le versant interne de l'approche centrée sur la personne

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1 Le versant interne de l'Approche Centrée sur la Personne et la pratique méditative. Gérard Mercier Comme les arts énergétiques Chinois comportent une dimension externe( Kung Fu, wing shu, Wushu...) et un volet interne(Taï Chi Chuan, Gi Gong...), l'Approche Centrée sur la Personne(ACP) présente elle-aussi une expression similaire. Son volet externe relève de la qualité relationnelle que le thérapeute offre à son client, tissu vivant dont les fibres se maillent selon une tension dynamique que préside les 6 conditions énoncées par Rogers(1)parmi lesquelles 3 attitudes nodales , propres au thérapeute, jouent un rôle déterminant(voir les conditions 3, 4 et 5 ci-dessous). La dimension interne de l'ACP se rencontre sur deux plans complémentaires:le travail sur soi du thérapeute, lors de la thérapie personnelle, et au cours de sa formation expérientielle, tant initiale que continue(supervision). Je ne prétendrai pas ici que la pratique méditative puisse se réduire seulement à cet aspect interne en convergence avec les attitudes que le thérapeute s'offre à lui-même.Elle renvoie avant tout à ce que John Welwood appelle «une psychologie de l'éveil» qui reconnaît le domaine plus vaste «de la conscience dénudée de l'ego.»(Welwood.-2003 – p.67).Domaine sur lequel je ne me risquerai pas ici, s'agissant de l'aspect proprement spirituel de la méditation.
Publié le : dimanche 22 juin 2014
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1
Le versant interne de l'Approche Centrée sur la Personne
et la pratique méditative.
Gérard Mercier
Comme les arts énergétiques Chinois comportent une dimension externe( Kung Fu, wing shu,
Wushu...) et un volet interne(Taï Chi Chuan, Gi Gong...), l'Approche Centrée sur la Personne(ACP)
présente elle-aussi une expression similaire.
Son volet externe relève de la qualité relationnelle que le thérapeute offre à son client, tissu
vivant dont les fibres se maillent selon une tension dynamique que préside les 6 conditions
énoncées par Rogers(1)parmi lesquelles 3 attitudes nodales , propres au thérapeute, jouent un
rôle déterminant(voir les conditions 3, 4 et 5 ci-dessous).
La dimension interne de l'ACP se rencontre sur deux plans complémentaires:le travail sur soi du
thérapeute, lors de la thérapie personnelle, et au cours de sa formation expérientielle, tant initiale
que continue(supervision).
Je ne prétendrai pas ici que la pratique méditative puisse se réduire seulement à cet aspect
interne en convergence avec les attitudes que le thérapeute s'offre à lui-même.Elle renvoie avant
tout à ce que John Welwood appelle «une psychologie de l'éveil» qui reconnaît le domaine plus
vaste «de la conscience dénudée de l'ego.»(Welwood.-2003 – p.67).Domaine sur lequel je ne me
risquerai pas ici, s'agissant de l'aspect proprement spirituel de la méditation.
Néanmoins, l'expérience vécue ici et là m'a conduit à comprendre que la facette interne de l'ACP
s'apparenterait à l'expérience de soi telle que les pratiquants de la méditation la décrivent. Il
s'agirait d'une intériorisation des 3 attitudes fondamentales mises en œuvre pour soi-même. En
d'autres termes, la pratique méditative décrirait comment la personne s'offre à elle-même
congruence, considération positive inconditionnelle et compréhension empathique.
1- Congruence et pratique méditative.
Barbara Termaner Brodley( 2013; in ACP-PR n°17 p.31) explique la congruence comme «la capacité
et l'activité de symboliser exactement des expériences dans la conscience.» Et encore: «Les
personnes sont congruentes si, dans la prise de conscience, leurs symboles sont appropriés aux
perceptions dont elle font l'expérience.».( réf.citées .p.43).
Selon Rogers(1951 trad. Helga Heneman P.24. XV° proposition) «L'adaptation psychologique existe
lorsque le concept du Moi est tel que toutes les expériences sensorielles et viscérales de
l'organisme sont , ou pourraient être assimilées sous une forme symbolique à une relation avec le
concept du Moi.».
La congruence, en ce qu'elle a de plus intime au cœur de la relation de soi à soi, ouvre un champ
phénoménologique de perceptions, de sensations et de sentiments qui composent la partition du
mouvement interne de l'être.
Fabrice Midal ( 2012- Pratique de la méditation p. 31 et 34.) est sans doute l'un des pratiquants
francophones qui s'efforce de témoigner au plus près de l'expérience méditative: « La pratique
méditative, écrit-il, ne consiste pas à refuser les pensées qui surviennent, à chercher à entrer dans
un état statique sans pensée, mais à les reconnaître, puis à revenir au présent.(...)La méditation
ne vise pas à nous apprendre à nous défaire de nos émotions, mais à leur témoigner une plus
grande attention. Il ne s'agit ni d'accepter une émotion ni de la refuser mais de faire entièrement
connaissance avec elle.». Cette phrase, que Rogers n'aurait sans doute pas récusée, est
l'expression de la congruence en ce qu'elle a de plus interne, là où nous nous rencontrons nous-
mêmes au cours de la thérapie personnelle...
Plus loin l'auteur écrit(p.51): « La pratique consiste précisément à avoir la lucidité et le courage de
nous confronter à ce que nous sommes, tels que nous sommes, et à nous ouvrir à toutes les
difficultés qui viennent.».
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2-Acceptation inconditionnelle et pratique méditative.
Sur le versant relationnel, écrit Brian Thorne( 1994-Comprendre Carl Rogers .P. 56) «l'acceptation ou
plus précisément la considération positive inconditionnelle suppose de la part du thérapeute une
sollicitude vierge de tout jugement de valeurs sur les pensées , les sentiments ou les
comportements du client. Il ne peut pas être question que le thérapeute accepte certains aspects
de son client et en rejette d'autres(...) ; Cette acceptation s'étend à tout l'éventail des sentiments et
des attitudes, de l'hostilité et de l'indifférence à l'amour et à la joie.».Comment concevoir que le
thérapeute puisse offrir un tel niveau d'accueil il à son client et, chez lui, refuser des configurations
intimes qu'il devrait mettre sous quarantaine, voir frapper d'anathèmes réprobateurs...Celles-ci ,
sous les coups d'une morale étroite, ne vont-elles pas se cristalliser en une autoculpabilisation
punitive?
Ce que je vis en thérapie relève de ce chemin d'acceptation . « Celui-ci n'est pas fondé sur la
haine, mais sur la tendresse, celui qui n'est pas agression mais confiance ?. De façon très
frappante, accepter nos imperfections, accepter d'être plus vulnérable que nous le voulions ou non,
libère d'un poids étouffant. Nous n'avons pas à nous défendre tout le temps de tout.» ( Fabrice
Midal p. 50.).
3- Compréhension empathique et pratique de la méditation.
Selon Brian Thorne «Le thérapeute doit comprendre comment le client se voit lui-même et voit le
monde(...). Cette compréhension suppose chez le thérapeute le désir et la capacité de pénétrer
sans peur dans le monde des perceptions personnelles de son client et d'en devenir un familier.».
(P. 56.) L'expérience méditative ouvre pour soi-même des espaces de compréhension qui révèlent
la facette interne de l'empathie et «implique de nous ouvrir à notre expérience, à faire face et à
travailler tels que nous sommes, au lieu d'essayer de façon agressive de nous transformer en
quelque chose de différent.» ( John Welwood. (2003) Pour une Psychologie de l'Eveil . P. 61).
L'empathie per se ouvre un chemin d'affirmation de la vie contenue , parfois cadenassée dans les
structures épineuses du moi , « Quelles que soit la chose avec laquelle nous nous débattons,
quelle que soit la chose qui nous semble la plus névrotique, elle peut devenir un important tremplin
sur notre chemin. Quel que soit le problème, la question ou la confusion que nous avons, quel que
soit ce qui nous semble impossible dans nos vies, si nous allons vers cela, si nous le voyons, le
ressentons, établissons une relation avec et l'utilisons, cela devient notre chemin.»( John Welwood
P.65).
Etre en amitié avec la forme, c'est comprendre un fond qui cherche à se manifester autrement que
par la souffrance ou ce trouble qui m'affecte, «Cela implique aussi que vous communiquiez ce que
vous percevez de ce monde, vous qui voyez d'un œil nouveau et sans crainte des choses dont
l'individu a peur.»( Rogers, -1980-cité par Brian Thorne, P.57). Ici, dans l'expérience méditative, cet
individu, c'est moi-même...
«La thérapie centrée sur le client, comme l'Approche Centrée sur la personne dans ses
applications variées, repose sur une théorie des attitudes.» écrit Barbara Termaner Brodley(. p.53).
Son versant externe est de nature interpersonnel et relationnel. Son art interne concerne la
pratique méditative:congruence, acceptation positive inconditionnelle et compréhension
empathique envers soi-même sont au cœur du mouvement de vie tel que je le vis en thérapie
personnelle et en supervision:L'étudiant, écrit Barbara Termaner Brodley (p.53) expérimente
l'application des attitudes thérapeutiques et en observe les effets à la fois de l'intérieur et de
l'extérieur.»Cette double mouvance pointe une dialectique entre le mouvement de mise en œuvre
des attitudes en interne et le volet thérapeutique venant promouvoir le climat facilitant offert au
client. «Dans ce processus de développement thérapeutique personnel, maintenir la congruence
et faire l'expérience des attitudes de regard positif inconditionnel et de compréhension empathique
deviennent des qualités importantes dans la construction de la personnalité du thérapeute, dans la
relation avec les clients tout au moins.»( Barbara Termaner Brodley. P 55. C'est moi qui souligne).
En soi-même , comme dans la pratique de la méditation, il y a dans la mise en perspective des 3
attitudes en concordance une triple forme de transcendance:«Habiter totalement son corps,3
travailler avec ses schémas psychologiques, prendre sa véritable forme, c'est le travail qui
consiste à se relier à la terre, le principe terrestre en action.»( John Welwood .réf.citées p. 43).N'est-
ce pas là l'expression de la congruence? Et l'auteur de poursuivre(p,46 et 47): « Aussi longtemps
que nous restons coincés dans une compréhension limitée de qi nous sommes, ces kleshas(2)
continueront à s'élever, indépendamment de la quantité de psychothérapie que nous aurons
suivie(...). Quand nous ne sommes plus obligés de rejeter nos tendances névrotiques, nous avons
plus de compassion et de compréhension vis-à-vis de la manière dont elles affectent également
les autres?( John Welwood p.46 et 47) Ce travail sur l'âme, principe céleste bouddhiste, serait une
des formes prises par la considération positive inconditionnelle envers nous-mêmes.
Enfin:» l'interaction de la terre et du ciel, de prendre forme et de lâcher prise vis-à -vis de cette
forme donne naissance au troisième principe de travail intérieur -l'éveil du cœur, qui correspond
dans la pensée chinoise au principe de l'homme(de l'humain). Eveiller le cœur implique de sortir
de notre cuirasse caractérielle afin d'accueillir en nous la réalité et les autres êtres.( John Welwood
p.47, c'est moi qui souligne.). N'est-ce pas la aussi l'expression de la compréhension empathique pour
soi-même .
En résumé, au centre du processus méditatif:
- se relier à la terre et prendre forme-le principe terrestre- correspond à la manifestation interne de
la congruence;
– au principe céleste, l'acceptation positive inconditionnelle;
– au humain ,a compréhension empathique per se.
Trois niveaux sont en dialogue et ici en appui complémentaires, relevant d'une phénoménologie de la
pratique méditative. Cependant, avertit Fabrice Midal, «la méditation n'est pas une thérapeutique, elle
est à la fois moins et plus que cela»( réf. citées p. 170). la met en mouvement les 3 attitudes
sur le versant intimiste de notre présence à nous-mêmes. L'accueil de nos sentiments, de nos chimères
et de nos sensations vécues en un climat de compréhension dessinent un possible chemin d'éveil.
Le travail sur soi et la qualité relationnelle se joignent en une double hélice d'efficacité et de
recueillement dont la résultante est la présence dont témoigne ici Rogers, (rapporté par Brian Thorne.
p. 58-59).): «Je découvre que lorsque je suis vraiment très près de mon moi intérieur, intuitif, lorsque
d'une certaine façon je suis en contact avec l'inconnu en moi, lorsque peut-être je me trouve dans un
état de conscience légèrement différent(altered) au cours de la relation, il me semble que, quoi que je
fasse, ce que je fais est profondément thérapeutique . Ma simple présence est efficace et bienfaisante .
Je ne puis rien faire pour provoquer cet état, mais quand je suis détendu tout en étant en moi-même
proche de mon noyau transcendental, il m'arrive d'avoir des comportements étranges et impulsif(...) .
Mais très étrangement, ce curieux comportement se révèle approprié. A ces moments, j'ai l'impression
que mon esprit atteint l'esprit de l'autre. Notre relation se transcende elle-même et devient un part de
quelque chose de plus grand. Je constate alors la présence d'un progrès en profondeur, d'une
croissance, d'une guérison, d'une grande énergie.».
Comme un va-et-vient allant de la méditation à la communion...

Références bibliographiques:
Brodley, B. T.(2013) « La congruence et sa relation à la communication en thérapie centrée sur le
client.» in: A.C.P- Pratique et Recherche . P-p 28-64. n°17;juin 2013.
Midal, F.(2012). « de la méditation.» Le Livre de Poche.
Rogers, C.R.(2009) « Psychothérapie et relations humaines. Théorie de la Thérapie Centrée sur la
personne.»E.S.F Editeurs.
Carl, C. R.(2002) « Client Centered Therapy.» Chapter 11« A theory of Personnality and Behavior .» p-
p 481-533; traduction Helga Heneman : « Une théorie de la personnalité et du comportement.»
webographie: carl-rogers.fr pdf.
Thorne, B.(1994). «Comprendre Carl Rogers.» Privat. Editeur.
Wewood, J.(2003) « Pour une psychologie de l'Eveil..» La Table Ronde._(1)« Pour que le processus thérapeutique se produise, il faut que:
-1) deux personnes soient en contact psychologique;
-2) la première personne, que nous appellerons le client, se trouve dans un état de désaccord interne, de vulnérabilité ou
d'angoisse
-3)la seconde personne, que nous le thérapeute, se trouve dans un état d'accord interne au moins pendant
la durée de l'interview et par rapport à l'objet de sa relation avec le client
-4) le thérapeute éprouve des sentiments de considération positive inconditionnelle à l'égard du sujet
-5) le une compréhension empathique du cadre de référence interne du client ;
-6) le client perçoive-ne fût-ce que dans une mesure minime-la présence de 4 et de 5, c'est à dire de la considération
positive inconditionnelle et de la empathique que le thérapeute lui témoigne.»(Rogers.C.R., 2019. P.56
«psychothérapie et relations humaines.»-ESF éditeurs)
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(2)le mot klesha désigne dans la pratique bouddhiste les 5 tendances ou causes de la souffrance : la saisie,
l'agressivité, l'ignorance , la jalousie et l'orgueil.

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