Rhapsodie pour une ombre

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Jeune professeur de faculté, Jérôme vit, depuis sa naissance, dans une ancienne maison familiale collée aux vieux remparts de sa ville. Il ignore tout, ou presque, de la vie de ses ancêtres. Mais une révélation, dans la mansarde de sa demeure, fait surgir une image inconnue qui va piquer sa curiosité.
Publié le : dimanche 8 février 2015
Lecture(s) : 15
EAN13 : 9782336368559
Nombre de pages : 158
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Jean-Michel Peyrat
Jeune professeur de faculté, Jérôme vit, depuis sa
naissance, dans une ancienne maison familiale collée
aux vieux remparts de sa ville. Rhapsodie Il ignore tout, ou presque, de la vie de ses ancêtres.
Mais une révélation, dans la mansarde de sa demeure, pour une ombrefait surgir une image inconnue qui va piquer sa
curiosité.
Il aura beau s’éloigner, une sorte d’aimant le
Romanramènera, sans cesse, dans ce grenier qui semble
être le refuge de cette image, à vrai dire de cette
« apparition ».
Entre le vraisemblable et l’irréel, celle-ci envahit
le cœur de Jérôme et va l’amener sur les chemins de
l’étrange, à la frontière de l’inconnu…
Né à Limoges où il vit jusqu’à 30 ans,
JeanMichel Peyrat connaît tous les métiers
d’enseignant et crée les premières sections
« sports-études ». Il quitte tardivement le
Limousin pour Angoulême. Son goût des
voyages pour la recherche des cultures et des
ethnies lui fera parcourir les cinq continents.
Il se consacre aujourd’hui à l’écriture.
Illustration de couverture : © Oleg Gekman
Les impliqués
ISBN : 978-2-343-05177-2
Éditeur9 782343 05177215,50 €
Jean-Michel Peyrat
Rhapsodie pour une ombre
Les impliqués
Éditeur





RHAPSODIE POUR UNE OMBRE


















Les Impliqués Éditeur
Structure éditoriale récente fondée par L’Harmattan, Les
Impliqués Éditeur a pour ambition de proposer au public des
ouvrages de tous horizons, essentiellement dans les domaines
des sciences humaines et de la création littéraire.
Déjà parus
Thuillier (Alain), Coutumes et récits face à la mondialisation, essai, 2014.
Hombart (Jean-Claude), Naufragée de la dictature, récit, 2014.
Castellani (Robert-Noël), Vers l’apocalypse, essai, 2014.
Rabesahala-Randriamananoro (Charlotte), La religion malgache
ancestrale pratiquée, essai, 2014.
De la Caffinière (Jean-Yves), Glossaire d’un observateur des temps
présents, essai fragmenté, 2014.
Nduwayo (Léonard), Une nouvelle page de la nouvelle université rwandaise,
témoignage, 2014.
Heckly (Christophe et Serge), Une famille vosgienne à travers les deux
guerres, récit, 2014.
Arnould (Philippe), Pichegru, général en chef de la République : imposture
et trahison, essai, 2014.
Damus (Obrillant), Le regard d’un loup-garou haïtien, roman, 2014.
Boulbès (Denis), Petites aventures drolatiques et vagabondes, récit, 2014.
Ces dix derniers titres de ce secteur sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site :
www.lesimpliques.fr Jean-Michel Peyrat
Rhapsodie pour une ombre
*
Roman
Les impliqués Éditeur DU MEME AUTEUR

Jamais… Tu m’entends, jamais !, L’Harmattan, 2014.
Le secret de la Pierre qui pleure, Lavauzelle, 2013.
Liberté confisquée, Vents Salés, 2013.
Siula, le don sans partage, Bénévent, 2013.
La magie de Siula, Bénévent, 2012.
Le temps des barbares, Bénévent, 2011.
Pour les yeux de Saïda, Atlantica, 2010.
Les maudits de Saint-Jacques, Atlantica, 2010.
L’abbaye des tourments, Atlantica, 2009.
Lumières de l’aube, Atlantica, 2008.
La gloire par le sang, Atlantica, 2007.
Les rives de Thanatos, autoédition, 2006.














© Les impliqués Éditeur, 2015
21 bis, rue des écoles, 75005 Paris

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contact@lesimpliques.fr

ISBN : 978-2-343-05177-2
EAN : 9782343051772

Chapitre 1
L’éternité, mon inconnue
Je venais de faire le tour des origines de ma famille.
Elles étaient simples et compliquées. Simples parce que
nos racines s’enfonçaient dans la même terre. Cette terre
noire, friable qui couvrait la plus solide roche du monde,
du granit fort et presque inviolable.
Mes ancêtres étaient comme elle, doux en surface, et
durs en profondeur. Ce vieux plateau hercynien cent fois
érodé, réduit à une racine usée, vivait toujours autour de
ces hommes et femmes coulés dans le même moule, de
force, de solidité, de conviction.
De fermes en fermes, de vieilles maisons en châteaux,
je m’étais enfermé dans les pierres de cette écorce que les
géographes appelaient les batholites. J’étais dur,
inaltérable mais j’avais gardé au fond de ma tête un coin
friable : c’était la partie compliquée de ma famille.
Elle venait d’une seule et même tige à laquelle s’étaient
peu à peu incorporées d’autres pousses pour ne former
qu’un tronc dur et complexe. Celles-ci venaient des
femmes qui, par fidélité, amour ou conviction, s’étaient
fondues dans un même ensemble mais la diversité n’était
pas toujours un signe de solidité. J’avais peu à peu appris
que c’était les femmes qui avaient fait l’histoire de cette
famille avec les hallucinations, les rêves, les secrets, les
incohérences, nourries de contradictions, de mensonges et
de quelques vérités. Cette suite de femmes, d’épouses, de
filles, vivaient dans une confusion permanente qui avaient
favorisé le vrai, le faux, le peut-être, le sans doute. Ce sont
elles qui avaient créé la véritable histoire de notre famille.
7 J’aime cette histoire un peu confuse ; elle est comme
ma vie boursouflée de mensonges, de rêves, d’insolences
et de quelques vérités. Mais qui me prouvait que ces
vérités étaient exactes ? Elles n’étaient que ma conviction
personnelle. Avec elles, je pénétrais dans mon éternité qui
était unique puisque c’était la mienne et qu’elle ne durerait
que ma vie, plus un jour.
Plus un jour…. oui, celui de mes obsèques.
8

Chapitre 2
L’héritage
Nous avions fêté notre énième anniversaire.
Le pluriel du pluriel, le chiffre que je murmurais
m’inquiétait ; je n’osais pas le regarder en face, je le
décomposais sans fin mais je n’arrivais pas à l’amoindrir.
Pendant longtemps, j’en prenais un, tous les deux ans,
enfin presque. C’est comme ça qu’à trente-cinq ans, j’en
avouais trente et certains jours, moins.
Je plongeais dans le plus grand ridicule. La peur de la
mort, de la vieillesse avait toujours obscurci ma vie.
Depuis que j’avais vu, à seize ans, les statues de cendre
laissées par la division SS qui avait brûlé au lance-flamme
les habitants d’Oradour-sur-Glane, ces statues de cendre
étaient tellement éphémères que lorsqu’on les touchait,
elles s’effondraient et ne laissaient, sur le sol, qu’un tas de
poussière grise.
Cette fin de seconde guerre mondiale m’avait fait
rencontrer tant de morts-vivant ou de vivant-morts que la
mort physique m’était devenue familière. Mais c’était le
fait de ne pas savoir la suite qui m’inquiétait.
Ce vide, ce néant était pour moi quelque chose de
totalement hallucinant, que je ne pouvais pas accepter.
Alors, je jouais bêtement avec les chiffres mais je ne
trompais personne que moi.
Virginie qui avait submergé mes jours depuis vingt ans,
tentait sans cesse, comme Créon, de remonter le lourd
rocher de ma vie.
Survivants des cours de vacances pour préparer le
baccalauréat de septembre, j’avais rencontré ses yeux
9
sombres qui semblaient me mettre en accusation. Ils me
disaient :
- Pourquoi as-tu des notes aussi mauvaises ? Tu le
fais exprès ?
C’est ce qu’elle semblait me dire chaque fois qu’elle
me regardait. Ma vie n’avait été, jusqu’à cette époque
qu’une succession d’erreurs, de blocages. La fin de la
guerre y était pour quelque chose. Par contre, Virginie,
avec ses racines terriennes, n’avait pratiquement pas été
secouée par ce problème.
Lorsqu’elle évoquait, avec moi, les angoisses de la fin
de la guerre, elle me disait :
- J’ai vécu comme toi la Libération mais je l’ai vue
avec d’autres yeux.
Son côté sécuritaire avait le don de m’énerver : quand
je voyais le verre à moitié vide, elle le voyait à moitié
plein.
D’où le conflit qui était né dès le premier jour, il est
vrai que c’était le seul, enfin presque.


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Chapitre 3
La petite chambre
Nous avons tout vécu : le rire, les angoisses, l’argent
difficile, les séparations, les enfants, l’amour, la
souffrance, la mort.
Nous sommes maintenant devant elle, tout s’est
transformé et les inutilités sont parties. Le dépouillement
issu de toutes les expériences vient d’apparaître dans nos
vies. Les préludes de l’éveil surgissent des temps obscurs
où tout se mélangeait : le vrai, le faux, le peut-être, l’à peu
près, l’aveu.
Nous avons toujours été unis dans les affres de nos
incertitudes. Virginie ne m’a jamais renié malgré mes
erreurs, mes doutes, mes faiblesses. J’ai toujours senti près
de moi ses certitudes, sa tendresse affectueuse, tout ce
fatras difficile à classer où se mélangent les sentiments
d’une existence vécue dans la tourmente de nos vies.
Jeune et tourbillonnant, j’avais sans cesse le goût de
plaire et j’épuisais vite les joies successives que ce plaisir
m’apportait.
Virginie conduisait le bateau contre vents et marées ;
elle s’est épuisée à garder le cap d’une vie que je lui
rendais parfois impossible. J’avais besoin d’ouvrir une
fenêtre sur mon passé.
C’était une journée tout-à-fait ordinaire, rien ne la
distinguait de la moyenne des jours. Comme d’habitude, je
traînais, je n’avais rien à faire en ce dimanche, à part le
match de rugby sorti d’une passion héritée de mon
adolescence. Virginie était partie avec notre petite Aurélie
11 passer la journée chez ses parents. J’étais resté pour
préparer un examen proche.
Enfin, ce n’était qu’un prétexte pour ne pas manger
l’abondant repas de Marie-Claire, ma belle-mère. Cette
femme autoritaire faisait filer sa famille à la baguette.
La radio étouffait mes pensées sous des flots de
musique populaire, celle d’un vague accordéon qui faisait
les délices des bals du samedi soir. Bercé par le rythme
des paso doble, des javas et des tangos, j’errais dans
l’appartement. L’ancienne maison où nous habitions, avait
été construite au siècle précédent sur des murs beaucoup
plus anciens ceux d’une vieille forteresse. Elle comportait
mille recoins : de grandes armoires profondes où trois ou
quatre personnes auraient pu se cacher, salles-de-toilette,
escalier dissimulé derrière des tentures, mais surtout, il y
avait les greniers. Pourquoi ce pluriel, parce qu’ils étaient
divisés en trois parties, un par famille habitant la maison.
Mais ce n’était pour moi que des espaces poussiéreux et
encombrés de dizaines, voire de centaines d’objets
abandonnés. Pleins de souvenirs, ils n’avaient cependant
aucun intérêt.
Seule une petite chambre sous les combles
m’intéressait. Du temps de mon grand-père, je n’avais pas
eu le droit d’y entrer puis l’interdiction avait été violée par
mon père qui m’y accompagna plusieurs fois.
Dans sa jeunesse, il avait occupé cette chambre
mansardée lorsqu’il avait eu dix-huit ans. J’y avais trouvé
ses collections d’Alexandre Dumas et celle de romans de
l’ouest américain, lors des grands départs vers la
Californie. J’avais pris sa suite dans cette petite pièce
surchauffée l’été. Peu à peu, j’y avais construit un univers
hors de mon quotidien.
Mes visites ne se faisaient que lorsque j’étais seul et j’y
retrouvais mes fantômes. Inévitablement ce jour-là, j’allais
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pousser la porte qui, pendant longtemps, m’avait été
interdite.
Allongé sur le lit encore encombré de son édredon de
plumes, je m’endormais dans une chaleur étouffante. Un
vasistas me distribuait une lumière opaque, dans une assez
forte odeur de moisi.
Je partais dans des rêves éphémères. Je revoyais ma
famille unie ou éclatée qui occupait sans cesse mes
absences ensommeillées. La phase la plus extraordinaire
était le jaillissement du mur d’une étrange et splendide
fille très brune, la peau mate, les yeux sombres d’une
beauté incroyable. Habillée comme avant la guerre de
1914, elle avait cette beauté des filles de Renoir. Chaque
fois que je revenais dans cette mansarde, elle apparaissait.
Elle sortait lentement du mur, un halo bleu l’entourait
pour disparaître comme un nuage qui s’effilochait. Elle me
regardait avec une intensité difficile à soutenir. Elle me
parlait mais je n’entendais rien ; comme ces bouches du
cinéma muet qui articulaient le silence.
C’était inquiétant et en même temps, ces images
m’amenaient un moment ineffable de douceur et de rêve.
Cette fille, cette image m’introduisaient dans une phase de
trouble que je ne savais définir. Je ne la retrouvais que
dans cette pièce, en solitaire et dans cette chaleur moite.
Je me mis à lui parler :
- Que tu es belle !
- D’où viens-tu ?
- Comment t’appelles-tu ?
- Pourquoi viens-tu dans cette pièce et cette maison ?
Autant de questions sans réponse. Mais pendant que je
parlais, elle restait, me regardait, souriait ; je
recommençais cent fois les mêmes questions, mêmes
silences, mêmes sourires.
La fin, c’était Virginie qui l’amenait en criant dans
l’escalier :
13 - Jérôme où es-tu ? Je suis arrivée ….
Je sortais de ma sueur pour descendre la retrouver. Elle
me demandait :
- Mais enfin, où étais-tu, tu as une odeur de moisi
sur toi ? Tu étais au grenier ? Je me demande ce que tu lui
trouves. Il n’y a rien de passionnant à y faire. A propos,
as-tu bien travaillé. Personne ne t’a dérangé ?
- Enfin oui.
- Qu’est-ce que tu dis ?
- Je dis oui. Toi qui gardes tout, tu as certainement
conservé des vieilles photos de ma famille. Où les as-tu
mises ?
- Dans ton bureau, deuxième tiroir à droite dans la
colonne près de la fenêtre.
On ne pouvait pas être plus précis. C’était une des
vertus de Virginie. Je trouvais bien le vieil album avec une
couverture de velours vert sombre et un dos de cuir fauve.
Je l’ouvris lentement. Il y avait une éternité que je ne
l’avais pas regardé. Dans les premières pages cartonnées,
je redécouvris mes arrière-grands-parents photographiés
en 1896, raides et figés. Ces photos avaient un côté fané
qu’ont les vieilles cartes.
Puis grand-père et grand-mère vers 1912 et sur une
autre page, mon père et sa sœur qui avaient trois ou quatre
ans. A la cinquième ou sixième page, j’ai découvert un
portrait peint sur papier canson. Une extraordinaire petite
fille brune d’une grande beauté ; elle esquissait un
mouvement vers un petit chat noir et blanc.
Qui était-elle ?
Virginie qui savait tout, l’ignorait. Sur le livret de
famille, il n’était mentionné que mes deux tantes et mon
père.
Qui souriait sur cette petite peinture ? En feuilletant
quelques pages après, je retrouvais le même portrait mais
la fille était plus âgée cette fois. Elle caressait une fleur.
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