Vincent Colonna, L'autofiction, essai sur la fictionnalisation de soi en littérature, 1989

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Vincent Colonna L’autofiction (essai sur la fictionalisation de soi en Littérature) Doctorat de l’E. H.E.S.S., 1989 Directeur : Monsieur Gérard Genette École des Hautes Études en Sciences Sociales tel-00006609, version 1 - 29 Jul 2004 INTRODUCTION ______________________________________________________ 8 P R E M I E R E P A R T I E : LA CHOSE AVEC LE NOM ____________________ 14 1.1. LE TERME AUTOFICTION ______________________________________ 15 A) UN NEOLOGISME___________________________________________________ 16 B) UNE DEFINITION 23 C) DES PROLEGOMENES _______________________________________________ 25 1. 2. QUESTIONS DE METHODE ____________________________________ 29 D E U X I E M E P A R T I E : MUTATO NOMINE __________________________ 41 2. 1. LE PROTOCOLE NOMINAL : PREMIER CRITERE DE FICTIONNALISATION 42 2. 2. FORME ________________________________________________________ 52 A) HOMONYMIE PAR TRANSFORMATION _____________________________________ 54 B) HAR SUBSTITUTION ________________________________________ 56 C). HOMONYMIE CHIFFREE_____________________________________________ 68 2. 3.

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Vincent Colonna




L’autofiction
(essai sur la
fictionalisation de soi
en Littérature)




Doctorat de l’E. H.E.S.S., 1989
Directeur : Monsieur Gérard Genette


École des Hautes Études en Sciences Sociales

tel-00006609, version 1 - 29 Jul 2004


INTRODUCTION ______________________________________________________ 8
P R E M I E R E P A R T I E : LA CHOSE AVEC LE NOM ____________________ 14
1.1. LE TERME AUTOFICTION ______________________________________ 15
A) UN NEOLOGISME___________________________________________________ 16
B) UNE DEFINITION 23
C) DES PROLEGOMENES _______________________________________________ 25
1. 2. QUESTIONS DE METHODE ____________________________________ 29
D E U X I E M E P A R T I E : MUTATO NOMINE __________________________ 41
2. 1. LE PROTOCOLE NOMINAL : PREMIER CRITERE DE FICTIONNALISATION 42
2. 2. FORME ________________________________________________________ 52
A) HOMONYMIE PAR TRANSFORMATION _____________________________________ 54
B) HAR SUBSTITUTION ________________________________________ 56
C). HOMONYMIE CHIFFREE_____________________________________________ 68
2. 3. CONTEXTE _____________________________________________________ 75
A) CONTEXTE PARATEXTUEL (I) : L’EPITEXTE _________________________________ 77
B) CONTEXTE PARATEXTUEL (II) : LE PERITEXTE ______________________________ 80
C) CONTEXTE TEXTUEL ________________________________________________ 100
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2. 4. EMPLOI_______________________________________________________ 115
A) EMPLOI VOCAL__________________________________________________ 117
B) EMPLOI ACTORIAL_______________________________________________ 130
C) EMPLOI FOCAL 149

T R 0 I S I E M E P A R T I E : LE MANTEAU DE LA FABLE ___________________154
1 - LE PROTOCOLE MODAL – ___________________________________________155
A - OREAS OU LE "PARTI-PRIS DES CHOSES" ___________________________________160
B - THOTH OU LE "COMPTE-TENU DES MOTS"162
C - EXAMEN CRITIQUE DES DEUX VULGATES____________________________________165
2 - DES MODALISATEURS FICTIONNELS PARATEXTUELS___________________169
I. MODALISATEURS EPITEXTUELS – _____________________________________170
II. PERITEXTUELS173
IL. 1. PROTOCOLE MODAL INDEFINI. __________________________________________179
II.2. PROTOCOLE MODAL CONTRADICTOIRE.____________________________________184
3 - EPIMENIDE EN FICTION _____________________________________________192
4- LES INDICES DE LA FICTION _________________________________________200
I - INDICES SYNTAXIQUES –202
- Le discours sur soi à la troisième personne : ________________________________207
- Le mode dramatique : __________________________________________________208
- II - INDICES SEMANTIQUES ____________________________________________212
- Invraisemblance mondaine physique : _____________________________________215 lance mondaine culturelle :215
- Invraisemblance auctoriale physique :216 iale culturelle :216
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- III - INDICES PRAGMATIQUES __________________________________________217
5 - LE DISCOURS FICTIONNEL – _________________________________________222
UNE RECHERCHE EN COURS. _______________________________________________224
UNE QUESTION PLURIELLE. ________________________________________________224
UN REGISTRE HETEROGENE.225
Q U A T R I E M E P A R T I E : S T R A T E G I E S __________________________236
1 - FONCTIONNALITE D'UN DISPOSITIF SCHIZOPHRENE ____________________237
BILAN ET PERSPECTIVE. __________________________________________________238
UN DISPOSITIF SCHIZOPHRENIQUE. __________________________________________239
FONCTIONS DU DISPOSITIF. ________________________________________________246
al) fonctions référentielles248
a2) fonctions réflexives248
b) fonction figurative ____________________________________________________248
2 - FONCTION REFERENTIELLE – ________________________________________249
- I - FONCTION DIDACTIQUE_____________________________________________250
II - FONCTION BIOGRAPHIQUE – _________________________________________254
3 - FONCTION REFLEXIVE ______________________________________________261
UN MODELE : LE "QUICHOTTE".264
MISE EN ABYME ET FICTIONNALISATION DE L'AUTEUR. ____________________________269
A) MISE EN ABYME DE L'ECRIVAIN. ___________________________________________269
B) MISE EN ABYME DU LIVRE. _______________________________________________274
4- FONCTION FIGURATIVE______________________________________________281
L'AUTOFICTION SELON BARTHES____________________________________________283
"L’AUTEUR QUI VA DANS NOTRE VIE"__________________________________________298
UNE EXPLOSION DE LA FICTION _____________________________________________302
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"LE FICTIF DE L'IDENTITE" _________________________________________________307
5 - SANS FAMILLE - ___________________________________________________313
LE "COURT-CIRCUIT" DE LA RECEPTION _______________________________________315
LA RECEPTION JOURNALISTIQUE ____________________________________________315
LA RECEPTION UNIVERSITAIRE______________________________________________318
UN "GENRE" SANS HISTOIRE ?323
Un "genre" secret ou un "genre" théorique ?__________________________________329
C 0 N C L U S I 0 N _____________________________________________________339
B I B L I 0 G R A P H I E_________________________________________________350
I- C 0 R P U S _________________________________________________________352
II - 0 U V R A G E S L I T T E R A I R E S ___________________________________360
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L’autofiction

Essai sur la fictionalisation de soi en
Littérature














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« Je décidais de mentir, mais avec plus d'honnêteté que
les autres car il est un point sur lequel je dirai la vérité, c'est que
je raconte des mensonges (...). J'écris donc sur des choses que
je n'ai jamais vues, des aventures que je n'ai pas eues et que
personne ne m'a racontée, des choses qui n'existent pas du
tout et qui ne sauraient exister »
Lucien.

« On croit s'instruire par les
fables : eh bien ! Moi, je suis un grand fabuliste qui instruit les
autres à ses dépens ; je suis un animal multiple, quelquefois
rusé comme le renard, quelquefois bouché, lent et stupide
comme le baudet, souvent fier et courageux comme le lion,
parfois fugace et avide comme le loup... »
Restif de la Bretonne.

« Entreprendre de me créer ? … Faire de Gombrowicz
un personnage - à la manière de Hamlet ? Ou de Don
Quichotte ? »
W. Gombrowicz.
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INTRODUCTION


« Laissons donc de côté l'imagination, qui n'est qu'un mot,
et considérons une faculté bien définie de l'esprit, celle de créer
des personnages dont nous nous racontons à nous-même
l'histoire »
H. Bergson.











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Une forme littéraire peut-elle être en trop, de trop ? Les pages qui
suivent essaient de décrire une telle pratique surnuméraire, excessive pour nos
habitudes de lecteur, disruptive pour les catégories narratives : une forme de
fiction sans titre et sans lieu, en surnombre. Son objet ? « La fictionalisation de
soi", la démarche qui consiste à faire de soi un sujet imaginaire, à raconter une
histoire en se mettant directement à contribution, en collaborant à la fable, en
devenant un élément de son invention.
Pour bien saisir la spécificité de cette pratique, il faut se la représenter
comme l'antithèse précise du roman personnel, de la fiction d'inspiration
autobiographique. Dans ce dernier cas, l'écrivain utilise son existence, un
épisode de sa vie, pour relater une histoire, mais en modifiant une foule
d'éléments, pour des raisons personnelles ou esthétiques. Une belle illustration
de ce processus créatif est fournie par le personnage d'Ariane dans Belle du
Seigneur :
« J'ai résolu de devenir une romancière de talent. Mais ce
sont mes débuts d'écrivain et il faut que je m'exerce. Un bon
truc serait d'écrire dans ce cahier tout ce qui me passera par la
tête sur ma famille et sur moi. Ensuite, les choses vraies que
j'aurai racontées, une fois que j'aurai. Une centaine de pages,
je les reprendrai pour en tirer le début de mon roman, mais en
changeant les noms » (1968, p. 13).
Par complaisance, manque d'imagination ou par une impérieuse
nécessité intérieure, l'écrivain utilise ainsi sa biographie comme matière, pour
une forme narrative où il s'abrite derrière un personnage romanesque. Et pour
que cette attitude narrative soit conduite jusqu'à son terme, il est nécessaire
que l'écrivain laisse entendre que son texte est une confession, qu'il encourage
une lecture en partie référentielle, comme Goethe avec Werther Le roman
personnel n'est donc qu'à demi-fictif, son contenu et l'effet qu'il recherche sont
aussi autobiographiques.
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A l’opposé, la fictionnalisation de soi consiste à s'inventer des
aventures que l'on s'attribuera, à donner son nom d'écrivain à un personnage
introduit dans des situations imaginaires. En outre, pour que cette
fictionnalisation de soit totale, il faut que l'écrivain ne donne pas à cette
invention une valeur figurale ou métaphorique, qu'il n'encourage pas une
lecture référentielle qui déchiffrerait dans le texte des confidences indirectes.
Une image approchée de cette fabulation intime, où la fiction serait moyen et
but, est donnée par Herman Hesse dans Le Jeu des Perles de Verre. Dans le
cadre d'un Ordre intellectuel situé dans un futur lointain (sorte de réponse à la
Province pédagogique imaginée par Goethe dans Les Années de voyage de
Wilhem Meister, pour incarner sa conception de l'éducation), les élèves doivent
rédiger, une fois l'an, un curriculum vitæ d'un genre très particulier :
« C'était une autobiographie fictive, située
à une époque quelconque du passé. La tâche de
l'étudiant consistait à se replacer dans un milieu et dans
une culture, dans le climat spirituel d'une époque donnée
du passé, et à imaginer une vie qui y correspondît. Selon
les années et la mode, la préférence allait à la Rome
impériale, à la France du XVIIe siècle ou à l'Italie du XVe,
à l'Athènes de Périclès ou à l'Autriche de Mozart et, chez
les linguistes, il était devenu d'usage de rédiger ces
romans biographiques dans la langue et le style du pays
et de l'époque où ils se déroulaient. Il y eut parfois des
biographies d'une haute virtuosité, dans le style de la
Curie pontificale romaine des environs de 1200, dans le
latin des moines, dans l'italien des Cent Nouvelles, dans
le français de Montaigne, dans l'allemand baroque du
Cygne de Boberfeld. Il y avait dans cette forme de libre
jeune survivance de l'ancienne croyance asiatique en la
résurrection et la métempsychose ; il était courant, pour
tous les professeurs et les élèves de se représenter que
leur existence actuelle pouvait avoir été précédée par
d'autres, dans d'autres corps, à des époques et dans ces
conditions différentes. Ce n'était certes pas une foi, au
sens étroit du mot, et encore moins une doctrine ; c'était
un exercice, un jeu des forces imaginatives, que de se
figurer son propre moi dans des situations et des milieux
différents. On s'entraînait ainsi, comme au cours de
maints travaux pratiques de critique du style et souvent
aussi dans le Jeu des Perles de Verre, à pénétrer
précautionneusement dans des cultures, des époques et
des pays du passé, on apprenait à considérer sa propre
personne comme un travesti, comme l'habit précaire
d'une entéléchie » (Tr. fr. J. Martin, PP. 117-118).
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