La Puissance des Etats-Unis

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CHAPITRE 7/ DE L’HEGEMONIE À L’HEGEMONIE-LES MANIFESTATIONS DE LA PUISSANCE  François Perroux parle de l’économie américaine comme « dominante » c’est-à-dire qui peut influencer sans être influencé : - réversible aujourd’hui ? Un déclin des USA ? - dominer ne suffit pas et entraîne des responsabilités et contraintes expliquant peut-être les difficultés actuelles.  I / UNE DOMINATION CONTESTEE  1. La domination américaine de l’après-guerre porte en elle les germes de sa remise en question   La puissance américaine bénéficie de la situation d’asymétrie  Les Etats-unis gagnent sur tous les tableaux - excédent commercial redressé depuis les années 1960  -les entreprises s’implantent dans le monde entier pour y vendre leurs produits « firmes multidomestiques » - les sorties de capitaux nécessaires à ces implantations expliquent le déficit des paiements mais déficit sans pleurs grâce au $ - ils ont une ouverture à la fois partielle et sélective sur le monde - partielle car le taux d’ouverture n’est que de 3% en 1945 puis 5% en 1960 mais pics tarifaires/Buy American Act protègent leur marché - sélective car concentrée sur certains produits : exportations soutenues par la PL 480 de 1954 ou pétrole à limportation - sélection géographique : Europe (1/3 commerce extérieur et 30% des IDE) / Amérique Latine (part chute entre 1945 et 1970) / les USA s’intéressent surtout aux Nord solvable  • Réelle « économie dominante » pendant l’après-guerre   - drainent les richesses du monde entier : matières premières/main d’œuvre qualifiée /entreprises rach etées - imposent aux autres les ajustements qu’ils refusent pour eux-mêmes : pas de réévaluation du $ mais dévaluations des autres monnaies en 1949.   Dominer suppose cependant des responsabilités et des contraintes qui peuvent se retourner contre la domination  - leader du monde libre, ils en assurent la sécurité, les budgets de la défense pèsent sur l’économie et sur le déficit alors que les efforts de recherche se concentrent sur l’armée - en redressant leurs partenaires (futurs alliés stables et clients prospères), ils ont bâti leur propre concurrence : excédent commercial du Japon dès 1965 65 et dès 1966 pour l’Allemagne - doivent fournir les liquidités nécessaires au monde   -plan Marshall= 100 milliards de $  - IDE encouragés - émissions de liquidités internationales à relier avec le déficit de la balance des paiements   1971 révèle les problèmes de l’économie américaine  • Cette situation positive se dégrade au long des années 1960  - premier déficit commercial en 1971, Nixon supprime la convertibilité or - surtaxe de 10% par John Connally sur les importations des pays aux monnaies dépréciées àéchec , ces pays ne réévaluent pas - Lorsque Japon et Allemagne décident de réévaluer ils forcent les USA à dévaluer de 8%  Attention, cette dévaluation est à étudier sur le long terme seulement et ne justifie pas à elle seule le déclin   • Le déficit commercial   - contenu jusqu’en 1979 (grâce à la dépréciation du $, ils exportent plus) puis jusqu’en 1982 grâce à la récession
américaine (ils importent moins) puis alterne : - baisses (en période de récession 1991 et 2001) - et hausses (périodes de reprises 1981 et en 2004 = 618 milliards de$)  - analyse par produits et régions permet de mesurer la dégradation : - par produits : - déficitaires : pétrole/automobile/ biens de consommation - excédentaires : bien d’équipement (  dans les 1980’s)/produits chimiques/ aéronautiques / agro-alimentaire - sur le plan géographique : - Chine = déficit N°1 aujourd’hui - dépassés en termes de produits manufacturés par RFA en 1971 et par Japon en 1981 - leur part dans les exportations mondiales est en baisse (de 16 à 10% depuis 1970)  LA REPARTITION DU COMMERCE EXTERIEUR AMERICAIN  REPARTITION SECTORIELLE en 2002 Secteur Solde (en milliards de $) Agriculture + 13 Energie et minerais -105 Industrie -369    REPARTITION GEOGRAPHIEQUE en 2003 Zone concernée Solde (en milliards de $) Monde -580 Union Européenne -100.5 Asie orientale et du Sud -280.5 Japon -69 Chine -133.5   Moyen Orient -24.5 Amérique du Nord -99.5 Amérique du Sud -33  en parallèle, déficit de la balance des opérations courantes -en excédent : le tourisme, les services liés aux échanges de technologie, les grands travaux ou brevets. -- l’excédent des revenus des capitaux a disparu et les transferts (aides, paiements des militaires à l’étranger) sont fortement négatifs.  Est-il utile de préciser la gravité d’une telle situation ?  Les pénétrations du marché américain sont de plus en plus nombreuses (même les missiles Patriot utilisés lors de la guerre du Golfe fonctionnaient grâce à des composants japonais)  - pour financer leur déficit ils doivent faire venir des capitaux : - bons du trésor (pour caisses de retraite japonaises) - achats d’actions/obligations par les Chinois  - acquisition de sociétés ou implantations directes de firmes étrangères (transplants japonais)  - ces capitaux présentent un danger certain à terme : -ils étaient créanciers nets depuis la première Guerre Mondiale - mais le déficit courant les fait devenir débiteurs : (2005, dette extérieure nette= 3000 milliards $, cela veut dire qu’il faudra bien les rembourses un jour !) -en 1994, déficit de la balance des revenus du capital, ils payent plus d’intérêts qu’ils n’en reçoivent - ils continuent pourtant les IDE (100 milliards en 1971, 200 en 1980, 2600 an 2000) -recul de l’Amérique Latine (10 % du stock) et du Canada ( 20% du stock) - au profit de l’Europe (45% du stock, surtout en UK et RFA) et de la zone Pacifique au sens large (15 % du
total) - mais les Etats-Unis ne représentent plus que 30% des flux mondiaux d’investissements alors que les investissements de l’extérieur vers les Etats-unis ont explosé : - 20 milliards de $ en 1970 - 2800 milliards de $ en 2000 - effectués principalement par les Anglais (30%), par les Japonais (15%) puis les Hollandais.  Pour redresser la situation il faut réduire le déficit mais est-ce possible ?   2. Les Etats-Unis se montrent incapables de résorber leur déficit commercial  Plusieurs explications du déficit sont avancées : -$ surévalué - manque de compétitivité de l’économie Américaine - partenaires déloyaux  - les Etats-Unis vivent au-dessus de leurs moyens (cette dernière assertion est la seule qu’ils n’ont pour le moment pas prise en compte)    L’arme du dollar a été largement utilisée  - le yo-yo dollar , mais au final une importante perte de valeur depuis les 1970 -1971-1979 = chute -1979-1985= remonte grâce à la politique de la FED - 1985-1994= on choisit la dépréciation pour alléger le déficit commercial -1994-2002= appréciation modeste -2002= forte dépréciation  - un paradoxe : le commerce américain ne s’est quand même pas redressé - réaction des concurrents, en réduisant leurs marges le prix de leurs produits aux Etats-Unis n’ont pas changé - de nombreuses monnaies sont liées au $ (Canada, NPIA, certains PVD) - cela prouve surtout que la montée du déficit au début des années 1980 n’était pas due à la surévaluation du dollar -effets négatifs de la dépréciation : accélère l’inflation -facilite l’achat d’entreprises américaines par l’étranger -- risque de se retourner contre les Américains importateurs de pétrole et contre les FMN qui veulent un dollar fort pour leurs opérations à l’étranger   La perte de compétitivité concerne moins les coûts de production que la spécialisation de l’économie américaine  - pour être compétitif on peut produire moins cher (compétitivité prix) ou proposer une meilleure qualité, ou des produits plus modernes (compétitivité structurelle)  - les deux solutions présentent des difficultés : - compétitivité prix compromise dans les 1970 par les coûts salariaux / les charges sociales / le manque de productivité / impôts sur les sociétés / coût des mesures antipollution ou des contentieux juridiques / coût de lénergie - l’évolution de la compétitivité structurelle semble plus problématique avec un double reproche : - entreprises accusées d’être routinières à l’abri du marché intérieur - Etats-Unis insuffisamment spécialisés : par exemple d’être de gros exportateurs de matières premières (10%) dont les prix stagnent/baissent depuis 1980  - les Etats-Unis s’efforcent de réagir : - assurent leurs points forts à coup de déréglementation/subventions/commandes publiques/baisse d’impôts  (agriculture/haute technologie/services) - se font ouvrir les marchés extérieurs en proposant les déréglementations des transports aériens ou des
télécommunications - ouvrent l’Uruguay Round en 1986 dont les thèmes sont agriculture et services  Finalement la compétitivité s’est redressée entre 1980 et 1990, elle n’explique donc pas à elle seule les déboires commerciaux   Les Américains ont de plus en plus tendance à accuser leurs adversaires d’être déloyaux  • Renvoyant à trois chefs d’accusations :  - procédés déloyaux pour pénétrer leur marché : ventes à perte de la part de la Chine et du Japon / entente illicite entre producteurs / subventions aux exportations ou à la production (UE surtout)  - protections déloyales de leurs propres marchés : taxes illicites ou obstacles non tarifaires / pratiques monopolistiques  des Keiretsu japonaises  - pillage du savoir-faire américain (NPI et Chine)  Réflexion : Les Etats-Unis, patrie du libre-échange depuis 1945 ?  peut-on parler de « patrie du libre-échange » sans contradiction entre les termes ?Ne serait-ce pas de plus leur donner un peu vite raison, eux qui défendent les grands principes en protégeant leurs intérêts par le protectionnisme ?  Les Etat-Unis sont la « mère-patrie » du libre-échange où ils l’ont fait naître et grandir » -création du GATT et Trade Adjustment Assistance de 1962 = aide publique aux chômeurs victimes de la signature d’un accord commercial -définissent un libre-échange strict et influence le GATT sur les questions d’union douanières - à l’origine des Rounds du GATT et des nouveaux secteurs considérés : agriculture et services -les Etats-Unis sont donc pour le free trade et pour la suppression de tout obstacle tarifaire ou quantitatif  Quand la patrie est en danger les Etats-Unis se font ses défenseurs - dénonciation des pratiques déloyales des concurrents et le protectionnisme des autres - mesures de rétorsion pour se protéger des produits déloyaux mais aussi pour se faire ouvrir les marchés étrangers (Super 301), qui accepterait son exclusion du plus grand marché de consommation mondial ? - engagent des négociations bilatérales qui débouchent sur des concessions réciproques (faisant donc progresser le libre-échange) -finalement ils adoptent des mesures protectionnistes pour faire respecter les règles du libre-échange par  leurs autres.  Le Free trade se change en Fair trade.  Ils n’en restent pas moins une « patrie » -après la guerre, leur intérêt est au libre-échange mais ils obtiennent des dérogations pour agriculture et textile (accord multifibre de 1974) -ils sont persuadés que le protectionnisme à long terme de paye pas, ce n’est qu’un outil provisoire - ils ont des moyens exceptionnels pour peser sur le marché (taille du marché -$-capacité à nouer des alliances) Supportant mieux que les autres les conséquences négatives de l’ouverture aux échanges mondiaux  S’il y a une patrie du libre- échange, cela ne peut-être qu’eux mais ils n’en restent pas moins une patrie avec des intérêts nationaux à défendre.  • Ces constatations amènent les Américains à évoluer d’une exigence de libre-échange ( free trade) à celle d’un échange loyal ( fair trade)  - préférence pour les négociations d’Etat à Etat dans le cadre du « bilatéralisme agressif » selon Leonard Silk : - ils ont longtemps adopté une attitude défensive : -les plaintes de concurrence déloyale entraînent : taxes compensatoires / accords d’autolimitation « volontaires » depuis les années 1980 -esprit du protectionnisme éducateur voire rééducateur qui leur permet de se moderniser - maintenant la politique est plutôt offensive par l’utilisation du Super 301 ou le Trade Bill pour se faire ouvrir des
marchés sous menace de mesures de rétorsion, on parle alors d’un unilatéralisme économique  • Le bilatéralisme agressif vise principalement le Japon  -Japon = 1/2 du déficit commercial américain dans les années 1980 ; 1/5 aujourd’hui - les USA les obligent à :  - limiter leurs exportations réformer leur système de distribution -- investir dans les infrastructures (ce qui profite aux entreprises de travaux américaines) - renforcer leur politique antitrust  - mais les Japonais réussissent à retarder les délais et contourner les obstacles. Ils acceptent l’autolimitation volontaire en échange du développement de leurs investissements aux USA (transplants)  Qui, finalement, en sort gagnant ?  • Concernant l’Union Européenne, le contentieux s’est longtemps concentré sur l’acier, la PAC et Airbus  La PAC : - critiques de la PAC : -subventions déguisées par les prélèvements et restitutions - le niveau d’aide à l’agriculture est plus élevé en Europe - le système de soutient des prix européens encourage la surproduction alors qu’eux font des efforts (gel des terres…) -grâce à ces comportements déloyaux, l’UE a réduit ses importations - les Européens utilisent le système des restitutions pour gagner des parts de marché à l’étranger  - des moyens de pression pour aboutir au démantèlement de la PAC : - le programme BICEP permet de subventionner les exportations de céréales américaines -quand l’UE taxe des produits américains (ex : bœuf aux hormones) l’Amérique réplique en taxant des produits européens -la plainte des USA au GATT débouche sur les accords de Blair House (1992), ils reconnaissent la PAC mais obtiennent : - le système des prélèvements est remplacé par des taxes (plus visibles) - l’UE doit plafonner ses productions d’oléagineux (USA peuvent exporter du soja) -UE et USA s’engagent à réduire leurs subventions - à cause du dollar qui se déprécie dans les 1990’s les Européens doivent payer toujours plus chers les compensations des agriculteurs, ce qui ravit les Américains car une réforme de la PAC devient inévitable  - même avant l’Uruguay Round des réformes furent mises en place ; 1992 : méthodes américaines de gel des terres et s’efforcent de contenir les subventions   Le programme Airbus :  -accusation de subventions par : - garanties de change, si le dollar baisse, l’Etat Allemand garantie la différence - prêts aux taux très faibles « avances remboursables » - pourtant les USA aussi soutiennent leurs constructeurs par les commandes massives de matériel ou les investissements R&D  Acier/audiovisuel/bananes/bœuf aux hormones/OGM con stituent d’autres contentieux  • Plus généralement les Etats-Unis multiplient les pressions sur tous leurs partenaires  - les Dragons se sont vu retirer en 1989 le système des Préférences Généralisées qui profite au Tiers Monde : - nouveau contentieux avec la Chine : - débat sur la propriété intellectuelle  - droits de l’homme et du travailleur
- accusation de vendre à perte (téléviseurs) - la Chine a répliqué en taxant le soja américain  • Le « bilatéralisme agressif » n’empêche pas les Etats-Unis d’utiliser les armes que peut leur fournir le multilatéralisme  -Principaux acteurs de l’Uruguay Round conclu en décembre 1993, ils ont obtenu : baisse de 36% des droits de douane généraux -- création d’une l’OMC - confirmation des accords de Blair House - libre-échange étendu aux services même si la France réussit à faire jouer « l’exception culturelle » -ce n’est pas seulement une victoire, ils ont fait des concessions, mais ils ont su faire pression sur l’UE : - mobilisant l’opinion mondiale contre une France réticente au dialogue - l’APEC se prononce en faveur de l’aboutissement de l’Uruguay Round,, les Européens sont plutôt isolés - des contentieux perdurent concernant : - les OGM - les aides accordées à Airbus remises en cause en 2004  • Les Etats-Unis s’efforcent aussi de mieux coordonner leur effort de soutien aux exportations  - Advocacy Center ou War Room aide les dossiers prioritaires et cible les zones porteuses dans le monde - quand l’Etat veut soutenir les exportations il le fait (Clinton et les avions d’Arabie Saoudite ) -les Foreign Sales Corporations permettent de transférer les bénéfices dans les paradis fiscaux ; lorsque l’OMC les condamne en 2002 ; les USA y renoncent mais mettent en place : - baisse des impôts de 30% - aides aux planteurs de tabac - aide fiscale à la recherche - le total des aides s’élève à 155 milliards de dollars   Ces mesures n’ont pas atteint leurs buts  • La politique commerciale des Etats-Unis provoque d’abord certains effets pervers :  - inefficacité du système des quotas - les Japonais ont vendus leurs voitures plus chères, donc plus de profit, donc plus de force financière -ils ont attaqué le marché le plus rentable : celui du haut de gamme - le nationalisme des Etats-Unis provoque des réaction hostiles (voir infra)  • Le déficit américain continue de progresser :  - si les services compensent le déficit commercial mais l’excédent créé diminue (8 milliards en 1980, 80 milliards en 1996, 60 en 2003) - ils sont en déficit même avec les pays sur lesquels ils ont exercé le plus de pressions  • L’envolée du déficit commercial ne date pas de 1980 (appréciation du dollar) mais de 1983 (reprise économique), ce qui montre bien que les Américains vivent au-dessus de leurs moyens !  - la reprise stimule l’emploi, mais également les importations, donc le déficit - le faible taux d’épargne pousse à la consommation et serait donc en cause (vivent au-dessus de leurs moyens)  la solution pour réduire leur déficit serait donc de s’imposer une cure s’austérité pour exporter le surplus et diminuer -les importations : ce serait la preuve de la fin du déficit sans pleur, preuve que les Etats-Unis sont devenus un pays comme les autres avec l’internationalisation.   II/ UNE INTERNALISATION PROFITABLE ?  1/ L’internationalisation de l’économie américaine est un fait récent
 Les relations des Etats-Unis avec le reste du monde ont longtemps été volontairement limitées. Cette ouverture se fait davantage par les IDE que par le commerce même si cela évolue .  Des causes multiples :  - besoins croissants d’importations (énergie, dépendance de 50%) secteurs qui ont besoin de marchés extérieurs : agriculture, secteurs de pointe -- besoin de travailleurs qualifiés - pour les entreprises, il est plus facile de gagner des parts de marchés à l’étranger qu’aux Etats-Unis - Etat encourage les implantations à l’extérieur (raisons politiques)  Une ouverture sensible sur le plan commercial :  - la baisse des droits de douane est spectaculaire ; ils sont aujourd’hui de 2% environ (50% en 1945). Le taux d’ouverture est de 9.5% (comme pour l’UE ou le Japon). Les EU ont renoncé à l’ American Selling Price en 1979 et on baissé leurs pics tarifaires - montée des IDE aux USA  - cependant, l’ internationalisation est inégale et récente . Limitée à l’exportation de capitaux et au brain drain  après la Première Guerre mondiale, on importe du pétrole après 1960, puis des capitaux après 1980. L’exportation de marchandises est récente : certains parlent de 1986, comme Duersteberg  Elle débouche sur la disparition de la position d’asymétrie : les Etats Unis dépendent du reste du monde sur tous les plans : - commercial : 14% du commerce mondial, et un taux d’ouverture proche de 10% - monétaire, car le dollar n’est plus théoriquement qu’une monnaie comme les autres depuis qu’il n’est plus convertible en or - militaire, depuis 1957 et la fin de l’asymétrie nucléaire (spoutnik). - intérieur, avec les attaques du 11 septembre 2001  Elle provoque des critiques croissantes.  Plusieurs types de critiques :  - sur le plan commercial, déloyauté des partenaires ou désindustrialisation - afflux excessif de main d’œuvre immigrée - les IDE aux USA suscitent des appréhensions  Par exemple, les transplants japonais sont parfois mal perçus aux Etats-Unis, alors que leurs conséquences sur l’économie sont complexes :  - aspects positifs : - apportent des capitaux - créent des emplois et relancent la production - se substituent aux importations auprès du Japon - des aspects négatifs : - retirent des parts de marché, ce qui supprime des emplois et a donc un effet d’éviction - méthodes des entreprises japonaises mal acceptées par les syndicats (Lee Iaccoca, ex PDG de Chrysler, les accuse même de refuser systématiquement les travailleurs noirs). - les effets sur la balance commerciale sont mitigés parce qu’ils s’attaquent parfois à des entreprises symboliques ( Rockefeller Center, MCA racheté par Matsu Hita en 1991)   Dans les années 1980, les délocalisations inquiètent .  - le phénomène est ancien, mais les choses changent lorsque des entreprises délocalisent à l’étranger pour vendre aux USA (avant, on ne s’installait à l’étranger que pour y vendre) :
- l’ALENA, puis la récession de 2000-2001 alimentent les peurs, ce que reprend Ross Perrot dans sa campagne de 1992 notamment en prévoyant des millions de pertes d’emplois avec les maquiladoras . - le phénomène inquiète d’autant plus que désormais les services sont aussi menacés.  - sur ce point, les études montrent une faible influence des délocalisations (4% des emplois perdus) mais se montrent parfois contradictoires. Dans le cadre de l’ALENA, il ne faut pas oublier que les délocalisations ne sont pas les seules destructrices d’emplois, mais que le déficit commercial face aux deux partenaires est en cause également.   En conséquence, l’adoption de mesures qui semblent marquer un repli américain :  - protectionnisme clair même s’il est déguisé - parfois refus de certains investissements directs (clause Exxon-Florio en 1988 : tout achat étranger peut être interdit s’il menace la sécurité nationale. - le Federal technology  Act : des innovations financées par l’Etat doivent être vendues en priorité à des entreprises américaines - mesures sur l’immigration - la tentation de repli se manifeste sur le plan politique (cf. chapitre 3)  2/ Le repli s’avère cependant impossible et peu profitable  L’ouverture présente des avantages .  - importer à l’étranger permet d’acheter moins cher. Cela profite au consommateur, mais aussi aux entreprises qui importent des pièces pour les transformer ensuite (automobile, informatique qui se fournit au Japon) - l’afflux de capitaux étrangers prouve la confiance du monde dans l’économie américaine. Cela permet de combler le manque d’épargne pour investir. Ils peuvent surconsommer (ce qui soutient la croissance) et moderniser l’appareil productif en même temps.  - comme l’ouverture provoque des résistances, le gouvernement l’adapte. En 2002, le Trade Adjustment Assistance Reform Act aide les salariés victimes d’une perte d’emploi liée à la formation d’une zone de libre-échange   Le coût de l’ouverture est à relativiser :  - le déficit ne représente finalement que 5% du PIB, et les firmes étrangères ne font travailler que 5% des américains : on ne peut pas vraiment parler de « rachat » des USA. - le déficit américain et l’endettement se font en $. Donc les USA sont différents des autres pays, surtout que le $ est détaché de l’or depuis 1971. Les USA conservent le privilège du déficit sans pleurs, et sont le seul pays à pouvoir supporter un tel endettement (ex : France en 1983). - de plus, si le dollar se déprécie, la valeur des actifs étrangers aux USA est diminuée, donc les USA peuvent en quelque sorte fixer le montant de la dette qu’ils doivent rembourser. La solution aux problèmes d’ouverture doit être cherchée dans une plus grande ouverture, et donc dans une meilleur insertion dans l’économie mondiale  III/ AU CENTRE DU MONDE  « Empire du milieu » selon Vaïsse et Mélandri ; relations avec le monde entier.  1/ L’Amérique constitue leur premier horizon   L’Amérique du Nord offre de nombreuses possibilités aux entreprises américaines :  - des atouts évidents : - présence de matières premières - débouchés du fait de l’importance démographique - ressources en termes de main d’œuvre  - une intégration poussée sur le plan industriel ; une industrie Nord Américaine compétitive se forme face aux concurrents asiatiques - une intégration très forte avec le Mexique et le Canada qui exportent à 85% vers les USA.
- accord de libre échange en 1988 avec le Canada qui confirme une relation ancienne (culturelle et économique) - le Mexique est plus anti-yankee, mais, au bord de la banqueroute dans les années 1980, il change de politique et l’ALENA est ratifiée en 1993. Cela montre l’orientation régionale du commerce américain, et permet une intégration très importante dans certains secteurs ( automobile et électronique) où les USA conservent les fonctions de recherche ou de fabrication de pièces difficiles, tandis que le Mexique accueille les usines de montage où travaille une main d’œuvre bon marché.  - cependant, sur le plan politique, les relations sont plus difficiles : pas de soutien pour la guerre en Irak, antiaméricanisme, problème migratoire… Elles font q uand même l’objet d’efforts importants de la part des USA (comme des visites officielles de Bush)  L’ALENA est présentée comme la première étape vers une ZLEA . :  - l’idée est discutée en 1996 à Miami et en 2001 à Québec - malgré des soutiens (Chili), les opposants sont nombreux depuis quelques années car les élections ont souvent porté au pouvoir des dirigeants opposés à ce projet (Brésil de Lula, Venezuela de Chavez, Uruguay, Argentine, Bolivie, et Chili…) - la présence militaire sur le continent est toutefois remarquable, comme sur le plan monétaire (Salvador, Equateur et Panama qui adoptent le Dollar, autres pays qui y ont un rapport étroit) ou économique. De toute façon, un échec de la ZLEA serait à relativiser en raison des accords bilatéraux qui existent.  2/Washington s’efforce de contrôler la construction européenne   L’intérêt des Etats-Unis pour l’Europe s’est affaibli avec le temps :  - les USA ont voulu la construction européenne , pour contrer la menace soviétique (OECE en 1948, rétablissement de l’Allemagne, puis encouragement à la CECA et à la CED). Ils sont encore favorables à la CEE, avant tout vue comme un grand marché pour les firmes américaines. L’atlantisme, forgé par une culture en commun, a dominé les relations avec le « vieux continent ».  - dès les années 1960, la position américaine évolue car :  - la CEE devient un rival : PAC (1962), Airbus (1969), Euro (1992), et Acte Unique en 1986 qui fait craindre une « forteresse Europe » - la détente diminue l’importance stratégique de l’Europe ; puis l’effondrement de l’URSS supprime le danger qui rapprochait USA et Europe. - les Etats-Unis se transforment et sont de moins en moins proche de l’Europe culturellement. - retour au libéralisme (différent du modèle Européen, plus social), - population plus asiatique et Sud-américaine, - centre de gravité de l’économie qui se décale vers l’Est  du coup, les rapports se transforment : -- l’Europe a moins d’importance dans le commerce américain (1/5), - les forces américaines en Europe diminuent, - le comportement européen agace (France qui fait échouer la zone de libre-échange transatlantique en 1998, France qui s’oppose à la guerre en Irak en 2003)   Les USA ne peuvent cependant pas se détourner de l’Europe :  - diverses raisons - économiques (50% du stock d’IDE en Europe, 55% des ventes des FMN à l étranger font de l’Europe une zone capitale) - politiques (lutte contre le terrorisme islamiste, etc.)  - mais une UE trop soudée serait néfaste aux Etats-Unis : les Américains tentent donc de diviser les Européens dès que possible : guerre en Bosnie, en Irak. Ils soutiennent le projet anglais d’une Grande Europe ouverte à l’Est et au Sud,
une Europe plus hétérogène, plus « marché » que « puissance ». Les Américains veulent que le continent s’unisse, mais pas trop.   L’Europe orientale prend une importance décisive, qui d’ailleurs se sent proche des Etats-Unis (rôle dans la fin de la guerre froide, peur de la Russie…) : - les manifestations : - la zone reçoit des troupes, - les pays intègrent l’OTAN plus vite que l’UE  - les firmes américaines investissent et implantent des filiales. (GMC, Ford) - ces pays forment un glacis antirusse, un relais politique et économique de l’influence américaine en Europe. - grâce à ces soutiens, plus ceux de la GB voire d’autres pays ponctuellement (Italie de Berlusconi, Espagne d’Aznar), les USA isolent le couple franco-allemand et essaient même parfois de le séparer. - le soutien à la Turquie pour son entrée dans l’UE doit être perçu comme la récompense à un allié fidèle, mais aussi comme une tentative pour diviser l’Europe.  Enigme Russe :  - un rapprochement au nom du pétrole et de la lutte contre le terrorisme. - mais une alliance cependant fragile : - la Russie ne peut rivaliser avec les USA mais garde un potentiel important (siège au conseil de sécurité de l’ONU, arsenal nucléaire, richesses naturelles). Washington essaie de s’en protéger en implantant des bases et en soutenant des pays qui veulent sortir de l’influence Russe (Ukraine, Kirghizie, Géorgie…) - la Russie choque par son manque de démocratie : évolution de Poutine vers la « démocrature » - la politique américaine semble vouloir encercler la Russie, en soutenant les PECO ou la Turquie et en concluant des alliances.  3/ Du Pacifique viennent les principaux défis auxquels sont confrontés les Etats-Unis  Une importance croissante de la zone Pacifique mais une région potentiellement menaçante  - une importance croissante : 35% du commerce extérieur, endettement, IDE ; bases militaires importantes, immigration asiatique…  - c’est pourtant de cette région que viennent les défis les plus menaçants même s’il ne faut pas les exagérer : - le défi imposé est cependant relevé, comme le montrent les crises de 1990 au Japon et 1997 en Asie, qui ont  favorisé l’adoption du modèle du FMI. - la grande force des USA est ici les divisions qui règnent entre les pays de la région, beaucoup plus qu’en Europe. Ils y assurent encore la sécurité et la prospérité économique.  Néanmoins la question chinoise se pose :  La Chine peut être vue à terme comme un rival : - son PIB devrait atteindre celui des USA aux environs de 2025 - sa puissance politique (siège à l’ONU) est incontestable sa puissance militaire augmente et s’affirme. - - Washington ne s’en inquiète pas, même si elle prévoit un bouclier militaire antichinois, s’efforce de rendre la Chine dépendante, ou utilise l’argument des Droits de l’Homme.  - cependant, la Chine et les USA ont besoin l’un de l’autre, ne serait-ce que sur le plan économique, car les USA détiennent 9% du stock d’IDE en Chine (ils sont le 2 e investisseur) . Ainsi, on s’accorde sur certains sujets et on tente de maintenir des relations convenables. - la Chine presse la Corée du Nord d’accepter des négociations multilatérales, - Washington tente de contrôler les velléités taiwanaises   4/ Le reste du monde fait l’objet d’une attention croissante  
 Les USA ont tendance à privilégier les relations bilatérales avec le Tiers-Monde :    - les USA se méfient de l’UNESCO (qu’ils ont quitté) et de l’ONU ou de l’OMC en raison de leur caractère multilatéraliste.  - seuls le FMI et la Banque Mondiale sont considérés et respectés dans les rapports entre les Américains et le Tiers-Monde (pouvoir d’influence beaucoup plus grand des Etats-Unis). Leurs méthodes libérales s’imposent ainsi (plans Baker et Brady pour régler la dette dans les pays stratégiquement importants pour les USA, la dette est réduite en échange de l’adoption d’un modèle libéral et conforme à l’idéologie américaine : le consensus de Washington).   Les Etats-Unis s’intéressent au Proche-Orient , comme le montrent les guerres de 1991 et 2003 : pétrole, abri de terroristes, ambitions nucléaires Iraniennes. Les relations privilégiées avec Israël sont le pivot de leur politique. Le pari irakien semble audacieux, les USA voulant, comme avec le Japon en 1945, transformer le pays en une démocratie docile et modèle.   Le sous-continent Indien et l’Afrique noire ont longtemps semblé peu intéresser les Etats-Unis .  dans le sous-contient indien : -- le Pakistan est un allié de longue date, - l’Inde « neutre » a souvent été proche des Soviétiques. Tandis qu’il se libéralise, le pays devient un partenaire privilégié : il fournit de la main d’œuvre, et accueille des délocalisations. Le Pakistan est plus ambigu dans la lutte contre le terrorisme.  - l’Afrique noire a semblé longtemps délaissée, laissée à l’emprise de la France ou du Royaume-Uni. Cependant, la découverte de pétrole dans le Golfe de Guinée suscite un intérêt croissant qui débouche sur des accords entre USA et ACP. Afrique du Sud, Nigéria et Ouganda sont des partenaires importants en Afrique.  IV/ HYPERPUISSANCE OU EMPIRE SUR LE DECLIN ?  1/Au lendemain de la chute de l’URSS, les Etats-Unis paraissent sans rival  « Hyperpuissance » selon H. Védrine, alors que l’Europe ne s’unifie pas et le Japon est en récession. Fukuyama annonce la fin de l’histoire et le triomphe du modèle américain. Les éléments qui fondent la puissance américaine sont impressionnants : - superficie, 9,4 millions de km², réserves agricoles, minières et énergétiques nombreuses renforcées par celles de l’ALENA - population : 4,5% de la population mondiale, plus dynamique qu’en Europe ou au Japon - puissance militaire : 50% des dépenses mondiales, premiers dans tous les domaines. - suprématie technologique, 45% des dépenses mondiales de recherche - richesse : 20% du PIB mondial, 1/3 des 500 premières entreprises, rôle prééminent du dollar qui reste un élément important de la puissance économique. - modèle qui sort renforcé de la Guerre Froide, sans véritable rival, et qui est exporté par la persuasion ou la force. (Géorgie : révolution de la rose en 2003, Ukraine : révolution orange, révolution des tulipes en 2005 en Kirghizie), sans oublier les manifestations au Liban et les élections en Irak qui isolent la Russie et la Syrie. Tout cela démontre le soft power américain.  2/ La thèse du déclin rebondit au début des années 2000  La thèse du déclin est ancienne, et relancée à toutes les occasions (Spoutnik en 1957, violences intérieures en 1967-1968, revers des années 1970).  La thèse du déclin réapparaît au début des années 1990, lorsque les Etats-Unis semblent triompher.  Thèse de Paul Kennedy : recul des Etats-Unis dans le PIB mondial dû au fait d’assurer seul l’effort de défense commun au niveau mondial (par rapport à l’Europe et le Japon, qui, protégés, sont dispensés de cette charge). En témoigne la faiblesse de la R&D civile (1.7% du PIB) par rapport à la R&D militaire, qui semble à l’origine de la perte de compétitivité :
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