Analyse du Misanthrope, Molière : Scène des portraits (II, 4)

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Analyse complète (plan détaillé)de la scène des portraits Acte II, scène4, du Misanthrope, de Molière.
* Intro + Grandes parties + Sous-parties + Conclusion.
Publié le : vendredi 4 janvier 2013
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II. Analyse de la scène des portraits (Acte II, scène 4)
Le Misanthrope est l’une des trois grandes comédies sérieuses de Molière avec le Tartuffe
et Dom Juan. Dans cette pièce, il peint avec critique les mœurs de son époque. Le premier
acte se déroule rapidement en trois scènes et met l’accent sur le caractère colérique
d’Alceste.
L’Acte II voit la première confrontation amoureuse avec Célimène. Et la scène 4, qui nous
intéresse, va montrer le talent de persiflage de la jeune femme, à travers une série de
portraits au vitriole.
On peut affirmer que la scène 4 de l’Acte II est « la scène des portraits » pour plusieurs
raisons. D’une part, cette scène nous dresse définitivement le portrait de Célimène, qui,
jusque là, était peu remarquable ou simplement évoquée. Elle est même mise en avant par
les dialogues entre les personnages, c’est elle qui est regardée et qui parle. D’une autre
part, la scène nous dévoile tous les courtisans de Célimène, les Marquis Clitandre et
Acaste, qui raillent chacun leur tour d’autres nobles de la Cour. Dévoilant alors le
comportement et la mentalité des personnages et peut-être des véritables courtisans de
l’époque. Aussi, en dépeignant le portrait des personnages, l’auteur réussit à dénoncer
ouvertement l’hypocrisie sociale de l’époque. Par exemple, les Marquis n’hésitent pas à se
moquer de certains nobles dont ils se prétendent amis uniquement pour mieux se faire
remarquer. Il en va de même pour Célimène. Pour finir, cette scène est la scène des
portraits car le spectateur/lecteur découvre une vraie personnalité des personnages et se
rend compte alors qu’Alceste et Célimène sont incompatibles. Critique des mœurs de la
Cour.
Problématique : En quoi cette « scène des portraits » est-elle révélatrice des mœurs
de la Cour ?
I. Critique des courtisans
Ennuyeux
Les courtisans sont présentés comme des gens ennuyeux (exemple V.580 : « c’est un
parleur étrange »), V.581 « Art de ne vous rien dire » => Art : Antiphrase. Aussi, nous
avons le mot « bruit » pour qualifier les paroles de la personne en question.
Hyperbole : « Il assomme le monde » (V.590).
V.595 : « Ô l’ennuyeux conteur ! » => « Ô » surenchérit sur la critique. Le rythme de la
phrase sert à intensifier la critique.
V.604 : « Le pauvre esprit », « le sec entretien ». Métonymie (Substitution/procuration)
V.607 : « Stérilité » - « stupide ».
Champ lexical de la plainte : « Mourir », « épuiser ».
Oisifs
Les courtisans sont présentés comme des gens oisifs (exemple v.581 : « Dans les propos
qu’il tient, on ne voit jamais goutte »), « et sans aucune affaire, est toujours affairé »
(V.588) => antiphrase. Aussi, en parlant de Bélise aux vers 604 « Le sec entretien ».
Cléon : « Gâte tous les repas qu’il donne » (V.630).
MédisantsLes courtisans sont présentés comme des gens médisants (ex.V.574 : « On le revoit plus
plein d’extravagance »). Pour Géralde : « Le nom de monsieur est chez lui hors d’usage ».
Répétition du mot esprit : « Esprit », « dans son esprit », « du haut de son bel esprit »,
« Être habile » => champ lexical de la vanité. « Rien ne touche son goût », V.643 « Ne…
rien » (négation) et « Trouver à redire » V.641/645 : « Reprendre ».
Quand Célimène et les courtisans parlent de leurs amis, c’est pour les critiquer en
mal.
II. Les éloges des honnêtes gens
Molière contrebalance les critiques féroces des courtisans au moyen des dialogues de Philinte
et d’Eliante prouvant la bienveillance des personnages vis-à-vis des autres.
Philinte
V.633 : « Je le trouve honnête homme et d’un air assez sage ».
V.667-668 : Débat entre Alceste (toujours incohérent) et Philinte.
V.683-686 : « Mais il est véritable aussi que votre esprit se gendarme toujours contre tout ce
qu’on dit, par un chagrin que lui-même avoue, il ne saurait souffrir qu’on blâme, ni qu’on
loue ».
Philinte se retient dans ses propos et reste calme durant toute la scène.
Eliante
Le personnage d’Eliante est mesuré et bienveillant. Elle fait partie des trois personnages
féminins de la scène : Bélise est ennuyeuse, Célimène est belle mais médisante. Tirade
d’Eliante, débattant sur la « cristallisation de l’amour » (Stendhal) : Quand on aime, on
embellit l’être aimé ».
Alceste
Alceste nous est présenté comme un marginal, un colérique et faible. Répétition du verbe
expliquer, il ne reprend la parole qu’à partir du verbe 651 : après les 8 portraits. Cela
démontre la misanthropie du personnage : il ne parle pas/peu en présence du monde. Il pousse
Célimène à la médisance. V.659 : « Ris complaisants ». Il ne s’en prend qu’aux Marquis.
V.660 : « Humeur satirique », v.661 : « Ces traits médisants », v.692 : « Vous avez des
plaisirs que je ne puis souffrir ».
Alceste est faible, il ne sait pas s’attaquer à Célimène directement et il est faible par son
amour pour elle.
CONCLUSION :
La scène, une des plus célèbres du répertoire, repose sur le comique de mots et de
situation. Elle nous montre que les mots peuvent « tuer » un individu et que c’est là le
passe-temps favori de la Cour. Le comique de situation vient de la marginalisation
d’Alceste, qui est ridicule dans ses entêtements et ses contradictions. Mais la scène révèle
également du registre pathétique car elle nous fait bien comprendre l’incompatibilité
des personnages qui ne laisse rien présager de bon. Le lecteur se demande quand Alceste
arrivera à parler à Célimène et lui avouera ses sentiments.

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