Les saltimbanques

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Cet ensemble de nouvelles de Costas Valetas nous plonge au coeur du monde méditerranéen et des questions contemporaines. Il fait récit de déplacements contraints et forcés de populations : d'exils associés à des guerres, révolutions, vagabondages. Ces nouvelles sont au coeur des perceptions et des représentations qui travaillent le monde actuel.
Publié le : jeudi 2 avril 2015
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EAN13 : 9782336373874
Nombre de pages : 236
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Costas Valetas
Les Saltimbanques Le Grand Exode et autres récits Nouvelles
Accent tonique  Poésie
Les Saltimbanques
Le Grand Exode
et autres récits
« Accent tonique » Collection dirigée par Nicole Barrière « Accent tonique » est une collection destinée à intensifier et donner force au ton des poètes pour les inscrire dans l’histoire. Dernières parutions LE CAHIER. LE CHANT SÉMANTIQUE. CHOIX DE TEXTES 2004-2009 Éric Dubois ALORS DIT-ELLE ; ECAILLES ALEXANDRINES Mona Latif-Ghattas RISEES DE SABLE Jacques Hermann - Maria Zaki LE LIVRE POETIQUEEL ATHIR. ANALECTES DE LA POESIE OMANAISE CONTEMPORAINE Tayeb Ould Aroussi et Abderrazak El Rabei (coord.) FLEURS EN TERRAIN VOLCANIQUE Juliette Salvat FENETRE AVEC ESSEULEMENT Ara Alexandre Shishmanian AU VIF DU LIEU Jean-Marc Ghitti LE VOYAGE EN NORMANDIE Rosemay Nivard ENTRE ECLAIR ET PENOMBRE Maggy De Coster UN VENT DIGNE D’ÊTRE LU Sharif Al-Shafiey MA MUSE M’A DIT… Françoise Geier
Costas VALETAS
Les Saltimbanques Le Grand Exode et autres récits nouvelles
Accent tonique – NouvellesCollection dirigée par Nicole Barrière Maquette de la couvertureNicole BarrièreIllustration de la couverture Tableau de Franco Messina. © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris www. harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05879-5 EAN : 9782343058795
COSTAS VALETAS L'HUMANISME ET LE CONTE  Costas Valetas est une personnalité aux convictions bien affirmées et affichées : antifasciste et antiraciste, il est le tenant d'un humanisme chaleureux et d'un goût pour la démocratie dont son pays, la Grèce, a porté le flambeau premier.
 Costas Valetas est certes Grec, mais il aime volontiers, en jouant sur les mots, se présenter comme « Lesbien », référence à sa naissance dans l'île égéenne de Lesbos dont la lumière trouve sa véritable identité dans son reflet sur les feuilles des innombrables oliviers. De Lesbos, on aperçoit distinctement les côtes de la Turquie toute proche.
 Costas Valetas est l’homme d'un décentrement. Si à Lesbos il se trouve éloigné de la capitale athénienne, du moins se sent-il proche des nombreux pays qui jouxtent la Grèce et voient venir à elle un flot continu d'exilés.
 L'auteur sait parfaitement ce que sontLes Métèques(titre d'un de ses romans, publié en 1972), d'autant que, pour lui, tout artiste est un métèque, un incompris au sein même de sa patrie où il en viendrait presque à se rêver apatride.
 DansLes SaltimbanquesetLe Grand Exodeen (publiés Grèce en 1990), Costas Valetas s'attache plus précisément aux « saltimbanques » qui, depuis Baudelaire, désignent des artistes voués aux jeux du cirque, et qui, dans son conte, sont amenés à se produire dans une série de villes où ils sont souvent mal accueillis, voire même privés de public. Ces saltimbanques -et c'est là tout l'art dialectique de Costas Valetas- sont finalement comparables aux
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pauvres populations voués à l'exode, à l'exil.
 Il y a, en fait, deux façons de vivre dans les marges : soit de son propre fait (c'est le sort des artistes), soit en raison de contraintes politiques ou économiques (c'est le cas des exilés). Et Valetas de montrer implicitement que tout artiste est un exilé, tandis que tout exilé se trouve confronté à la condition inconfortable du vrai artiste.  En exergue de son conteLes Saltimbanques, l'auteur écrit :  « Ainsi vagabondaient-ils comme des âmes en peine cherchant leur public, offrant leur présumé talent aux hommes qui n'en avaient nul besoin ».
 Les saltimbanques de Costas Valetas sont des artistes et des esprits progressistes (d'aucuns diraient des communistes, encore que certains d'entre eux aient déjà démystifié l'idéologie soviétique) et s’ils ont le plus grand mal à trouver un public, c'est pour les raisons que relève l'un d'entre eux :
 « La bataille est perdue d'avance. Laissons tomber. Dans ce pays, on ne peut rien faire. Plus tard, peut-être, dans cinquante ans...Actuellement, la Grèce traverse une période de bien-être : télévision, nourriture, machines en abondance. Ces trois éléments dominent la vie des gens au point qu'ils n'ont plus de temps pour l'art et les lettres. Tous leurs besoins sont satisfaits ; ils ne désirent rien d'autre. Amis, que diriez-vous de tout abandonner ? ».  Au constat matérialiste très proche de celui que faisait Georges Pérec dansLes Choses, Costas Valetas ajoute la dimension d'un désespoir, d'un désenchantement où l'on attend la plainte duPoète assassinéd'Apollinaire. L'artiste est une victime au même titre que l'exilé. L'artiste est la 6
victime de son propre clan -lui qui veut dépasser toute dimension clanique-, quand l'exilé se retrouve souvent en butte à une xénophobie irrationnelle. Tous deux sont des « pauvres » au sens que leur donne Baudelaire dans ses Petits Poèmes en prose.
 Pour décrire ces hommes révoltés, Costas Valetas prend, dansLa Muraille de Chine, l'exemple des Mongols qui, avec un courage intrépide, décident de se lancer à l'assaut de la puissance chinoise. Chacun cherche à en faire davantage que le héros précédent, même si tous échouent comme Koublaï qui meurt sous l'huile bouillante, devant la Muraille inaccessible. Peu importe finalement le but ; c'est la quête qui seule importe -comme ne cesse de le clamer la poésie contemporaine, de Elytis à Ritsos, de René Char à Dominique Grandmont, l'ami de Costas Valetas.
 Les contes de l'auteur ont une dimension poétique, volontiers démystificatrice. Ils prennent parfois des accents proches de Maupassant, mais avec moins de rudesse et de perversité, car c'est l'humanisme qui toujours l'emporte. Costas Valetas qui a écrit plusieurs pièces de théâtre, affectionne les dialogues. S'il sacrifie au rituel de la présentation des lieux et des personnages, Valetas se hâte souvent d'arriver à des dialogues qui le délivrent de toute explication psychologique et confinent aux vertus des célèbres dialogues platoniciens.
 DansLe Grand Exode,un couple de jeunes Albanais réfugiés en Grèce après avoir été parqués « huit mois dans un camp de concentration d'Enver Hoxha » essaie coûte que coûte de s'en sortir. L'épouse répond aux avances un peu hypocrites des « dames de la Caisse des pauvres », tandis que le mari décide de vendre les objets qu'elles ont donnés à sa famille. Mais la police survient et met en 7
lumière le statut d'immigré illégal du héros, contraint de se soumettre aux travaux de peinture que lui demandent les policiers cupides.
 L'ultime conte de Costas Valetas s'intituleLa Lumière de Lesboset vient, en point d'orgue, donner toute sa dimension problématique au recueil. Il y est question d'un peintre qui, dans les premières années de son itinéraire, a célébré la lumière de Lesbos et de ses oliviers, et qui, ensuite, est devenu le jouet d'une jeune femme plus jeune que lui, égoïste et intéressée, et ne songeant qu'à être portraiturée par lui. Ce peintre vient de mourir, et deux femmes sont présentes au cimetière : la veuve officielle que tout le monde évite et la jeune femme que chacun s'empresse d'aller saluer. Mais cette apparente victoire d'une femme sur l'autre ne trompe personne : le peintre n'a jamais été meilleur que lorsque, auprès de sa femme légitime, il a peint à travers les oliviers une lumière qui incarnait la vie et l'espérance. Ensuite, il a cru faire une œuvre nouvelle en prenant une femme nouvelle. Mais la vie n'est jamais au diapason de l'art. René Char a écrit que « le monde de l'art n'est pas le monde du pardon ». L'œuvre d'art ne ment pas. Elle ne s'abaisse pas au niveau des vils calculs d'une aventurière. Et c'est finalement la veuve officielle, toute modeste, qui apparaît plus noble dans sa solitude qui rejoint la solitude fondamentale de l'artiste. L'artiste est un être fragile, et c'est la vulnérabilité qui lui donne sa vraie force. Il en est de même avec les immigrés ou les saltimbanques qui ont le don de se métamorphoser en héros positifs en donnant mauvaise conscience à ceux qui, par opportunisme politique, les stigmatisent.
 Humain, très humain, Costas Valetas cherche l'angle où chacun parvient à s'exprimer librement -démarche qui
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implique la dénonciation de tous les obstacles -extérieurs ou intérieurs- qui nuisent à cette liberté, gage de la plus entière démocratie. Humain, trop humain peut-être...  DANIEL LEUWERS
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