"Lorsque l'humanité dérape " extrait de "Liberez Dieu !"

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Extrait du livre de Charbonnel libérez-Dieu ( lettre ouverte à Dieu)
à propos d el'origine du Mal et lé nécessité de la compassion pour retrouver le chenin de l'humanité après avoir commis des actes graves. l'auteur revient sur l'histoire du preneur d'otages de l'école maternelle de Neuilly en 1993.
Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Lorsque l'humanité dérape
« Lorsquel'humanité dérape,elle donnevraiment l'impression d'être embarquée dans un vaisseau sans capitaineou si c'est un capitaine qui la mèneà la dérive, c'est qu'il s'est pris pour toi en voulant s'accaparertes pouvoirs. Enassumant la responsabilitéde la conduite des affaires du monde plutôt que de compter sur la Providence, l'humaniténe fait qu'accomplir son destin sans pour autant contredireton existence. Tu n'as pas crée la vie pour faire des hommes, desmarionnettes entre tes mains. Le plus inquiétant des contresensest celui qui consiste à t'attribuer la responsabilité d'actions portant atteinteà l'intégrité physique ou morale d'autresêtres humains, parfois jusqu'à ce que mort s'en suive. Existe-t-il quelque chose de plus lâcheque d'affirmerque ces actes barbares seraient dictés par ta volonté ?Des esprits manipulateurs ont fait de toi un Dieu cruel, vengeur et violentpour donner libre cours àleurs instincts haineux. Les pirescrimes sont ceux qui sont commis en ton nom ou au nom du Bien. Ils se parent de l'alibi de la vertu et prétendent ainsise placer au-dessus des lois humaines. Que l'hommene soit pas infaillible, qu'il puisse être un loup ou un bourreau,nous ne le savons que trop mais la confusion entre le bien et le malest la plus redoutable, car rien ne peut arrêter le Mal qui prétend agir au nom du Bien. Sa simple remise en question semble immorale aux chevaliers duBien.  Si sa conscience lui fait sentir que ce qu'il fait est grave, un homme qui dérape peut,contre toute attente, avoirun sursaut salutaire qui fait trembler sa mainavant de déposer son arme au moment où il s'apprêterait à tuer.Il nefaut parfois que quelques minutes, un concours de circonstances, l'irruption d'un sentiment comme la jalousie pour faire basculer deux vies dans le néant, celle de la victime etcelle de l'assassin, pour lequel rien ne sera plus jamais comme avant.Quelques minutes avant l'acte fatal,un meurtrier pouvait être une personne comme les autres, à dix mille lieues d'imaginer qu'elle pourrait un jour commettre un tel acte. Avant de tuer Abel, Caïn ne servait-il pas l'Éternel avec dévouement ? La frontière qui séparede tels individusdu reste de la communauté humaine est très mince.Parfois, un évènementd'une grande banalité tournant malpeut suffireà faire du tout un chacun, un meurtrier ouune victime.Dans ce temps très court, où la vie d'une personne a étébrisée par la violence suprême de l'acte criminel, tu n'as pas été présent, sinonune force spirituelle aurait été assez puissante pourcontrer la pulsionde celui quien un instant est devenu un meurtrier.
Être en chemin verstoi ne consiste pas àcompter uniquement sur la religion, la morale ou les lois pour être immunisécontre le mal. L'illusion est un brouillage de la conscience. Or,seule la pleine conscience de nos actes peutéviter de commettre l'irréparable. La conscience de lafragilité de l'être estla première étape d'une pleine connaissance du bien et du mal. Savoir qu'il est possible de trébucher empêche de diviser l'humanité en deux camps : celui du Bien et celuidu Mal. Sentirqu'il suffiraitde presque rien, pour que je commetteun actegrave m'oblige àreconsidérer les délinquants et à réfléchir à ce passage du livre de Khalil Gibran, " Le prophète" : Le mauvais et le faible ne peuvent tomber au-dessous de ce qu'il y a également de plus bas en vous. Et de même qu'uneseule feuille ne jaunit jamais qu'avec le silencieux assentiment del'arbre entier, ainsi le malfaiteur ne peut agir mal sans le secret acquiescement de vous tous ; Comme une procession, vous avancez ensemble vers votre moi-divin. Vous êtes le chemin et ceux qui cheminent et lorsque l'un d'entre vous tombe, il tombe pour ceux qui sont derrière lui, les prévenant de la pierre d'achoppement. Oui, il tombe pour ceux qui sont devant lui qui bien qu'ayant le pied plus rapide et plus sûr n'ont pourtant pas écarté la pierre. " La suite de ce passage va encore plus loin, lorsqu'il évoque l'innocence et la culpabilité. Il n'est pas étonnant queKhalil Gibran ait faitscandale à sonépoque, carces proposbousculent les idées reçuessur la justice humaine. Il est encore des choses que l'on ne peut dire ni entendre aujourd'hui, tant la position de la victime est sacrée et doit le rester. Celle du bourreau reste doncmaudite à tout jamais, ce qui ne lui laisse, hélas, que peu d'espoir de retrouver une place d'Homme dans la société. La question de la culpabilitéest pourtantessentielle, car elle pose celle du Mal,sujet trèssensible. Je pense avec Gibran, que l'on ne peut se décharger dela douloureuse problématiquedu Mal, du simple fait que la société fournitson lot de gens haïssables par les actes qu'ils ont commis. " Ceux qui chutent, tombent pour nous tous " explique Khalil Gibran. C'est grâce à eux que nous pouvons nous sentir des"gens bien ". Je ressens très fort cespropos, àune époque où les gens qui représentent le Bien ne se sont jamais exprimés de façon aussi haineuse, notamment envers les délinquants sexuels. Or, chacun sait que rien n'est plusfragile etplus difficile à contrôler que les pulsions sexuelles, notamment pour des personnes déséquilibrées. Si une société doit faire ce qu'il faut pour se protéger afin d' éviter de tels actes,aucune justice rendue ne doitconsister à mutiler ou tuer un autre être humain. Les personnes dont les actes révoltent ou donnent la nausée sont les plus difficiles à aimer et souffrent d'autant plus que pour en
arriver là, il est probable qu'elles ne s'acceptent pas elles-mêmes. Il n'y a que toi qui puisses continuer à aimer des êtres humains, quoiqu'ils aient fait,toi ou peut-être des proches, une mère, une épouse une sœur... Je me demande pourquoi ce sont des figures féminines qui me viennent spontanément à l'espritdès qu'ilest question d'un amour inconditionnel, ouvrant la voie au pardon. Les hommes sont-ilsplus "carapacés" que les femmes ou cette capacité d'aimer enverset contre toutn'est-elle qu'une composante de l'amour maternel ? Enchaque "monstre ", il y a unêtre enmal d'amour ; cette souffrance ne peut pas, ne pas nous interpeller.  En1993, unfait divers avait tenu la France enhaleine pendant près de 24 heures. Un homme cagoulé,portant une ceinture bourrée d'explosifs, était entré dans une école maternelle à Neuilly, prenant une classe et son institutrice en otage et demandant une valise pleine de billets pour s'enfuir. Nous étions au cœur de l'horreur absolue : l'innocence d'une classe de petits de maternelle sous la menace imminente des explosifs.Les pompiers ayant pu envoyer une femme-médecin venue relayer la pauvre institutrice exténuée, un dialogue entre le preneur d'otages et cette femme exceptionnelle a pu s'établir et se poursuivre tard dans la nuit.L'homme a commencé par libérer quelques enfantset a fini par s'endormir,à l'aide d'un somnifère mis dans soncafé. Bien entendu, toutes les forcesd'intervention étaient mobilisées, mais je me demande ce qui se serait passé si malgré la menace, cette jeunefemme n'avait pas plongéavec compassion, aucœur de la souffrance et du désespoir du preneur d'otages. Les enfants ont pu être évacués pendant qu'il dormait ;je me dis qu'à ce moment là, il y avait peut-être une autre solution que celle d'abattre le forcené. Peut-on trouverplus haïssable qu'un homme qui s'en prend à de tous petits enfants, presque encore des bébés ? Aucune souffrance, aucune injustice ne peuvent justifier, à nos yeux,un tel comportement, un tel acte de folie. Pourtant, au fil des heures,le preneur d'otages semblait faillir dans sa détermination. En commençant par libérer l'institutrice, puisquelques enfants, il a sans doute prisconscience de l'horreur de la situation et à ce moment là, celui qui apparaissait comme un monstre avecune ceinture bourrée d'explosifs a retrouvé quelqueslueurs d'humanité. Une femme a pu atteindre le noyau de cet être si fragile, qu'il avait besoinde ces explosifs pourimpressionner le monde parce qu'il pensait n'être plus rien. Au-delà de son sang-froid, de son aptitude professionnelle à gérer des situations de crise et de son dévouement, il semble y avoir eu, grâce à elle, un échange où passait une véritable émotion. Il prenait la France à témoin de son désespoir comme pour dire : " Regardez ceque la société a fait de moi, un pauvre type, un monstre parce que jesuis exclu et que je n'existe plus pour personne ! "Une
femme lui a alors parlé, peut-être comme personne ne lui avait jamais parlé et surtout l'a écouté. Ce qu'ils se sont dit n'était pas transmis par les médias quicouvraient l'évènement en direct. Elle lui a accordé sa confiance et sa violence s'est émoussée. La compassion et l'amour de cette femmeont empêchél'homme qui se faisait appeler"human bomb" dese faire exploser comme un kamikaze en emportant des vies innocentes dans sondélire tragique. Grâce à elle,il redevenait Eric Schmitt, un être meurtri quisavait que pour lui la fin était proche, car il se doutait bien qu'onn'allait pas le laisser sortir en vie.Peut-être supportait-il demoins en moins, l'idée de faire du mal àces pauvres enfants, terrorisés appelant leurmaman. La doctoresse, capitaine des pompiersa redonné aupreneur d'otages sa dimension d'être humain. Ilredevenait lui-même un petit enfant, pleurantsans doute l'absence d'amour d'une mère au moment où il en avait éprouvéle plus grandbesoin. En même temps, il devait se sentir perdu, rattrapé par la sensation vertigineuse d'un immense gâchis et d'un acte sansissue. En acceptant de boire un café, ildevait se douterqu'il contenaitun somnifère mais son âme avait été mise à nu, prête à la rédemption. J'espère qu'avant de mourir dans ce sommeil qui devait lui être fatal, il a pu effleurerla grâce du pardon que la sociétés'est dispensée d'avoir à lui accorder, un jour. Pendant que les enfants sains et saufs ont retrouvé leurs parents, il apeut-être repris la route versson moi-divin. " Tout au long de ma vie, j'ai rencontrédes hommes durs, des hommes méchants ; je peux dire qu'il n'y en a pas un seul chez qui je n'aie vu apparaître à un moment donné une faille laissant filtrer un rayon de soleil "écrit Sœur Emmanuelle. » Extrait de «Libérez Dieu (lettre ouverte à Dieu)de Martina Charbonnel mckéditions http://www.mckeditions.com/
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