré la somme d’efforts que celle-ci mettait en œuvre, afin que son fils trouve de l’intérêt à cette charmantemissqu’était Beth. Il faut bien avouer que Beth aurait dû se donner un peu plus de volonté pour se rendre plus attirante et sortir de sa réserve maladive ou elle paraissait être cloîtrée. Le carcan des règles strictes qui dictaient la conduite et le savoir-vivre britannique, imposé essentiellement aux ftirlalnessgrpeasrsalieeunrt,sdfuammiolilenss,ouhavnerdtiecmapeanitt.Élotauirt-dceemleenctastopuoturatBtreatiht.?PeudejeunesfemmeslesL’ère victorienne se perpétuait à travers certaines couches sociales réfractaires à tous les bouleversements dont le pays aspirait à connaître. Cette haute bourgeoisie pouvait toujours se prévaloir de beaux jours devant elle, et ce malgré les envies et les besoins de la jeunesse ayant énormément souffert et réclamant des changements qui tardaient à venir. En comparaison, la France offrait à profusion ce que la vertueuse Angleterre, puritaine ou simplement hypocrite, octroyait en catimini et à contrecœur. En vérité, Beth, agissait comme bien d’autres filles. Discrètement et sans attirer l’attention sur elles. Dès qu’elles se trouvaient hors du cercle familial, de nombreuses jeunes anglaises avaient adopté volontairement comme modèle, les tenues et le comportement des garçonnes françaises, pour leur plus grand plaisir et l’admiration de leurs petits amis. Ils en raffolaient !
Après l’hécatombe subie par l’Angleterre au cours de ce terrible conflit où des centaines de milliers de ses combattants de tous âges périrent, le royaume, tout comme la quasi-totalité des pays belligérants, eut à souffrir d’une tout autre calamité. La pandémie de la grippe, dite Espagnole vint à frapper la nation. Ce fléau fit davantage de victimes que tous ceux qui tombèrent au combat. En l’espace de quelques années, il s’en suivit unecarenced’hommes, ce qui se traduisit par des conséquences négatives dans la natalité du royaume. Bon nombre de ces jeunes filles commençaient du manque d’opportunités et duchoix la force vive masculine, en vue parmi d’un mariage. Par conséquent, Patrick, bien que n’ayant aucun titre nobiliaire, n’en représentait pas moins, un parti alléchant pour bon nombre de ces donzelles de l’oligarchie locale. Seule vraie référence ancestrale, Sir Walter Raleigh, un lointain aïeul. Un peu aventurier, courtisan, explorateur, poète, et même découvreur ! Ce serait cet ascendant qui hauornaoirterdoainnnséillaesonuovmeradieneVÉirligsianbiatirbeinolocennriméAenequnianaltnVuouq.eà,eeicnal1th.re
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Cette monarque surnomméeThe Virgin Queensans jamais se marier et dont les, régna convenances de la cour qualifiaient dereine vierge. Mais ne disait-on pas que, dans un moment de faiblesse ou de solitude, elle lui aurait accordé ses faveurs ? Une des plus intenses passions de Sir Walter, tout au long de son existence, avait consisté à trousser les jupons et à courir la gueuse. Il représentait quasiment le seul ascendant digne de faire une certaine illusion nobiliaire, dans la généalogie des Raleigh. Si parfois on vantait les actions dont on pouvait le créditer, le plus souvent on se gardait bien de se rappeler la fin peu glorieuse de cet ancêtre qui un matin brumeux de l’automne 1618 laissa rouler sa tête sur le billot. Elle fut tranchée par l’exécuteur des grandes œuvres de la tour de Londres.
Patrick était agréable à côtoyer, mais certainement que la fortune des Raleigh y était probablement pour quelque chose également dans le regard langoureux que l’on pouvait discerner à chaque visite de Lady Beth à la famille Raleigh. Loin de représenter un obstacle, les cicatrices encore visibles qui entachaient son beau physique d’athlète, qu’il avait toujours été, n’effarouchaient nullement la donzelle, bien au contraire. Ces traces sur son visage faisaient l’objet d’une attirance incontestable. Elles agissaient comme un aimant. L’espoir affirmé et convoité par la jeune femme semblait prouver la ténacité de sa détermination. Patrick demeurait habituellement poli, accueillant, respectueux, mais également éloigné de toute manifestation qui aurait laissé croire à un sentiment autre que la sympathie, au grand désappointement de Lady Beth. C’était mal la connaître en réalité. — Soyez patiente chèremiss. Il faut, autant que faire se peut, qu’il se retrouve après tout ce qu’il a vu, vécu et subi, au cours de ces dernières années. Rendons grâce à Dieu, qui à permis qu’il nous revienne vivant, car nombreuses sont les mères qui pleurent leurs fils. C’est avec ces mots, que Lady Raleigh tentait de réconforter la jeune prétendante à qui l’on avait certainement donné des espoirs et qui se révélaient bien différents de ce qu’elle aurait ou voulus imaginer.
Depuis que Patrick avait été évacué et rapatrié du front et admis à l’hôpital Queen Mary’s, au sud de Londres, il n’avait eu de cesse de parler d’un infirmier français. Celui-ci s’était dévoué et à force d’insistance et volonté, l’avait soigné en lui dispensant des soins, que le médecin-major jugeait superflus, voire inutiles, au vu de la gravité des blessures de l’officier d’outre-manche. Fernand avait insisté auprès du major, afin qu’il lui permette de s’occuper de cet anglais qui venait d’être grièvement blessé. Une sincère amitié les avait réunis au cours de ces jours ou Patrick, entre la vie et la mort, avait bénéficié des attentions prodiguées par ce français. Avant son évacuation, ils avaient échangé leurs adresses et une correspondance s’était établie entre eux deux, surtout depuis la fin des hostilités. Patrick considérait à juste titre que c’était grâce à l’infirmier Maillard, qu’il avait survécu à ses graves blessures et c’était promis qu’une fois remis il répondrait à l’invitation faite par Fernand, de se rendre chez lui en France.
C’est le 27 mai 1918 au lieu-ditle bois des Buttes,que le bataillon britannique ou servait Patrick en compagnie de bon nombre dePals2 engagé au combat. La presque fut totalité des combattants de son régiment périrent décimés par les mitrailleuses des Allemands. Rares furent les survivants de cette attaque que bon nombre d’officiers jugeaient superflue et inutile. Laissé pour mort à l’orée d’un boqueteau, le jeune capitaine avait été évacué du champ de bataille par des brancardiers qui l’avaient remis à un poste de secours français établi près des lignes du front. Le major qui l’avait rapidement examiné, avait considéré que la gravité, de ses lésions le condamnait irrémédiablement et rendant vains les soins envisagés. D’autant que de nombreux autres blessés attendaient. Le major avait opté pour s’occuper en priorité de ceux qui avaient des chances de survivre.
2Pals,des volontaires anglais, issus de la même ville ou village et qui combattaient au sein d'un même bataillon
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Grâce au dévouement exemplaire de Fernand Maillard, et malgré l’avis défavorable du major, responsable de l’antenne médicale, il finit par être évacué. D’abord vers un hôpital militaire anglais où les soins dont il avait pu bénéficier s’étaient avérés insuffisants, surtout au fait que bon nombre de médecins étaient rapatriés en Angleterre. Cette évacuation des praticiens était due aux conséquences des ravages de la pandémie de la grippe dite espagnole. Les opérations chirurgicales proches des champs de bataille étaient réduites au strict minimum par le manque de docteurs. Patrick, partiellement rétabli a pu être évacué sur Exeter sa ville natale, dans le comté du Devon. Après un très long rétablissement de plus de deux années dans une institution militaire, il réussit à se remettre de ses blessures. Il a fait partie des chanceux qui ont été épargnés par la pandémie de la grippe et de ses ravages. Cette calamité causera dans le monde, entre cinquante et cent millions de morts, suivant les sources, soit cinq à dix fois plus que les victimes de laGrande Guerre. Les combats et les interminables mois de convalescence ont forgé le portrait de ce héros. Patrick porte sur le profil droit, ce qu’il considère comme la plus prestigieuse de ses décorations : Une impressionnante cicatrice. La lézarde est profonde. Elle creuse la joue et remonte jusqu’au front. Elle est irrégulière et sinueuse. Elle s’échappe vers l’œil coloré de bronze et de vert qu’elle évite. Elle le caresse et l’accapare par sa présence qui attire tant de regards. En finalité, cette blessure qui aurait pu être mortelle, à du renoncer à son but initial et lui à laissé la vie, préférant cisailler d’un coup acéré et net le sourcil, avant de venir mourir dans ses épais cheveux bruns. L’entaille dont la couleur claire tranche avec le teint mat de la peau est le souvenir de cette blessure reçue au champ d’honneur. L’estafilade a provoqué une trace à la fois intense et émouvante qui remue les cœurs des femmes entraînant d’étranges et agréables frissons. Parfois elle parvient également à faire baisser les yeux de ceux qui s’en sont sortis sans verser leur tribut à cette horrible guerre ou trop de jeunes gens ont péri au combat. Patrick devait s’estimer heureux – c’est ce que les docteurs lui avaient affirmé – ses séquelles selimitaient à ces balafres qui barraient une partie de son visage. Il devait maintenant s’estimer favorisé, au vu de nombreux autres grands blessés. On ne comptait plus les culs-de-jatte, aveugles, manchots, trépanés et tant et tant d’autres souffrant de blessures qui faisaient que leurs corps gémissaient sans relâche et sans presque aucun espoir de soulagement. Non, il n’était pas parmi ces malheureux. Il avait eu de la chance si l’on peut dire, mais… sa souffrance était ailleurs Le capitaine Patrick Raleigh, a la vague à l’âme. Du moins, le croit-on, car rares sont ceux qui savent que son mal est plus profond et qui se terre dans sa tête. Il cède à la cocaïne pour tenter d’apaiser ces migraines incessantes qui fracassent son cerveau comme les explosions qui retentissaient alors qu’il subissait avec ses camarades la canonnade ennemie. Mais également pour effacer les cauchemars, les horreurs qui hantent ses nuits. Il revit avec effroi et frayeur les moments qu’il a atrocement vécus, dans les tranchées les yeux fixés sur sa montre. Il avait oublié le nombre de fois ou à l’heure fatidique il avait porté le sifflet à ses lèvres. Après un sifflement strident, l’ordre fusait à ses hommes de quitter l’abri dérisoire du boyau pour les exposer aux tirs des mitrailleuses allemandes, dans une attaque ou nombreux étaient ceux qui y perdaient leur vie. Son commandant lui avait dit qu’il était un héros, alors que devant tout son régiment il lui épinglait sur sa poitrine laDistinguished Service Cross. L’officier supérieur fit semblant d’ignorer le tremblement que Patrick tentait de dissimuler, tout comme il feignit de ne pas remarquer que le brave qu’il récompensait venait d’uriner sur lui. Patrick était un homme comme tant d’autres et la peur prenait souvent possession de son corps sans qu’il puisse l’extirper. Ce jour là, la phobie c’est exprimée par ce symptôme exceptionnel.
Patrick envisageait sérieusement de mettre un terme à sa carrière militaire. Il avait eu tout le temps au cours de sa convalescence pour réfléchir sur son avenir militaire et ne croyait plus à poursuivre son existence dans cette voie ancestrale des hommes de sa famille. Sa résolution fut acceptée et comprise par ses camarades officiers auprès de qui il s’était confié. Quelques semaines après son rétablissement il avait démissionné de son régiment du Devonshire et retrouvé la vie civile au grand dam de sa mère qui avait dû accepter à
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