Et ce cadavre !

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Deux disparitions mystérieuses dans la tribu de Rukoto-Buye. La vieille Nashaza attend en vain le retour de Migina partie puiser de l'eau à la source. Elle attendra encore plusieurs années, mais elle ne reverra plus jamais le sourire de sa petite fille. La tribu vient d'être frappée par un autre malheur: la disparition de Rukoto-Buye, le chef des chasseurs. Cette calamité entraînera haines et suspicions, accusations mensongères et tortures, condamnations injustes et bûchers...Š
Publié le : dimanche 5 octobre 2014
Lecture(s) : 30
EAN13 : 9782336359151
Nombre de pages : 130
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ET CE CADAVRE !
Roman ET CE CADAVRE !
Deux disparitions mystérieuses dans la tribu Roman
de Rukoto-Buye. La vieille Nashaza attend COLLECTION
en vain le retour de Migina partie puiser CROIRE ET SAVOIR
Jean-Népomucène Bunokode l’eau à la source. Elle attendra encore EN AFRIQUE
plusieurs années, mais elle ne reverra plus
Jean-Népomucène Bunoko jamais le sourire de sa petite fi lle. Mémé
Nashaza ne pleure pas seule ; la tribu
vient d’être frappée par un autre malheur :
la disparition de Rukoto-Buye, le chef des
chasseurs. Cette calamité entraînera haines
et suspicions, accusations mensongères et
tortures, condamnations injustes et bûchers.
Le salut viendra d’un inconnu qui
s’appelle lui-même Le maudit. Cet homme
à la voix grave et lucide portait toujours sur
lui une gibecière qui le faisait errer jours et
nuits. On le voyait souvent courir comme
un dératé fuyant l’ombre d’un fantôme
appelé la conscience. C’est cet homme
qui annoncera la réapparition de la petite
Migina et du chef des chasseurs, mais en
état sinistre…
J e a n- N é p o m u c è ne
BUNOKO né à Bujumbura
(Rukaramu) est prêtre de
l’Ordre des Prêcheurs (les
Frères Dominicains). Il est
chargé des recherches au Centre Ubuntu
(Burundi) et est membre de la Commission
Diocésaine pour la Famille (Archidiocèse
Bujumbura).
ISBN : 978-2-343-04225-1
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Jean-Népomucène Bunoko
ET CE CADAVRE !



ET CE CADAVRE !


Collection « Croire et savoir »

dirigée par Benjamin SOMBEL SARR et Claver BOUNDJA


Cette collection veut être un lieu d’analyse du phénomène
religieux en Afrique dans ses articulations avec le social, le
politique et l’économique. L’analyse du phénomène religieux,
ne saurait occulter les impacts des conflits religieux dans la
désarticulation des sociétés africaines, ni ignorer par ailleurs
l’implication des religions dans la résolution des conflits
sociaux et politiques. L’approche religieuse plurielle de cette
collection a comme objectif d’une part, d’étudier les
phénomènes religieux à l’œuvre dans les sociétés africaines
dans leurs articulations avec les grandes questions de société, et
d’autre part de procéder à une étude scientifique et critique de la
religion dans le contexte africain. Elle essaiera de déceler dans
la religion non ce qui endort le peuple, mais les énergies
créatrices et novatrices capables de mettre l’Afrique debout.
Ainsi veut-elle montrer que si la religion peut être un frein au
développement, elle est aussi acteur de développement. Le
relèvement de l’Afrique doit se fonder sur des valeurs, et la
religion est créatrice et fondatrice de valeurs.


Déjà parus

Benjamin SOMBEL SARR, Théologie de la vie consacrée.
Questions d’inculturation, 2014.
Hippolyte D.A. AMOUZOUVI, La religion comme business en
Afrique. Le cas du Bénin, 2014.
Jean-Maurice GOA IBO, Spiritualité chrétienne et développement
en Afrique, 2014.
ABBAYE CŒUR IMMACULE DE MARIE DE KEUR MOUSSA, Actes
du colloque « Penser la veille Dakar » 10-12 avril 2013, 2013.
ANDELY-BEEVE, Les chrétiens face aux valeurs sociales et
éthiques dans la société congolaise, 2013.
Séverin YAPO, Spiritualités antique et chrétienne en dialogue.
Thomas d’Aquin, héritier spirituel d’Artistote, 2013.
JEAN-NÉPOMUCÈNE BUNOKO, O.P.



ET CE CADAVRE !

Roman









































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343- 04225-1
EAN : 9782343042251

Pourquoi cet homme est-il tourmenté ? Il erre, il court,
il sanglote. Il traverse des déserts, des forêts et des lagons.
Il s’appelle lui-même « le maudit », et il assiste à des
scènes immondes et cuisantes : les viols faits aux jeunes
filles, les violences faites aux femmes, les gibets, les
bûchers, les femmes-caméléons… Cet homme aime
beaucoup sa femme et il la fuit. Pourtant c’est un homme
naturellement affable, compatissant, véridique et
courageux. Il aime beaucoup sa femme et a horreur
d’adultère… Plus tard il découvrira que tous les moines
ne sont pas des saints et que les lois ne sont pas le droit. Il
découvrira aussi que passer de la cruauté à la clémence
est une comédie des niais. Mais ce qui l’étrangle le plus
c’est cette gibecière qui le fait errer et qui l’accuse sans
répit ; il ne pourra plus dormir, il mourra dans l’errance.

L’auteur.



Migina et sa grand-mère.

Drôle de rêve ! Toutes les jeunes filles du village de
Nashaza rêvaient épouser un jour un homme beau, riche et
fort. Chacune d’elles se considérait comme la plus
adorable du village. Pour se faire plus belles, elles
taillaient leurs dents et se mettaient de la suie sur les
sourcils pour plaire aux garçons aux allures lascives.

Un jour, vers la fin de la matinée, des jeunes filles
rentraient de la forêt portant avec elles du bois de
chauffage. Elles chantaient en reprenant les mélodies
apprises de leurs grands-mères ou de leurs amies. Toutes
étaient attifées, mais au lieu des corps boudinés on voyait
des âmes innocentes et vierges au visage radieux et
agréable.

Migina était l’une de ces jeunes villageoises. Comme sa
grand-mère, les gens de son village la chérissaient
beaucoup. Souvent on disait qu'elle était venue au monde
sans couleur, sans haine et sans orgueil.

Elle mangeait quand les enfants de son voisinage
étaient rassasiés et avait une profonde compassion pour
ses amis. Pourtant elle était orpheline. La seule parenté qui
lui restait était sa grand-mère Nashaza et sa tante qui
habitait un autre village.

Malgré le poids de son âge, Nashaza se chargeait de la
cuisine et faisait tout pour que sa petite fille grandisse dans
la dignité et dans le bien. Elle y était presque parvenue
parce que Migina était distinguée des autres filles de son
village ; elle n'était pas de ces filles qui ont une bosse
invisible tournée vers l'intérieur.

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Elle n'avait que huit ans. Toutefois elle était un modèle
pour les adolescentes de son village. Pour sa grand-mère,
Migina était un trésor. Elle était une aide indispensable ;
c'est elle qui allait chercher le bois de chauffage, l'eau à la
source, les récoltes dans les champs…Elle était pour
Mémé toute sa vie.

Malgré tout ce travail, on ne l'avait jamais entendue
maudire les vieux jours ou s'opposer aux souhaits de sa
grand-mère.

Jeune qu'elle était, elle savait déjà que désobéir
injustement aux vieillards c'est les enterrer prématurément.
Mémé quant à elle, avec un petit sourire sur les lèvres qui
faisait dévoiler des ridules sur son front, embrassait
tendrement sa petite fille et caressait ses cheveux mouillés
par l'eau de la source ou colorés par le pollen des fleurs
sauvages.

Un jour, Migina venait de déposer son fagot derrière la
cuisine. La matinée avait été bonne dans la forêt couverte
d'acajous. Tout à coup, son cœur commença à battre
vivement. Nashaza vint la trouver là où elle avait déposé
le fagot. Elle n'était pas parvenue à aller plus loin. Elle
s'approcha d'elle et lui demanda:
- Qu'est ce qui se passe Migina?
- Rien Mémé, je vais très bien.
- Je t'ai toujours interdit de porter un tel fagot, tu es
encore petite, tu as besoin de bien grandir.
- Ce fagot ne m'a fait aucun mal. J'avais seulement
peur que vous ne soyez pas à la maison.
- Allez, viens, je crois que tu as faim. Viens, je te
donne à manger.

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Migina entra dans la maison avec sa grand-mère.
Celleci lui présenta une assiette de mil moulu, couvert de
tilapia. Migina se laissa emporter par les appétits de la
mijournée ; elle vida très rapidement sa ration. Comme il n'y
avait plus d'eau dans la maison, elle proposa à sa
grandmère d'aller en puiser à la source. Mémé s'inquiéta
beaucoup parce que Migina était encore fatiguée. En outre,
la source se trouvait loin de la maison. Les puiseurs d’eau
devaient aussi traverser une savane où les chasseurs du
village des "Bahigi" traquaient leur gibier : des serpents
venimeux, des antilopes et des gnous.
Migina tranquillisa sa grand-mère :
- Je ne suis pas du tout fatiguée, Mémé.

C'était une routine pour la petite fille d’aller puiser l'eau
à la source dans ces conditions. Elle pouvait même y aller
deux fois en une journée. Parfois elle rentrait à l’heure où
on ne pouvait plus distinguer le loup du chien.

Migina prit sa marmite fabriquée en bois et fila vers la
source. Nashaza la regarda disparaître derrière les arbres et
se dit : « Pourvu que rien de mal ne lui arrive. » Nashaza
savait très bien que Migina aimait travailler. Sa
propension était de travailler toute la journée : moudre le
mil, balayer la maison, puiser l'eau, chercher le bois de
chauffage, visiter les amies. Le travail était sa passion.
Mémé la laissait faire, sauf quand elle pressentait un
danger pour sa vie.

Cette vieille femme avait bien compris qu'éduquer un
enfant a plus besoin de souplesse que de raideur, de
tendresse que de violence. Mémé devait gérer chez sa
petite fille ses sentiments de pudeur et de dégoût, ses
aspirations morales et esthétiques. Elle devait l'aider à être
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plus sage, plus réservée et plus polie. Elle devait surtout
l'aider à être prudente et savoir maîtriser son propre temps.

Quant à la question de la mort, Nashaza ne cessait de
lui dire que les décédés de son village ne sont pas partis
pour un gala de bienfaisance. La grand-mère ne restait pas
les bras croisés au foyer. Elle travaillait à la taille de ses
forces. Elle se chargeait surtout de la cuisine et moulait le
mil à la meule. Elle se chargeait aussi d'aller chercher la
céréale chez sa fille Sema. Celle-ci habitait un village qui
était réservé pour la culture du sorgho, de l’orge et de mil.

Mémé se levait très tôt le matin pour arranger les
branches qui constituaient l'enclos de leur propriété. Sa
petite fille croyait que sa grand-mère manquait toujours de
sommeil, mais celle-ci lui répliquait qu'elle n'avait plus
besoin de dormir plusieurs heures comme elle. Mémé était
donc une grand-mère travailleuse, un vrai modèle pour
Migina.

Ce jour-là, alors que Migina venait de partir pour
chercher l'eau à la source, Nashaza entra dans la cuisine
pour préparer le repas du soir. Mais à chaque instant elle
sortait pour voir si Migina revenait de la fontaine. Le jour
commençait à décliner. On voyait déjà le soleil darder
certains de ses rayons loin derrière les montagnes,
obligeant les bouviers à rentrer les taurillons dans l’étable.
La grand-mère Mémé était aux abois ; Migina ne revenait
toujours pas.

Elle interrogeait tous les passants qui revenaient des
champs du côté de la fontaine mais personne n'avait vu les
traces de Migina. Elle se demandait ce qui serait arrivé à
cette petite fille. Elle avait attendu depuis longtemps. Tout
à coup une idée lui vint en tête. Elle ferma très rapidement
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les portes de toutes ses maisons et de l'enclos et alla chez
sa fille Sema pour voir si Migina n’était pas là. Quand elle
arriva chez sa fille, elle la trouva en train de rentrer ses
moutons dans la bergerie.

- Pourquoi vous déplacez-vous si tard maman,
avez-vous un problème? Lui demanda Sema.
- Oui ma fille, je viens chercher Migina.
- Migina?
- Elle n'est pas ici?
- Il y a déjà trois jours qu'elle ne vient pas ici.
- Mon Dieu ! Ma petite-fille est perdue.
- Mais, où était-elle allée?
- Elle était allée à la fontaine puiser de l'eau. Elle
est partie le matin et elle n'est pas encore revenue.
- Oh, ma nièce! Elle est partie seule?
- Elle a quitté la maison seule, je ne sais pas si
elle aurait été accompagnée en cours du chemin,
répondit Mémé en poussant des cris aigus et
prolongés.
-
Troublée par l’événement, la vieille dit au revoir à
Sema et retourna à bride abattue à la maison. Le
crépuscule était déjà lourd sur son village, les derniers
villageois qui revenaient des travaux champêtres se
hâtaient de rejoindre leurs cases avant le hurlement des
rapaces nocturnes.

Arrivée devant la porte de l'enclos, elle la trouva
ouverte. Elle entra tout éberluée, avançant à petits pas. La
porte de la maison était aussi ouverte. Elle commença à
avoir très peur. Elle prit son courage à deux mains et entra
dans la maison. Elle appela : "Migina! Migina! Migina!"
Personne ne répondait.
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« Y a-t-il quelqu'un dans la maison? Je demande s'il y a
quelqu'un dans la maison."

Un silence de cimetière couvrait la masure. Mémé
lançait ces appels tout en circulant dans la maison. La
porte et les fenêtres de la chambrette de Migina étaient
ouvertes mais personne n'était là.

Mémé Nashaza frissonnait de tous ses membres. Elle
regardait dans tous les sens, tournoyait, sursautait, elle
avait très peur.

Elle sortit de la maison et se dirigea vers la cuisine.
Celle-ci était bien fermée comme elle l'avait laissée. Elle
ouvrit la porte sur la pointe des pieds. A peine entrée dans
la cuisine, elle écarquilla les yeux, les mains sur ses lèvres,
elle resta immobile comme un macchabée. Devant elle,
une scène macabre ; sur les trois pierres de l’âtre était
posée la marmite fabriquée en bois que Migina avait
portée à la source. Elle était pleine de sang humain et
laissait apparaître une main coupée.

Mémé Nashaza laissa exploser ses pleurs…


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