Corrigé BAC L 2014 Français

De
Publié par

Les oeuvres d’art éduquent-elles notre perception ?
Kant part du principe que l’art manifeste « un libre jeu de l’imagination et de l’entendement… » . Un constat s’impose alors : l’art est donc une réponse aux attentes de l’esprit, qui dans sa logique intérieure, favorise l’harmonie entre le monde et sa perception.
Finalement, l’art n’est-il pas ce que nous avons conscience d’être ?
Pour répondre à cette problématique, nous allons suivre un plan logique :
1/ SPINOZA OU L’ILLUSION
L’art demeure une lumière de l’être qui construit l’illusion créatrice en faisant naitre une conscience absolue. Celle-ci a un rôle précis : mettre en avant un trésor : la liberté !
L’art n’est donc pas seulement un mode d’expression… Il est la fascination de l’insaisissable, et manifestation de l’être aussi mais je vois une oeuvre comme je me vois alors l’art n’a-t-il pas une limite ? Spinoza et Platon jugent l’art comme une vilaine copie du monde, qui éloigne l’homme de tous les fondamentaux… et de la connaissance. Ainsi, percevoir l’art devrait répondre à une conséquence précise : dévoiler l’utilité du monde et sa réalité…. Alors comment faire ? Nos sens ont-ils la capacité de ne pas nous tromper ?
Publié le : mercredi 18 novembre 2015
Lecture(s) : 8 199
Nombre de pages : 8
Voir plus Voir moins
OUGp·HH'HXXYHS
BACCALAURÉAT
Série : L
Épreuve :EPREUVE ANTICIPEE DE FRANÇAIS
Session 2014
:Cliquez ici pour taper du texte.
Coefficient :Cliquez ici pour taper du texte.
PROPOSITION DE CORRIGÉ
1
I - Vous répondrez à la question suivante (4 points) : Dans quelle mesure le regard que les personnages de ces textes portent sur le monde révèle-t-il leur état d’âme ?Ces quatre textes, qui s’échelonnent de 1839 à 1919, traversant ainsi Romantisme, Réalisme, Naturalisme jusqu’au XXème siècle, ont en commun de donner une perception du monde vu à travers une fenêtre: l’importance de l’intériorité est ainsi mise en valeur. Le personnage n’est pas vraiment acteur mais spectateur: ainsi la perception qu’a Fabrice, héros romantique de Stendhal, est-elle influencée par la vision de Clélia : par quoi en effet est-il le plus «ému et ravi» du paysage aperçu ou de sa récente rencontre avec la jeune fille ? De même les souvenirs d’EmmaBovary s’éveillent-ils au «tintement» de l’«Angelusextériorité qui la renvoie à son for» : intérieur. Le quartier parisien que dépeint Zola exalte quant à lui toute sa misère et son angoisse, en miroir des sentiments de Gervaise qui imagine le pire pour Lantier qui ne revient pas. Quant à Marcel, le narrateur de la Recherche, il reste tout entier à ses «pensées», et le paysage extérieur lui apparaît théâtralisé, et presque ornemental dans ses transformations : «teint», «pastel», «cadre», «bande», «rentoiler» , «tableau» étant autant d’éléments qui appartiennent au champ lexical pictural.Cependant l’intériorité de chaque personnage donne aussi une teinte particulière au paysage, révélatrice de l’état d’âme du héros: après avoir remarqué les «cages» qui ne sont autre qu’une image embellie de sa propre prison, Fabrice est ainsi «ravi», enlevé à lui-même, et s’abandonne romantiquement à la grandeur du soir «majestueux», qui lui fait finalement dépasser le cadre de son enfermement. De même l’humeur d’Emma influence-t-elle sa vision de l’extérieur, où elle ne remarque que la monotonie quotidienne («bedeau» et «vaches») qui la renvoie à l’ennui de son enfance paysanne et à son désir d’exaltation revenu comme une nostalgie («un attendrissement la saisit »).L’état d’âme de Gervaise se révèle lui aussi à travers le dehors aperçu : sa peur de retrouver «le corps de Lantier, le ventre troué de coups de couteau» se dévoile dans sa perception fragmentée de la rue qui n’est que «bouchers», «abattoirs», «tabliers sanglants», «hôpital», «cris d’assassinés» ; elle devient d’ailleurs presque actrice à force de s’y pencher, le «risque de tomber» préfigurant sa future chute dans lede Paris« grondement ». Pour Marcel, la majesté du paysage influence un moment son état d’âme, puisqu’il passe des «pensées qui avaient empli [son] esprit» à un «tableau continu» : il sort donc de lui-même sous l’influence du dehors aperçu.
On peut donc dire que le regard que les personnages de ces textes portent sur le monde révèle leur état d’âme de deux façons: parce qu’il les renvoie à leur propre intériorité, et parce que celle-ci donne une vision du monde qui la révèle.
2
II -Vous traiterez ensuite, au choix, l’un des sujets suivants (16 points) :1. Commentaire: Vous commenterez l’extrait de La Chartreuse de Parme de Stendhal (Texte A). Problématique : Comment Stendhal nous propose-t-il, à travers le regard de et sur son personnage principal, un discret équilibre entre romantisme et réalisme ? I Un cadre réaliste 1) Un lieu déterminé Stendhal place son lecteur à Parme, et plus particulièrement dans la citadelle. La ville existe, ainsi que la bâtisse, il s’agit donc d’un cadre réaliste donné ici par le paratexte mais que l’on connaît dès le titre». On a ici: «La Chartreuse de Parme aussi mention du «», des « Alpes »,Mont Viso de « Trévise »,deNice », « duMont- « Cenis »,de« Turin ». 2) Le cadre réaliste de l’emprisonnement Le lieu déterminé se précise du cadre réaliste de l’emprisonnement: « notre héros » est en prison, les circonstances en sont claires et réalistes elles aussi puisqu’il est victime d’une vengeance. On note aussi des détails du texte qui définissent le lieu : « fenêtres grillées », « prison» (trois fois), ainsi qu’une position géographie «nord-ouest », « à droite », et le détail du palais aperçu : « second étage », « vingt-cinq pieds ». 3) La temporalité La temporalité est elle aussi particulièrement définie : aussi bien dans sa détermination («ce jour-là»), son heure (la lune «se levait» , «huit heures et demie du soir»), que sa durée («deux heures»). Il s’agit donc d’un cadre triplement réaliste, par lequel Stendhal montre sa volonté d’apporter à son histoire vraisemblance et crédibilité. II Un héros entre réalisme et romantisme 1) Discours direct et indirect libre Lehéros donne certes l’impression de s’exprimer oralement: «C’est donc dans ce monde ravissant que vit Clélia Conti ! avec son âme pensive et sérieuse, elle doit jouir de cette vue plus qu’un autre ; on est ici comme dans des montagnes solitaires à cent lieues de Parme.»[…]; Fabrice s’écria tout à coup : « Mais ceci est-il une prison ? est-ce là ce que j’ai tant redouté ? ».
3
Cependant, ce discours aux apparences d’oralité et aux guillemets presque superflus possède déjà cette part de réalisme qu’utiliseront ensuite Zola, Flaubert ou Maupassant : le discours indirect libre. Car en effet, ces prises de parole sont surtout pour Stendhal un moyen de nous livrerl’intériorité de son personnage,et ce dès le début et sans guillemets mais avec tout autant de subjectivité : «la vue qu’on avait de ces fenêtres grillées était sublime».
2) Point de vue interne Le point de vue est ici avant tout interne: il n’est offert au lecteur de voir que ce que voit Fabrice, et de ne ressentir que ce qui est ressenti par lui. Ainsi suit-il d’abord son regard le long de la façade du palais du gouverneur, avec cette fuite verticale qui part du« rez-de-chaussée » au «second étage» avec ces «cages dorées» qui sont une image embellie de sa propre prison mais préfigurent aussi symboliquement l’envolée de son sentiment. Puis le paysage est décrit de son point de vue uniquement : «Iln’était que huit heures et demie du soir, et à l’autre extrémité de l’horizon, au couchant, un brillant crépuscule rouge orangé dessinait parfaitement les contours du mont Viso et des autres pics des Alpes qui remontent de Nice vers le Mont-Cenis et Turin.»
3) Importance du moi Enfin, on note que le personnage ne se départ pas de son romantisme pour autant, et que cette vision extérieure est tout entière sous-tendue par sa personne et son état d’âme: ainsi ne nous est-il montré à voir que ce qu’il peutlui-même physiquement apercevoir, mais la vue objective est aussi restreinte à ce que peut apercevoir le personnage, tout plein de sa récente rencontre avec Clélia : autant le palais où elle vit et son fameux «second étage» agrémenté des «cages» qui lui appartiennent, que le paysage dont la magnificence est un reflet de celle qui emplit l’âme du héros.III Un paysage « romanticisé » 1) Magnificence, grandeur, sublime La magnificence du paysage est toute romantique: en effet, il s’agit déjà de la tombée du soir, moment de mélancolie immortalisé par plusieurs poètes romantiques, comme Lamartine dans ses Méditations poétiques en 1820. En outre, le paysage est décrit comme «sublime», adjectif qui n’est pas sans rappeler Chateaubriand ou Hugo. Il est aussi question des «montagnes solitaires» qui évoquent immanquablement leVoyageur contemplant la mer de nuagesde Caspar David Friedrich composé dès 1817…2) Influence del’émotion sur la vision
4
Autre caractéristique romantique: l’empreinte de l’émotion du personnage sur sa vision de l’extérieur, qui en devient subjective. Outre le point de vue interne, l’état d’âme de Fabrice déteint sur sa vision du paysage: il a revu Clélia, en est tout empli, «ravi», et le double sens de contentement et d’évasion de cet adjectif n’est pas fortuit : il est bien ôté à lui-même. Ainsi nous montre-t-il le palais du gouverneur où vit Clélia, auquel il revient sans cesse («souvent aussi arrêtant sa vue sur le joli palais du gouverneur»),et le paysage d’un soir comme un autre seteinte-t-il du« rouge orangé» dont les connotations vibrantes et chaudes sont aussi amoureuses.
3) Influence de la vision sur l’émotionMais la vision de l’extérieur influence aussi son émotion, ainsi que le paysage grandit l’âme du personnage romantique par tradition. Pouvoir contempler le palais du gouverneur où vit celle qu’il aime, et s’émerveiller d’unsoir où la lune se lève «majestueusementau paradoxe de se laisser «» l’entraînent charmer par les douceurs de la prison». Cette notation n’est pas sans humour de la part de Stendhal, qui fustige discrètement la posture de son personnage ultra romantique : celui-ci regarde en effet peut-être un peu trop longtemps le paysage («après avoir passé plus de deux heures à la fenêtre»)et un peu trop souvent le palais d’en face («souvent aussi arrêtant sa vue sur le joli palais du gouverneur») pour n’être pas en vérité plus intéressé parle deuxième que par le premier… et l’on peut légitimement se demander si les «douceurs de la prison» qu’il évoque ne sont pas en vérité les «jolies cages» où Clélia a «ravi» son être !
2. Dissertation : Attendez-vous essentiellement d’un roman qu’il vous plonge dans les pensées d’un personnage ? Vous répondrez à cette question en vous fondant sur les textes du corpus ainsi que sur les textes et les œuvres que vous avez lus et étudiés. I Les pensées du personnage : une attente légitime 1) Crédibilité et vraisemblance Intégrer les pensées d’un personnage est une attente légitime de tout lecteur. En effet, c’est la base de la crédibilité et de la vraisemblance que de comprendre ce qui anime le héros, et le motive ; ainsi est-il indispensable de suivre le cours de ses pensées. Le réalisme prône ainsi une vision du monde soutenue par les personnages, autant dans la Comédie humaine de Balzac que dans la saga des Rougon-Macquart de Zola.
5
2) Compassion et catharsis Plonger dans les pensées du personnage offre aussi au lecteur une capacité à la compassion, et à la catharsis, premier rôle dévolu à l’œuvre fictionnelle par Aristote. Les pensées du personnage nous révèlent son humanité : ainsi en est-il de l’immersion dans l’intériorité de personnagescomme la Princesse de Clèves de Madame de La Fayette et ses tergiversations amoureuses, aussi bien que des émois Jeanne qui fortifient son caractère dans Une vie de Maupassant, des bouleversements intimes de Julien Sorel dans Le Rouge et le Noir de Stendhal, ou encore des élucubrations aussi solitaires que créatives de Cousin dans Gros-câlin de Romain Gary. Le lecteur peut éprouver de la compassion pour ces héros, et vivre leurs émotions par procuration. II Un personnage de roman existe aussi autrement 1)L’action comme choix narratifLe lecteur attend aussi d’un roman, et donc de son héros, des actions. Les errements sentimentaux et réflexifs ne font pas une histoire, et de Don Quichotte de Cervantès à la série des Arsène Lupin de Gaston Leroux en passant par Les Misérablesde Victor Hugo ou les romans d’aventures de Jules Verne, un roman peut être apprécié pour ses rebondissements et son suspense avant tout. Le lecteur a alors le plaisir d’être tenu en haleine, et de partager un espace spatio-temporel qui lui procure une évasion salutaire. 2) Valeur originelle du héros / antihéros La valeur originelle du héros est aussi d’être un exemple, et cette idéalité est aussi facteur d’évasion bienfaitricedepuis l’Antiquité. Sans se réclamer des fonctions de l’apologie, un roman peut apprendre au lecteur, lui donner une ligne de conduite: ainsi en est-il de Candide de Voltaire aussi bien que des Contes de Perrault, ou encore plus récemment de La Pestede Camus. L’évasion peut aussi passer par la posture d’un anti-héros, comme Bardamu, le personnage principal de Voyage au bout de la nuit de Céline, ou encore Meursault, héros del’EtrangerCamus, de étranger avant tout au monde et à ses propres émotions. III Les pensées du personnage : pourquoi faire ? 1) S’identifier autrementRechercher la personne à travers le personnage est la mission que semblent s’être donnée les écrivains du Nouveau Roman : ainsi Nathalie Sarraute a-t-elle initié le mouvement avecL’Ere du soupçon, où le statut du narrateur, et par là du personnage, est mis en doute. Le lecteur peut chercher à s’identifier à un personnage, et si ses pensées et sa complexité intime sont exprimées, il faut que cela soit fait avec le plus de sincérité possible, quitte à s’orienter du côté de l’anti-héros, comme celui de La Jalousie de Robbe-Grillet, ou l’autobiographieEnfance
6
de Nathalie Sarraute. Car on lit aussi pour donner un nom à certaines de ses propres émotions, pas toujours avouables. C’est d’ailleurs un mouvement vers l’anti-héroïsme qu’avaient entamé les auteurs réalistes et naturalistes dès le XIXème siècle, présentant des héros dévoyés comme Georges Duroy dans Bel-Ami de Maupassant ou Nana de Zola. A partir du moment où un héros est aussi une personne humaine, la personne humaine du lecteur est revalorisée au niveau du héros potentiel. 2) Se retrouver et se comprendre Mais au-delà de la fonction identificatrice ou moralisante du roman, un lecteur cherche essentiellement à se retrouver et se comprendre : «On ne lit jamais un livre. On se lit à travers les livres, soit pour se découvrir, soit pour se contrôler. », écrivait Romain Rolland. Et en effet, les pensées du personnage, qui nous aident à mieux le connaître, nous aident aussi à mieux nous connaître nous-mêmes, soit par identification, soit par dissemblance. C’est ainsi que le roman peut remplir le mieux sa fonction de quête: plus que des moulins à vent de Don Quichotte ou de l’Orient de Hermann Hesse, la quête essentielle de soi-même. 3. Écriture d’invention :Posté à une fenêtre, vous observez un lieu de votre choix. En vous inspirant, par exemple, des procédés employés dans les textes du corpus, rédigez la description détaillée de ce paysage, de façon à ce qu’elle reflète vos états d’âme.
Impossible de donner ici un corrigé-type.
Cependant, quelques attentes restent évidentes :
- le cadre physique: le personnage est posté à une fenêtre, et voit donc depuis l’intérieur sans participer complètement à l’extérieur;
- le cadre physique, voire géographique: la description de l’extérieur doit être organisée(de bas en haut, de gauche à droite… etc.) et hiérarchisée (du moins important au plus important par exemple) ;
- le cadre temporel: s’agit-il du matin, du soir ?
-le personnage s’exprime à la première personne du singulier, la vision lui est donc personnelle, subjective, et surtout en focalisation interne, c’est-à-dire qu’il ne peut donner à voir que ce qu’il observe lui-même ;
7
-l’expression des émotions doit être nuancée, évolutive, et surtout cohérente. Et la description du paysage doit révéler ces «étas d’âme» avec justesse et cohérence là aussi (joie/magnificence, tristesse/ciel sombre…);
- le texte doit comporter des parties distinctesqui dépeignent l’évolution de l’émotion aussi bien que la composition du paysage décrit.
8
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.