Sortir de chez soi

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UTOPOLIS - Deux jeunes, bac en poche, prennent la route à la recherche d'un mode de vie où la morosité n'existe pas. ENTRE CHATS - Un matou parisien en vacances en Algérie fait la connaissance d'un congénère du pays. Ils commentent les faits et gestes des humains. LE FANTOME DE LA DAÏRA - Après une vie de tracasserie, Abdallah est emporté par un cancer. Des faits mystérieux jettent le trouble parmi les fonctionnaires de la Daïra, faisant l'affaire de deux jeunes espiègles qui en profitent pour mettre la pagaille dans les services.
Publié le : jeudi 5 février 2015
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EAN13 : 9782336369747
Nombre de pages : 90
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OdetteClaire Brousse
Sortir de chez soi
Trois nouvelles
SORTIR DE CHEZ SOI
Rue des Écoles Le secteur « Rue des Écoles » est dédié à l’édition de travaux personnels, venus de tous horizons : historique, philosophique, politique, etc. Il accueille également des œuvres de fiction (romans) et des textes autobiographiques. Déjà parus Beuchée (Laurent),Un regard de Haute-Bretagne, 2014. Lemaître (Vincent),Risques salés, 2014. Micaleff (André),Heimat, 2014. Michelson (Léda),Les corps acides, 2014. Leclerc du Sablon (Françoise),Derrière la seizième porte, 2014. Nicole-Le Hors (Jacqueline),La croix ou la bannière, 2014. De l’Estourbeillon (Hubert),La Cité deshauteurs, 2014. Coutarel (Colette),Promenade romantique à Pôle Emploi, 2014. Baillet (Dominique),L’absence, 2014. Zelwer (Charles),Face au miroir sans reflet, 2014. Flouzat (Denise),Le journal d’E, 2014. Barraux (Roland),La bicyclette de Hong Kong, 2014. Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Odette-Claire BrousseSortir de chez soi * Trois nouvelles
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Pariswww.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05415-5 EAN : 9782343054155
Utopolis
Paul et Lucas marchaient d’un bon pas cadencé sur la route pierreuse qui les conduisait vers ce village, là-bas, qu’ils apercevaient à travers les frondaisons. Ils s’étaient mis en route depuis une semaine, à la recherche d’un modèle, d’une façon de traverser l’existence, de profiter de la vie, la vie qui passe inexorablement. Paul et Lucas n’étaient ni des garçons dévergondés, ni des farfelus. Ils n’étaient pas inconscients non plus. Ils étaient, tout simplement, des gentils garçons heureux de vivre, pleins de bon cœur et de bons sentiments. Ils avaient eu leur baccalauréat en juin comme la plupart des jeunes de leur âge, et plutôt que de s’inscrire en faculté selon le souhait de leurs parents, ils avaient, d’un commun accord, décidé de poursuivre leur formation sur le tas, par l’observation directe des choses et des gens. Cela, pendant trois ou quatre ans, le temps que passeraient, sur les bancs des facultés, leurs anciens condisciples. Comme on l’imagine, les parents s’insurgèrent contre ce projet « complètement débile » aux dires de la sœur aînée de Lucas. Les mères avaient pleuré, les pères avaient élevé la voix, les grands-parents avaient manifesté leur désapprobation, mais Paul et Lucas avaient maintenu calmement mais fermement leur décision et s’étaient préparés. Dans leur sac à dos, ils avaient rassemblé l’indispensable, et dans la poche de leur blouson, le carnet de chèques tenait lieu de bourse. A portée de main un peu de liquide, plusieurs cartes routières et la boussole. Paul et Lucas étaient fils de famille. Leurs parents appartenaient à
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cette classe moyenne ni riche ni pauvre mais prudente et plutôt économe. Ils n’avaient pas voulu laisser partir leurs fils sans ressource et leur avaient ouvert un compte en banque. Alors, où est l’aventure, le risque, la débrouillardise, toutes choses qui donnent du piquant à la vie et dont on revient content et fier de soi ? Paul et Lucas n’étaient pas des aventuriers. Ils étaient des « chercheurs ». Ils prétendaient trouver une autre méthode de vie que celle dont ils étaient les témoins depuis l’école maternelle. Leurs parents, père et mère, avaient travaillé assidûment depuis leur jeunesse. Ils avaient, certes, acquis une maison bien à eux. Mais, que de sacrifices pour cela ! Leurs enfants avaient fait des études acceptables, bien sûr ! Cependant, quoique leurs familles fussent considérées comme privilégiées parmi leurs contemporains, ils avaient bien remarqué, Paul et Lucas, que dans leur milieu dit favorisé, une certaine morosité attristait l’atmosphère en permanence. Morosité dissipée pour un temps lors d’événements heureux familiaux, locaux ou nationaux. Ils avaient souvent été témoins de grèves. Celle des enseignants, celle des postiers, celle de la S.N.C.F., celle des éboueurs… Ils avaient bien remarqué que dans le monde du travail, peu de gens étaient contents de leur sort. Quant aux chômeurs, en constante augmentation, ils traînaient leur inactivité avec le visage morne d’une honte non bue. Au Lycée, guère d’enthousiasme non plus. On était blasé avant d’entrer dans la vie indépendante, et même cette indépendance n’était pas désirée. Après tout, chez papa et maman on n’était pas si mal ! Les parents d’aujourd’hui n’étaient pas trop regardants du côté des mœurs. La « pilule » les dispensait d’une surveillance anxieuse. Paul et Lucas marchaient donc vers ce village après en avoir traversé plusieurs autres en une semaine depuis qu’ils étaient devenus chemineaux. Déjà, quelques chiens et
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volailles en liberté indiquaient la proximité des maisons. Ces garçons étaient des citadins. Les villages, ils connaissaient peu. L’un et l’autre, en vacances chez des grands-parents, y avaient séjourné pendant quelques semaines, mais pas assez longtemps pour saisir toutes les particularités de la vie au village. En ville, sur les trottoirs, on se marche sur les pieds les uns des autres tant on est nombreux. On est nombreux mais on s’ignore. On a des voisins de palier, mais qui sont-ils ? Cela ne nous regarde pas. Sur le carnet où ils consignaient leurs observations, ils avaient déjà noté la différence de regard posé sur eux. En ville, les regards les effleuraient à peine. Dans les villages, au contraire, ils s’attardaient d’une manière presque gênante. Lucas, on devrait séjourner ici pendant un certain temps, suggéra Paul. - Qu’est-ce à dire ? - Eh bien, quelques mois, peut-être ? - C’est beaucoup ! - Oui, mais on pourrait en tirer un enseignement appréciable. - C’est à étudier, dit Lucas. Ils se mirent en quête de la mairie à défaut d’un syndicat d’initiative ou d’une auberge de jeunesse. Ils exposèrent au maire qui voulut bien les recevoir, leur désir de séjourner au village pendant trois ou quatre mois, ajoutant qu’ils désiraient prendre part à l’activité de la commune tant par intérêt que pour pourvoir à leurs besoins. Par chance, monsieur le Maire, devant la bonne mine de ces deux garçons leur montra un visage des plus accueillants et leur donna l’adresse d’une vieille dame qui louait des chambres pendant les vacances. Peut-être aurait-elle le moyen de les loger ? Quant à leur trouver un emploi, on verrait dans la semaine.
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« Mais bien sûr, messieurs ! » dit la vieille dame qui avait écouté leur requête sur le pas de la porte. Il faut dire que Paul et Lucas ne se présentaient jamais sans s’être d’abord bien rasés, et sans être correctement vêtus. Ils étaient polis sans être obséquieux. Elle les fit entrer et ouvrit devant eux, la porte de chaque chambre. « Elles sont déjà toutes retenues pour les grandes vacances » dit-elle. Mais puisque ce n’est que pour trois ou quatre mois, vous pourrez en profiter. Les chambres étaient petites, certes, mais pourvues du nécessaire. Ils y trouveraient le calme propice à un travail de réflexion. Lucas proposa de prendre vingt-quatre heures pour se reposer et faire le point. Après quoi, ils se mettraient en quête d’un job. Vingt-quatre heures c’est court. Il en faut plus pour venir à bout de la fatigue accumulée par plusieurs jours de marche. N’empêche ! Ils n’allaient pas s’attendrir sur quelques petites douleurs passagères. Ils mouillèrent leur index droit pour repérer la direction du vent. Le vent venait de l’Est. Ils lui firent face. Ayant décidé que chacun chercherait de son côté, ils se séparèrent en se souhaitant bonne chance. Les pas de Lucas le menèrent chez un ébéniste qui voulut bien lui offrir un travail à mi-temps. Cet ébéniste était surchargé de travail au point qu’il ne parvenait pas à mettre sa comptabilité à jour. En temps ordinaire, son épouse se chargeait du secrétariat, mais une nouvelle naissance la rendait indisponible. « Donc, vous arrivez à point nommé » dit l’ébéniste à Lucas qui se réjouit de l’aubaine. Paul, quant à lui, après avoir arpenté toutes les rues du bourg, rentra bredouille au logis. La vieille logeuse, un tantinet curieuse, s’enquit du résultat de leurs recherches. « Qu’à cela ne tienne, dit-elle à Paul, je vous donnerai bien de l’ouvrage pour deux ou trois semaines. L’état de mon jardin nécessite des efforts
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