Le clergé camerounais

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L'auteur dresse une fresque historique qui aide à comprendre le contexte dans lequel la question de la formation du clergé autochtone a été abordée et réalisée au Cameroun, à partir d'une documentation riche et variée. Le livre apporte des éclairages sur ce que certains observateurs appellent le "miracle camerounais", faisant allusion aux progrès rapides de l'évangélisation du Cameroun.
Publié le : mercredi 15 octobre 2014
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EAN13 : 9782336359397
Nombre de pages : 366
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Madeleine-Gertrude Kana BellaLe clergé camerounais
Le grand mérite de l’auteur est d’avoir su procéder avec dextérité au
déchifrage des sources disponibles pour alimenter son enquête :
archives au Cameroun, en France et à Rome, audition des témoins
encore vivants, lecture des monographies accessibles. Quelques repères
s’avèrent ainsi utiles pour guider le lecteur qui accepte de parcourir Le clergé camerounais
l’itinéraire que lui propose Madeleine Gertrude Kana Bella, résumé en
un thème : l’évangélisation du Cameroun ; une perspective : le clergé
indigène ; une période : 1935-1982.
Une réalité apparaît ainsi implacable sur le plan historique : en dépit Naissance, évolution et promotion
des soubresauts et des péripéties qui ont émaillé la formation du clergé,
il reste constant que le clergé indigène a eu tout son mérite dans la 1935-1982
communication de la révélation du Dieu de Jésus-Christ au peuple
camerounais et dans la construction de son pays dans les tâches de
développement.
Trois axes principaux sous-tendent ce magnifque ouvrage :
• Au cœur de la mission ;
Préface de Mgr Léopold Bayemi Matjei• Conditions de formation et ordinations sacerdotales ;
• Promotion du clergé local aux responsabilités dans l’Église. Postface du professeur Daniel Abwa
Jean MOTSALA
Sœur Madeleine Gertrude Kana Bella, née au Cameroun,
est religieuse de la congrégation des sœurs de Saint Paul
de Chartres. Elle est titulaire d’un doctorat en Histoire de
l’Université Charles de Gaulle (Lille III) UFR des Sciences
historiques, artistiques et politiques. Elle a une longue
expérience d’enseignement et de formation dans les instituts
ecclésiastiques de son pays.
38 €
ISBN : 978-2-343-00381-8
EGLISES-AFRIQUE_GF_KANA-BELLA_CLERGE-AU-CAMEROUN.indd 1 30/09/14 22:34
Madeleine-Gertrude
Kana Bella
Le clergé camerounais
Églises d’AfriqueLe clergé camerounais © L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’École polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-00381-8
EAN : 9782343003818 Madeleine-Gertrude KANA BELLA
Le clergé camerounais
Naissance, évolution et promotion 1935-1982

Préface de Mgr Sosthène Léopold BAYEMI MATJEI
Postface du professeur Daniel ABWA















L’Harmattan Collection « Églises d’Afrique »
Depuis plus de deux millénaires, le phénomène chrétien s’est
inscrit profondément dans la réalité socio-culturelle,
économique et politique de l’Occident, au point d’en être le fil
d’Ariane pour qui veut comprendre réellement les fondements
de la civilisation judéo-chrétienne. Grâce aux mouvements
d’explorations scientifiques, suivis d’expansions coloniales et
missionnaires, le christianisme, porté par plusieurs générations
d’hommes et de femmes, s’est répandu, entre autres contrées et
à différentes époques, en Afrique. D’où la naissance de
plusieurs communautés ecclésiales qui ont beaucoup contribué,
grâce à leurs œuvres socio-éducatives et hospitalières, à
l’avènement de plusieurs cadres, hommes et femmes de valeur.
Quel est aujourd’hui, dans les domaines économiques,
politiques et culturels, le rôle de l’Église en Afrique ? Face aux
défis de la mondialisation, en quoi les Églises d’Afrique
participeraient-elles d’une dynamique qui leur serait propre ?
Autant de questions et de problématiques que la collection
« Églises d’Afrique » entend étudier.
Dernières parutions
Sous la direction de Jean BONANE BAKINDIKA, La mission
de l’église dans la construction des états africains, 2014.
Gabriel HOUSSEINI, L’éternité promise…, 2014.
Gabriel TCHONANG, Du Jésus de l’Histoire au Christ de la
gloire, 2014.
Joseph BELEPE, Des écoles pour les pygmées du Mai–Ndombe
(RD-Congo), Contribution des missionnaires scheutistes, 2014.
Olivier NKULU KABAMBA, Le corps humain et sa sexualité,
Jalons pour un nouveau regard théologique, 2014.
Fabrice N’SEMI, Lecture d’Africae munus du pape Benoit XVI.
Éléments d’une théologie prophétique en Afrique, 2013.
Lendo MAKUNGA, Le combat de l’Église pour la justice
sociale. Revisiter le message d’Amos, 2013.
Olivier NKULU KABAMBA, La théologie académique : une
discipline universitaire en éclipse, 2013.




Au cardinal Bernardin Gantin
dont toute la vie a été offerte au service de l’Église
« Au commencement était l’Amour. Je rends grâce de
l’avoir compris… et d’en avoir fait l’Âme de ma devise
épiscopale : « A ton saint Service Seigneur » A votre
service, chers frères et sœurs, pour tout le reste de ma
vie ». REMERCIEMENTS
Au terme de ce travail, il serait trop long de dresser la liste de tous ceux qui
m’ont apporté leurs encouragements, leurs conseils, leur aide dans la quête
toujours difficile des papiers privés ou des souvenirs, et à qui va ma gratitude. Ils
me pardonneront de ne citer que quelques noms.
Le cardinal Bernardin Gantin d’heureuse et vénérée mémoire, à qui je dédie
cette thèse, et qui, par son très grand amour et son dévouement pour l’Église et
les hommes, par son affection, ses conseils, ses encouragements, m’a permis de
tenir et d’aller jusqu’au bout. Il savait que je pouvais mener cette recherche pour
l’Église qui est au Cameroun et n’a eu de cesse de m’encourager dans ce sens,
me donnant des informations, des documents de première main pour, me dit-il, «
que tu puisses apporter quelque chose à ton Église ». De lui, j’ai appris l’amour
et le service de l’Église.
M. Jacques Prévotat a accepté de diriger cette thèse. Ses suggestions de
recherche, sa confiance et sa disponibilité m’ont été infiniment précieuses. Il a
aiguisé en moi le goût de la recherche et de la critique historique. Je lui redis ma
profonde reconnaissance.
Comment ne pas évoquer ici toute l’aide apportée par la famille Masson dont
le dévouement n’a d’égal que l’intérêt porté à ce travail. Qu’elle trouve ici
l’expression de ma profonde gratitude.
Merci à la supérieure générale des sœurs de Saint-Paul de Chartres, mère
Myriam, pour le soutien spirituel, moral et matériel et pour sa confiance. Merci à
la Province de France qui m’a accueillie pour achever cette recherche, pour son
soutien et sa confiance.
Nous voulons également exprimer toute notre amitié à Madame Marie-Rose
Lestienne qui n’a cessé de nous soutenir par ses encouragements.
À mes frères et sœurs Marie Nyassa, Jacques Nkolo Enyegue, Christine
Mbella, Virginie Gelbgras, Jean-Marie Nemi Nkolo, Faustin et à toute ma famille
pour l’intérêt qu’ils ont porté à ce travail et leurs encouragements.
Cette liste est loin d’être exhaustive, notre pensée se tourne vers tous mes
amis, vers tous ceux dont le soutien, l’aide et l’intérêt m’ont été si précieux.
Que chacun trouve ici l’expression de ma reconnaissance et de ma sympathie.
9 PRÉFACE
Naissance, évolution et promotion du clergé camerounais, tel est le titre de
l’ouvrage dont il m’échoit l’honneur d’écrire la préface. Commis par sœur
Madeleine Gertrude KANA BELLA, religieuse camerounaise de la congrégation
des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, cet ouvrage vient enrichir l’historiographie
du christianisme au Cameroun par son horizon d’analyse centré sur la formation
du clergé camerounais.
Cette question du clergé autochtone constitue l’axe central de l’enseignement
des papes sur la Mission. On se rappellera à ce sujet la retentissante encyclique
du pape Benoit XV, Maximum Illud (30 novembre 1919), qui soulignait la
nécessité de tout mettre en œuvre pour former un clergé « indigène » et qui, par
cette insistance même, mettait en exergue un double paradigme missiologique :
celui de l’émergence dune Église locale en pays de mission et celui de
l’inculturation du christianisme. Car le clergé autochtone est appelé à réaliser l’un
et l’autre pour donner un visage à l’Église qui, pour autant qu’il demeure local,
n’en est pas moins universel. S’il est vrai que l’Église universelle se manifeste
dans les églises locales, on ne devra pas perdre de vue que ce sont ces églises
locales qui, à travers leurs diversités, font la beauté et la catholicité de notre
Église. On peut donc se réjouir que, dans Maximum Illud, le pape Benoit XV,
en 1919, ait envisagé la création des épiscopats autochtones, dans la perspective
même de faire évoluer les « territoires de Mission » en « jeunes églises ».
Mais la question du clergé autochtone n’est pas si simple. Il convient avant
tout d’envisager les conditions de sa formation. Car il ne s’agit pas d’avoir
absolument un clergé local. Il s’agit surtout de disposer d’un clergé bien formé,
conscient de ses responsabilités pastorales et engagé dans la construction d’une
Église vivante dans son pays. C’est cette problématique qui est au cœur de la
recherche de sœur Madeleine Gertrude KANA BELLA. L’auteur, dans son
ouvrage, retrace l’histoire du clergé catholique camerounais, des premières
ordinations sacerdotales en 1935, à la création des quatre premières provinces
ecclésiastiques en 1982.
Il faut féliciter et remercier sœur Madeleine Gertrude KANA BELLA d’avoir
réussi à dresser cette fresque historique qui nous aide à comprendre le contexte
dans lequel la question de la formation du clergé autochtone a été abordée et
réalisée au Cameroun, à partir d’une documentation riche et variée. Le livre
apporte des éclairages qui expliquent ce que certains observateurs appellent le «
miracle camerounais », faisant pour ainsi dire allusion aux progrès rapides de
l’évangélisation du Cameroun par comparaison à d’autres pays de la sous-région
d’Afrique centrale tels que le Congo Brazzaville et le Gabon. Si les grandes
figures missionnaires, à l’instar de Mgr H. Vieter, préfet apostolique en 1890 et
vicaire apostolique en 1904, Mgr Vogt, administrateur apostolique et vicaire
11 apostolique respectivement en 1922 et 1923, expliquent par leur intelligence
apostolique et leurs stratégies d’évangélisation « ce miracle », l’auteur montre
également que la contribution des catéchistes demeure essentielle pour ce qui est
de l’évangélisation de proximité et de l’éveil des vocations sacerdotales auprès
des jeunes. Les résultats sont, sinon spectaculaires, du moins admirables. En 45
ans d’évangélisation, l’Église qui est au Cameroun comptait ses huit premiers
prêtres autochtones ; en 65 ans, elle a eu son premier évêque local, en la personne
de Mgr Paul Etoga. On comprend alors le sens des propos tenus par Mgr Vogt
quelques heures avant son décès en 1943 : Non fecit taliter omni nationi [cela
il ne l’a pas fait pour les autres peuples] (p.5. 147). Ces propos tenus par Mgr
Vogt, figure emblématique de l’évangélisation du Cameroun, et père du clergé
camerounais, sont une reconnaissance de la maturité de l’œuvre de Dieu au
Cameroun, dont l’un des aspects importants est non seulement la formation
prometteuse du clergé camerounais, mais également la promotion du clergé à la
prise en charge de son Église.
Même si l’auteur, dans sa conclusion, souligne les dérives auxquelles
n’échappe pas ce clergé dans sa vie spirituelle, nous pouvons tirer de son étude
trois grandes leçons pour l’avenir de l’Église de Jésus-Christ, généreusement
fondée par les missionnaires occidentaux au Cameroun :
1. la formation d’un clergé autochtone est la condition majeure
de l’émergence d’une Église locale ;
2. un clergé bien formé est le gage d’une évangélisation qui
assure l’inculturation en vue de l’approfondissement de la foi ;
3. la croissance et la maturité d’une Église locale sont fonction
de la manière dont le clergé encadre et assure la promotion du laïcat.
Le travail de soeur Madeleine Gertrude KANA BELLA, de ce point de vue,
est pastoralement et scientifiquement recommandable. Aux pasteurs, il donne les
clefs d’un véritable engagement sacerdotal pour un ministère fécond et fructueux;
à la communauté scientifique, i1 donne des pistes de réflexion et de recherche
permettant de mieux connaître, sous un angle historique, l’Église qui est au
Cameroun.
Ouvrage intéressant, de lecture facile, riche en informations sur l’histoire de
l’Église, je voudrais, pour me résumer, réitérer mes encouragements et mes vives
félicitations à l’auteur, tout en recommandant à tous la lecture dudit ouvrage.
D’ores et déjà, à toutes et à tous, bonne lecture !
Mgr Sosthène Léopold BAYEMI MATJEI
Évêque du Diocèse d’Obala
12 Liste des sigles
AA : Apostolicam Actuositatem
AAS: Acta Apostolicae Sedis
AG: Ad Gentes
AMA : Atelier de matériel audiovisuel
ANY : Archives nationales de Yaoundé
ARCAM : Assemblée représentative du Cameroun
ATCAM : Assemblée territoriale du Cameroun
BASC : Bureau des activités socio-caritatives
CCSC : Confédération camerounaise des syndicats croyants
CD : Christus Dominus
CDE : Centro Orientamento Educativo
CDO : Centrale diocésaine des œuvres
CENC Conférence épiscopale nationale du Cameroun
CEPACS : Comité épiscopal panafricain des communications sociales
CFTC : Confédération française des travailleurs chrétiens
CGT : Confédération générale du travail
CICM : Cœur Immaculée Conception de Marie
CSSP : Congrégation des missionnaires du Saint-Esprit
DC : Documentation catholique
DV : Dei Verbum
EN : Evangelii Nuntiandi
FAC : Fonds d'aide et de coopération
ICI : Informations catholiques internationales
JAC : Jeunesse agricole catholique
JEC : Jeunesse étudiante chrétienne
JOC : Jeunesse ouvrière chrétienne
LG : Lumen Gentium
MMC : Multi-media Center
Mt : Évangile selon Saint Matthieu
NEP : Note explicative préliminaire
OMI : Oblats de Marie immaculée
ONU : Organisation des Nations Unies
13 OPM : Œuvres pontificales missionnaires
OSB : Ordre de saint Benoît (bénédictins)
PIME : Prêtres des missions étrangères italiennes
SAC : Société apostolique catholique (les pallottins)
SCJ : Prêtres du sacré-cœur
SCEAM : Symposium des conférences épiscopales d'Afrique et de
Madagascar
SD : Sans date
SDN : Société des nations
Tt : Tite
UCAC : Université catholique d'Afrique centrale
UDEAC : Union douanière et économique d'Afrique centrale
UNC : Union nationale du Cameroun
UPC : Union des populations du Cameroun
USCC : Union des syndicats confédérés du Cameroun


14 INTRODUCTION
Depuis le concile Vatican II (1962-1965), l’inculturation se présente comme
une des préoccupations majeures des Églises d’Afrique. C’est pourquoi ce mot
revient de manière récurrente dans les discours théologiques et anthropologiques.
L’assemblée spéciale du synode des évêques pour l’Afrique qui s’est tenue à
Rome du 10 avril au 8 mai 1994 a reconnu que l’inculturation était le défi majeur
1que ces Églises se doivent de relever .
L’inculturation suppose que l'Église est insérée dans un espace socioculturel
donné. En Afrique subsaharienne dont l’évangélisation s’est déroulée
2essentiellement du XVIIIe au XXe siècle , ce problème se pose avec acuité.
S’agissant précisément de l’inculturation, au-delà de tout essai de définition,
le paramètre qui permet de mesurer ou d’apprécier la profondeur de l’insertion
de l'Église dans un espace donné, c’est la formation des candidats autochtones à
la prêtrise et à la vie religieuse. C’est là une des dimensions essentielles de la
maturité d’une Église locale, née de la mouvance missionnaire.
Le cas du Cameroun, pays d’Afrique centrale, est assez représentatif de cette
réalité. La mission catholique, bien que d’apparition tardive par rapport à la
3mission protestante , a connu une évolution fulgurante au point que certains
4observateurs parlent de « Miracle camerounais ».
Le cas du Cameroun est aussi assez particulier du fait que l’évangélisation par
les missionnaires catholiques apparaît plus tardivement que dans d’autres pays
d’Afrique noire. En effet l’évangélisation catholique du Cameroun (1890) a été
précédée par celle des missions protestantes, à partir de 1841.
L’évolution du clergé autochtone semble avoir été beaucoup plus rapide ici
qu’ailleurs. Car en 45 ans d’évangélisation (1890-1935), l'Église missionnaire du
Cameroun a produit ses premiers prêtres autochtones (1935) bien avant le Gabon
dont la première mission, Sainte-Marie de Libreville, a été fondée en 1844. Le
1 Jean Paul II, Ecclesia in Africa : Exhortation apostolique post-synodale Jean Paul II aux prêtres
et aux diacres, aux religieux et religieuses, et à tous les fidèles laïcs sur l’Église en Afrique et sa
mission évangélisatrice vers l’an 2000, Église catholique Paris, Téqui 1995. Voir tout le chapitre
sIII à savoir les n° 55-71 et plus particulièrement le n° 59 (Urgence et nécessité de l’Inculturation) ;
60-61 (Fondements théologiques ; 62 (critères et domaines de l’inculturation) ; 64 (Domaines
d’application).
2 Rome envoie encore la congrégation des Oblats de Marie immaculée (OMI) en 1946 pour
l’évangélisation du Nord-Cameroun.
3. Les missionnaires protestants arrivent en 1841 dans l’Île de Fernao do Po dans l’estuaire du Wouri
et commencent l’évangélisation du pays Douala. Déjà, ils faisaient des incursions en territoire du
Cameroun avant leur établissement en 1843. Les missionnaires catholiques (pallottins) arrivent au
Cameroun en 1890.
4 J. Wilbois, Le Cameroun : les indigènes, les colons – les missions, l’administration française,
Paris, Payot, 1934, p. 171.
15

5Cameroun en dépendait jusqu’en 1863 . Le 30 novembre 1955, un prêtre
camerounais est sacré évêque à Yaoundé. Il s’agit de Mgr Paul Etoga, premier
6évêque d’Afrique noire sous administration française . Ce sacre épiscopal est un
signe de « maturité précoce » de l'Église qui est au Cameroun.
En cent ans d’évangélisation, cette Église a connu une croissance
spectaculaire. De quatre catholiques en 1890, elle en compte plus de quatre
millions en 1990, soit plus de 35 % de la population camerounaise contre 20 %
7de musulmans et 17 % de protestants . D'après l'Agence internationale FIDES,
les données religieuses du Cameroun sont les suivantes ; 40 % de la population
suit les religions traditionnelles; 26 % de cette population appartient à l'Église
catholique, 14 % à d'autres confessions chrétiennes ; 20 % sont des fidèles de
8l'Islam . Cette croissance fait de l'Église catholique, la première et la plus grande
institution religieuse au Cameroun prenant la relève des missionnaires. Cette
croissance porte l’estampille du clergé autochtone.
Il nous faut, pour comprendre cette institution et rendre compte de son
évolution rapide, tenir compte des conditions de l’émergence de ce clergé local :
sa naissance, son environnement ecclésial et social, les conditions d’exercice de
son ministère.
Plusieurs études ont été consacrées à l’histoire de l’Église qui est au
9Cameroun , mais très peu au clergé camerounais lui-même et à sa contribution à
10la croissance de cette Église locale . On peut citer : la thèse de Barthélemy Tsila
5 Dans le cadre de la préfecture apostolique des Deux-Guinées créée en 1842 et dont le siège se
trouve à Libreville (Gabon). E. Mveng, (sous la direction de) L'Église catholique au Cameroun.
Cent ans d’évangélisation. Presso Grafiche Dehoniane Bologna, novembre 1990 Album du
centenaire .p 22; 432pages, p. 22.
6 Rappelons que le Rwanda a eu son premier évêque trois ans avant le Cameroun. En effet, Mgr
Louis Bigimwabi a été sacré le 14 février 1952. Le Rwanda était un territoire sous tutelle belge.
Mais le Rwanda, comme le Cameroun, était une colonie allemande.
7 Cf. E. Mveng, L’Église Catholique au Cameroun. Cent ans d’évangélisation, op. cit., p 22.
8 FIDES informations, Agence internationale FIDES (AIF), Palazzo de Propaganda Fide, Rome, 10
juillet 1985, n°3378, NF.369. Dans ce domaine, les statistiques sont souvent approximatives. Aussi
trouve-t-on mentionné 15% de musulmans au Cameroun. Voir E. Messi Metogo, « Le
christianisme, les religions traditionnelles et l'islam dans l'Afrique d'aujourd'hui », in Inculturation
et conversion, africains et Européens face au synode des Églises d'Afrique, sous la direction de
Ndi-Okalla, Paris, Karthala, 1994, p.73.
9 Cf. Mveng, L'Église catholique au Cameroun. Cent d'évangélisation, op cit. – J.P. Messina, et J.
Van Slagerem, Histoire du christianisme au Cameroun. Des origines à nos jours, Karthala-Clé,
2005. J. Criaud, La geste des spiritains. Histoire de l’Église au Cameroun 1916-1990, Yaoundé,
Saint-Paul, 1990. Plumey, Y., Mission Tchad-Cameroun e, Editions Oblates, 1990, 574 p.
10 J. Bayamack, « Personnalité et méthodes missionnaires de Mgr Vogt au Cameroun 1922-1943 »,
mémoire de maîtrise, 1976, 130 pages. Owona Ada, F. « De la mission à l’Église catholique
camerounaise. Formation et rôle des prêtres noirs », École Normale Supérieure de Yaoundé,
mémoire du Diplôme des Professeurs de Lycées d’Enseignement Général (DIPLEG), 1981.
16

11intitulée : « Statuts juridiques du clergé séculier camerounais » ; le mémoire de
maîtrise d’histoire de Samuel Efoua Mbozo’o intitulé : « Naissance du clergé et
12des congrégations religieuses autochtones au Cameroun: 1919-1939 » . On peut
également citer « L’histoire des séminaires en Afrique », la thèse du jésuite
13Nicolas Ossama ou encore, « L’Église de Yaoundé, aperçu historique » où le
même jésuite parle de Monseigneur Vogt comme père du clergé camerounais et
traite de la création des séminaires. Il y a aussi quelques articles publiés en
14décembre 1996 à l’occasion de la célébration des 60 ans du clergé camerounais .
Nos propres travaux ont tenté d’apporter un éclairage sur la conférence
15épiscopale du Cameroun .
Nous avons aussi bénéficié d’un nombre important d’études qui enrichissent
l’historiographie du christianisme au Cameroun. Beaucoup de ces études ont été
publiées par d’anciens missionnaires, acteurs de l’évangélisation, dont le regard
sur l’Église locale n’est pas toujours neutre. Mais, en tant qu’acteurs historiques,
ils ont le mérite de raconter les faits tels qu’ils ont été vécus et perçus. Une
exploitation de ces études nécessite une distance critique pour repérer les
nondits et compléter leur analyse en consultant d’autres sources. On peut cependant
se réjouir du fait que, depuis la célébration du centenaire de l’Église qui est au
Cameroun, les historiens camerounais ont commencé eux-mêmes à écrire cette
16histoire .
11 B. Tsila, « Statuts juridiques du clergé séculier Cameroun », thèse de doctorat en droit canonique,
C.M.F., Pontificia universitas urbaniana, sectio juridica Penes. Pontificium institutum Missionale
Scientificum, Rome, 2 juin 1963. Cette thèse est en trois tomes, 781 pages + appendices: T1 : 323
pages avec une bibliographie de 16 pages, T2 ; 283 pages T3 : 174 pages, plus deux pages de «
bibliographie supplémentaire ». D’autre part, il y a un appendice de 32 pages : De la directive des
évêques sur la pastorale du baptême, mariage, pénitence, les sanctions et interdits, les personnes
consacrées.
12 S. Efoua Mbozo’o, « La naissance du clergé et des congrégations religieuses autochtones au
Cameroun 1919- 1939. », mémoire de maîtrise, Lyon III, 110 pages, novembre 1978 et sa thèse
soutenue en 1981 sur « La Mission presbytérienne et les mutations religieuses et sociales dans les
peuples du Sud Cameroun (1913-1939) », thèse de doctorat IIIe cycle en histoire, Université Jean
Moulin. Lyon III, 1981.
13 N. Ossama, « Histoire des séminaires en Afrique », thèse de doctorat en histoire, Université Jean
Moulin, Lyon II, 1972, 300p. L'Église de Yaoundé, « Aperçu historique » Yaoundé, St Paul, 1997.
14 Cf. Rencontre : il s’agit de la revue du grand séminaire de Nkolbisson (Yaoundé) tenue par les
grands séminaristes. C’est un bulletin d’information. Cette revue compte des chroniques sur le
clergé camerounais et sur la vie du Grand Séminaire. Le n° 84 de décembre 1996 est consacré à la
célébration des 60 ans du clergé camerounais.
15 M. G. Kana Bella, « La conférence épiscopale nationale du Cameroun (CENC). Bilan et
perspectives », mémoire de maîtrise en histoire, Université Charles de Gaulle Lille III, 1995. 219
pages plus annexes. – M. G. Kana Bella, « La Conférence épiscopale nationale et l’évangélisation
du Cameroun », mémoire de DEA en histoire, Université Charles de Gaulle, Lille III, 1996, 270
pages.
16 E. Mveng, et alii, L’Église catholique au Cameroun 100 ans d’évangélisation ;.Messina, J.P., et
Jaap Van Slageren ; Histoire du Christianisme au Cameroun. Des Origines à nos jours,
KarthalaClé, 2005.
17

Enfin, la création d’instituts de formation à Yaoundé, dont la faculté de
théologie de l’Université catholique d’Afrique centrale, l’École théologique Saint
17Cyprien à Ngoya, l’Institut de théologie et de pastorale pour les religieux (ITPR)
à Yaoundé, offre des perspectives intéressantes à cette recherche qui en est encore
18à ses débuts. Les résultats déjà obtenus sont encourageants .
Concernant les sources, une ambition scientifique comme celle-ci se doit de
bénéficier d’une importante documentation : archives, ouvrages généraux,
articles, mémoires, thèses… La création des diocèses à partir de 1955 y contribue.
Ceux-ci se dotent d’outils d’information. Cette même année est créé un organe
national de presse, L’Effort Camerounais, pour « l’information, l’expression et le
témoignage de la communauté religieuse dans un pays en pleine recherche de sa
19personnalité ». Son but est de couvrir tous les diocèses du Cameroun en matière
d’information et d’actualité nationales. Il s’agit également d’informer le reste du
monde, particulièrement les Églises sœurs d’Occident et d’ailleurs, des grands
événements vécus au Cameroun. Si Douala a été choisi comme siège de L’Effort
Camerounais en 1955, le directeur de cet hebdomadaire inter-diocésain et
inter20régional, le R. P. Fertin va transférer le siège à Yaoundé en avril 1958. L’Effort est censé avoir des correspondants de presse diocésains, mais ceci
pose problème. En effet, de nombreux diocèses sont handicapés, soit par
l’éloignement, soit par le manque de personnel compétent. D’autre part, L’Effort
Camerounais est soit menacé par le Gouvernement à cause des informations de
nature à compromettre son image à l’intérieur et à l’extérieur du pays, soit accusé
de ne pas être assez ouvert aux informations en provenance des diocèses. Ce qui
va menacer la survie de cet organe de presse, menaces aggravées par les déficits
21financiers qui frappent le journal; d’où ces interruptions temporaires . Par
ailleurs, les diocèses anglophones ont leur organe de presse : « Panorama », édité
à Buea, et qui va continuer à exister.
17 Créées en 1979 par les pères Scheut (congrégation belge du cœur immaculé de Marie:cicm) pour
la formation théologique des pères cicm, il s'est avéré que des congrégations masculines présentes
au Cameroun étaient intéressées par la formation de leurs membres. En 1984, un consortium s'est
créé et en 1988, l'école théologique St Cyprien s'est affilié au Teresianum à Rome et délivre un
baccalauréat en théologie après 4 ans de formation.
18 Les instituts et les facultés recrutent des enseignants chercheurs qui s’intéressent de plus en plus
à l’histoire du christianisme. R. Onomo Etaba, « Les Pontificats de Grégoire XVI, de Pie IX et de
Léon XIII dans la Genèse et la naissance de l’Église du Cameroun (1831-1890) », in Annales de
l’École de Théologie St Cyprien, Année VIII, n°12, 2003 Yaoundé-Cameroun. Messina, JP.,
« Citadins et ruraux en Afrique Subsaharienne », in Cahier de l’UCAC, n°4, 1999.
19 J P. Bayemi, L’Effort Camerounais ou tentation d’une presse libre, Paris, Mémoires Africaines,
L’Harmattan, 1989, 170p, p. 15.
20 Père Fertin, de la Congrégation du Saint-Esprit, prêtre du diocèse de Lille, originaire de
Tourcoing, arrive au Cameroun (Makak) un an après son ordination sacerdotale en 1953. C’est lui
que Mgr Bonneau appelle en 1955 pour lancer le nouveau journal.
21 Publication suspendue en 1957, puis d'août 1970 à mars 1971 ; puis de 1975 à 1980 et enfin en
1992.
18

En plus de ces sources écrites, nous avons orienté nos recherches sur le terrain
des enquêtes orales par des interviews que certains acteurs et personnalités
historiques ont accepté de nous accorder. Ainsi, nous avons rencontré longuement
22le premier évêque et archevêque camerounais, Mgr Paul Etoga , ainsi que Mgr
23Jean Zoa . Nous avons essayé, en vain et à plusieurs reprises, d'échanger avec
l'abbé Léon Messi, un des premiers prêtres camerounais, aujourd'hui décédé.
Nous nous sommes adressée à plusieurs membres du clergé susceptibles de nous
24donner un éclairage sur notre sujet de thèse . L'intérêt de ces interviews réside
moins dans les informations recueillies que dans la perception que nos
informateurs ont des événements qui intéressent cette recherche.
Il nous faut replacer cette histoire dans l'histoire générale du Cameroun et de
l'évangélisation de ce territoire. Il existe sur ce plan un nombre appréciable de
publications. Par rapport à la question qui nous intéresse, les publications à
l'occasion de la célébration du centenaire de l'évangélisation du Cameroun
apportent un éclairage important. Ainsi, Ils ont planté l'Église au Cameroun, les
25pallottins : 1880-1915 de Jean Criaud nous révèle que déjà « Kronik
Katholischen Mission Kamerun » de Mgr Vieter proposait la prêtrise aux
meilleurs élèves de l'école des catéchistes d'Einsiedeln, créée en 1907. Toujours
du même auteur, La geste des spiritains. Histoire de l'Église au Cameroun
1916261990 présente la fondation des séminaires et l'évolution de l'Église qui est au
Cameroun. Il va sans dire que L'Église catholique au Cameroun. Cent ans
d'évangélisation apporte un grand éclairage quant à l'évolution et à
l'enracinement de l'Église du Cameroun. Au-delà de ces études, le terrain est
encore en friche.
Nous avons recueilli des informations dans les publications de certaines
27congrégations qui ont contribué à l'évangélisation du Cameroun : Yves Plumey
28pour les oblats de Marie Immaculée dans : mission Tchad-Cameroun ; Le Bayon
22 Mgr Paul Etoga (1911-1998), sacré évêque auxiliaire de Yaoundé le 30 novembre 1955, nommé
évêque de Mbalmayo le 04 juin 1961.
23 Mgr Jean Zoa (1924-1998), archevêque de Yaoundé 1961-1998.
24 Les abbés Jérôme Belinga, Jean-Baptiste Amié, Donatien Nkada, Louis Paul Ngongo, Mgr Jean
Mbarga, Mgr Befe Ateba.
25 J. Criaud, Ils ont planté l'Église au Cameroun. Les pallottins 1890-1915, Publication du
Centenaire Paris 1990, p. 61 et suivants.
26La geste des spiritains. Histoire de l'Église au Cameroun. 1916-1990. Préface du
Professeur Laburthe-Tolra. Publication du centenaire, Saint Paul Mvolyé-Yaoundé, Cameroun,
1990, 339 pages.
27 Mgr Y. Plumey, omi, premier préfet apostolique de Garoua (1947-1953), premier vicaire
apostolique de Garoua (1953-1982), premier archevêque de Garoua 1982-1984 et fondateur de
l'Église du Nord-Cameroun. Il est assassiné à Ngaoundéré le 03 septembre 1991 dans sa résidence
dans des circonstances qui affolent encore l'opinion. Les enquêtes demeurent sans suite.
28 G. Le Bayon, Les prêtres du Sacré-Coeur et la renaissance de l'Église au Cameroun, Procure
des Missions SCJ, passage Soissy, Paris, 1986, p 156.
19

pour les prêtres du Sacré-Cœur (Déhoniens) ; Jean Criaud pour les pères du
SaintEsprit, etc. dont le regard porte cependant beaucoup plus sur l'activité
évangélisatrice de leur congrégation que sur le clergé camerounais.
La plus grande difficulté est que les archives ne sont pas rassemblées dans un
lieu déterminé, mais dispersées dans les maisons missionnaires. Pour les
missionnaires du Saint-Esprit, toutes les archives du Cameroun se trouvent dans
leur maison-mère à Chevilly-Larue ; au Cameroun à la Caseba (maison régionale
des spiritains), il n'y a pratiquement rien, de toutes les archives ayant été
transférées en France. Il en est de même des sœurs spiritains. D'une manière
générale, les missionnaires transportent les archives des pays dits de mission dans
leur maison-mère ou leur généralat. De plus, elles comportent des informations
fragmentaires. Ce faisant, nous avons recouru aux enquêtes orales pour combler
les lacunes signalées dans les archives. Mais, la qualité et la quantité de ces
informations restent variables et relatives. Aussi avons-nous soumis ces ations orales aux exigences de la critique historique. La méthode
d'exploitation de l'ensemble de cette documentation repose sur la critique
historique. Les documents étant de valeur historique inégale, il a fallu les classer
par thèmes et par ordre chronologique, et procéder au recoupement des
informations, afin de bâtir des hypothèses historiques, car toute vérité historique
reste relative.
Au stade actuel de notre recherche, nous ne prétendons pas avoir étudié
exhaustivement la question du clergé camerounais depuis les origines jusqu'à
l'année 1982. Nous pensons cependant avoir apporté des éclairages scientifiques,
d'un point de vue historique, qui puissent permettre à l'Église qui est au Cameroun
de prendre conscience de l'enjeu de la formation du clergé d'une manière
générale, et des missions spécifiques que ce clergé est appelé à assumer au sein
d'une Église comme celle du Cameroun.
Cette recherche demeure, somme toute, importante pour les jeunes Églises
d'Afrique, car la vitalité d'une Église est liée au dynamisme des acteurs pastoraux,
dynamisme qui témoigne de la formation reçue. Aujourd'hui en Afrique, que l'on
éprouve essentiellement le besoin d'un approfondissement, ou celui d'une
nouvelle évangélisation on est renvoyé à une même réalité que le concile Vatican
II nomme : « Église locale », « Église particulière » (termes récurrents dans les
29documents conciliaires) . Dorénavant, l'Église locale est perçue à la fois comme
une communion des chrétiens actifs et dans sa relation à l'Église de Dieu et
comme la manifestation active de cette Église en un lieu donné. À ce propos,
Hervé Legrand écrit que : « Désormais, ce n'est plus l'Église locale qui gravite
29 Can. 134 § 1; 157; 209 § 9; 257; 265-269; 271-272; 433; 439; 514; 838... Christus Dominus (C.D)
n° 11, n°37; Sacrosanctum Concilium (S.C) n° 41... Voir également Henri de Lubac., Les Eglises
particulières dans l'Église universelle, Paris, Aubier-Montaigne 1971, 254 p.
20

autour de l'Église Universelle, mais c'est l'unique Église de Dieu qui se trouve
30présente dans chaque célébration de l'Église locale ».
Dans son approche de l'Église locale, Vatican II apporte trois points forts
quant à la théologie. Dans un premier temps, le concile souligne que l'Église de
Dieu se réalise dans l'Église locale qui est une présence et une manifestation
plénière de l'Église du Christ. Aussi le décret Christus Dominus sur la charge
pastorale des évêques dans l'Église, promulgué le 28 octobre 1965, définit-il le
diocèse en ces termes : « Un diocèse est une portion du peuple de Dieu confiée à
un évêque pour qu'avec l'aide de son presbyterium, il en soit son pasteur : ainsi
le diocèse, lié à son pasteur et par lui ressemblé dans l'Esprit Saint grâce à
l'Évangile et à l'Eucharistie, constitue une Église particulière en laquelle est
vraiment présente et agissante l'Église du Christ, une, sainte, catholique et
31apostolique ». Dans la constitution dogmatique sur l'Église promulguée par le
concile Vatican II le 21 novembre 1964, l'Église diocésaine apparaît comme une
manifestation et une présence plénière de l'Église de Dieu parce que c'est « en
elle et à partir d'elle qu'existe l'Église catholique, une et unique » (Lumen
Gentium n°23).
Dans un second temps, le concile souligne que l'Église locale, où qu'elle se
trouve, fait partie de la catholicité, « plénitude dans la foi, respect des dons de
l'Esprit dans leur variété, communion avec les autres Églises et reprise croyante
32des cultures humaines ». C'est l'affirmation très claire de l'universalité de
33l'Église, de sa « catholicité ».
Depuis l'événement de la Pentecôte, l'Esprit souffle partout. C'est ce que le
décret conciliaire « Ad Gentes » sur l'activité missionnaire, au chapitre premier,
dans son paragraphe 4, exprime avec plus de force encore quand il écrit : « l'Église
34parle toutes les langues et triomphe ainsi de la dispersion de Babel » . Dans
cette perspective, comme le dit encore Hervé Legrand, « les Églises locales ne
seront pleinement catholiques qu'au terme d'un processus d'inculturation critique
leur demandant de discerner, au sein des cultures et des sociétés, ce qu'il convient
35de favoriser, de purifier, d'intégrer ». L'Église tout entière s'enrichit ainsi de la
36catholicité des Églises locales .
30 B. Lauret et F. Refoulé (sous la direction de), Initiation pratique à la théologie, tome III,
Dogmatique II, Paris, Cerf 1983, p. 50.
31 Décret Christus Dominus, du 28 octobre 1965, paragraphe 11.
32 H. Le Grand, Initiation pratique à la théologie, op. cit., p. 153.
33 C'est rejoindre là une des grandes idées de H. de Lubac, Catholicisme, Paris Cerf, 1938.
34 « Ad Gentes (A.G.) : Décret conciliaire sur l'activité missionnaire de l'Église, n° 4 § 1.
35 Legrand, H., op. cit. p.153. Christus Dominus (C.D.): Décret conciliaire sur la charge pastorale
des évêques ; promulgué le 28 octobre 1965. Concile œcuménique, Vatican II, Constitutions -
Décrets - Déclarations. Ed Centurion, Paris, 1967.
36 Lumen gentium 13.
21

Enfin, Vatican II a suscité des institutions permettant la reviviscence des
Églises locales. Ainsi, le concile a confirmé les conférences épiscopales
existantes, renforcé leurs statuts et rendu obligatoire partout dans le monde leur
37institution au niveau de chaque nation , d'une part, mais aussi des conférences
régionales, voire continentales. Au niveau de chaque diocèse, le concile demande
38 39l'instauration des conseils pastoraux , des laïcs , même la reviviscence des
40synodes diocésains ou des conciles provinciaux . En parlant d'Église locale,
Vatican II n'innove pas vraiment; mais réactualise une certaine tradition dans
41l'Église . Ce concile a remis à l'honneur l'Église locale, en revalorisant sa place
et son rôle irremplaçable au sein de l'Église universelle.
Le projet de la nouvelle évangélisation, d'autre part, ne peut être mené à bonne
fin sans une connaissance profonde de l'histoire même de l'évangélisation de ces
Églises locales, ici de celle du Cameroun. C'est une des dimensions de ce que l'on
appelle à tort ou à raison "l'inculturation". En ce domaine, le rôle du clergé nous
apparaît déterminant et irremplaçable. Ce qui nous suggère ces premières
questions : quand l'idée de former un clergé camerounais est-elle née ? Quand ce
travail a-t-il commencé ? Était-ce très tôt ou très tard ? De quels moyens
disposait-on alors ? Pourquoi former un clergé indigène ?
Il nous semble qu'une des réponses immédiates provient de la volonté que la
papauté a exprimée, notamment dans Maximum Illud (1919) et Rerum Ecclesiae
(1926), laquelle encourage les missionnaires à former dès que possible, le clergé
local. Cet enseignement met en évidence une réalité sociologique et même
théologique qu'il faut prendre en considération et suscite un questionnement qui
permet d'ouvrir des perspectives et de saisir ainsi la chose de l'intérieur.
Ce clergé à former, à quoi servira-t-il ? Quelles responsabilités va-t-on lui
confier ? Sera-t-il uniquement ministre de l'Eucharistie ou pourra-t-il aussi
concevoir des projets pastoraux, c'est-à-dire sera-t-il à même d'initier et
d'administrer ?
37 Christus Dominus (CD), décret sur la charge pastorale des évêques dans l'Église, promulgué le 7
décembre 1965, n °36 ; 38.
38 Presbyterorum Ordinis (P.0) : Décret conciliaire sur le ministère et la vie des prêtres ; promulgué
le 7 décembre 1965. Concile œcuménique, Vatican II, Constitutions - Décrets - Déclarations. Ed
Centurion, Paris, 1967, n°7.
39Apostolicam Actuositatem (A.A) : Décret conciliaire sur l'apostolat des laïcs, promulgué le 7
décembre 1965, n° 26. Ibidem.
40 C.D n°6, op. cit.
41 Antioche, Carthage, Alexandrie ont vécu ces traditions d'une manière assez concrète. Carthage,
par exemple, a été le théâtre d'une activité conciliaire très riche. Ces Églises vivaient certes des liens
de respect mutuels et de communion avec Rome et les autres Églises. Mais, elles n'avaient pas
besoin de Rome pour convoquer un concile. Voir Metz. R., Histoire des Conciles, Paris, Presses
Universitaires de France. Coll. Que sais-je ? 1964, 128 pages.
22

C'est alors là que se pose le problème de l'évolution et de la promotion du
clergé. C'est là un des paramètres incontournables qui permettent de mesurer le
degré de maturité d'une Église locale, à travers la responsabilisation des membres,
les responsabilités qu'on leur confie, leur engagement au sein de l'Église… La
maturité ne se décrète pas, elle se constate à travers des faits et des situations
précis.
Notre étude porte essentiellement sur une période qui va de 1935 à 1982.
L'année 1935 est capitale pour l'Église du Cameroun ; car, c'est cette année-là que
sont ordonnés les premiers prêtres camerounais. Un retour en arrière sur la
manière dont les missionnaires se sont approprié cette question de la formation
d'un clergé indigène et ont mis en œuvre les institutions qui ont permis d'initier
sa formation s'est avéré nécessaire pour comprendre l'émergence de ce clergé et,
à partir de 1955, celle d'une hiérarchie autochtone, avec un archidiocèse à
Yaoundé.
L'année 1982 est la date de l'éclatement de la hiérarchie de l'Église du
Cameroun avec la création de quatre provinces ecclésiastiques. Outre Yaoundé,
Rome dote l'Église du Cameroun de trois autres métropolitains. Cet acte sans
précédent va totalement modifier la radiographie de l'Église qui est au Cameroun.
En effet, l'annonce par le pape Jean Paul II, en avril 1982, de la transformation de
la structure ecclésiastique du Cameroun consacre l'effort d'organisation de la
Conférence épiscopale nationale du Cameroun (CENC). Pour mieux cerner les
problèmes posés par des situations diverses et variées, elle s'était déjà organisée
depuis 1970 en régions apostoliques. Ainsi, les quatre provinces ecclésiastiques
42correspondent aux quatre régions apostoliques existantes . Nous avons, à un
moment ou à un autre, porté le regard au-delà de 1982 pour mieux faire
comprendre les enjeux de l'évolution de cette Église et de son clergé à cette date.
Si notre recherche a concerné l'ensemble du vicariat apostolique du
Cameroun, l'archidiocèse de Yaoundé a été privilégié en raison de l'accessibilité
de la documentation. Compte tenu de notre sujet, il est évident que l'histoire de
celui-ci doit prendre en compte tout le Cameroun dans sa diversité.
En réponse aux problèmes que nous avons posés, notre démarche s'articule
autour de trois grands thèmes :
La première partie intitulée « Au coeur de la mission du Cameroun : la
question du clergé indigène » pose le problème de la formation du clergé en pays
de mission à partir d'un parcours historique mettant en évidence la spécificité du
Cameroun, de son histoire coloniale et de son évangélisation. Elle s'appuie sur un
42 Yaoundé (Centre, Sud, Est) ; Bamenda (Nord et Sud-ouest) ; Douala (Littoral, Ouest) ; Garoua
(Nord). Voir aussi : M. G. Kana Bella, La conférence épiscopale nationale du Cameroun
19551985, Bilan et perspectives. op. cit. p. 102 et s.
23

rappel des instructions pontificales et des encycliques missionnaires sur la
formation du clergé en pays de mission.
La deuxième intitulée « Conditions de formation et ordinations sacerdotales »
analyse la mise en place des instituts de formation, particulièrement des
séminaires et le rôle qu'ont joué les missionnaires et les évêques dans leur
fondation, leur développement, comme dans la gestion des crises qui ne
manquent pas de les atteindre. Les ordinations sacerdotales de prêtres
camerounais couronneront cette œuvre à partir de 1935.
Enfin, la troisième partie, qui porte sur la promotion du clergé local aux
responsabilités dans l'Église, met en évidence le passage du clergé autochtone du
statut de prêtre à celui d'évêque. Une hiérarchie locale se constitue, qui s'organise
en particulier dans le cadre de la conférence épiscopale, expression de la maturité
d'une Église camerounaise qui porte toujours le souci de la formation et de
l'accompagnement du clergé et celui de l'inculturation, surtout au niveau
liturgique.
24

PREMIÈRE PARTIE
AU CŒUR DE LA MISSION DU CAMEROUN :
LA QUESTION DU CLERGÉ INDIGÈNE
CHAPITRE I
REPÈRES HISTORIQUES
Notre préoccupation ici n'est pas de rédiger l'histoire de l'évangélisation du
Cameroun, mais de déterminer les moments les plus significatifs de cette
évangélisation pour permettre de mieux apprécier la pertinence et l'urgence de
former des prêtres camerounais et de les promouvoir aux tâches de responsabilité
les plus élevées.
Nous choisissons, par conséquent, de commencer ce chapitre par des rappels
d'ordre historique, afin de mieux saisir l'histoire et la spécificité de ce pays et la
manière dont les grandes directives énoncées par la hiérarchie de l'Église, sur
lesquelles nous reviendrons dans la deuxième partie, ont été reçues et appliquées
au Cameroun.
Nous nous proposons donc de faire un parcours qui tienne compte des grands
moments de l'histoire du Cameroun et de celle de l'évangélisation de ce pays,
depuis les premières équipes de missionnaires envoyées au Cameroun jusqu'à la
formation et de la promotion du clergé camerounais pour lesquelles elles ont
milité.
I. SPÉCIFICITÉ DU CAMEROUN
Au début de notre étude, il nous semble important de bien situer le Cameroun
sur le continent africain, de cerner la particularité historique de ce pays, et même
l'originalité des méthodes missionnaires mises en œuvre par les pionniers de
l'évangélisation de cette contrée, connue par ailleurs comme la miniaturisation
des traits physiques du continent africain.
1. Le Cameroun : rendez-vous des peuples africains
La carte des différents peuples, des ethnies au Cameroun et de leurs
mouvements témoigne de la position centrale de ce pays, rendez-vous des ethnies
et des peuples africains.







27

Source : E. Mveng, Histoire du Cameroun, Paris, Présence Africaine, 1963.

28

Source : E. Mveng, Histoire du Cameroun, Paris, Présence Africaine, 1963,
p. 295.
Tant de tribus, ethnies et langues !
29 Le Cameroun compte quelque 180 ethnies et plus de 200 langues diverses. Sa
population est à l'image de sa terre : Bantous du littoral et de la forêt, montagnards
de l'Ouest, mi-soudanais, mi-Bantous ; soudanais-bergers et cultivateurs de la
savane du nord, etc. Tous ces peuples sont différents par leur stature, leurs
coutumes et leurs langues. Cette grande diversité de tribus, ethnies et langues est
une dimension de la spécificité de ce pays qui est un peu comme une synthèse de
la population africaine.
De la même façon, le Cameroun est aussi une synthèse de la pénétration
coloniale dans le continent noir, car la plupart des puissances coloniales y sont
passées.
2. Le Cameroun : synthèse de la pénétration coloniale
eC'est probablement dans la deuxième moitié du XV siècle, en 1472, que les
Portugais arrivent dans le golfe de Guinée (baie du Biafra) et découvrent
l'immense estuaire du Wouri. Impressionnés par l'abondance de crevettes dans ce
fleuve dont ils ignorent le nom, ils l'appellent : « Rio dos Camaroes », c'est-à-dire
43« Rivière des Crevettes ».
eAu XVI siècle, l'Espagne annexe le Portugal et les possessions portugaises
lui reviennent, y compris la côte camerounaise. Ainsi, « Rio dos Camaroes » est
44 edevenu : « Rio dos Camarones ». À la fin du XVI siècle, des navigateurs
hollandais viennent en Afrique avec des intentions « nettement hostiles contre
leurs devanciers. Un seul idéal les guide : le commerce. Un seul moyen : déloger
45Portugais et Espagnols, et s'installer à leur place ». À Douala, les Hollandais ne
tenteront pas une œuvre durable, car ils sont essentiellement commerçants et sont
particulièrement intéressés par la pointe sud de l'Afrique où ils créent la localité
46de Cape Town .
eAu début du XIX , la Hollande garde encore quelques positions sur le littoral
africain, voire sur la côte camerounaise. Le 26 juin 1845, les navires de guerre
hollandais, le Lancier et l'Abeille, sous le commandement de J.H. Van Boudyck
Bastiaanse, provoquent à Douala une crise qui met fin à l'influence hollandaise
47sur le littoral camerounais . Après une semaine de pourparlers sans succès avec
43 La traduction populaire parle de « Crevettes ». Mais, il s'agit en réalité de crustacés dans
l'ensemble à savoir : crabes, crevettes, homards, langoustes...
44 R. Cornevin, Histoire de l'Afrique, Paris, Payot, 1956, p. 332 et s. E. Mveng, Histoire du
Cameroun, op cit., p. 93-103 ; 157 et s.
45 Mveng, Histoire du Cameroun, op. cit., p. 160.
46 On sait par ailleurs que la Hollande était une puissance maritime qui a suivi les traces du Portugal,
ede l'Espagne et de l'Angleterre dans les conquêtes maritimes, déjà au XV siècle. Nous sommes en
1652 quand les Hollandais pénètrent la pointe australe de l'Afrique même, si plus tard, ils sont
détrônés par l'Angleterre.
47 Ibidem.
30

les rois des deux principaux clans de l'ethnie douala : Akwa et Bell, le capitaine
48hollandais donne l'ordre d'ouvrir le feu sur la ville de Douala .
C'est de la Hollande que le pays est redevable d'une partie non moins
49importante de la cartographie de l'époque sur le Cameroun . Si le Portugal a
définitivement quitté le Cameroun, la Hollande reviendra à maintes reprises pour
50le commerce .
eDans l'ensemble, au XIX siècle, l'influence anglaise supplante l'influence
hollandaise et les chefs douala signent des traités avec les Anglais : ainsi, en 1842,
le chef Ngando Akwa s'engage à renoncer à tout sacrifice humain. En 1849, les
rois Akwa et Bell s'engagent, contre 2000 dollars par an, à renoncer au trafic des
51esclaves . L'œuvre anglaise au "Cameroon'' est couronnée par le traité
anglodouala du 29 avril 1852 qui abolit définitivement l'esclavage sur la côte
52camerounaise . Depuis le début du siècle, les commerçants de Liverpool
achètent de l'huile de palme dans l'embouchure du Niger et dans l'estuaire du
Wouri : « En 1806, ils avaient tiré 150 tonnes d'huile de palme. Ce chiffre, en
531839, atteint 13 600 tonnes ».
On trouve alors dans la région littorale du Cameroun des comptoirs
commerciaux français, anglais et allemands ; chacune des puissances
représentées ici par ces comptoirs manifeste l'intention d'occuper le territoire.
L'Angleterre semble être la puissance la plus en vue parce que sollicitée par les
chefs côtiers qui souhaitent placer leur territoire sous la tutelle britannique. Ainsi,
depuis 1864, le roi Bell, King Akwa, et leurs collaborateurs adressent des
54pétitions aux autorités anglaises. Le contenu de celles-ci est à peu près le même .
Toutes ces démarches sont restées vaines. L'Angleterre refuse d'assumer le
55protectorat du Cameroun . Sans doute, ces hésitations et ce refus sont-ils justifiés
par le fait qu'à côté du Cameroun, l'Angleterre dispose d'une grande colonie qui
est le Nigeria. Ceci va permettre aux Allemands de jouer leur propre carte.
48 Ibidem, p. 161 et s.
49 Voir les cartes de Jaodus Honduis (1563-1611) ; Willem J. Blaeu (1571-1638) ; Frédéric de Witte
e e eau XVII siècle ; la famille Wisscher au XVII et au début su XVIII siècle. Cité par Mveng, E.,
Histoire du Cameroun, op. cit., p. 160-163.
50 En témoigne le grand magasin Hollando au centre de la ville de Yaoundé.
51 Concernant la lutte contre l'esclavage ou même l'abolition des sacrifices humains chez les peuples
de la côte, dont les Douala, c'est l'influence de l'Église baptiste jamaïcaine qui est à prendre en
considération, étant entendu que la mission protestante en Afrique, en général, était fondée sur la
morale. Cf. J.P. Messina, et Jaap Van Slageren., Histoire du christianisme au Cameroun. Des
origines à nos jours. Paris, Karthala, 2005, 454 pages. Yaoundé, Clé, 2005, 454 pages.
52 E. Mveng, L'Église catholique au Cameroun, 100 ans d'évangélisation, Album du centenaire.
Presse grafiche Dehoniane, Bologna, novembre 1990, 432 p., p. 165.
53 Ibidem, p. 166-167.
54 E. Mveng, Histoire du Cameroun, Tome II, p. 30.
55 Ibidem, p. 31.
31

eEn effet, dès le milieu du XIX , des Allemands explorent le Cameroun :
56 57Barth , Nachtigal et les autres. Mais c'est n'est que quelque temps après la
58réalisation de l'unité allemande que le chancelier allemand Bismarck,
nourrissant secrètement la volonté de se lancer à la conquête coloniale, lance
l'empire allemand dans cette aventure. Le 12 juillet 1884, dans le cadre d'une
mission secrète confiée par Bismarck au Dr Nachtigal, le Kamerun devient
protectorat allemand. Le 14 juillet 1884, le drapeau allemand flotte à Douala.
Edward Hyde Hewett, consul de Sa Majesté britannique arrive trop tard, le 19
juillet 1884. L'Angleterre qui vient de réaliser l'intérêt qu'il y aurait à annexer la
côte camerounaise dont elle assure le contrôle par la cour d'équité (Equity court),
chargée de régler les conflits de la côte, lui avait confié la mission de négocier
avec les chefs côtiers un traité plaçant la côte camerounaise sous la souveraineté
de la Couronne. Mais, l'Allemagne la prend de court, ainsi que la France, en
obtenant, ce 12 juillet 1884, la signature des chefs côtiers faisant du Cameroun
un territoire sous protectorat allemand.
Pour asseoir son autorité coloniale, l'Allemagne organise la conférence de
59Berlin de novembre 1884 à février 1885 qui consacre le partage de l'Afrique
entre les puissances politiques et militaires européennes. Elle fait adopter à tous
les protagonistes la thèse de l'hinterland à savoir que toute puissance établie sur
la côte peut conquérir l'intérieur du pays jusqu'à ce qu'elle rencontre une autre
puissance coloniale. Ce congrès marque un tournant dans l'histoire du continent
africain.

56 Heinrich Barth est un explorateur et géographe allemand. Né à Hambourg en 1821, il explore
l'Afrique centrale de 1850 à 1855 et meurt à Berlin en 1865.
57 Gustav Nachtigal (1834-1885), est né à Eichstedt en 1834. Médecin militaire de métier, il se rend
en Afrique du Nord en 1862 pour se soigner d'une affection pulmonaire. Il visite l'Algérie et la
Tunisie. C'est là qu'il est gagné peu à peu au goût des grands voyages. Nommé commissaire impérial
en 1884, il est chargé d'asseoir la colonisation allemande au Togo et au Cameroun. Tombé malade
au Cameroun, il meurt en mer sur le chemin du retour en 1885.
58 L'unité de l'empire allemand aboutit en 1870.
59 Wesseling, H., Le partage de l'Afrique, 1880-1914 - Gallimard Janvier 2002 Collection folio
histoire - p. 159-161 - 840 pages. Compte, G., L'empire triomphant, Denoël 1988, p. 41-44, 333-
335
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Reproduction d’après l’Atlas de S. Schrader, F. Prudent et E. Anthoine,
Paris, 1891 1890 : Cameroun : colonie allemande.
2. Superficie : 300 000 km
Population : 500 000 habitants environ.
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Résidence du commissaire impérial allemand au Cameroun sur l’estuaire du
fleuve Wouri. Situé à la charnière entre l’Afrique occidentale et l’Afrique
centrale, après un certain nombre de traités passés avec la France et l’Angleterre.
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