La diatribe du Docteur Akakia, Médecin du pape P. Radelet-de Grave ...

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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Iris y déployait sa changeante parure, Dans cet arc lumineux que nous peint la nature, Prodige pour le peuple et charme de nos yeux. Voltaire à Maupertuis, le 22 mai [1738]
La diatribe du Docteur Akakia, Médecin du pape P. Radelet-de Grave
Introduction "Toute l'Europe aiant éte en alarmes dans la dangereuse querelle sur une formule d'algèbre etc. Les deux parties principalement intéressées dans cette guerre, voulant prevenir une effusion d'encre insuportable à la longue à tous les lecteurs, sont enfin convenuës d'une paix philosophique en la manière qui suit". Ainsi commence leTraité de paix conclu entre Monsieur le Président et Monsieur le Professeurqui avec laDiatribe du Docteur Akakia, Médecin du pape fait partie d'une série de huit pamphlets rédigés à partir de novembre 1752 et rassemblés par Voltaire en avril 1753, sous le titre Histoire du docteur Akakia et du natif de St Malo1. Le natif de Saint-Malo, Pierre Louis Moreau de Maupertuis présente les choses de la manière suivante dans l'édition de ses œuvres de 1756, c'est-à-dire après la bataille pour autant que l'on puisse dire que celle-ci se soit jamais terminée:"Ces lettres n'étoient pas encore répandues dans le Public, que la haine s'étoit déchaînée de la manière la plus indigne. Si l'on a lu ce fameux libelle imprimé tout à la fois en plusieurs endroits, on verra qu'il est bien plus fait contre moi que contre mon ouvrage; qu'on y représente avec la plus grande injustice la plupart des choses qui se trouvent dans ces Lettres, qu'on n'a rien du tout compris aux autres; que le reste n'est qu'un torrent d'injure2" s . Il poursuit faisant entrer en jeu Frédéric II : "Si mon ouvrage eût été véritablement attaqué, je ne sais si j'eusse été tenté de répondre: mais on attaquoit ma personne, et le Roi le plus juste a pris ma defense. Ce monarque, qui accorde au bel esprit une protection si marquée, met avant tout ce qu'il doit à l'homme. Tandis que d'une main il récompensoit magnifiquement les talents, de l'autre il signoit la sentence contre l'abus criminel qu'on faisoit3."... Allusion au fait que "Dimanche passé ][le 24 Décembre 1752libelle fut brûlé par la main du bourreau,son sous la potence, et dans toutes les places publiques4."                                                 1 1753 Voltaire. 21752 P.L.M. de Maupertuis, p. 187. 31752 P.L.M. de Maupertuis, pp. 187-188. 4 décembre 1752, Œuvres le 30 Moncrif, Berlin de ParadisP.L.M. de Maupertuis à François Augustin de Voltaire, lettre D5126, vol. 97 (1971), p. 291.
Le drame, car il y a bien un drame derrière ces pamphlets, se joue entre le 10 octobre 1749, date de la mort de Gabrielle Emilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du Chastelet, événement qui détermine Voltaire à accepter l'offre de Frédéric II de se rendre à Berlin, au 15 avril 1753 date de l'envoi à l'imprimeur de l'Histoire du docteur Akakia Francfort parmois avant l'arrestation de Voltaire àdeux Frédéric II. Les acteurs de ce drame sont au nombre de cinq et leur présentation montre immédiatement les interférences qu'ils vont occasionner; ils sont, à une exception près, aussi célèbres les uns que les autres mais dans des domaines différents. L'exception est le professeur Samuel Kœnig que E.A. Fellmann continue à défendre en 1973. "Alors qu'il était encore à Franeker, Kœnig écrivit le brouillon d'un essai important sur le principe de moindre action et qui était dirigé contre Maupertuis. La controverse allumée par ce travail publié en mars 1751 déboucha sur la plus horrible de toutes les fameuses disputes scientifiques. Les acteurs principaux en furent Kœnig, Maupertuis, Euler, Frederic II et Voltaire; et il est bien connu qu'elle a terni le blason autrement sans tâche d'Euler. Kœnig fut le vainqueur moral d'une affaire où tous les grands scientifiques européens -à l'exception de Maupertuis et d'Euler- étaient à ses côtés5." A présent que vous avez reniflé l'odeur de la poudre, voici les acteurs en rang de bataille : Pierre Louis Moreau de Maupertuis (1698-1759) est président de la nouvelle Académie des Sciences de Berlin, il est secondé par le directeur de la même Académie, Leonhard Euler (1707-1783) et tous deux sont sous la protection de Frédéric II (1712-1786), roi de Prusse. Le professeur qui s'opposent à eux, Samuel Koenig (1712-1786) vit à La Haye où il est bibliothécaire de la Princesse d'Orange. Il est défendu par Voltaire (1694-1778) .
                                                5Dictionnary of scientific biography, Ed. Charles Coulston Sons, New Gillispie, Charles Scribner's York 1970, vol. VII, pp. 442-444.
I. Les relations des acteurs6avant 1749
Fig. 1 Conquis par les théories de Newton, dès 1728, à l'occasion d'un voyage en Angleterre, plus tard, élève de Johann I Bernoulli à Bâle, Maupertuis enseigne le newtonianisme à la Marquise du Chastelet, auteur de la seule traduction complète desPrincipiade Newton en français.
                                                6La célébrité des différents personnages fait multitude de documents, de lettres que l'on trouve une publiées et de littérature secondaire sur ces personnages.
Fig. 2 La Marquise du Chatelet entraîne Voltaire dans l'aventure newtonienne et ce dernier sera avec Maupertuis, Clairaut et Daniel Bernoulli, le fils de Johann parmi les premiers défendre ce point de vue sur le continent. En 1735, Maupertuis décrit la forme de la Terre sur base de la nouvelle théorie7 d'un. La Terre est aplatie aux pôles à cause de sa rotation. Les Cassini sont avis opposé : la terre est allongée aux pôles.
                                                71738 P.L.M. de Maupertuis.
Fig. 3 En 1736-37, il dirige une expédition en Laponie, près du pôle pour y mesurer un arc du méridien, alors qu'une expédition placée sous la direction de la Condamine part au Pérou pour y faire la même mesure près de l'équateur. La confrontation des résultats donne une confirmation de poids à la théorie Newtonnienne. Ce succès vaut à Maupertuis les vers flatteurs que Voltaire écrivit à l'époque et qu'il plaça sous son portrait :
Fig. 4 Ce globe mal connu qu'il a sçu mesurer
Devient un monument où sa gloire se fonde, Son sort est de fixer la figure du Monde De lui plaire et de l'éclairer8.
Fin 1742 ou début 43 Maupertuis écrit à Johann II Bernoulli :"Je luy [Brouker] belle estampeouvrages que j'ai fait imprimer avec uneenvoye aussy ... tous les qu'on a gravé icy au bas de laquelle Voltaire a mis 4 vers que je trouverois fort beaux s'ils étoient plus conformes à la vérité. Je crois en vérité que j'ay oublié de vous envoyer cette estampe, mais vous l'aurés si vous la voulés à la premiere occasion9. "
Fig. 5 La correspondance Johann II-Maupertuis contribue à mieux faire connaître Maupertuis, car le portrait caricatural qu'en fera Voltaire : "C'est un philosophe qui marche en raison composée de l'air distrait et de l'air precipité, l'œuil rond et petit, la perruque de même, le nez écrasé, la phisionomie mauvaise,                                                 8 Voltaire, p. XXV. 1753 9 fol. 72b. Je citerai d'autant plus Correspondance Johann II Bernoulli, P.L.M. de Maupertuis -volontiers les documents de cette correspondance qu'ils sont inédits.
aiant le visage plein, et l'esprit plein de lui même, portant toûjours scalpel en poche pour disséquer les gens de haute taille10 par exemple, est tellement percutant que bien des " historiens s'y sont laissés prendre et que leur description du personnage s'en ressent. Selon O. Spiess, les vers flatteurs de Voltaire seraient devenus durant la querelle Pierre Moreau veut toujours qu'on le loue Pierre Moreau ne s'est point démenti Par moi, dit-il, le monde est aplati Rien n'est plus plat, tout le Monde l'avoue.11
Mais nous n'en sommes pas encore là. Lorsque le livre de Maupertuis surla figure de la Terre12paraît Voltaire s'exclame : "Je viens de lire Monsieur, une histoire, et un morceau de physique plus intéressant que tous les romans. Mme du Châtelet va le lire, elle en est plus digne que moi. Il faut au moins pendant qu'elle aura le plaisir de s'instruire, avoir celui de vous remercier. Il me semble que votre préface est très adroite, qu'elle fait naître dans l'esprit du lecteur du respect pour l'importance de l'entreprise, qu'elle intéresse les navigateurs. à qui la figure de la terre était assez indifférente, qu'elle insinue sagement les erreurs des anciennes mesures, et l'infaillibilité des vôtres, qu'elle donne une impatience extreme de vous suivre en Laponie13. " Il joint même un long poème dont voici quelques vers :
Lorsque la vérité sur les gouffres de l 'onde, Dirigeait votre course aux limites du monde, Tout le Nord tressaillit, tout le conseil des dieux Descendit de l'Olympe et vint sur l'hémisphère Contempler à quel point les enfants de la terre Oseraient pénétrer dans les secrets des cieux. ... Dans ce conseil divin Neuton parut sans doute; Descartes précédait, incertain dans sa route, Tel qu'une faible aurore, après la triste nuit, Annonce les clartés du soleil qui la suit.                                                 10 1753 Voltaire, p. 29. 11Otto Spiess,Leonhard Euler,Leipzig 1929, p. 142. 121738 P.L.M. de Maupertuis. 13 Voltaire de citerons les lettres Nous selon deles œuvres complètes Voltaire, Voltaire The Foundation at the Taylor Institution, Oxford : Voltaire à P.L.M. de Maupertuis, de Cirey Kittis, 22 mai [l738], lettre D1508, vol. 89 (1969) p. 131.
... Est-ce à vous d 'écouter l'ambition funeste Et la soif des faux biens dont on est captivé Un instant les détruit, mais la vérité reste. Voilà le seul trésor, et l' vez, trouvé14. vous a
Fig. 6 La même année 1738, Voltaire recommande Maupertuis à Frédéric II et l'Académie des Sciences de Paris propose comme sujet de son prixla nature et la propagation du feu.Le prix sera partagé par Leonhard Euler, Laurent du Fiesc et le Comte de Crequy, deux illustres inconnus. Et, chose tout à fait inhabituelle, les textes de la Marquise du Chastelet et de Voltaire qui avaient concouru indépendamment furent également publiés dans le recueil des Prix15. Poursuivant sur sa lancée, Voltaire publie plusieurs textes scientifiques dont lesEléments de philosophie de Newton16 une etréponse aux objections principales qu'on a faites en France contre la Philosophie de Newton17 en 1739. Dans une lettre à P.L.M. de Maupertuis, envoyée de Bruxelles le 28 mai I741, il exprime incidemment l'opinion que les scientifiques avaient de ses travaux :                                                 14 D1508, mai [l738], lettre 22 P.L.M. de Maupertuis, de Cirey Kittis, vol. 89 (1969) pp.Voltaire à 131-132. 15 1738 Voltaire. 16  17391Voltaire.  1717392Voltaire.
"L'académie est toujours partagée sur les forces vives. J'ay pris la liberte d'entrer dans la querelle, et d'envoyer un mémoire à L'Académie. Je voulois un jugement, mais mrs Cleraut18et Pitot,19 nommez commissaires, se sont contentez de dire que je n'entendois pas mal la matière, et Pitot prétend que le fonds de la chose est aussi difficile que la quadraturre du cercle. Je ne croiois pas que cette question fût si profonde20." Maupertuis fit plusieurs séjours à Cirey avec Emilie du Chastelet et Voltaire. En 1739, il passe par là avant de se rendre à Bâle puis sur le chemin du retour, alors qu'il est accompagné d'un jeune Leibnizien : Samuel Kœnig qui initie la Marquise à cette philosophie:"Vous en êtes coupable, vous qui lui avez fourni cet entousiaste de Kœnig, chez qui elle puisa ces hérésies, qu'elle rend si séduisantes ..." écrit Voltaire à P.L.M. de Maupertuis21.
Fig. 7 Arrivé au pouvoir en mai 1740, Frédéric II décide de promouvoir une Académie des sciences et, pour cette raison, tente d'attirer à Berlin un grand nombre de savants:"Le roy de Prusse me mande qu'il a fait acquisition de vous Monsieur, et de Mrs Volf et Euler. Cela veut il dire que vous allez à Berlin, ou que vous dirigerez de Paris les travaux académiques de la société que le plus aimable de tous les rois, le plus digne du trône et le plus digne de vous, veut établir22?"Cette lettre de Voltaire à
                                                18 Il s'agit d' Alexis Claude Clairaut (1713-1765). 19 Pitot (1695-1771). Henri 20Voltaire à P.L.M. de Maupertuis, de Bruxelles le 28 may I741, lettre D2489, vol. 92 (1970), p. 33.  21Voltaire à P.L.M. de Maupertuis, de Bruxelles le 10 aoust 1741, lettre D2526, vol. 92 (1970), p. 95. 22 de Bruxelles le 7 juillet 1740, lettre D2262, vol. 91 (1970), p. 239.Voltaire à P.L.M. de Maupertuis,
P.L.M. de Maupertuis montre qu'à cette époque leurs relations étaient bonnes. Une première altercation, légère, a lieu en 41:"Je ne vous cacheray point qu'on m'a mandé que vous vous étiez plaint à Berlin d'expressions dont je m'étois servi en parlant de vous23" suivie bientôt de"monsieur que vous soyez assez leibnitienJe suis très mortifié mon cher pour imaginer que vous avez une raison suffisante d'être en colère contre moy24! " A la même époque Euler arrive à Berlin ce qui fait écrire par Voltaire à s P.L.M. de Maupertui"Est il vrai qu'Euler est à Berlin? vient-il faire une académie des sciences au rabais?25" Maupertuis n'est pas beaucoup plus enthousiaste. Il écrit non sans ironie à Johann II Bernoulli :"Notre Euler s'est comporté singulierement dans cette affaire26, et en général est un home fort singulier, fort tracassier et qui aime à se mesler de tout; ... comment cet homme qui est si grand geometre a si peu d'esprit. Tout ceci cher amy fort entre nous, car c'est encor un de ces secrets de Menage qu'il ne faut pas divulguer27. "Il poursuit, un mois avant l'explosion de la querelle"Nous avons dans notre Academie des phisiciens par dessus la Teste; c'est des philosophes ou Mathematiciens que je voudrois, car notre grand Euler fait bien face à toute la Mathematique, mais on pretend qu'il n'en est 8" pas de mesme de la philosophie2. Voltaire ne manquera pas cette flèche dans le portrait d'Euler qu'il fera pour la première édition duTraité de paix :Qu'il [Euler]confesse ingénuement de " n'avoir jamais apris la Philosophie, et qu'il se repente sincerement de s'être laissé persuader par nous [Maupertuis]29 qu'on pouvoit la savoir sans l'avoir étudiee. Que desormais il se contentera de la gloire d'être, de tous les Mathématiciens de l'Europe, celui qui dans un tems donné peut jetter sur le papier le plus long calcul30." Mais, la chose mérite réflexion, Voltaire a retiré toutes les remarques dirigées contre Euler dans les publications suivantes de ce Traité même dans l'Histoire du Docteur Akakiapubliée en avril 1753.
                                                23 à P.L.M. de Maupertuis, de Bruxelles le 28 may 1741,Voltaire lettre D2489, vol. 92 (1970), p. 33. 24 , 4117t leliuj re1 el sellM.L.P.à upMae  d ,siutreexurB edVri eloatlettre D2510, vol. 92 (1970), p. 65. 25Voltaire à P.L.M. de Maupertuis, de Bruxelles, le 10 aoust 1741, lettre D2526, vol. 92 (1970), p. 95. 26Il s'agit du départ de Grischow de l'Acad. de Berlin pour l'Acad. de St. Pétersbourg 27P.L.M. de Maupertuis à Johann II Bernoulli, fol. 140a. 28 148 fol.P.L.M. de Maupertuis à Johann II Bernoulli,a. 29 fait parler Maupertuis. Voltaire 0 31753 Voltaire, p. 39.
Fig. 8 En 1743, Maupertuis est élu à l'académie française grâce à uneDissertation sur le nègre blanc31 le titre endont, en 1745, il changeraVenus physique32. L'originalité de sa pensée dans ces travaux sur les sciences de la vie, lui vaudra encore quelques railleries de Voltaire. Il s'installe à Berlin en 1745 et devient président de l'Académie de Berlin l'année suivante. L'entrée de Voltaire à l'Académie française, sera l'occasion d'une deuxième altercation :"Mon illustre ami,s'exclame Voltaire,Me voicy enfin votre confrère dans cette académie française où ils m'ont élu tout d'une voix,33" Malheureusement Voltaire à omis de parler de Maupertuis dans son discours d'entrée à l'académie : "Mon cher philosofe je compte que vous avez reçu d'Utrecht un petit paquet contenant ma bavarderie académique. J'ay été privé du plaisir que je me faisois de vous rendre publiquement la justice qui vous est due et que je vous ay toujours rendue. .. On m'a rayé ce petit article dans lequel j'avois mis toutes mes complaisances34." Pourtant, après la mort de la Marquise, date après laquelle Voltaire ne publiera plus aucun écrit scientifique, il accepte de se joindre à Euler, Maupertuis et surtout de rejoindre Frédéric II. Entretemps, Kœnig a été nommé professeur de philosophie et de mathématiques à l'université de Franeker en Hollande, puis en
                                                31P.L.M. de Maupertuis dont la première illustration est reprise dans la figure 8.1744 321745 P.L.M. de Maupertuis. 33 à eriatd .M.L.PerupMae 1e, istu Vol, p. 11.4 (1970)ov ,9 .lD er3733, 46ttlemar 17i 34Voltaire à P.L.M. de Maupertuis, le 26 may [1746], lettre D3401, vol. 94 (1970), p. 30.
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