LES 3 TOURS DE BAB'EL

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Ce livre analyse les trois monothéismes comme conséquence de cette aspiration à la grandiosité incarnée par Caïn, fondateur de la première ville. La Tour de Babel avait pour but d’atteindre non la porte (Bab) du ciel mais de Dieu (El). C’était donc une tour d’assaut. Pour quoi ? Pour destituer Dieu. Par quel moyen ? Non tant par la ziggourat que par la force fusionnelle de l’unanimisme « Voici, un seul peuple, une seule lèvre pour tous ». Il nous livre une des clés du fanatisme : l’uniformité obligatoire, la pensée unique, etc. Ce premier «comme-un-isme» de l’Histoire réalisait un équivalent de toute-puissance, « maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté ». Les religions ne seraient-elles pas des Tours de Bab’El rivales montant à l’assaut de l’état divin pour asservir Dieu à nos représentations ?
Publié le : mercredi 11 juin 2014
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Nombre de pages : 280
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Les 3 Tours de Bab’El
Jacques Laffitte
Les 3 Tours de Bab’El
Essai
rme 1 édition
ISBN 978-2-9540838-3-4 L’Arbre aux Signes EditionsN° Siret : 537 672 727 000 14APE : 5811 Z Association 1901 ’Edition & Création d’Evènements Culturels 14 La Galaisière 61340 Préaux du Perche Site :www. arbreauxsignes.com Mail :contact@arbreauxsignes.com 2
PARTIE I:Bab’El
Les 3 Tours de Bab’El
Les 3 Tours de Bab’El
SOMMAIRE
L’IMAGINAIRE DES RELIGIONS LA BABELISATION RELIGIEUSE LES 3 TOURS Christianisme Judaïsme Islam AU LIEU DE BABEL, LE BABIL
PARTIE II:Babil ou langue de bois ?
A LA RECHERCHE DE LA FELICITE Bouddhisme Hindouisme
PARTIE III:Prendre langue
DE L’ILLUSION AU REEL SOUS LE SOLEIL DU DESIR RIRE UN ECLAT D’ÊTRE
 P4
 P14  P17  P34  P34  P50  P88  P120
 P126
 P126  P127  P160
 P172
 P172  P217  P235
Bonus-Annexes :P 245 Dukkha, le sens premier,Ambivalence des dieux, Eros, Pèlerinages & Lieux sacrés, Sacrifices
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Les 3 Tours de Bab’El
CHAPITRE I Bab' El
En-tête Démarche L’humanité s’est longtemps interrogée sur le ou les Dieu(x), et encore plus sur les rapports qu’il fallait entretenir avec eux. Pour cela, les hommes se sont entretués allègrement à la demande supposée de ces divinités. Or, ce n’est pas ce ou ces Dieu(x), qu’il faut examiner, mais le fait religieux lui-même, sans passion ni acrimonie. Il faut le considérer en tant que processus mental et comme phénomène de groupe. Alors, il devient une véritable Révélation… sur nous-mêmes. Cette démarche sera la nôtre dans ce livre. Pour cela on s’aidera du meilleur et du plus paradoxal soutien qui soit, celui des textes religieux eux-mêmes. Comment ? En regardant de façon neutre le sens qu’ils véhiculent explicitement, mais aussi celui qu’ils nient, occultent ou rejettent. Celui du rapport à la foi, à la croyance, en un mot au besoin de certitude. On sait ce que ce dernier a pu produire, dans des domaines non-religieux comme le communisme ou l'affaire Dreyfus : c'est parce que ne devait pas être mis en question l'honneur de l'armée que celle-ci...se déshonora; le communisme était tellement porté par l’espoir de rassembler une humanité libérée qu’il voulut le faire de force et se mua en goulag et en négationnisme. Voulant 4
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édifier à tout prix son projet, il le ruine. De même, voulant promouvoir de force l’amour du prochain ou le règne de la miséricorde de leur Dieu, les religions mettent le monde à feu et à sang. Cette contradiction, même si elle n’est pas nouvelle, constitue le drame de l’homme-groupe quand il a un grand projet. Il veut jouer collectif et ne réussit qu’à jouer l’apprenti sorcier avec lui-même et surtout avec sa volonté de puissance et sa soif d’absolu. Du fanum au fatum Ce hiatus entre les valeurs proclamées et le fait de faire l’inverse en leur nom, traverse aussi les religions et les amène à se contredire au sein même de leur dogme et dans le cours mouvementé de leur histoire. Ce danger de perdre son âme en voulant la sauver, on peut faire l’hypothèse que cela a dû être perçu au sein même des religions car les intégristes comme les tolérants ont toujours existé. Et on peut supposer que les sages, les tolérants, ont dû penser à glisser des mises en garde au sein même des textes qu’ils élaboraient, notamment des mythes, car sous couvert d’une « histoire » poétique qui se présente comme allégorie, on peut signifier bien des choses ; mais cela a dû être fait à l’insu des traditionnalistes et intégristes de l’époque car ils n’auraient pu accepter une telle remise en cause de leur position intellectuelle et surtout affective. Pris dans le carcan d’obligations de l’observance stricte, trop épris d’absolu et de soumission, ils ne peuvent voir qu’ils sont prisonniers de la confortation à tout prix de leur représentation. Au contraire ils doivent absolument ériger ensacréintouchable ce qui n’est qu’un ensemble de pratiques nées d’une époque, de ses besoins et surtout de ses manques, particulièrement en connaissances scientifiques et sanitaires. Cefanum(sacré), pour se valider, tourne en fanatisme à l’égard de soi-même d’abord, puis nécessairement vis-à-vis des autres car il est alimenté par la nécessité de dénier son 5
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incertitude ;il ne peut et ne doit surtout pas être regardé en 1 face. Voulant éradiquer le doute de son esprit, le fanatiquedoit alors le supprimer chez les autres qui lui présentent la simple possibilité d’un regardautre, d’une autre représentation de soi ou du divin. Ce processus d’aveuglement prend alors les habits 2 de l’inéluctable, d’unfatum, une destinée. Sur elle le fanatique a encore moins prise parce qu’elle est l’insu de ce qui le constitue en tant que croyant, sa pétition de principe poussée à la dimension du surhumain, parant des couleurs du sacré la 3 boue sanguinolente du meurtre collectif , toujours actuel, qu’il soit religieux (lapidations islamiques, ethnocides) ou idéologique (pogroms, génocides). Cet inconscient de lui-même tire sa légitimation du soutien mimétique de ceux qu’il gagne à sa cause. Le prosélytisme devient une nécessité d’étayage interne autant qu’externe.
4 Et retournement Cette malédiction de la religion-idéologie allant à l’encontre de ses propres valeurs a dû faire l’objet d’une prise de conscience par les plus sages au sein des religions elles-mêmes. Cette inversion, il faut alors trouver moyen de la retourner comme on le fait d’un gant, pour remettre l’humain à l’endroit. Mais pas par la force car cela alimenterait la violence du déni trop heureux de trouver une opposition qui le conforterait dans sa position défensive et paranoïaque. On ne
1 Fanatique vient de fanum, lieu consacré, temple. Fanaticus : inspiré, rempli d’enthousiasme / exalté, en délire, frénétique / arbre frappé de la foudre. F. Gaffiot Hachette. Ce dernier sens est lié au fait que la foudre était l’attribut de Zeus, mais il a dû servir aussi à se moquer des… « allumés ». 2 Religieux ou non car le fanatisme n’est pas réservé aux religions, nazisme et communisme l’ont démontré. VoirComment peut-on être fanatique ?de l’auteur aux Editions L’Arbre aux Signe. 3 Voir les analyses de René Girard, très éclairantes :La violence et le sacré Livre de Poche,Le bouc émissaireEd. Grasset, etc. 4 C’est aussi un des sens du mot hébreuTeshouvaque l’on n’entend le plus souvent que comme pardon. 6
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décrète pas l’intelligence (surtout pour autrui) mais on peut lui mettre à disposition les outils et peut-être lui en donner l’envie. Et ça le sage sait le faire puisque tout pédagogue doit être intelligent…pour deux. La question est alors : Comment le dire… sans le dire ? Ayant compris la dialectique interne de la religion, l’habileté est alors de la prendre à son propre piège et d’en faire le porteur de son propre remède, le messager de sa rédemption. Mais à son insu, comme on utilise un virus pour aller soigner des cellules malades, en ayant rendu inoffensive sa virulence première. C’est la mission de la spiritualité. Combat titanesque de deux insus l’un contre l’autre, l’un au sein de l’autre, mais pas avec les mêmes armes, ni avec le même but, c’est ce qui fait toute la différence. L’insu des religions est le déni actif, l’insu de la spiritualité est la révélation...à couvert, à mots et sens voilés mais présents dans le texte. A disposition, car la sagesse ne se peut que d’une démarche de recherche, de ré-ouverture de l’esprit, là où la religion clôt, assène des « vérités ». Être exacte pour une connaissance ne suffit pas, il faut qu’elle soit co-créée par son destinataire sinon elle n’est qu’une imposition de plus. L’histoire des sciences comme des sociétés est pleine de vérités exactes refusées. Dans cet accouchement douloureux d’avec lui-même où l’homme doit couper le cordon ombilical avec ses illusions, la spiritualité se doit d’être sage… femme. Son autre côté en quelque sorte, chair de sa chair, l’être humain est une bi-partition corps-esprit autant qu’illusion-connaissance. Différenciation Loin de prendre spiritualité et religion comme synonymes, il convient donc de les différencier, non par quelque coquetterie, mais parce qu’elles sont opposées dans leur essence. La religion veut du sûr, du rassurant, donc de la 7
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puissance, parce qu’elle veut colmater la brèche de l’angoisse, fuir la question, apporter des réponses sûres. Comme par définition, il n’est pas de preuve ni de vérification possible sur ses thèmes centraux (le-les dieux, l’au-delà, jugement post-mortem, etc.), c’est la force de l’adhésion et donc du groupe qui en tient lieu. Toute religion ne peut se bâtir que sur la force 5 voire sur la violence, et la clôture. La spiritualité apparaît comme le contraire de la religion : au lieu du fusionnel du collectif fort de son nombre et de sa violence, elle promeut la réflexion individuelle, l’interrogation à deux, la mise en question des évidences, la recherche des raisons; elle pratique donc nécessairement le doute, l’incertitude. Elle incarne l’effort-même de dégagement du religieux en tant qu’impensé, en tant que réassurance aveugle et aveuglante. Dégagement du religieux en plusieurs sens : ·où la spiritualité en tant que réflexion, rechercheAu sens de sagesse, ouverture sur les grandes questions, est aussi au centre des religions en tant quecorpus de sagessede et traitement dela question métaphysique, au sein de chaque religion. En effet, celles-ci avaient en charge de transmettre ce qui s’est constitué et de le mettre à disposition de tous. Mais elles ont entendu cet objectif comme un impératif de perpétuation organisationnelle d'elles-mêmes et une obligation de l’imposer, ce qui en contredisait la teneur : au lieu d’une ouverture-traitement elles ont produit un refoulement-enfermement de l’esprit et du groupe. ·Dégagement en un sens similaire à la démarche de l’individu qui est d’abord immergé dans un socle référentiel familial avant de faire son propre cheminement et d’aller vers sa propre réalisation, cheminement dont personne ne peut lui faire faire l’économie sauf à vouloir l’aliéner.
5 Voir les analyses très éclairantes de René Girard notamment « La violence et le sacré », « Le bouc émissaire », etc. 8
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·Dégagement de la religion enfin, parce que celle-ci a nécessairement tendance à figer, à occulter du fait qu’elle est action de voilement de l’angoisse de mort ; ne pouvant la traiter autrement que par la force du déni et par le fantasme de toute-puissance prêtée aux divinités, elle apporte de façon abrupte et entière des réponses qui pour être rassurantes ne doivent pas être questionnées. Elle redouble alors son déni par la violence appliquée à ceux qui voudraient ré-ouvrir ce questionnement, même si c’est pour porter remède ou intégrer les dernières connaissances. La spiritualité apparaît donc à la fois de même nature que la religion (concernant son but essentiel) mais de valence et surtout de modalités non seulement différentes mais opposées.
Alors qu’elle s’était créée initialement pour colmater la béance existentielle (question des fins dernières) et la traiter par lacréation desymboliquecontreparties, déprise par (rites, du don-destruction) la religion passe à l’ennemi et devient le centre de l’angoisse de mort qu’elle alimente par son corpus de doctrine et de pratiques pour préserver son déni. Elle devient alors l’inexpugnable rempart du refoulement entrainant dans son sillage une cohorte sanglante de« passagesà l’acte», de comportements projectifs (phénomènes de bouc émissaires, pogroms, etc.). La zone aveugle de son fonctionnement l’écartèle constamment entre ce qu’elle recherche-professe (valeurs de vérité, de respect, amour d’autrui) et ce qu’elle fait (rejet, expulsion, meurtres des dissidents, etc.). En cela, le religieux incarne l’impensé, le refoulé, et une bonne partie de l’inconscient des peuples. La religion peut être considérée essentiellement comme une organisation défensive contre l’angoisse de mort, tentant de la traiter…et qui s’est laissé contaminer par elle.
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Libératrice La démarche spirituelle apparaît alors comme antinomique de la foi (entendue comme somme de certitudes formant socle existentiel chez l’individu), mais aussi comme ce dont cette dernière était grosse, mais sans le savoir. C’est en partie ce qui explique que l’espérance prenne tant de place dans les religions, sans cependant pouvoir accoucher ce dont elles sont porteuses. Proclamant que sa mission est de révéler, la religion s’arcboute contre son propre travail qui l’épuise et l’effraie car il est celui, non seulement de la délivrance mais surtout du deuil d’elle-même en tant qu’organisation du refoulement. La croyance ne pouvant se libérer d’elle-même, parce qu’elle est clôture et déni, la première tâche de la spiritualité doit être de traiter en priorité ce problème que pose la religion en tant qu’enfermement; notamment de l’esprit. Là, précisément, comme son symétrique inversé, la spiritualité émerge et ne se peut qu'en tant qu'ouverture, questionnement. Comme la maturité quitte le socle parental, elle devient un processus de constitution de l’homme, une recherche pour penser ce qui était jusque là impensable ; elle devient une tentative de dépassement des évidences et des réassurances, une sortie de ce qui entrave, en un mot un épanouissement de l’esprit autant qu’un facteur de liberté. Les religions ne font-elles pas profès de « libérer »? Il nous faudra donc les prendre au mot de ce noble dessein qu’elles ont détourné, comme toute Organisation (groupe, entreprise, administration, parti, etc.), au profit de leur survie en tant qu’appareil et de leur désir d’assujettissement des personnes, de confortation-réassurance par le nombre. La chance de notre époque est de nous doter de connaissances que nous pourrons appliquer aux religions pour retrouver leur mission première: reprendre le processus vif decréation de symbolique.
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En passant les dogmes, textes et mythes au tamis des sciences humaines, psychanalyse, ethnologie et archéologie, le but est de faire réapparaître leur message, sans la violence et les sanies que des siècles de religiosité y ont sédimenté. Ce que Georges Clémenceau disait de la guerre et des militaires, peut être appliqué à notre domaine: la spiritualité est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux religieux. Spirituelle parce que laïque Nous allons donc nous attacher ici à ouvrir l’espace d’une véritablespiritualité laïquec’est-à-dire d’une spiritualité non grevée de l’obligation de croire et de laisser son libre penser au vestiaire. Les religions se sont approprié ce qui faisait partie de l’universel humain: l’interrogation sur les finalités de la vie (assimilées aux « fins dernières» réduites à un au-delà d’écolier, punitions/louanges), la recherche de sagesse (capacité à relativiser, à voir autrement les choses, acceptation de la pluralité de vues), le registre du symbolique pour traiter l’angoisse devant la mort (et non pas son déni). De 6 ces desseins et besoins elles ont fait des outils d’aliénation . Il est temps de réintroduire la spiritualité dans le patrimoine commun de l’humanité. Dans cette optique nous nous attacherons non à la lettre des dogmes, mais à l’esprit du texte; pour le retrouver nous ferons retour quand c’est possible à la langue originaire, notamment l’hébreu pour la Bible-Tora; nous verrons les ajouts-modifications qu’y ont apporté les traductions et traditions grecques et latines (ou plus exactement chrétiennes). Ni historique, ni compilation exhaustive du dogme et de ses 6 Mais elles ne sont pas les seules à le faire, les idéologies politiques s’y adonnent aussi, et le mercantilisme mondial en reprend brillamment les ors et apparats avec l’objet-marchand «spectaculaire» : médiation généralisée, espoir universel, même finalité pour tous. L’avenir de l’homme est ainsi d’être un objet… « fané ». 11
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