Orage maternel

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À Saint-Etienne, la vie paisible d’une jeune assistante vétérinaire bascule soudainement. À la veille de ses fiançailles avec Anthony, Marie Chantefort est kidnappée à la sortie de son travail et précipitée dans un trou en terre... Qui est son ravisseur ? Quel est le mobile ? Où conduira ce rapt angoissant ?

Relations familiales troubles, couples ambigus et poids des conventions sont au centre de ce livre étonnant. Poussés dans leurs derniers retranchements, des personnages se révèlent avec force et âpreté.


Publié le : jeudi 15 janvier 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782365921978
Nombre de pages : 136
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Olivier Démoulin

 

 

 

 

Orage maternel

 

 

 

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Du même auteur

 

« Dans mon Ventre »

2006, éditions Grrr…art

 

« Je hais les troubadours »

2006, éditions Grrr…art

 

« L’homme qui épousa New York »

2008, éditions Grrr…art

 

 

Éditions GRRR…ART

3, Résidence Saint-Paul, 78660 Allainville aux Bois

Tél. / Fax : 01 30 41 89 50

Sites Internet : http://grrrart.free.fr

http://leoetlu.free.fr

ISBN : 978-2-36592-186-2

Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction strictement réservés pour tous pays.

© Éditions GRRR…ART

Photo : Georges GRARD

 

 

I.
Prélude aux fiançailles

 

 

1

 

 

Demain, je présente à ma famille l’homme de ma vie.

Je désirais depuis longtemps un conjoint à ma mesure.

Guettant mon heure, je m’étais armée de confiance, de patience, mais aussi de doutes.

En amour comme au boulot, je suis rêveuse quand j’espère, mais combative quand j’agis. Mes amies me décrivent fleur bleue dans l’attente, mais teigneuse dans l’action.

Ma psy me juge plus sèchement : trop de personnes exploitent ma gentillesse, ma sensiblerie me joue des tours, ma raison s’enclenche trop tard.

C’est valable côté cœur : au lycée comme à la fac, si un séducteur volage pointait son nez, je tombais dans le panneau… et me réveillais plaquée comme une bécasse. Enfin, tout cela est du passé, j’ai trouvé Anthony… peut-être devait-il arriver au bout de ce chemin parsemé d’hommes factices ?

C’est aussi vrai dans mon travail : j’ai peiné à percer, j’ai oscillé entre plusieurs voies avant de me fixer. Depuis trois ans, je suis assistante vétérinaire dans un cabinet de Saint-Etienne, situé boulevard Daguerre, non loin du centre-ville. Je suis auxiliaire spécialisée auprès de quatre docteurs. Mon rôle ? Préparer la salle d’opération, assister les soins courants, commander produits et médicaments, organiser le planning des consultations, accueillir les animaux et leurs propriétaires…

Mon métier me plaît, mais j’attends toujours ma première augmentation de salaire. Mes patrons ne tiennent pas leur promesse, j’hésite à les relancer.

Pour mieux dominer mon existence, j’aimerais étoffer mon caractère.

Mon nom est Marie Chantefort, j’ai vingt-huit ans et (presque) toute la vie devant moi.

 

 

Je compte sur Anthony pour m’endurcir, lui sait imposer sa volonté, lui sait se muer en animal froid et dur au mal.

Calme et mature, mon fiancé est aussi enflammé et romantique.

Rien à voir avec mon copain précédent : Alain, sympa, mais sans profondeur. D’après mon amie Jessica (ils sont collègues de travail), mon ex ne digérerait pas notre séparation.

Le vrai, le seul… celui dont on devine intuitivement qu’il sera le bon, je ne l’espérais plus. Malgré mon jeune âge, j’avais l’impression de l’attendre depuis si longtemps.

Samedi 22 décembre, mes parents découvriront son visage et sa personnalité.

Ce seront nos fiançailles.

Je l’ai senti à leurs voix, mon père et ma mère auraient souhaité rencontrer Anthony avant. Je les comprends, mais j’ai décidé de presser le mouvement… un peu, je l’avoue, pour faire sensation.

En cadeau de fiançailles, au lieu d’une banale bague sans racines, j’ai reçu d’Anthony un médaillon de famille, datant du XIXe siècle. D’accord, ça ne lui a rien coûté, mais symboliquement, quelle force !

Une pièce unique : un contour en vermeil et, à l’intérieur, la gravure émaillée d’un chêne.

Le bijou était nu, j’y ai ajouté une jolie chaîne imitation or, achetée chez un orfèvre de mon quartier. J’ai collé le tout entre mes seins. Le collier est un peu long, le médaillon un peu large pour servir de pendentif, mais je suis ravie ! Il se balade sous mes habits, ça me plaît de le sentir sur ma peau, même s’il se coince parfois dans les mailles ajourées de mes soutiens-gorge.

Avec Anthony, nous nous installons ensemble avant l’été. Il nous reste à dénicher un appartement à notre convenance. Assez grand, mais pas trop cher ! Mon fiancé est lyonnais et habite sur les hauteurs de Fourvière. Moi, je crèche depuis trois ans à Saint-Etienne, dans un studio rue de l’Eternité, pas loin de mon travail.

Je suis partie pour troquer le département de la Loire contre la Saône et le Rhône.

Comme toutes les filles fleur bleue, je suis prête à des concessions pour vivre mon amour.

 

 

Le repas de fiançailles se déroule demain chez mes parents, à Roc-sur-Loire, à égale distance entre Lyon et Saint-Etienne.

Au menu : les trois autres membres de ma famille.

Papa, prénom : Pierrick. Grand, carré, costaud. Je l’adore, je le lui dis souvent. Il m’adore, mais il le montre peu. Sa nonchalance lui donne un air lointain, comme un esprit en lévitation. Ma mère s’en plaint, je trouve au contraire touchant ce caractère lunaire. Surtout comparé à son épouse !

Maman, justement… Jacqueline. Petite, fine, anodine en apparence. Quand elle se tait, personne ne la remarque. Quand elle se met en action, c’est une voiture lancée à pleine vitesse. Une mère omniprésente, possessive, trop à mon goût. Nos prises de bec ne remettent pas en cause notre amour respectif, mais son caporalisme m’agace. A vouloir être tout et partout en même temps, elle s’emballe pour rien, elle régente le vide, elle raconte parfois n’importe quoi. D’après papa, la psy de maman n’a pas détecté de réponse à sa suractivité quasi maladive.

Enfin, troisième pièce de la famille Chantefort, un physique ne laissant personne insensible, tant elle allume les hommes et concurrence les femmes : ma saloperie de frangine.

Morgane.

Je la déteste.

La plaie d’avoir une sœur aînée.

Avec ses cinq ans de plus, Morgane a toujours cru me dominer, comme si sa position lui conférait des droits sur moi.

J’envie les filles uniques. Si certaines se plaignent de leur solitude, qu’elles se disent : je m’évite une Morgane tapie dans mon dos, un couteau dans une main et des idées mal placées.

Quand on naît, une sœur déjà en place est d’abord une inconnue, donc un inconvénient potentiel. Après seulement, s’établit une connivence… ou le pire.

Contre moi, elle a tout de suite pris les armes ; Morgane a passé son enfance à me rabaisser, son adolescence à me voler mes amies, sa majorité à me dérober mes premiers flirts. En même temps, elle jonglait avec les siens. Une mante religieuse : son lit n’est jamais vide.

Consommatrice de ma vie pour nourrir la sienne. Je me demande si elle respirait avant ma naissance tant elle s’est construite en opposition. Morgane guette et cultive mon malheur avant son bonheur. Ou bien l’un ne va pas sans l’autre ? Considérera-t-elle son existence réussie si je renonce à rendre la mienne heureuse ? Pas de chance pour elle. Depuis trois ans, mon boulot me plaît. Depuis ma rencontre avec Anthony, ma destinée sentimentale me comble.

Quelle libération quand Morgane devint hôtesse de l’air et quitta la maison familiale de Roc-sur-Loire l’année de mes dix-huit ans ! Depuis son installation à Lyon, elle n’oublie pas de m’asticoter, mais je me sens plus tranquille.

 

 

Moi : un mètre soixante-cinq, un peu ronde, cheveux et yeux marron foncé.

Elle : longues jambes fines, mèches châtain clair et lentilles gris transparent.

Bon, c’est dit, je suis moins belle que ma sœur.

Morgane a un mérite : elle a forgé les bases de mon caractère, elle m’a forcée à bâtir un pan de combattante à côté de mon versant fleur bleue. Mes parents ne m’auraient pas poussée dans ce sens, ils obéissent aux conventions, font partie de la génération « parce que c’est comme ça ». Dénués d’esprit rebelle, ils n’ont enseigné à leurs filles ni le libre arbitre, ni une grande méfiance à l’égard du genre humain. Le premier, nous l’avons saisi nous-mêmes. Pour le reste, ma frangine a détruit en moi la naïveté qui envoie les gens trop gentils dans le mur de la vie.

Paradoxe : comme s’ils m’aidaient à grandir, je déteste ma sœur mais pas nos affrontements. Vu l’état de nos relations, je m’étonne moi-même de nos fréquents déjeuners communs à Roc-sur-Loire. Ma psy me le fait remarquer, mon amie Jessica me le reproche : je vivrais avec le surprenant besoin de me frotter à ma pire ennemie… et elle aussi ! Morgane me téléphone souvent : des appels courts, soi-disant pour prendre de mes nouvelles, en réalité pour me dénigrer en direct. Elle s’accroche à moi pour me décrier. En représailles, je l’évite un temps, puis elle me rattrape et nous repartons en guerre.

Chaque année, des épicentres cristallisent nos querelles.

D’abord, deux semaines obligatoires dans la résidence secondaire de ma mère, en Haute-Savoie : une en février sous les flocons, une fin juillet sous le soleil ou les orages.

En réalité… bruyante, fiévreuse, électrique : maman ressemble elle-même à un orage.

Au bord du lac Léman, j’ai appris à marcher à un an, j’ai rencontré Anthony à vingt-huit. Le 25 juillet. Une boîte de nuit à la sortie d’Evian. J’étais escortée par ma peste de frangine, il fut rejoint par un ami. Morgane resta scotchée à Jean-Marc, moi à Anthony. Ma sœur allumait par jeu ; en fin de soirée, elle passa de celui-là à un autre. De mon côté, sincèrement éprise, je ne quittai pas des yeux ma proie, nous discutâmes de tout et de rien devant des verres de sangria (pour moi, car Anthony ne boit pas). Mon futur fiancé me dragua comme il faut, ni de trop près ni de trop loin. D’autres bons points suivirent. Trois jours dans la même discothèque à parler, danser et surtout rigoler. Ensuite, un mois avant de coucher ensemble (fin août, dans mon studio). Malgré ses trente-huit ans, il était crispé tel un débutant, j’en ai déduit qu’il était amoureux.

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