Le périple du Sirius

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Le Sirius est un transporteur de minerai de 35000 tonnes. Après trois voyages entre le Pérou et le Japon, il doit rentrer en Europe. Mais une baisse du niveau d'eau dans le canal de Panama l'obligera à passer par le Cap Horn. Au cours de ce voyage, inhabituel au XXe siècle, des événements plus ou moins graves se produiront : tempête, sauvetage de deux plaisanciers, mais surtout, mort du capitaine...
Publié le : lundi 2 février 2015
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EAN13 : 9782336369037
Nombre de pages : 148
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Le Sirius est un transporteur de minerai
de 35 000 tonnes. Après trois voyages entre Henri Bourdereau
le Pérou et le Japon, il doit rentrer en Europe.
Mais une baisse du niveau d’eau dans le canal
de Panama l’obligera à passer par le Cap Horn.
e Au cours de ce voyage, inhabituel au XX
siècle, des événements plus ou moins graves
se produiront : tempête, sauvetage de deux LE PÉRIPLE DU SIRIUS
plaisanciers, mais surtout, mort du capitaine....
À l’arrivée à Rotterdam, le second du
navire qui avait pris le commandement du L’odyssée d’un cargo
Sirius résume ainsi leur absence de neuf mois :
entre le Pérou et l’Europe“69 000 milles, plus de trois fois et demie le
tour de la Terre, 150 000 tonnes de minerai
transportées, 230 jours à la mer, un homme Roman
donné aux fl ots mais deux autres sauvés de ces
mêmes fl ots...”
Henri BOURDEREAU, capitaine au long
cours, est auteur de récits contant la vie des
navigateurs de la marine marchande. Il est
l’auteur, dans cette même collection, de Des
hommes, des ports, des femmes.
14,50 €
ISBN : 978-2-343-05181-9
L E PÉR IPL E DU SIRIUS
Henri Bourdereau








Le périple du Sirius

Collection Là-bas
dirigée par Jérôme MARTIN


Déjà parus


Gérard LECLERC, Le Désir de voyage et la quête de l’Autre,
2015.
Gérard PLOMMEE, Tanna, Kwérya, Itonga. Histoires
océaniennes au Vanuatu, 2012.
Pierre-Georges DESPIERRES, L’homme qui voulait voir le
monde, 2012.
Michel BOURGIN, Chroniques touarègues, 2011.
Marcel LAUGEL, Nomades, fils des nuages, 2010.
Suzanne LALLEMAND, Routards en Asie, 2010.
Omer LUFTI, D'Istanbul à Capetown. Pérégrinations d'un Turc
en Afrique du Sud (1862-1866), 2010.
Jean-Marc HUGUET, Voyager l'Arctique (Préface de Jean
Malaurie), 2010.
Maria LANCEROTTO, Voyageurs français en A.E.F.
(19191939), 2009.
eJaël GRAVE, L’imaginaire du désert au XX siècle, 2009.
Annie BLONDEL-LOISEL, La compagnie maritime Allan de
el’Écosse au Canada au XIX siècle, 2009.
Marcel G. LAUGEL, Sur le vif, 2008.
Bruno LECOQUIERRE, Parcourir la terre, 2007.
Eric DESCHAMPS, La cuisine des révoltés du Bounty, 2007.
J. A. MEIJN VAN SPANBROEK, Le voyage d’un gentilhomme
d’ambassade d’Utrech à Constantinople. Texte présenté et
annoté par C. VIGNE, 2007.
Louis GIGOUT, Syracuse, 2007.
Aline DUREL, L’imaginaire des épices, 2006.
Henri BOURDEREAU, Des hommes, des ports, des femmes,
2006.
Gérard PERRIER, Le pays des mille eaux, 2006.
Fabien LACOUDRE, Une saison en Bolivie, 2006.
Arnaud NOUÏ, Beijing Baby, 2005.
Henri Bourdereau






Le périple du Sirius

L’Odyssée d’un cargo
entre le Pérou et l’Europe

Roman











































































































3
Du même auteur

Lettres du Pacifique, récit, MDV, 1999

Le tour du monde du Silvacane, récit, MDV, 2001

Des hommes, des ports, des femmes, récit, L’Harmattan, 2006















































































































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05181-9
EAN : 9782343051819





À tous les marins long-courriers français des années
1950-1970 qui armaient la quatrième flotte mondiale
de l’époque.













Celui qui, sur les mers,
passa par tant d’angoisses
En luttant pour survivre
et ramener ses gens...

Homère, L’Odyssée




PREFACE


Ce livre est un roman. Cependant, comme
probablement de nombreuses œuvres de fiction, le point
de départ est réel. Le Sirius, sous un autre nom, et son
équipage ont vraiment existé. Ce navire minéralier, qui
actuellement serait dénommé vraquier, se trouvait bien en
1963 dans un port du Pérou pour charger 35 000 tonnes de
minerai de fer à destination de l’Europe, via le canal de
Panama.
Mais quelques centaines de tonnes de minerai en trop
vont faire basculer la réalité dans la fiction et si cette
éventualité a bien failli se produire elle fut évitée de
justesse.
Ainsi est conté ce qui aurait pu arriver au Sirius et à
son équipage : « faire le tour » comme s’exprimaient les
marins, c’est-à-dire passer par le cap Horn pour rejoindre
l’Europe... Un périple devenu rare dans cette moitié du
eXX siècle. Un voyage, qui aurait dû être simplement une
« rallonge » de deux semaines pour ces marins absents de
chez eux depuis près de huit mois, va se muer en une
odyssée aux événements imprévisibles mais qui auraient
fort bien pu arriver dans d’autres circonstances ou en
d’autres lieux.

La modeste ambition de cet ouvrage est encore une
fois, mais sous cette forme romancée, de sauvegarder la
mémoire de la vie de ces marins long-courriers des temps
modernes, trop souvent ignorée du grand public. Une
petite société d’une trentaine d’hommes, absents de chez
eux huit à dix mois par an mais qui, à l’inverse des
7
équipages multinationaux actuels, ressentaient une
communauté de destin qui les rendait solidaires, quelles
que soient leur fonction ou leur position hiérarchique.

Il s’agit aussi, du point de vue historique et
économique, d’une époque pas si lointaine où une marine
marchande sous pavillon français, qui était alors la
quatrième du monde, contribuait à ces fameuses « trente
glorieuses » en transportant sur toutes les mers du globe ce
qui était indispensable à un monde en développement
accéléré.
Une époque sans téléphone satellite, Internet ou GPS
qui pourrait paraître impensable aux générations actuelles,
gorgées, ou même saturées, de moyens de communication
et d’électronique sophistiqués.

Ces marins n’ont certes pas l’aura de leurs prestigieux
ancêtres, les vrais Cap Horniers des voiliers quatre- mâts
edu XIX siècle, mais ils méritent cependant de ne pas être
complètement oubliés.
















8



I

ATTENTE


San Juan du Pérou, le 3 août 1963

Six heures. La pause du matin. Le minerai de fer était
immobile sur les tapis roulants. Le bruit d’avalanche des
blocs tombant de 20 mètres de haut dans les cales s’était
tu. La poussière rouge était retombée et on pouvait la voir
flottant un moment à la surface lisse de la baie. Le ciel
ainsi dégagé pour quelques instants laissait apparaître
l’aube qui blanchissait vers l’ouest au large et rougeoyait
vers l’est, derrière la Cordillère dont les escarpements, au
bord de la bande désertique côtière, paraissaient si proches
dans cet air qui avait retrouvé sa limpidité originelle et
grimpaient brutalement en des éboulis de rocs rouges et
bruns.
Les oiseaux de mer s’envolaient par milliers vers les
bancs d’anchois du large.
Le chargement avait commencé à minuit et devait
s’achever vers 18 ou 19 heures, si aucune panne ne
survenait aux apparaux de chargement de la mine, plutôt
fatigués et entretenus tant bien que mal. Le Sirius
embarquait 32 000 tonnes de minerai à destination de
Rotterdam. Le vraquier revenait enfin vers l’Europe après
sept mois passés dans le Pacifique à alimenter les hauts
fourneaux japonais avec ce minerai de fer péruvien. Les
traversées étaient d’au moins un mois et les escales
duraient une vingtaine d’heures au Pérou et rarement plus
de 48 heures au déchargement dans les ports de l’archipel
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qui, du nord au sud, avaient été Muroran à Hokkaido,
Yokohama à Honshu et Tobata à Kyushu.
Dumont, le second capitaine, profitait de cette pause
pour prendre son café à l’office du carré. Il avait passé sa
nuit à surveiller le chargement mais il avait pu somnoler
quelques instants assis sur le canapé de son bureau, Le
début des opérations étant généralement assez calme il
avait laissé ses consignes au bosco qui était de corvée pour
cette nuit-là. Pour cette fois, heureusement, la fin des
opérations aurait lieu de jour. C’était le moment délicat car
il s’agissait non seulement d’arrêter le chargement juste
avec le tonnage voulu mais aussi avec une répartition dans
les cales avant et arrière donnant une assiette correcte au
navire. C’était souvent une bagarre avec les responsables
de terre qui rechignaient à déplacer leurs engins de
chargement en temps utile d’une cale à l’autre.
Heureusement, Dumont habitué des lignes d’Amérique du
Sud avait acquis un certain vocabulaire espagnol qui, en
cas de nécessité, produisait l’effet voulu sur les dockers
péruviens.
Mais, de l‘esprit de Dumont, embrumé par la fatigue,
émergeait surtout, lentement, la perspective de ce retour
vers l’Europe : dans 25 jours au plus il retrouverait sa
femme et ses enfants. Ce retour était très attendu de tout
l’équipage à qui, lors du départ de France, on avait laissé
entendre qu’il s’agissait d’un voyage de six mois. Il aura
duré presque neuf mois avec trois rotations Pérou - Japon
au lieu des deux primitivement prévues. En fait, le Sirius
avait été spécialement construit pour approvisionner la
nouvelle usine sidérurgique de Dunkerque avec le minerai
de fer de Mauritanie ; la construction des hauts fourneaux
avait pris du retard et il avait bien fallu utiliser le navire
ailleurs...
La lassitude, et la fatigue aussi, les avaient tous
atteints, peut-être à des degrés divers suivant leur âge et
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aussi leur situation de famille. Cela malgré leur
accoutumance aux longs voyages des navires de cette
compagnie, le plus souvent affrétés au tramping, à part
une ligne régulière sur l’Amérique du Sud, très appréciée
pour ses retours en Europe tous les trois mois.
Lors de l’annonce du troisième voyage l’atmosphère
du bord s’était appesantie. Les repas au carré étaient
devenus de plus en mornes ; ils n’avaient plus rien à se
dire, tout au moins chacun s’était renfermé dans sa
solitude, intériorisait ses sentiments et heureusement ses
rancœurs ou récriminations, que ce soit à l’encontre de la
vie qu’ils menaient ou aussi parfois des collègues. Quatre
officiers, les deux seconds, le radio et un lieutenant, pour
conserver un peu de convivialité, bavarder ou même tuer
ce temps qui s’étirait trop lentement, s‘étaient mis à jouer
au bridge le soir jusqu’à tard dans la nuit en dépit de ceux
qui prenaient leur quart à minuit ou à 4 heures du matin.
Mais, même cette tentative pour garder un lien entre eux
s’était effilochée au cours des mois de traversées.
Un quatrième voyage n’avait pas été exclu. Le bruit,
heureusement infondé, avait circulé un moment sur
« Radio-Coursives », et ce fut vraiment le soulagement
quand, il y avait une quinzaine de jours, le télégramme
arriva alors qu’ils étaient à mi-chemin entre Tobata et San
Juan. Le changement d’atmosphère s’était bien fait sentir
lors des repas qu’ils avaient pu prendre tous en commun
lors de cette dernière escale. Le courrier était, il est vrai,
aussi passé par là, et les conversations s’étaient animées,
le sujet principal étant évidemment le retour et certains
esquissaient l’emploi de leurs deux ou trois mois de congé.


Deux heures de l’après-midi.
Dumont refaisait ses calculs pour estimer combien il
restait à charger quand il eut la visite du commandant, qui
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venait s’enquérir de la marche des opérations et des
prévisions de leur fin. Ils discutèrent de divers sujets et
tout à coup Favreau lui dit :
– Mais, au fait, Dumont, il me semble qu’il y a un
moment que nous n’avons pas les tirants d’eau admissibles
au passage de Panama ; jusqu’au mois de mai nous les
avions reçus régulièrement.
– Souvenez-vous commandant, nous avons été alors
avertis que toutes les restrictions de tirants d’eau étaient
levées. Peut-être qu’ils ont estimé que ce n’était plus
nécessaire de nous passer ces informations. Pourtant... j’ai
vu quelque part qu’en été, il y a souvent des sécheresses
qui font baisser le niveau du Canal.
– Il faut que nous nous renseignions d’urgence ; je file
à l’agence envoyer un télégramme à Panama.
– Et en attendant que faisons-nous ?
– Combien reste-t-il à charger ?
– Environ 6 000 tonnes, ce qui nous laisse quatre
heures...
– J’espère que nous aurons une réponse rapidement ;
continuez comme ça.
Dumont resta perplexe. Il suffisait que le niveau d’eau
du Canal baisse seulement de 50 centimètres pour qu’il
soit nécessaire de diminuer le chargement de 2 000 tonnes.
Il eut la tentation d’aller demander de ralentir la vitesse de
chargement, au cas où la réponse de Panama se ferait
attendre. Mais quel tintouin pour se faire entendre des
responsables de la manutention qui, bien évidemment,
tenaient à se débarrasser rapidement du Sirius ; deux
navires attendaient en rade. Avec un certain fatalisme, il
renonça à intervenir. Il avait du mal à imaginer qu’ils
n’aient pas été prévenus d’une éventuelle limitation des
tirants d’eau.
Il était sur le quai et venait justement de relever ces
tirants d’eau pour voir à faire déplacer un tapis roulant du
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panneau 2 au panneau 8, lorsqu’il vit Favreau revenant des
bureaux. Il était furieux. L’agence, ne voulant pas payer,
avait fait des histoires pour envoyer le télégramme... Ils
l’avaient cependant expédié devant ses yeux et assuré que
dès qu’ils auraient la réponse ils préviendraient le bord.
Au passage Dumont et Favreau se firent quelques
réflexions sur ce port qui n’était pas foutu d’installer une
ligne téléphonique entre leurs bureaux et les navires en
escale.
Puis ils se regardèrent un moment en silence car une
forte inquiétude, ou même de l’angoisse, les saisissait.
Combien de temps allaient-ils rester dans l’incertitude
avec toutes les conséquences qu’une absence de décision
pouvait entraîner ? Et pendant qu’ils avaient ces états
d’âme, ils entendaient le bruit du minerai dont 25 tonnes
tombaient dans les cales chaque minute... Ils décidèrent de
remonter à bord et de boire un grand whisky, d’autant plus
qu’ils avaient absorbé leur dose de poussière rouge.
A 16 heures aucune réponse n’était parvenue. Dumont
se décida à faire ralentir le chargement non sans
récriminations du personnel de quai. Un contremaître vint
même interpeller Dumont qui le pria rudement d’aller se
faire voir auprès des responsables de l’agence qui ne
semblaient pas comprendre dans quelle situation le Sirius
se trouvait. A 17 heures il se demanda s’il ne fallait pas
tout arrêter mais Favreau pensait le contraire...
D’après lui s’il y avait eu un problème Panama aurait
réagi aussitôt. De toute façon, c’était trop tard : il ne restait
plus que 1 000 ou 1 500 tonnes à prendre et ce n’était pas
cette quantité qui pouvait diminuer suffisamment
l‘enfoncement du navire pour répondre à 2 ou 3 pieds en
moins du niveau du Canal.
Un quart d’heure plus tard, ils virent un homme qui
courait vers le quai en agitant une feuille de papier.
Dumont se doutant de quelque chose fit stopper
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