Flaubert était-il sourd ?

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Si vous avez la certitude que Gustave Flaubert (1821-1880) n'avait aucun problème auditif. Si vous êtes sûrs de savoir les causes et l'utilité de son fameux « gueuloir ». [...] Si vous avez comptabilisé les impertinences, aberrations, invraisemblances, de certaines pages quand elles ne concernent pas le monde visuel. Vous n'avez pas besoin de lire ce livre. Mais pour l'instant, personne n'a abordé ces questions sous l'angle que l'auteur a appelé « sonolittéraire ».
Publié le : dimanche 8 mars 2015
Lecture(s) : 131
EAN13 : 9782336371481
Nombre de pages : 268
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Marcel Jean Vilcosqui
Flaubert étaitil sourd ? Analyse sonolittéraire de sa vie et de son œuvre
Les impliqués É d i t e u r
FLAUBERT ETAIT-IL SOURD?
Les Impliqués Éditeur
Structure éditoriale récente fondée par L’Harmattan, Les Impliqués Éditeur a pour ambition de proposer au public des ouvrages de tous horizons, essentiellement dans les domaines des sciences humaines et de la création littéraire.
Déjà parus
Marmousez (Éric),Le « match Angleterre – France », essai, 2015.
Edzodzomo-Ela (Martin),Une « parole » pour un État républicain, démocratique et social en Afrique noire, essais (3 tomes), 2015.
Donnelly Marion),La rivière, roman, 2015. ( Carrère (Pascal),Les tribulations d’un négociant en pierres précieuses, roman, 2015. Flohic (François), Michel (Bernard-François),Charles de Gaulle, dernier roi des Francs, essai, 2015. Gilles (Claude),Porteur d’espoir, récit, 2015. Blaise (Mario),Histoires de migrants, récit, 2014. Peyrat (Jean-Michel),Rhapsodie pour une ombre, roman, 2014. Thuillier (Alain),Coutumes et récits face à la mondialisation, essai, 2014. Hombart (Jean-Claude),Naufragée de la dictature, récit, 2014.
Ces dix derniers titres de ce secteur sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site : www.lesimpliques.fr
Marcel Jean Vilcosqui
Flaubert était-il sourd ?
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Analyse sonolittéraire de sa vie et de son œuvre
Les impliqués Éditeur
Du même auteur :
Une mélomane au XVIIe siècle : Madame de Sévigné. Dans « Recherches » sur la musique française classique (patronnée par le CNRS), 1977.
ArticlesHändel, Rimski-Korsakov, Telemann. Grande Encyclopédie Larousse, 1971.
La musique dans la vie d’Alphonse Daudet etL’influence de la musique sur l’œuvre d’Alphonse Daudet.Revue « Le Petit Chose » n° 38, 1987 et n° 39, 1988.
Les « de » Maupassant à Bernay. Revue « Les Amis de Bernay », n° 68, 2009.
Alexandre Dumas et Bernay. Revue « Les Amis de Bernay », n° 70, 2010.
La femme dans la musique française sous l’Ancien Régime ; les musiciennes à l’orée du XXIe siècle. Éditions du Panthéon, 2001. 238 p.
Maupassant et la musique. Analyse sonolittéraire. (En préparation)
© Les impliqués Éditeur, 2015 21 bis, rue des écoles, 75005 Paris
www.lesimpliques.fr contact@lesimpliques.fr
ISBN : 978-2-343-05392-9 EAN : 9782343053929
 À ma femme Christiane Loulergue-Vilcosqui
Des chercheurs qui cherchent, on en trouve. Des chercheurs qui trouvent, on en cherche.(Charles de Gaulle)INTRODUCTION (Flaubert) n’a jamais su ni pu faire un vers ; la métrique lui échappait et la rime lui était inconnue. Lorsqu’il récitait des vers alexandrins, il leur donnait onze ou treize pieds, rarement douze. Son oreille était si extraordinairement fausse qu’il n’est jamais parvenu à retenir un air, fût-ce une berceuse.  Afin de lancer le débat à propos des facultés auditives de Gustave Flaubert (Rouen, 1821 – Croisset, 1880), de manière impartiale, j’ai reproduit cette affirmation desSouvenirs littéraires(Chapitre IX, « Les deuils ») de Maxime Du Camp, à laquelle s’ajoute une sentence de Louis Bouilhet : « Il y a une malédiction sur lui ; c’est un poète lyrique qui ne peut pas faire un vers » ! Même si, de manière contradictoire, Flaubert a prétendu surveiller, dans sa prose, la cadence et l’harmonie, voire la musicalité, ces deux amis proches de l’écrivain corroborent l’existence de rapports entre la voix, l’audition et notre perception du monde sonore, avec les conséquences, entre autres sur la création littéraire, en particulier pour celui-ci.  Devenu professeur certifié d’éducation musicale et entamant des études de psychologie, j’accomplissais un stage de rééducateur de déficients mentaux à l’hôpital de la Salpêtrière, à Paris, avec l’idée de pratiquer ensuite la musicothérapie. On m’avait confié un garçon de quatorze ans, grand, de forte corpulence, d’intelligence normale, lequel posait des problèmes de comportement : en classe, il passait son temps à imiter, à très haute voix, des animaux. Dans la salle où je l’interrogeais afin de déterminer les causes de sa perturbation se trouvait un vieux piano. Un jour, je lui ai proposé de jouer une valse de Chopin. « Non, je ne veux pas » me rétorqua-t-il à deux reprises. Néanmoins, j’ai décidé de lui imposer quelques mesures. Dès que je me suis levé, il m’a envoyé, de toute sa puissance, une imprévisible et imparable gifle mémorable ! J’ai interrogé les docteurs responsables de mon stage au sujet de cette brutale inattendue réaction. Ceux-ci m’ont répondu que ce jeune avait peut-être un problème physiologique lié à l’audition – auquel cas il faudrait un examen
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approfondi d’un O.R.L. –un problème psychologique  et/ou : l’instrument désaccordé pouvait l’avoir révolté, tout autant que le morceau avoir réveillé un souvenir douloureux ou encore sa famille avoir voulu lui enseigner de force l’étude du piano alors qu’il n’avait aucune aptitude ou même, à l’opposé, la lui avoir interdit. Une très longue et profonde analyse s’imposait pour déterminer l’origine de tous ses troubles et les guérir,m’a-t-on ajouté.
À la lecture de la correspondance de Gustave Flaubert, j’ai trouvé, chez lui, certaines similitudes avec le cas de cet adolescent : « Je continue à gueuler comme un gorille dans le silence de mon cabinet », affirme-t-il. De plus, il proclame à sa nièce « Je demande à être débarrassé de mon ennemi :le piano» ; le petit instrument de celle-ci avait été laissé dans l’appartement où il venait d’emménager et qui jouxtait celui de sa parente. D’où provient son attitude inusuelle? Aurait-il eu un problème auditif physiologique ou psychologique ? De quelle nature ? Quels sont dans cette éventualité les impacts sur son œuvre?
Afin de répondre à ces questions, j’ai utilisé mes connaissances en psychologie tramées avec celles de littérature et de musicologie, pour aboutir à une analyse à caractère scientifique que j’ai nommée« analyse sonolittéraire ».
 De nombreux chercheurs ont essayé de déterminer avec précision la maladie certaine dont Flaubert était atteint. Du vivant de l’écrivain, les er Goncourt avaient suggéré, dès le 1 novembre 1860, une possible épilepsie. Deux années plus tard, ils confirmaient leur supputation sur la foi d’un article du journalLe Figaro et du « bruit répandu » ; ce sera la cause de son décès et non «d’un coup de sang», lit-on dans leurs Mémoires. De son côté Maxime Du Camp affirme, au chapitre « Les dernières tombes » de sesSouvenirs littéraires, qu’il serait mort d’une névrose. Guy de Maupassant lui reprochera cet aveu public. Ce ne serait donc pas l’épilepsie! Dans tous ces cas, on s’oriente vers un problème du système nerveux. Ce diagnostic est-il le bon ? Certes l’épilepsie se manifeste par des chutes, pertes de connaissance, tremblements, semblables à ceux décrits chez Gustave, mais, curieusement, ce réaliste n’a pas un de ses personnages atteint de ce genre de symptômes ; certaines formes paroxystiques spectaculaires auraient pu ou dû l’inspirer (au même titre que l’agonie au cyanure de
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Mme Bovary) telles la morsure de la langue, l’émission d’urine et une cyanose du visage, manifestations ayant, depuis l’Antiquité, évoqué le Diable et la mort.
Sans nier la possibilité d’une maladie des nerfs chez l’écrivain, admise par tous, jusqu’à présent personne n’a songé qu’à ce diagnostic ou en raison de son traitement à l’époque pouvait s’adjoindre une perturbation du système auditif, ultérieure, voire antérieure. Mon hypothèse apporte non seulement une nouvelle explication de ses maux mais également de sa manière de narrer.
 Au préalable, rappelons que, dans la langue française, « surdité » a deux définitions. D’une part «Qui n’entend pas les sons ou les entend mal» et, d’autre part, «Insensible, indifférent à un événement sonore ». Ce sont les deux axes de ma recherche, lesquels peuvent se cumuler.
 Dans le premier cas, physiologique, la surdité se subdivise en plusieurs catégories. Surdité totale de naissance qui aboutit obligatoirement à la surdi-mutité ce dont Flaubert n’est pas atteint. Au cours de la vie, la surdité peut apparaître de manière brusque (résultat d’une énorme déflagration, par exemple) ou petit à petit. D’après lestémoignages, il ne semble pas que Gustave ait été sourd de manière brutale. Quand la perte d’audition évolue de manière lente, l’intéressé ou son entourage ne se rend compte de cette dégradation qu’à partir d’un certain degré d’évolution assez avancé. Lesextérieurs se signes manifestent dès qu’une personne tend l’oreille pour entendre un discours, demande souvent à son interlocuteur de parler plus fort ou parle, elle-même, avec une puissance anormale. Sans entrer dans les détails médicaux, la forme bénigne de surdité dite de transmission -suite parfois à une simple otite -affecte l’oreille externe et moyenne: les effets sont relativement modérés et permettent une vie « normale ». En revanche, la surdité neurosensorielle ou « surdité de perception » concerne le nerf auditif et la transmission au cerveau : depuis les acouphènes jusqu’à la surdité totale, la panoplie est vaste. Par ailleurs, si l’oreille interne est atteinte, il peut se produire des sensations de vertige, voire une perte de l’équilibre. L’infirmité progressive peut avoir plusieurs origines, ici héréditaires, là due au vieillissement ou encore faire suite à une maladie, outre la prise de certaines médications. La syphilis, par ses symptômes ou son traitement
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