TEMPS ET NARRATION DANS RONDA DEL GUINARDO DE JUAN MARSE

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1 TEMPS ET NARRATION DANS RONDA DEL GUINARDÓ DE JUAN MARSÉ Dr. KONAN SYNTOR Université Félix Houphouët Boigny-Cocody-Abidjan Article publié dans la Revue de Littérature & d'Esthétique Négro-Africaines VOL 3 - N°15 – 2015, pp.303-3014. Spécialité : Littérature espagnole koffi_syntor1@yahoo.fr RÉSUMÉ Ronda del Guinardó est un roman simple en comparaison des autres œuvres précédentes de Juan Marsé, lesquelles s’inscrivent dans le canevas du roman expérimental, qui a cours dans les années 60. Cette orientation fait suite à l’épuisement du roman social et rend complexe la structure narrative. Malgré la simplicité de la structure narrative, Juan Marsé ne se dérobe pas à sa vision critique et sa posture non conformiste vis-à-vis du régime franquiste. Les dures réalités qu’il a vécues se manifestent dans cette œuvre, d’où ressortent la concision narrative et temporelle. Mots-clés : Juan Marsé, Temps, Narration, Schéma narratif. 2 INTRODUCTION 1Ronda del Guinardó est la huitième œuvre narrative de Juan Marsé, auteur espagnol à succès, lauréat du prix Cervantès en 1998. Cette étude est une approche narratologique qui met particulièrement l’accent sur le temps et la narration dans l’œuvre romanesque. Nous évoquerons par conséquent, l’instance narratrice qui est mise en évidence.
Publié le : mardi 1 décembre 2015
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TEMPS ET NARRATION DANS RONDA DEL GUINARDÓ DE JUAN
MARSÉ
Dr. KONAN SYNTOR
Université Félix Houphouët Boigny-Cocody-Abidjan
Article publié dans la Revue de Littérature & d'Esthétique
Négro-Africaines VOL 3 - N°15 – 2015, pp.303-3014.

Spécialité : Littérature espagnole
koffi_syntor1@yahoo.fr

RÉSUMÉ
Ronda del Guinardó est un roman simple en comparaison des autres
œuvres précédentes de Juan Marsé, lesquelles s’inscrivent dans le canevas du
roman expérimental, qui a cours dans les années 60. Cette orientation fait
suite à l’épuisement du roman social et rend complexe la structure narrative.
Malgré la simplicité de la structure narrative, Juan Marsé ne se dérobe pas à
sa vision critique et sa posture non conformiste vis-à-vis du régime
franquiste. Les dures réalités qu’il a vécues se manifestent dans cette œuvre,
d’où ressortent la concision narrative et temporelle.
Mots-clés : Juan Marsé, Temps, Narration, Schéma narratif.











2

INTRODUCTION
1Ronda del Guinardó est la huitième œuvre narrative de Juan Marsé,
auteur espagnol à succès, lauréat du prix Cervantès en 1998. Cette étude est une
approche narratologique qui met particulièrement l’accent sur le temps et la
narration dans l’œuvre romanesque. Nous évoquerons par conséquent, l’instance
narratrice qui est mise en évidence. Pour la saisir, l’article Ronda del Guinardó
de Juan Marsé : un roman polyphonique de Geneviève CHAMPEAU est
2
édifiant en ce sens qu’elle met en exergue les énoncés narratifs ainsi que le style
indirect et direct libre qui ont cours dans le roman.
Les questions qui guident notre analyse sont les suivantes : Quelles sont
les caractéristiques du récit dans cette œuvre ? Comment, Juan Marsé tient-il en
haleine le lecteur ?
Pour mener à bien notre étude, nous tenterons de cerner le temps et la
narration dans cette œuvre.
I. LE TEMPS
Le temps narratif tel que défini par Gérard Genette étudie le temps de
l’univers représenté et surtout le temps du discours. Cette partie analysera ces
deux temps dans le corpus: le temps externe et le temps du récit.
Nous passons à l’analyse du premier temps évoqué.
Le temps externe fait inéluctablement allusion au temps historique dans
l’univers réel. Ce temps désigne le temps matériel que nous pouvons
qualifier de temps physique. A la lecture d’une œuvre romanesque, certains
indices textuels tels que les dates, les évocations d’événements ou de
personnages réels ou historiques permettent de situer le temps externe.
La scène de Ronda del Guinardó se déroule pendant la seconde guerre
mondiale. En effet, à la page 58, nous constatons que l’inspecteur,
protagoniste, achète un journal qui rend compte d’un match amical de
football qui oppose l’Espagne au Portugal en Corogne. Le score dudit

1
Pour cet article, nous travaillons sur l’édition Debolsillo de 2009. L’édition
originale a été publiée par Seix Barral en 1984.
2 G. Champeau : Ronda del Guinardó de Juan Marsé : un roman
polyphonique In Bulletin Hispanique. Tome 95, N°1, 1993. pp. 203-223.

3

match est de 4-2 en faveur de l’Espagne: «Compró la Vanguardia…En la
3Coruña, decían los titulares, España vence a Portugal por 4 a 2» . Une
recherche nous permet de constater que le seul match ayant opposé ces
deux équipes, avec un tel résultat s’est déroulé effectivement le dimanche
06 mai 1945 à la Corogne.
A la page 37, le narrateur situe le temps de l’événement au mardi 8 mai.
Rosita, l’un des personnages confirme l’assertion du narrateur en affirmant
que le mardi n’est pas son jour de chance.
«…pero la fecha del día no lo dijo nada. Martes, 8 de mayo.
4- El martes no es mi día de suerte» .
A la suite de tous ces faits, nous pouvons affirmer que le temps
historique précis du roman est le 08 mai 1945. L’histoire se situe donc dans
la deuxième guerre mondiale et sous le régime franquiste.
Cette référence au monde réel se perçoit par la transcription des actes
inhérents au régime franquiste tels que la répression, le musèlement de
l’opposition et la censure. Juan Marsé fait également mention des alliés de
la seconde guerre mondiale à la page 42, ainsi que de la défaite des
Allemands aux pages 43 et 59.
«...ni que los aliados fueran a llegar mañana mismo.
…la derrota alemana no era más que para ir a entromparse a la
taberna
Episodios culminantes de la guerra que ha terminado [] Rendición
5total e incondicional de Alemania» .

Le 08 mai 1945 marque justement la victoire des Alliés sur l’Allemagne
nazie, sa capitulation et la fin de la seconde guerre mondiale en Europe.
Ce 08 mai 1945, lors de la randonnée de l’inspecteur, il est mis en
évidence la répression qui s’abat sur les grévistes sous le franquisme. En
effet, Juan Marsé évoque la répression vis-à-vis des travailleurs enclins aux
débrayages. Les responsables syndicaux dressent la liste des absents qu’ils

3 J. Marsé: Ronda del Guinardó, Debolsillo, Barcelone, 2009, p.58.
4
J. Marsé: Ronda del Guinardó, idem, pp. 37, 46.
5 J. Marsé: Ronda del Guinardó, ibídem, pp. 42, 43, 59.

4

transmettent aux commissariats en vue de leur détention. En un mot, le
régime franquiste ne tolère pas les grèves.
«A través de los enlaces sindicales, las comisarias están
recibiendo listas de gente que no se había presentado al trabajo o
6
lo había abandonado, y se estaba precediendo a su detención» .

De même, le comportement zélé de l’inspecteur dans l’accomplissement
de son service, laisse entrevoir une autre facette du régime : l’intolérance à
l’égard des autonomistes et indépendantistes catalans. En effet, dans
l’attente de Rosita qui doit finaliser les activités domestiques avant d’aller
identifier le cadavre de son prétendu violeur, l’inspecteur marque un arrêt
devant un magasin exposant des articles de mariage. Apercevant, à travers
les vitres, un coussin aux couleurs du drapeau du sécessionnisme catalan
(Bandes jaunes et rouges), il fait intrusion dans le magasin et intime l’ordre
au propriétaire d’enlever ledit coussin, entrevoyant un acte
d’insubordination et de défiance vis-à-vis du régime franquiste.
«Entonces fijó su atención en el cojín con franjas amarillas y rojas
tirado sobre la cama.
- ¿Es usted el dueño? – dijo sin mirarle-. Haga el favor de retirar
7
eso» .

Le propriétaire n’a d’autres choix que d’enlever le coussin en se
confondant en excuses. Il impute cette erreur au fabricant qui, n’est
cependant, aucunement mu par de mauvaises intentions.
Au vu de ce qui précède, qu’en est-il du temps de l’histoire ?
Cette analyse se perçoit à travers plusieurs aspects. Vincent Jouve en
situe les composantes en affirmant que :
« L’analyse narratologique du temps consiste à s’interroger
sur les relations entre le temps de l’histoire (mesurable en siècles,
années, jours, heures, etc.) et le temps du récit (mesurable en
8nombre de lignes ou de pages» .


6 J. Marsé: Ronda del Guinardó, op. cit, p.43.
7
J. Marsé: Ronda del Guinardó, idem, p. 60.
8 V. Jouve : Poétique du récit, Armand Colin, Paris, p. 44.

5

Partant de ce postulat de Jouve, il nous est loisible d’affirmer que le
temps de l’histoire peut être considéré comme la durée de l’histoire contée
par l’auteur. C'est-à-dire, la durée de la séquence en tenant compte des
indications temporelles. A la lecture de Ronda del Guinardó, nous avons
des références temporelles qui nous permettent de mesurer le temps de
l’action. En effet, la trame se confine dans l’après midi du 08 mai 1945. Le
narrateur indique que cet après-midi du deuxième jour de l’été, il faisait
extrêmement chaud. «Era un martes por la tarde y hacía un calor
9
sofocante» .
L’histoire débute effectivement à 15 heures quand l’inspecteur reçoit
l’ordre de retrouver Rosita et de retourner à la morgue de l’hôpital El
Clínico afin qu’elle identifie un cadavre qui serait l’auteur du viol qu’elle a
subit deux ans plus tôt. «El caso es que hoy no había pasado por la
Jefatura, dijo. Recibió por teléfono la orden de presentarse en el Clínico,
10donde estuvo tocándose la pera hasta las tres de la tarde...» .
L’inspecteur se rend dans un premier temps au foyer d’accueil de jeunes
filles défavorisées (el Hogar ou Casa de la Familia) pour rencontrer
Rosita et l’informer du décès de son hypothétique violeur et l’emmener
pour l’identification. Il ne trouve pas Rosita au foyer et doit la chercher en
inspectant les maisons dans lesquelles cette dernière devrait faire les
travaux ménagers ce jour-là. C’est l’occasion pour parcourir les ruelles de
Guinardó à la recherche de cette dernière. Lorsqu’il la retrouve, elle lui
promet de l’accompagner plus tard pour identifier l’agresseur après avoir
accompli ses engagements vis-à-vis des familles. Dans le souci de
ménager Rosita, il l’accompagne pour ses travaux ménagers. Cette
randonnée donne l’occasion au narrateur de décrire les quartiers de
Guinardó en passant au peigne fin, leurs actualités, celles de l’Espagne et
en se remémorant leurs souvenirs qui sont, la plupart du temps
douloureux.

9
J. Marsé: Ronda del Guinardó, op. cit, p.17.
10 J. Marsé: Ronda del Guinardó, idem. p. 41.

6

Rosita nourrit l’intention cachée de ne pas se présenter à la morgue. Elle
use donc de subterfuges. Finalement, à la tombée de la nuit, elle sera
emmenée de force par l’inspecteur. L’histoire se termine lorsqu’après
avoir identifié le cadavre, elle retourne au foyer en sifflotant.
«Caminó deprisa y sintió el relente de la noche ciñendo sus sienes
y tobillos con brazaletes de frío.
Rosita entró en el sombrío zaguán de la Casa silbando para oírse
silbar, todavía con pelusilla de pulmón en los dedos, los calcetines
11
bailando en los tobillos y la Moreneta en la cadera» .

L’histoire se déroule sur une courte période, de 15 heures aux premières
heures de la nuit, en moins d’une demi-journée.
Qu’en est’ il du temps du récit ?
Le temps du récit englobe le moment et la vitesse de la narration, ainsi
que l’ordre et la fréquence.
L’étude du moment se circonscrit dans un canevas bien défini. Elle
permet de mettre en évidence le récit de l’histoire par rapport à son déroulement.
L’utilisation du passé simple est un élément indicatif et crucial. Elle nous
indique que les faits se sont déjà produits avant leur narration. Le récit est
postérieur à la narration. Nous sommes face donc à une narration ultérieure car
les évènements sont racontés après leur occurrence. Les indications temporelles
sus-indiquées sont référenciées au passé. Cette narration ultérieure met en
évidence trois récits différents vécus par Rosita. Dans un premier temps, nous
avons le calvaire qu’elle a vécu deux ans plus tôt lors de son viol. Dans un
second temps, nous avons le récit de ses souvenirs d’enfance qui remontent à la
guerre civile. Originaire de Malaga, elle débarque, orpheline à 07ans à
Barcelone.
[…recordó: en ese mismo tren había viajado desde Málaga con las
monjitas y otras huérfanas, a los siete años, hasta llegar aquí, «Mi gente
ya había muerto, señor, ya estaba sola en el mundo», lloviendo todo el
12camino hasta Barcelona] .


11
J. Marsé: Ronda del Guinardó, op. cit, pp. 122, 124.
12 J. Marsé: Ronda del Guinardó, idem, p. 48.

7

Le troisième récit concerne la mission assignée à l’inspecteur dans
l’après-midi du mardi 08 mai 1945.
En ce qui concerne la vitesse de la narration, nous relevons deux modes
essentiels. La scène et la pause. La scène préfigurant l’action, elle se caractérise
par le dialogue qui donne l’illusion que le temps de l’histoire et le temps du récit
coïncide. C'est-à-dire TR (Temps du Récit) = TH (Temps de l’Histoire). Le
dialogue implique principalement le protagoniste c'est-à-dire l’inspecteur. Il
converse tantôt avec sa belle sœur, directrice du foyer accueillant les orphelines,
tantôt avec le commissaire Arenas, chef de son ancien district et surtout à
plusieurs reprises avec Rosita qu’il essaie de convaincre de se rendre à ses côtés
à la morgue pour identifier le supposé violeur.
La pause comme son nom l’indique sous-entend inaction ou suspension
de l’action. C’est le lieu indiqué pour la description et surtout les commentaires
du narrateur. La formule est donc TR=n et TH=0.
Dans le corpus, nous avons deux descriptions majeures. La première se
situe aux pages 76, 77,78. A ces pages, le narrateur décrit d’abord la tour de
dame Espuny, et ensuite Rosita en train d’y exécuter les travaux domestiques.
La seconde description se situe aux pages 102, 103, 104. Dans cette
séquence, le narrateur décrit le processus de torréfaction de café au noir au
domicile de dame Maya. Rosita participe à cette activité.
« Ella no soltaba la manivela, encorvada y atenta a la esfera de hierro
que daba vueltas y vueltas lamida por las llamas. Dentro del tambor, la
masa de café y azúcar giraba con un rumor de olas en una playa
13
pedregosa» .

Après la vitesse, nous faisons un aperçu sur la fréquence. Cette
dernière, relève le nombre d’occurrences des événements dans le corpus. En
effet, elle permet de savoir combien de fois sont racontés les faits. Après lecture,
nous constatons que Juan Marsé privilégie dans cette œuvre le mode singulatif.
L’histoire se déroulant en l’espace d’un après midi, il raconte une seule fois ce
qui s’est passé une seule fois. L’essentiel du récit se déroule et se raconte une

13 J. Marsé: Ronda del Guinardó, op.cit, p.102.

8

seule fois. Depuis l’ordre reçu à 15 heures par l’inspecteur de se présenter à la
morgue avec Rosita pour identifier le corps et jusqu’au retour de cette dernière
au foyer, l’histoire est racontée de manière linéaire.
Au delà du mode singulatif, nous avons le mode itératif. Ce mode qui
traduit une récurrence d’événements à laquelle le narrateur ne consacre pas
autant de temps à raconter. Il raconte en peu de fois, les faits qui se déroulent
plusieurs fois. Juan Marsé utilise le mode itératif pour aborder les activités
domestiques hebdomadaires de Rosita. Lors de sa ronde avec l’inspecteur, nous
nous rendons compte qu’elle besogne les mardis. Les travaux qu’elle exécute en
ce jour du 08 mai 1945 représentent une copie de ses travaux hebdomadaires.
Elle le confirme en affirmant que le mardi n’est pas son jour de chance.
14
« El martes no es mi día de suerte» .
Par cette phrase, elle veut faire entendre qu’elle travaille énormément
les mardis.
Cette assertion de Rosita est confirmée par la directrice qui affirme que
les mardis sont des jours chargés en activité pour cette dernière. Il y a même des
jours qu’elle rentre à 22 heures au foyer.
« Rosita tenía mucho trabajo, compromisos que no podía eludir…
[…]Justamente los martes por la tarde apenas disponía de tiempo, a
15
veces no volvía de hacer faenas hasta las diez de la noche» .

Pour conclure le volet du temps du récit, nous évoquons l’ordre.
Etudier l’ordre équivaut à vérifier si la succession des évènements est
linéaire ou discontinue. Dans le premier cas, quand l’auteur respecte la
chronologie, nous parlons d’homologie. Dans le second, nous parlons de
discordance car le récit des faits est discontinu.
Dans ce roman, nous constatons que l’ordre dominant est l’homologie,
car le récit est linéaire. La succession des événements se déroule de manière
continue. Cependant, l’homologie est souvent interrompue par des discordances.
Celles-ci représentent une analepse, car elles font une rétrospection qui évoque
l’enfance de Rosita, son viol et son séjour au domicile de l’inspecteur. La

14
J. Marsé: Ronda del Guinardó, op.cit, p. 46.
15J. Marsé: Ronda del Guinardó, idem. p. 20.

9

rétrospection permet également de comprendre le déroulement de l’accident de
Matías. Ce jeune désœuvré et délinquant perd ses mains lors d’un vol au
domicile de monsieur Vallverdú. En effet, Matías confond une grenade avec un
presse-papier, qui explosant, lui arrache les mains.
Cette première partie de l’étude nous a permis de circonscrire le récit
dans le temps et dans l’espace. Nous avons donc montré que la scène se déroule
dans l’Espagne post-conflit et surtout pendant la seconde guerre mondiale. La
narration ultérieure est le mode dominant car l’ensemble du récit est raconté
après son occurrence.
Comment Juan Marsé organise t-il son argumentation ?
II. LA NARRATION
Cette partie que nous intitulons narration vise à mettre en évidence le
schéma narratif adopté par Juan Marsé pour donner forme à son récit. Nous nous
contenterons d’exposer le schéma narratif quinaire qui met en exergue cinq
instances dans le déroulement du récit que sont : la situation initiale, l’élément
perturbateur, les péripéties, l’élément de résolution et la situation finale.
La situation initiale de ce récit est symbolisée et représentée par la vie
au Foyer (Hogar) des jeunes filles orphelines. Ce foyer, dirigé par la belle sœur
de l’inspecteur, héberge les jeunes filles orphelines qui sont placées dans des
familles et qui y travaillent en échange d’une rémunération. Elles travaillent pour
participer aux charges du foyer. Nous constatons dans l’incipit que l’inspecteur
se rend dans ce foyer en affirmant que l’enfer commençait dès l’enceinte du
refuge nommé Casa de la familia. Ce qui traduit les difficultés que rencontrent
au quotidien les pensionnaires.
« Siempre sospechó que el infierno empezaba aquí, tras los humildes
16emblemas pascuales uncidos a esa herrumbre familiar» .

La situation initiale décrit l’univers des orphelines et leur quotidien dans
le foyer. Sous le couvert de la directrice, elles apprennent à se forger un caractère
et à apprendre une activité. Elle les protège et les éloigne surtout des vices de la
société.

16 J. Marsé: Ronda del Guinardó, op. cit, p. 11.

10

«Flaca y apergaminada, sobre la negra blusa camisera lucía el cordón
morado de alguna promesa. Que nunca jamás las huérfanas vuelvan
pasar hambre y frio como el último invierno, pensó el inspector, que
nunca jamás ninguna de ellas tenga que sufrir una vejación tan horrible
17
como la de Rosita o una paliza como la de Pili… » .

La situation initiale décrit en somme l’univers des orphelines, leur
quotidien, les difficultés qu’elles éprouvent pour survivre.
Nous verrons dans la partie suivante, le point de départ de toute
l’histoire. La citation suivante est symbolique.
18« Vengo por Rosita. Han cogido al hombre que la violó» .
Cette phrase prononcée par l’inspecteur peut être interprétée comme le
point d’ancrage du récit de Juan Marsé. En effet, l’élément perturbateur dans le
récit de l’œuvre réside dans la découverte de l’individu supposé être l’auteur du
viol subi par Rosita deux ans plus tôt. Elle a été victime d’un viol durant sa
minorité. Elle nous indique qu’elle a 13 ans et demi. « - Trece y medio, casi
19
catorce…» .
Rosita a été violée deux ans plus tôt c'est-à-dire à 11 ans, une nuit dans le
mois de février alors qu’elle revenait de ses activités domestiques.
La découverte du cadavre du supposé violeur est comme nous l’avons
souligné tantôt la base de ce récit.
A la suite de cette découverte, l’inspecteur a pour mission de retrouver
Rosita en vue de l’emmener à la morgue pour identifier la dépouille. Cette
dernière doit désigner ou non le mort comme l’auteur du viol qu’elle a subi en
février 1943.
Dans les lignes suivantes, il sera question de faire ressortir les différentes
séquences qui rythment le récit.
Les péripéties ou le déroulement du récit se perçoivent sous plusieurs
angles ou mouvements. En effet, lorsque l’inspecteur à quinze heures se rend au
foyer pour rencontrer Rosita, cette dernière vaquait déjà à ses activités

17 J. Marsé: Ronda del Guinardó, op.cit, PP. 14, 15.
18 J. Marsé: Ronda del Guinardó, idem, P. 17.
19 J. Marsé: Ronda del Guinardó, ibídem, P. 26.

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