Fiche - "Histoire économique de la France" de J-C Asselain

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Histoire économique de la France . de J-C Asselain (vol.1, Points Seuil)  Les incertitudes de l'industrialisation française jusqu'en 1914 (1):  I/ Ralentissement, crises et dépression (1860-1890):  Introduction: Le ralentissement de la croissance dans les décennies du XIXème siècle est un phénomène reconnu de longue date que l'on désignait parfois sous le nom de "crise du capitalisme". phase de baisse de longue durée des prix du mouvement Kondratieff, entre 1873 et 1896. Fléchissement plus précoce en France, et dépression d'une exceptionnelle intensité. Considérable recul relatif. Au cours de la décennie 1880-1890, le produit national par habitant en France fléchit pour la première fois au-dessous de celui de l'Allemagne. Cinq indicateurs partiels: la productivité par actifs agricoles, la consommation industrielle de coton brut et la production de fonte, la consommation de houille et la force motrice mécanique utilisée dans l'industrie. La conclusion est claire: la France, qui égalait ou devançait l'Allemagne pour les 5 indicateurs en 1860, est distancée sur toute la ligne vers 1900. La supériorité de l'Allemagne est spécialement accentuée pour l'industrie lourde. Le renversement en faveur de l'Allemagne est encore plus impressionnant si l'on envisage la production globale (et non plus par habitant), puisque la croissance démographique est bien plus rapide en Allemagne.  1) Les origines du fléchissement:   Il n'y a pas eu de rupture brutale de la croissance, mais les premiers signes de fléchissement se manifestent dès les années 1860. Facteurs circonstanciels: la guerre de Sécession, les ravages du phylloxéra, etc. Essoufflement des constructions de chemins de fer. Mais surtout 3 facteurs primordiaux: l'influence du traité de commerce franco-britannique de 1860, les conséquences de la défaite de 1870, et enfin la dépression agricole. a) Du traité de 1860 à l'accentuation des déséquilibres extérieurs: La France était en 1860 la seconde puissance commerciale mondiale et son industrialisation était avancée. Seconde puissance financière mondiale. Pourtant, l'ouverture libre-échangiste rencontre de très fortes résistances dans les milieux industriels; on parle de "nouveau coup d'Etat". Ses répercussions, à coup sûr, devaient être dissymétriques pour les 2 pays. Clause de la nation la plus favorisée. Toute une série de traités analogues seront ensuite signés avec la plupart des pays européens. Trois grands types d'effets favorables sont attendus du libre-échange: 1) mieux tirer parti de l'avantage comparatif en développant les spécialisations les plus adaptées; 2) produire dans de meilleures conditions grâce à l'élargissement du marché ("économies d'échelle"); 3) stimuler l'innovation, sous la pression de la concurrence. Aucun de ces espoirs ne s'est réellement réalisé. Un fait est certain: l'industrie française n'a pas été surclassée par l'industrie britannique. L'évolution d'ensemble du commerce extérieur français est moins favorable que celle des échanges franco-britanniques. Plusieurs tendances préoccupantes: 1) la balance commerciale devient déficitaire; 2) La croissance des exportations industrielles accuse un ralentissement imprévu; 3) Les importations de produits industriels ont plus que triplé; 4) L'élément le plus significatif est l'accroissement du déficit agricole, phénomène à la fois immédiat et durable. Conditions de plus en plus difficiles pour l'agriculture française: croissance frappée de plain fouet pour les régions les plus dynamiques. Pour la première fois, la valeur totale des exportations industrielles enregistre une diminution absolue entre les années 1871-1880 et les années 1881-190. Du côté de l'offre, il faut rappeler que des accidents majeurs affectent les deux principales exportations française: le vin et la soie. Du côté de la demande, la France pâtit du rétablissement du protectionnisme par plusieurs pays européens à partir de la fin des années 1870, alors que la France ne prend des mesures partielles dans le même sens au cours des années 18820. Brusque aggravation du déséquilibre agricole.
b) Les conséquences économiques de la défaite de 1870: Les pertes humaines et matérielles sont d'évidence plus limitées que lors des guerres du XXème siècle. Le versement de 5 milliards de francs-or s'est effectué avec une facilité presque déconcertante (témoignage de la solidité financière de la France). Reste l'amputation territoriale: avec la cession de l'Alsace-Lorraine, la France perd 2 de se provinces les plus industrialisées. L'industrie métallurgique retrouve tout juste vers la fin des années 1880 son niveau de 1869. c) Dépression agricole et déclin démographique: s'il ne fallait désigner qu'une seule "cause" du déclin relatif de l'économie française durant cette période, c'est la dépression agricole qu'il faudrait retenir. Le produit agricole français enregistre une stagnation quasi totale sur au moins 2 décennies (1870-1890), alors que, pour l'industrie, la dépression signifie un simple ralentissement de la croissance. Effet de freinage exercé sur l'industrialisation par la dépression agricole. Crise viticole: crise de sous-production imputable aux ravages du phylloxéra. Crise céréalière: d'origine purement "économique", avec la baisse prolongée des prix; importations nettes de blé; réaction tardive du gouvernement, et encore, sa politique ne réussit finalement qu'à freiner la baisse des prix, en maintenant un grand nombre de petites exploitations au voisinage du deuil de survie, sans leur donner les moyens de se moderniser. C'est là sans doute le coeur du problème: directement menacée par la concurrence extérieure, l'agriculture française témoigne d'une faible capacité d'adaptation. Les migrations vers les villes ne tendent nullement à s'accélérer; la dépression semble même avoir eu pour effet de rigidifier encore les structures agraires. "Renforcement dans les campagnes d'une classe de petits propriétaires, attachés à des exploitations récemment et difficilement acquises" (M.Lévy-Boyer). facteur manifeste de freinage du progrès agricole. Quant aux grandes exploitations, elles tardent à se moderniser. La situation difficile de l'agriculture contribue à expliquer l'accentuation du déclin démographique, au moment même où le rythme de croissance de la population atteint souvent son maximum dans les autres pays. La pyramide des âges se modifie défavorablement. Les effets du vieillissement s'ajoutent ainsi à la rétention de la main-d'oeuvre dans les campagnes.  2) Freinage et réorientation de la croissance industrielle:   L'évolution de la production industrielle est complexe et marquée surtout par de fortes irrégularités: schématiquement, on peut repérer une phase d'essor rapide (1875-1882), encadrée par la défaite de 1871 et par la dépression des années 1880. a) la décélération industrielle: ampleur et limites. La dépression agricole exerce une double influence: elle tend à la fois à freiner les migrations de main-d'oeuvre vers l'industrie, et à réduire la demande de produits industriels. Ce dernier facteur semble avoir joué un rôle bien plus décisif que le premier. 2 facteurs, notamment ont joué un rôle "compensateur: d'une part, la France devient à cette époque un pays d'immigration; d'autre part, il s'est produit un accroissement du taux d'activité, en raison surtout d'une augmentation de la population active féminine hors agriculture. Progression soutenue des salaires. L'amélioration des salaires en période de baisse des prix implique, pour les entreprise, un renchérissement du coût réel de la main-d'oeuvre. Rôle de stimulant du progrès technique. En revanche, l'industrialisation a certainement pâti de la stagnation complète du pouvoir d'achat des agriculteurs durant près d'une génération, et du freinage de la demande de produits industriels qui en est résulté. La France, pour les grands produits agricoles, devient importatrice nette entre 1860 et 1890: la simple stabilisation du taux d'importation dans la période postérieure suffira à rétablir des conditions nettement plus favorables à l'expansion industrielle. Un autre facteur "dépressif" agit du côté de la demande: le plafonnement de la demande extérieure de produits industriels. facteurs aggravants d'ordre interne (du côté de l'offre), dont l'industrie de la locomotive est un bon exemple (...). Un élément compensateur: l'accroissement des dépenses publiques. Elles s'accroissent rapidement au cours des années 1870, pour atteindre un maximum au début des années 1880, avec ensuite une stabilisation d'une trentaine d'années. Accroissement de la part des dépenses économiques et sociales dans le total des dépenses de l'Etat. cf. programme de grands travaux lancé en 1879 par le gouvernement Freycinet. Ce soutien temporaire, qui ne suffit pas à provoquer de véritable relance, prend fin en 1882. Programme anachronique d'aide à la construction de voiliers lancé en 1892. Toute cette politique a eu pour résultat de rendre la dépression mois brutale, et sans doute contribué à éviter un effondrement durable de la métallurgie; mais en fait ne fait que retarder jusqu'aux années 1880-1890 le creux le plus profond. Chute des profits et augmentation du nombre de faillites.
b) L'adaptation de l'industrie française: La restructuration géographique et sectorielle de l'industrie française dans son ensemble tend à compenser le recul de certaines activités. Métallurgie: nouveaux centres industriels et déplacement cers les façades maritimes. Textile: migration géographique de l'industrie cotonnière; la vieille industrie lainière a été moins éprouvée et entre dans une phase de modernisation accélérée (le centre de Roubaix-Tourcoing renforce sans cesse sa prééminence. De façon générale, la croissance industrielle est fortement marquée par le fait nouveau de première importance de la croissance soutenue des salaires réels. Dynamisme des dépenses d'équipement industriel. L'héritage du Second Empire (développement du système bancaire, modernisation du statut juridique des S.A) contribue sans doute à créer un cadre favorable. Les banques, du mois jusque dans les années 1880, interviennent activement dans le mouvement des affaires. "Substitution du capital à la main-d'oeuvre". Rôle de stabilisateur de la progression des salaires réels. Rien en particulier ne suggère un affaiblissement du dynamisme intrinsèque de l'industrie française. II/ Impulsions nouvelles et dynamisme de la croissance à l'orée du XXème siècle:   Nouveaux éléments annonçant l'entrée "de plain-pied" dans le XXème siècle: le rôle de l'automobile, la mécanisation agricole, l'accroissement rapide des dépenses d'éducation, la prépondérance de la monnaie scripturale dans la progression de la masse monétaire... Très forte continuité entre la croissance de la "Belle Epoque" et celle des années 1920; au contraire, l'opposition est très frappante avec la phase de ralentissement précédente. Le nouvel élan de la fin du XIXème siècle a pour originalité d'intervenir en pleine paix, et c'est le seul exemple jusqu'à maintenant d'une reprise (à l'issue d'un ralentissement de longue durée) qui ne soit pas la suite d'une guerre. Accélération du mouvement des affaires, profits records de la "Belle Epoque", apparition d'industries nouvelles, "seconde révolution industrielle. Mais image dominante d'une France qui résiste au changement, une France plus soucieuse d'équilibre que de croissance, passionnément attachée à la protection des "droits acquis" et à la défense des "classes moyennes". Permanence de la petite propriété paysanne. Nombreux exemples de politiques conservatrices (...). Indiscutable réaccélération de la croissance.  1) Vue d'ensemble:  a) L'insaisissable retournement: Le retournement de tendance est difficile à dater avec précision. Le mouvement des prix permet très simplement, à première vue, de repérer et de dater le point tournant: 1896. les prix, en effet, après avoir baissé jusqu'en 1896 sont désormais à la hausse jusqu'à la guerre de 1914 et au-delà. Mais les dates charnières varie selon les auteurs de près de 15 ans: de 1892 à 1906-1907... Bond en avant sans précédent de la population active employée dans l'industrie (1891-1896). Amorce d'un redressement dès 1890 pour l'investissement industriel, le produit industriel et le produit agricole. Le commerce extérieur, au contraire, n'enregistre qu'une reprise tardive et plus graduelle. La production industrielle a aussi connu un ralentissement prolongé entre 1901 et 1905. La période 1890-1913 forme donc un tout. b) Les traits distinctifs de la période 1890-1913: Cette période apparaît comme une période d'expansion monétaire et de prospérité financière, que l'on peut qualifier d'apogée du capitalisme. La masse monétaire double entre 1895 et 1913. Conjoncture inflationniste. Les effets sur l'activité économiques sont d'autant plus sensibles que la hausse des prix n'est pas anticipée. Arrêt de la croissance des salaires réels. La hausse des profits, au contraire, prend des proportions exceptionnelles: le sommet est atteint en 1913. Quant aux émissions d'actions et d'obligations industrielles, elles ont plus que triplé en 15 ans. La croissance économique, mesurée en termes réels s'est également accélérée. Accélération encore plus nette en termes de productivité. Modification des bases de la croissance. La part des dépenses publiques dans le produit national tend à diminuer. Diminution des investissements ferroviaires et de l'ensemble des investissement de base. Ce sont les investissements industriels qui jouent de plus en plus un rôle de premier plan. Elévation marquée de l'intensité capitalistique. En même temps, les axes de croissance se sont modifiés: moteur à explosion, électricité, industries métallurgiques, chimiques,... Percée exceptionnelle de produits nouveaux: aluminium, caoutchouc, automobile, cinéma. Quant à l'agriculture, elle a au moins cessé d'être un facteur de freinage de la croissance industrielle.  2) les conditions extérieures:  a) le rétablissement du protectionnisme: Le nouveau tarif de 1881 amorce le retour au protectionnisme. Le problème du régime douanier est l'un des thèmes majeurs sur lesquels se font les élections de 1889. Méline regroupe les mécontents dans une "Association de l'industrie et de l'agriculture françaises"; la coalition protectionniste gagne les élections et, après 2 ans de débats très vifs, une loi de janvier 1892
autorise le gouvernement à dénoncer tous les traités de commerce en vigueur: cf. le nouveau et modéré "tarif Méline" de 1892, la "loi du cadenas" de 1897. b) Le dynamisme des échanges extérieurs: L'accentuation du protectionnisme n'a pas empêché un nouvel essor du commerce international. Le durcissement de la concurrence économique internationale est en partie responsable des rivalités et conflits entre les grandes puissances pour la conquête de débouchés coloniaux, avec toutes les conséquences qui en découlent... Néanmoins, les effets directs du rétablissement du protectionnisme ont été indiscutablement favorables pour l'économie française. L'agriculture a éprouvé un soulagement immédiat: redressement des prix et revenus agricoles, diversification des importations agricoles. L'évolution des échanges de produits industriels est encore plus surprenante. Sur l'ensemble de la période (entre 1887-1891 et 1909-1913), les exportations de produits industriel ont doublé. La demande extérieure joue à nouveau un rôle moteur. L'évolution de l'industrie française après 1892 ne confirme donc guère les thèse traditionnelles inconditionnellement hostiles au protectionnisme.  3) Le nouvel élan de l'industrialisation:  a) Les industries nouvelles: L'exemple-type de ces industries nouvelles est l'industrie automobile, dont l'apparition remonte aux années 1890. Second producteur et premier exportateur mondial. Souvent les entreprise de construction automobile ont pour origine la reconversion de firmes préexistantes (Panhard, Peugeot); parfois, entreprises entièrement nouvelles (Berliet). L'industrie automobile est à l'origine un monde de petits artisans secoué par des faillites. Croissance spectaculaire de quelques entreprises qui annonce le développement ultérieur de la concentration: cf. Renault. La diffusion rapide de l'automobile a été favorisée par l'inégalité des revenus et des fortunes dans la France de la "Belle Epoque". Autres industries nouvelles: la construction aéronautique; l'électricité continue de jouer un rôle croissant dans l'expansion (Thomson-Houston est créé en 1893, la CGE en 1898). La consommation d'électricité quintuple entre 1900 et 1913. Hydroélectricité, électro-chimie, électro-métallurgie. La production d'aluminium bat tous les records (x10 entre 1900 et 1913). cf. inventions des procédés Solvay, Bayer, électrolytique. b) L'avance générale de l'industrialisation: L'innovation dans la France du XXème siècle n'est déjà "plus seulement fortuite, mais structurelle, c'est-à-dire recherchée de manière permanente" (F.Caron). Série d'interactions entre les différentes branches. De façon générale, le contraste entre les industries récentes et les industries traditionnelles est moins marquée pour les gains de productivité que pour le taux de croissance de la production. Textile: "second souffle" de l'industrie cotonnière"; le lin et la soie entre en convalescence. Nouveau départ de la métallurgie. L'ère de l'acier succède à l'ère de la fonte et du fer. Activités nouvelles, diversification de la production, puissante concentration des productions de base, nouvelle métallurgie lorraine. Production d'acier x15 (1890-1913). III/ Forces et faiblesse de l'économie française à la veille de 1914:   1) Retard ou spécificité du développement français?   Selon la vision traditionnelle de l'économie française, la France n'est encore vers 1914 qu'un pays semi-industrialisé: poids relatif élevé de l'agriculture, faible taux d'urbanisation. Série de problèmes communs aux nations de la "première génération industrielle": prépondérance relative des industries anciennes, retard de la concentration industrielle, exportations de capitaux (cf. le débat à ce sujet). Mais tableau trop unilatéral. Il y a des éléments de dynamisme. a) Vieillissement précoce et dominante rurale: cf. La baisse précoce de la natalité qui n'a cessé de s'accentuer à long terme. Phénomène généralisé de "dénatalité". Le renouvellement des générations n'est plus assuré. Les progrès de l'espérance de vie restent lents. Tuberculose. Phénomène de vieillissement. Population en majorité rurale. Le "retard" en termes d'urbanisation par rapport à la GB est de l'ordre d'un siècle. Dans la population active, prédominance de la population agricole (~ 40% en 1913), accroissement assez précoce du tertiaire (~ 30%), mais secteur très hétérogène. La proportion de salariés en 1911 n'est que de 46% (contre ~ 90% pour la GB). Très forte résistance au changement de la société française, mais cette "rigidité" comporte 2 correctifs: la croissance du taux d'activité (hausse de la proportion de la tranche d'âge 20-60 ans, de l'emploi féminin, de l'immigration), et l'émigration rurale (la population rurale diminue et engendre un flux assez régulier de migrations vers les villes). b) Déséquilibres régionaux et pôles de croissance: Grands écarts interrégionaux. Division de la France en 2, selon une ligne Cherbourg-Marseille. La France de l'Ouest et du Sud-Ouest est à la fois mois avancée du point de vue agricole, et moins industrialisée; sous-industrialisée, cette France du Sud-Ouest
apparaît même dans certaines régions en voie de désindustrialisation. Le pôle parisien détient, dans la France de 1913, une prééminence absolue, d'ordre politique, administratif et culturel, mais aussi économique; premier pôle industriel français, gamme d'activité remarquablement diversifiée. En dehors de la région parisienne, 3 foyers principaux: le Nord, la Lorraine, la région lyonnaise. c) Concentration et productivité: L'industrie française passe pour "faiblement concentrée", typique d'un degré de concentration relativement peu avancé". Mais attention: il faut différencier concentration géographique, concentration sous forme d'ententes industrielles ou de groupes financiers, concentration au niveau des entreprises et au niveau des établissements. Géographiquement, l'industrie française est fortement concentrée. Cartellisation dans certaines branches. De façon générale, les ententes industrielles tendent à se renforcer et à se généraliser surtout à travers la formation de groupements d'intérêts de caractère défensif. Il ne faut pas exagérer l'effet négatif de ce processus de cartellisation sur les progrès de l'industrialisation. Les ententes ont rarement pour effet de maintenir des prix anormalement élevés. Il faut également se garder de tout schématisme en ce qui concerne la relation entre faible concentration technique et faible productivité. Impression d'éparpillement, mais situation extrêmement diverse. Les branches les plus dynamiques se répartissent entre les groupes des industries dispersées et celui des industries très concentrées. Résultats parfois imprévus: ainsi, il apparaît une corrélation inverse entre la taille moyenne des établissements et la valeur ajoutée moyenne par travailleur de la branche. /GB, deux grandes tendances à dégager: en premier lieu, la France a l'avantage, en général, pour les industries "jeunes", comme l'industrie du caoutchouc, l'industrie pétrolière, les industries électriques; en second lieu, on peut opposer globalement le désavantage relatif de l'industrie française dans les activités de base, à son avantage dans les industries de transformations. L'économie française a "mieux vieilli" que l'économie anglaise.  2) L'économie française dans le monde:  a) France, GB, Allemagne: niveaux de développement comparés: Le produit national français en 1913 est certainement inférieur à celui de l'Allemagne, mais il est voisin de celui de la GB. Les comparaisons fondées sur les indicateurs sectoriels de développement donnent, à vrai dire, une image sensiblement plus défavorable de la position française. Le retard de l'industrie française a cessé de s'accélérer au début du XXème siècle. b)Les structures du commerce extérieur: déficit commercial, mais balance des paiements courants structurellement excédentaire pour les 3 pays. Les matières premières constituent le principal poste d'importations, tandis que les produits industriels dominent les exportations. Cependant, différences non négligeables dans la structure des exportations. La part des produits industriels dans le total des exportations constitue en général un indicateur significatif du niveau d'industrialisation; or lacunes de la France dans ce domaine, surtout en ce qui concerne les produits des industries mécaniques. Caractéristiques intermédiaires pour les exportations textiles et la part de l'Empire colonial. Points forts: automobiles, produits manufacturés de luxe et demi-luxe. La GB est depuis longtemps le meilleur client commercial de la France. Le retard de l'industrialisation française est compensé, jusqu'à un certain point, par une spécialisation favorable, bien orientée par rapport à l'"avantage comparatif" de l'économie française, et qui lui permet de bénéficier d'une demande croissante à long terme. c) Les exportations de capitaux et l'équilibre extérieur de l'économie française: Le déficit de la balance commerciale française est plus que compensée par 3 catégories de rentrées "invisibles": excédent pour les frets et les assurances, pour le tourisme, et surtout pour les revenus des capitaux placés à l'extérieur. Seconde puissance financière mondiale ( problème de la signification de ces exportations de capitaux: reflet d'un manque de dynamisme interne?, etc.). C'est la très large prépondérance des "investissements de portefeuille" qui caractérise les investissements extérieurs français. Au contraire les "investissements industriels directs" sont peu développés, ce qui confirme l'image traditionnelle du "capitalisme français comme "capitalisme rentier". Répartition géographique: importance réduite des investissements coloniaux; investissements largement axés sur l'Europe (Russie = 1/4 du total à elle seule). Mais faibles "retombées" pour l'économie française. Cependant, il serait sans doute hâtif d'en déduire que les exportations de capitaux ont exercé une influence dépressive notable sur l'économie française. Objection de poids: les phases d'accélération de sorties de capitaux (1840-1860, 1900-1913) concordent de façon remarquable avec les phases de forte expansion de l'activité économique et des investissements intérieurs. Tout se passe comme si la fortune française à l'étranger progressait régulièrement d'elle-même, par réinvestissement des intérêts et des profits, en marge de l'économie
française. Ceci expliquerait assez bien la relative facilité avec laquelle l'économie française supportera l'anéantissement d'une grande partie de sa fortune extérieure au cours de la guerre de 1914.    cf. débat entre malthusianistes et populationnistes, les débats sur la formation du capital (système bancaire,...), sur l'intervention de l'Etat, sur les fondements de l'expansion coloniale, sur les responsabilités du protectionnisme dans l'affaiblissement des capacités de modernisation à long terme, la question des inégalités sociales et régionales, ainsi que la question des tendances nouvelles reflétant l'émergence du capitalisme industriel (la part croissante des valeurs mobilières dans les grandes fortunes, et des dividendes dans le revenu des possédants,...).              
Histoire économique de la France.  de J-C Asselain (vol.2, Points Seuil)   Le blocage de la croissance pendant l'entre-deux-guerres (2):    Introduction: La France cumule les déséquilibres de toute nature: dépression classique mais aussi inflation; succession des politiques de "déflation" et de "reflation"; plusieurs dévaluations;... Contraste entre ces difficultés économiques et le prestige de grande nation dont jouit la France après la première guerre mondiale. La France passe en quelques années d'un excès de confiance à une perte de confiance générale. Instabilité économique, perte d'influence internationale. L'affaiblissement l'économie française au cours de cette période ne s'inscrit pas dans une tendance de fond antérieure à la première guerre mondiale. Ce sont donc les conditions entièrement nouvelles de la dépression des années 1930 qui ont porté un coup décisif à la modernisation de l'économie française. 1930 est encore pour la France une année de relative prospérité, la "contagion" s'effectue de manière très progressive, à travers la dégradation du commerce extérieur. Parmi les pays industrialisés, seuls avec la France les Etats-Unis ne sont pas encore sortis de la dépression vers 1938. "Retournement historique".  I/ Les déséquilibres de l'après-guerre (1918-1929):   1) Le bilan de la guerre et le problème des réparations:   Parmi les grands pays belligérants, la France est sans doute proportionnellement le plus touché. Pertes humaines: militaires, énorme proportions de tués parmi les élèves de grande écoles, vieillissement, déficit des naissances, charge des invalides, veuves de guerre et des orphelins, pensions des anciens combattants,... Dommages matériels: combats sur le territoire, charge des sinistrés,... Conséquences financières: réduction des créances sur l'étranger, endettement, problème des "dettes interalliées", endettement auprès des particuliers (mais inflation...), etc. Explique l'âpreté dont le gouvernement français a fait preuve envers l'Allemagne: "l'Allemagne paiera". Le problème des réparations est à l'origine de conflits qui ont joué un rôle majeur dans les déséquilibres de l'après-guerre (...). Le différend porte en premier lieu sur la liaison entre les réparations et les dettes interalliées. Le second désaccord est sur le montant des réparations à exiger de l'Allemagne (le montant devait s'élever à 132 milliards de marks-or, dont 52% pour la France). Si on suppose le paiement de l'indemnité calculé sur 30 ans, l'annuité doit s'élever (compte-tenu des intérêts) à environ 15% du revenu national. Problème du mécanisme de transferts se pose de manière fort différente: pour pouvoir payer, l'Allemagne devrait être plus forte économiquement que jamais, éventualité refusée par la France; le problème dans ces conditions était sans doute insoluble. Le versement des réparations s'applique de plus en plus mal: occupation de la Ruhr, effondrement du mark, désorganisation de l'économie allemande, toutes les parties sont perdantes. Plan Dawes (1924). Amère désillusion: l'écart est à coup sûr impressionnant entre les exigences initiales et ce que la France a finalement obtenu; l'excédent reste, malgré tout, substantiel pour la France. Les erreurs politiques et techniques commises à propos des réparations ont eu, cependant, des conséquences très préjudiciables. L'échec des réparations apparaît comme un facteur décisif de la crise monétaire.  2)De la crise monétaire à la stabilisation du Franc:   Impression d'absurdité. Durant près de huit ans, la crise monétaire semble s'aggraver irrésistiblement, puis, d'un seul coup, en juillet 1926, la formation du gouvernement Poincaré met fin immédiatement à la spéculation contre le franc, le franc devient même une des monnaies les plus solides. Le 19è siècle dans son ensemble le souvenir d'un siècle de stabilité monétaire exceptionnelle. Vers 1918, le dogme de l'étalon-or règne. Division droite/gauche par rapport à la question de l'impôt sur le revenu, puis sur le capital. Les décisions impopulaires sont difficiles à prendre dans un tel climat d'affrontement
politiques ("Grand capital", "Mur d'argent",...). La crise inflationniste se manifeste par plusieurs types de déséquilibres, étroitement liés entre eux: la hausse des prix de gros et de détail, la dépréciation du cours du franc sur le marché des changes, le déficit budgétaire permanent. Le déficit courant est moins une cause qu'un résultat; si l'inflation doit être attribuée au déficit, c'est essentiellement le déficit accumulé pendant la guerre qu'il faut tenir pour responsable. Autrement dit, le fond du problème, c'est l'énorme augmentation de la dette publique. Gouvernement Poincaré: "gouvernement de têtes", programme de redressement, éclectisme (volonté d'être au-dessus des partis), mesures psychologiques et mesures classiques de politique monétaire. Les résultats immédiats ont été au delà de tout espoir. Aussitôt, le taux de change se redresse et la spéculation se retourne. Conjonction de facteurs favorables: plan Dawes, effort fiscal commence à porter ses fruits, inflation . En termes réels, la charge de la dette se trouve diminuée dans la même proportion que la hausse des prix: telle est la cause fondamentale du succès de 1926. Si Poincaré n'est pas le "magicien" que l'opinion a vu en lui, son mérite réel est ailleurs. Sa perspicacité se manifeste notamment dans les deux décisions successives qui constituent la stabilisation monétaire proprement dite, stabilisation "de fait", puis "de droit". Stabilisation de fait: novembre 1926. Le gouvernement a eu la sagesse d'écarter la solution du retour à la parité-or de 1914. La question est définitivement tranchée par la loi monétaire de juin 1928 ("stabilisation de droit"): le franc est désormais défini par un poids d'or de 65.5 mg, correspondant au 1/5 de sa parité-or de 1914. Le "petit France de quatre sous". Deux conséquences: le franc étant tenu désormais pour une monnaie solide, les capitaux étrangers continuent à affluer; le franc demeure légèrement sous-évalué, ce qui maintient un avantage pour les exportateurs français.  3)Le redressement de l'économie française:   Vers la fin de la guerre, l'activité économique est très déprimée. A partir de ce niveau très bas, le redressement a été plus vite que prévu. En 1929, l'économie française a "rejoint sa droite de trend". La progression de l'activité économique est non seulement rapide, mais étonnamment régulière eu égard aux déséquilibres dont il a été question plus haut. Cette période correspond à l'une des phases les plus libérales de la politique commerciale française. L'économie française, et notamment l'industrie, fonctionne ainsi durant plusieurs années "à plein régime". La période 1900-1930 dans son ensemble apparaît ainsi comme la phase décisive de l'industrialisation française. Résorption du chômage. Exode rural. Immigration étrangère. Remodelage de la géographie industrielle. Les progrès de la productivité qui jouent un rôle décisif. Réduction du temps de travail. Ombres au tableau: les textiles, écart entre la France de l'ouest et celle de l'est. Mais le phénomène le plus grave est sans doute la stagnation de la production agricole. L'agriculture française souffre toujours de ses coûts de production trop élevés, de l'inadaptation d'un grand nombre de petites exploitations familiales. La "prospérité" des années 1920 n'est donc pas générale, et les fruits de la croissance sont très inégalement répartis entre les différents groupes sociaux: les profits industriels sont particulièrement élevés, un grand nombre d'industriels vivent dans des conditions difficiles, les salariés sont dans une condition intermédiaire, le traitement des fonctionnaires, en revanche, ont augmenté davantage. Ce n'est que rétrospectivement que les années 1920 apparaîtront comme une grande période de prospérité.  II/ L'enlisement dans la dépression (1930-1935):   Les années 1930 se présentent donc comme une nouvelle phase de déséquilibre permanent: déficit budgétaire, baisse générale des prix, chutes des perspectives de profit, arrêt des investissements, baisse de la production, des revenus et de la demande,... L'économie française connaît non seulement une baisse absolue de la production et de l'activité économique, mais aussi, au fil des années, une détérioration relative par rapport aux autres pays. Sentiment d'impuissance et d'exaspération. Ce qui est sans doute le plus surprenant, c'est l'incapacité des dirigeants français à tirer les enseignement des expériences étrangères. Attachement inconditionnel à la stabilité monétaire.  1)L'entrée dans la dépression:   L'économie française entre avec retard dans la dépression ou du moins par étapes. Elle subit passivement les effets de plusieurs chocs extérieurs successifs. Le premier, le "Vendredi noir" de Wall Street est passé presque inaperçu. La France, au début de 1930, apparaît comme un îlot de prospérité. Vif sentiment de supériorité, le franc apparaît plus solide que jamais. Pourtant les mécanismes internationaux de transmission de la crise commencent déjà à jouer: contrecoup du moratoire Hoover,... La dépression, cependant s'installe "en douceur". Le seul secteur réellement atteint est le commerce
extérieur. Tout change brusquement en septembre 1931, c'est alors le premier point tournant de la crise: la dévaluation de la livre. La chute de la livre relance la crise dans les pays non dévaluateurs, comme les Etats-Unis et la France. Déficit commercial permanent (cf image d'A.Sauvy), baisse de la production industrielle, chômage,... Mécanismes cumulatifs internes de contraction: le plus puissant est la chute des investissements. L'agriculture est en très mauvaise posture; baisse des cours qui se répercute sur l'activité économique générale. La reprise amorcée au début de 1933 est brisée par la dévaluation du dollar en avril 1933. Rechute commune du "Bloc-or": France, Pays-Bas, Belgique, Suisse et Italie.  2)L'inefficacité des politiques:   Parler de politique face à la crise est presque un abus de langage. En fait, les gouvernements successifs se sentent désarmés. Jusqu'à la politique de déflation de 1935, ensemble de mesures de circonstances visant plus à agir sur les effets que sur les causes de la crise. a) L'obsession de l'équilibre budgétaire: Situation de déficit budgétaire permanent. Le déficit n'est pas la cause mais la conséquence de la crise. L'élimination du déficit en période de dépression non seulement n'est pas possible, mais n'est pas souhaitable (cf "révolution keynésienne"). Mais à l'époque, le dogme de l'équilibre budgétaire continue à dominer les esprits. Le terme d' "assainissement" revient constamment, cependant l' "assainissement" en question ne sera jamais réalisé. cf les différentes mesures. L'enjeu de ces luttes est presque dérisoire par rapport au montant réel du déficit: les comptes définitifs pour 1934 révéleront un déficit de 12 milliards. Si finalement le problème du déficit budgétaire compromet la reprise, c'est plutôt à travers ses répercussions politiques... b) Les mesures malthusiennes: Le terme de "malthusianisme économique" est couramment employé pour désigner l'ensemble des mesures qui visent à rétablir l'équilibre des marchés à travers une restriction de l'offre. Les réflexes "malthusiens" sont en contradiction flagrante avec le credo libéral, qui persiste à d'autres égards. Les principales mesures concernent l'agriculture: politique du blé, prix minimum, encouragement au stockage et à la dénaturation,etc. L'inefficacité est manifeste: il n'y a pas d'impact sensible sur la production et les prix continuent à baisser. En dehors de l'agriculture, attitude de plus en plus compréhensive à l'égard des ententes professionnelles. Il faut mettre à part deux mesures, dont la portée est inégale, mais qui témoignent de la portée internationale de la crise: la première est la loi d'août 1932 "protégeant la main d'oeuvre nationale", la seconde est la loi de mars 1936 concernant l'industrie de la chaussure (/ la firme tchécoslovaque Bata). c)Les mesures protectionnistes et le refus de dévaluer: Déficit commercial permanent. Renforcement du protectionnisme à partir de l'été 1931: "surtaxe de change", contingentements,... La protection du marché français a sans doute retardé la baisses des prix. Cloisonnement de l'économie mondiale. Néanmoins, la chute des exportations françaises résulte aussi d'un facteur aggravant qui ne joue que pour les pays du Bloc-or: l'écart des niveaux des prix entre les différents pays. En novembre 1935, le Bloc-or lui-même commence à s'effriter avec la dévaluation belge. En France, à quelques exceptions près (Reynaud, Blum), la dévaluation reste considérée comme l' "abomination de la désolation". Le problème commence à être posé lorsque le mouvement spéculatif des capitaux se retourne contre le franc (1934-35). d) La politique de déflation du gouvernement Laval (juin 1935- janvier 1936): Il s'agit là sans doute du premier effort relativement cohérent pour trouver une solution d'ensemble à la crise, en même temps que d'une sorte de tentative de dernière chance pour échapper à la dévaluation. Le gouvernement obtient des "pouvoirs exceptionnels pour assurer la défense du franc et la lutte contre la spéculation". Deux grands volets: la "déflation budgétaire" (plus brutale que les précédentes), et des mesures plus originales de "déflation économique". On escomptait une baisse des prix et des revenus nominaux, mais un coût économique très lourd. Or, les résultats ont été doublement déconcertants: légère reprise économique, et redressement des prix paradoxale à partir de l'été 1935... Mais la reprise est très insuffisante. La principale conséquence de la déflation est une conséquence politique: la victoire du Front Populaire aux élections de mai 1936.  3)Premier bilan de la dépression vers 1935:  a) Baisse de l'activité et distorsions structurelles: La question essentielle est celle du recul de la production. En ce qui concerne la productivité, la crise a eu des effets variables selon les branches. Dans l'ensemble le recul de la production correspond bien plus à un recul de l'activité qu'à une baisse de la productivité. Le recul de l'emploi est bien plus ample que l'accroissement du chômage. Le secteur tertiaire joue plus ou moins le rôle de "secteur refuge". La dépression a freiné l'exode rural et la
  
diminution de l'emploi agricole. Le recul le plus spectaculaire est celui du commerce extérieur. Le contraste plus général entre le "secteur abrité" et le "secteur exposé" ou "ravagé". b) La résistance générale des niveaux de consommation: A première vue, une surprise: il n'y a eu pratiquement aucune baisse des niveaux moyens de consommation. La répartition du revenu national entre investissements et consommation a été considérablement modifiée: l'investissement s'est, à proprement parler, effondré. Autrement dit, le maintien de la consommation a été assuré essentiellement aux détriment des possibilités de croissance future. c) Les inégalité devant la crise: Ce sont les revenus des exploitants agricoles qui ont subi l'amputation maximum. La masse des salaires et retraites, au contraire, n'a que faiblement diminué. Inégalités selon les branches. Inégalités liées aux conditions d'emploi: chômage total, partiel,... Les revenus de la propriété et de l'entreprise évoluent aussi de façon très variable: baisse des profits, très forte diminution des "bénéfices industriels et commerciaux", mais la dépression revalorise le capital placé en obligations et titres à revenu fixe par rapport au capital-actions, c'est la "revanche du rentier". L'économie française vers 1935-1936 est "plus une économie en dérive qu'une économie en détresse" (Alfred Sauvy). Les catégories "passives" (retraités, rentiers) sont presque les seules bénéficiaires, toutes les autres souffrent de l'insécurité, sous ses formes multiples: mévente agricole, menace de la faillite et du chômage.  III/ Des réformes du Front populaire à la Seconde Guerre mondiale:   Période brève de deux ans. La phase ascendante du Front Populaire prend fin avec la "pause" du printemps 1937. Immobilisme relatif des gouvernements à direction radicale. L'échec de la grève générale de novembre 1938 est largement ressentie comme la revanche de juin 1936. La voie est alors libre pour la politique de Paul Reynaud. Deux reprises précaires, en 1937 puis au printemps 1939, encadrent une rechute profonde en 1938.  1)Le programme du Rassemblement Populaire:  Divergences entre les trois partis, d'où de sérieuses ambiguïtés dans le programme. L'axe du programme, c'est la "politique du pouvoir d'achat", l'antithèse de la déflation. Il s'agit, explique Léon  Blum, d'inverser l'ordre des priorités entre le financier, l'économique et le social. Mesures concrètes: création d'un fonds national de chômage, plan de grands travaux, création de l'ONIB, la semaine de 40h avec maintien du salaire hebdomadaire,... Les dangers de l'application des 40 heures sont très mal perçus. Programme de relance qui ne fait qu'une place assez modeste aux réformes de structure (...)."Ni déflation ni dévaluation!" Ce refus est en un sens surprenant. En excluant a priori la dévaluation, le Front Populaire fait donc un pari difficile à tenir: ni contrôle des prix, ni contrôle des changes, la politique de reflation risque donc d'avoir pour résultat essentiel un accroissement démesuré des importations: "on ne saurait regonfler un pneu percé" (A.Sauvy).  2)L'économie française sous le gouvernement Blum (juin 1936- juin 1937): a) L'application du programme de 1936: L'imprévu, c'est d'abord le déferlement sans précédent de grèves avec occupation d'usines, aux mois de mai-juin 1936. cf Accords Matignon, les 3 réformes du 11 et 12 juin 1936, etc. La dévaluation de septembre 1936 allait introduire un second imprévu: elle a été finalement appliquée (sinon "décidée") le 26 septembre 1936, dans le cadre d'un accord monétaire international avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Le franc est dévalué d'environ 30%. Dès lors, la grande affaire devient la semaine de 40 heures, votée en juin 1936.Trois problèmes: le premier est celui du rythme d'application (échelonnée de novembre 1936 à juin 1937), le second terrain d'affrontement est la question des dérogations et des possibilités d'heures supplémentaires, la troisième question, au contraire, celle de la répartition des 40 heures de travil à travers la semaine, s'est réglée avec une facilité déconcertante (la formule de la "semaine de cinq jours" se généralise). Répercussions psychologiques: "mystique de la paresse", climat passionnel,... b) Les résultats économiques du Front Populaire: Les catastrophes annoncées n'ont pas eu lieu. Il n'y a eu ni multiplication des faillites, ni recul de la production, ni aggravation du chômage. Le nombre d'emplois supplémentaires a été supérieur à la diminution du chômage; en fait, le chômage de 1936 est un chômage en grande partie de nature "résiduelle". En ce qui concerne la production, il s'est produit une incontestable reprise. A quoi est due la reprise? La dévaluation, la politique du pouvoir d'achat, la reprise mondiale. A quoi est due son interruption prématurée? Evasion des capitaux, alourdissement des charges des entreprises, le retour d'une conjoncture inflationniste (même si loin d'être entièrement défavorable...) car: "course des salaires et des prix", accroît le déficit budgétaire, tend à annuler les
effets positifs de la dévaluation. Le facteur direct de la limitation de la production est en fait la semaine de 40 heures.Toutes les possibilités de reprise reposaient donc sur un accroissement des rendements (ou de la productivité), ce qui exige du temps. L'élasticité de la production s'est révélée insuffisante dans trois industries clefs: les mines, la métallurgie, le travail des métaux. La réforme pouvait certainement être assimilée à moyen terme, mais les circonstances historiques ne l'ont pas permis: raisons de politique intérieure, rechute économique mondiale de 1938, et imminence de la guerre.  3) De la fin du Front Populaire à la guerre de 1939:  a) La récession de 1938: Ministère Chautemps. Les socialistes s'opposent à toute remise en cause des 40 heures (symbole...). Quelques mesures de faible portée contre le déficit budgétaire, nationalisation des chemins de fer (crétion de la SNCF),... Le seul fait marquant est sans doute la nouvelle dévaluation du franc, à l'été 1937, qui consacre l'échec de la dévaluation de septembre 1936. La seconde dévaluation a eu pour effet de donner un "coup de fouet" immédiat à l'économie française, mais , à l'automne 1937, la reprise vient buter sur le même obstacle invisible: la capacité de production maximum réalisable dans certaines branches sous le régime des 40 heures. Nouvelle dépression de l'économie mondiale, chômage, impasse économique. b) L'ultime tentative de redressement: Dernier sursaut qui a avant tout une signification politique: climat de "mauvaise conscience après Munich, le gouvernement éprouve le besoin de "faire quelque chose". Le 1er novembre, Paul Reynaud est nommé ministre des finances: décrets-lois, mesures énergiques d' "aménagement" des 40 heures. L'épreuve de force est alors inévitable. La CGT appelle à la grève générale pour le 30 novembre. C'est un échec, et le gouvernement prend de lourdes sanctions. Retour des capitaux, bientôt la semaine des 40 heures n'est plus qu'un souvenir (...). Une indiscutable reprise se dessine au cours du 1er semestre de 1939, dans des conditions typiquement "keynésiennes", ce redressement étant lié au réarmement. C'est la production d'armements qui devient, de plus en plus à l'approche de la guerre, le critère par excellence de l'activité économique. cf comparaisons / Allemagne...  IV/ Le déclin économique français à la veille de la seconde guerre mondiale:  En fait, ce qui fait l'unité de cette période, c'est l'instabilité chronique. On se heurte à une difficulté: 1913 pouvait être considérée comme une année "normale", mais pas 1938; l'imminence de la guerre est bien plus fortement perçue en 1938 qu'en 1913, et il s'agit de toute façon d'une année de récession mondiale sévère.  1) Tra,sformations de structures et ralentissement global:   a)L'évolution des strucures sectorielles: La France de 1938 ne ressemble pas à celle de1913. Elle est restée le plus agricole des grands pays occidentaux mais soncaractère rural et paysan s'est malgré tout sensiblement atténué. Tendance de longue période à la concentration de la production agricole sur les meilleures terres. Recul des cultures céréalières au profit des cultures fourragères. Les strucures du secteur industriel ont été également évolué. Le seul fait indiscutable est le recul de la toute petite entreprise artisanale oou quasi artisanale. Inversement, les établissements de plus de 100 salariés regroupent environ la moitié des salariés de l'industrie de 1936. La part des établissements de dimension médiocre témoigne d'une grande stabilité. Problèmees d'appréciation de la concentration. Automobile: début de l'ère de la fabrication en série, la concentration progresse ici par croissance interne plutôt que par fusions. Industrie chimique:les fusions y jouent un rôle essentiel. Trois groupes d'industries: le textile-habillement (régression impressionnante), un groupe d'industries très dynamiques (charbon, pétrole, industries chimique et pharmaceutique,...), le troisième groupe, enfin, correspond à des industries en croissance rapide jusqu'en 1929, mais fortement atteintes par la dépression (construction, industries métallurgiques et mécaniques surtout, etc.). Croissance à peu près continue et générale des activités tertiairesLe fait le plus marquantest que la part de l'industrie dans l'emploi total rest retombée en 1938 au-dessous de la proportion de 1913. b)Production, emploi, productivité: L'évolution de la production peut être considérée comme le produit de deux composantes: l'emploi et la productivité. Un fait est certain: en 1938, ni la production industrielle ni le revenu national n'ont retrouvé leur niveau de 1929. Décélération très marquée de la croissance industrielle; le rythme de croissance de la production agricole, quant à lui, hute d'un peu plus de moitié. Période anormale? Sans doute, puisqu'elle englobe à la fois une longue guerre et une longue dépression mais le ralentissement à long terme doit être imputé essentiellement à la dépression. En ce
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