Les religions en Amérique Latine

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Les religions en Amérique Latine

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Thème 11 : La géodynamique des religions
en Amérique Latine
L’Amérique latine a une tradition de pluralisme religieux avec une domination incontestée du
catholicisme. Mais l’Eglise catholique est en recul et de nouvelles religiosités émergent
comme le Pentecôtisme. Ce recul du catholicisme est-il le signe de l’effondrement du rôle
social de la religion, d’une sécularisation de l’Amérique latine, qui serait logique vu
l’urbanisation ? Ou bien dans la mesure où ce recul du catholicisme est compensé par d’autres
courants religieux, faut-il voir un retour en force du religieux ? Comment expliquer alors la
modernisation de l’Amérique latine alors qu’en général, elle s’accompagne d’une disparition
du religieux ? Faut-il y voir le maintien de structures économiques archaïques ? Est-ce que la
progression du Pentecôtisme n’est pas la manifestation de l’influence du modèle américain ?
I. Vers une recomposition du champ religieux
A. La tradition catholique historique
Il y a trois facteurs pour lesquelles l’Amérique latine est la terre du catholicisme :
La colonisation par l’Espagne et le Portugal qui sont deux pays parmi les plus catholiques
d’Europe. En colonisant, ils avaient pour but de christianiser l’Amérique latine qui était vue
comme la terre de la revanche puisque à cette époque (XVI
e
siècle), le protestantisme était en
pleine expansion en Europe.
L’adjectif « latine » renvoie en partie au catholicisme. A l’échelle de l’Etat nation, le
catholicisme forge une certaine identité. En effet, les prêtres ont par exemple joué un rôle
important dans l’indépendance.
80% des Latino-américains sont catholiques. Ils représentent 50% des catholiques du
monde entier.
B. L’Amérique latine a un pluralisme religieux non moins
traditionnel
Beaucoup de juifs (surtout allemands) ont immigrés vers l’Argentine, mais aussi des
protestants et quelques musulmans dans tout le sous-continent. De plus, des Asiatiques ont
également immigrés dans des pays comme le Chili ou le Pérou apportant avec eux leur
religion. Et malgré ce pluralisme, il n’y a jamais eu de conflits religieux en Amérique latine.
C. Emergence du protestantisme
Le protestantisme progresse surtout par des conversions et peu par des immigrations. En
1945, 1% de la population d’Amérique latine est protestante, et 15 à 20% dans les années 80.
Le catholicisme est donc en recul. Le taux de protestantisme passe, entre 1960 et aujourd’hui,
de 3 à 20% au Guatemala, de 8 à 20% au Brésil, de 10 à 25% au Chili et de 7 à 30% à Porto
Rico. Le protestantisme est en passe de devenir majoritaire au Chiapas (au Mexique). Le
principal mouvement protestant est le pentecôtisme qui a une approche plus charismatique
avecun clergé jeune (importance de l’esprit saint et croyance en le pouvoir de guérison).
II. Le facteur explicatif de cette recomposition est le
sous-développement
A. Le catholicisme a une fonction sociale mais il est associé aux
oligarchies
Le Catholicisme joue un rôle social important au XX
e
siècle surtout auprès des pauvres
(scolarisation, aides aux pauvres). En politique, des partis démocrates chrétiens se
développent dans la plupart des pays et occupent parfois une place importante dans la vie
politique. Mais les hiérarchies catholiques sont associées à des oligarchies socio-
économiques, voire à des dictatures au nom de la lutte contre le marxisme athée.
B. La lutte contre la tentative de théologie de la libération
Durant les années 1960, s’est développée en Amérique latine la théologie de la libération qui
est en fait une tentative de triple rénovation de l’Eglise catholique :
- liturgique : la bible est traduite en quechua par exemple.
- institutionnelle avec en 1955, la création à Rio du conseil épiscopal latino-américain
(CELAM)
- intellectuelle avec le catholicisme social
Mais la théorie de la libération est un triple danger pour le Vatican :
- contestation de l’ordre établi. En 1968, le CELAM lance le programme de
« libération intégrale des opprimés » qui revendique une émancipation sociopolitique et
socioéconomique (volonté de changer de société et non de changer la société).
- De plus, la théologie de la libération utilise le marxisme comme grille de lecture du
sous-développement du Tiers-monde (même si elle n’adhère pas au marxisme, elle est
d’accord avec sa vision du sous-développement). En 1971, le Péruvien Gustavo Gutierez,
dans la théologie de la libération, reprend des idées de Marx notamment celle des classes
sociales. La même année, le Brésilien Leonardo Boff écrit Jésus-Christ libérateur, il considère
le Christ comme le premier révolutionnaire.
- La théologie de la libération révèle et exacerbe des clivages internes au catholicisme
en supprimant les hiérarchies habituelles par exemple. En 1966, le prêtre Camillo Torres,
engagé dans un maquis castriste, meurt dans une guérilla.
C’est pourquoi Paul VI puis Jean-Paul II par l’intermédiaire de Joseph Ratzinger s’occupent
de mettre fin à ce mouvement.
C. La fonction socio-économique et politique des protestants
Le champ est libre pour les protestants en particulier les Pentecôtistes. L’évangélisme se
tourne vers les déracinés, les exclus, les déclassés et les minorités ethniques. Les Pentecôtistes
sont des militants sociaux. Des partis politiques évangélistes sont créés. Les Pentecôtistes ont
joué un rôle important dans l’élection de Fujimori et en faveur du général Rios Montt en
1991. Au Brésil, l’Eglise Universelle du Royaume de Dieu exerce un lobbying intense par des
moyens radio et télévisé.
III. Cette recomposition traduit en fait l’ambiguïté
de la place de l’Amérique latine dans la
mondialisation
A. L’influence des Etats-Unis dans le domaine religieux
Le Pentecôtisme suit l’économie d’archipel dans les villes et sur le littoral car il est né en
1906 aux Etats-Unis. Le syncrétisme religieux et l’animisme se développent dans les
campagnes et les régions peu développées.
B. Et le catholicisme est aussi conquérant
Les migrations des latinos répandent le catholicisme aux Etats-Unis et on assiste alors à la
conversion de wasps. Jean-Paul II, en tant que catholique conservateur, a voulu intégrer les
catholiques à la société états-unienne.
C. A l’échelle mondiale, l’Amérique latine joue un rôle de plus en plus
important
Au Vatican, on a longtemps évoqué l’éventualité d’un pape latino. Le catholicisme latino est
devenu un véritable modèle pour l’Europe.
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