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Gothiques et romans : la restauration des églises à Lyon au XIXe siècle - article ; n°1 ; vol.3, pg 37-55

De
20 pages
Livraisons d'histoire de l'architecture - Année 2002 - Volume 3 - Numéro 1 - Pages 37-55
Gothics and Romanesques: Churches restoration in the XIXth century Lyon, Philippe Dufieux. During the XIXth century, the Lyons churches were enlarged, restored or corrected. While the lonely Romanesque church of the town, Saint-Martin d'Ainay, underwent a restoration that aimed at reinforcing its Byzantine origins (1829-1855), the Gothic monuments were restored following a systematic logic, based on the Viollet-le-Duc theories. The diocesan Architect Antoine Desjardins (1814-1882) worked at transforming the Saint-Jean cathedral into an Île-de-France type one: an inspiring yard for further restorations driven on other Gothic churches, at the prejudice of the specific character of these constructions. The fame quest, when locally public interest merged into the fabric one, had then lead to a process far away from the simple and rigorous restoration.
Vertreter der Gotik und Romanik: Die Restaurierung der Lyoner Kirchen im 19. Jahrhundert, von Philippe Dufîeux Im 19. Jahrhundert wurden die Lyoner Kirchen vergröBert, restauriert oder ausgebessert. Während man bei der einzigen romanischen Kirche der Stadt, Saint-Martin d'Ainay, versucht, durch die Restaurierung die byzantinische Herkunft hervorzuheben, orientieren sich die Restaurierungsarbeiten bei den gotischen Bauwerken an den Theorien Viollet-le-Ducs. Der Diözesan-Architekt Antoine Desjardins (1814-1 882) versucht die Kathedrale Saint-Jean ( 1 845- 1861) in eine Kathedrale der Ile-de-France umzuwandeln. Sein Unternehmen beeinflusst die Restaurierungsarbeiten an den anderen gotischen Kirchen, zum Schaden des Charakters und des Aussehens der Gebàude. Die Suche nach GröBe, bei der sich das öffentliche Interesse sich vor Ort mit dem des Kirchenvorstandes verbindet, fuhrt zu einer Entwicklung, die nur noch wenig mit einer einfachen und wirklichen Restaurierung zu tun hat.
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Philippe Dufieux
Gothiques et romans : la restauration des églises à Lyon au
XIXe siècle
In: Livraisons d'histoire de l'architecture. n°3, 1er semestre 2002. pp. 37-55.
Résumé
Gothics and Romanesques: Churches restoration in the XIXth century Lyon, Philippe Dufieux. During the XIXth century, the
Lyons churches were enlarged, restored or corrected. While the lonely Romanesque church of the town, Saint-Martin d'Ainay,
underwent a restoration that aimed at reinforcing its Byzantine origins (1829-1855), the Gothic monuments were restored
following a systematic logic, based on the Viollet-le-Duc theories. The diocesan Architect Antoine Desjardins (1814-1882) worked
at transforming the Saint-Jean cathedral into an Île-de-France type one: an inspiring yard for further restorations driven on other
Gothic churches, at the prejudice of the specific character of these constructions. The fame quest, when locally public interest
merged into the fabric one, had then lead to a process far away from the simple and rigorous restoration.
Zusammenfassung
Vertreter der Gotik und Romanik: Die Restaurierung der Lyoner Kirchen im 19. Jahrhundert, von Philippe Dufîeux Im 19.
Jahrhundert wurden die Lyoner Kirchen vergröBert, restauriert oder ausgebessert. Während man bei der einzigen romanischen
Kirche der Stadt, Saint-Martin d'Ainay, versucht, durch die Restaurierung die byzantinische Herkunft hervorzuheben, orientieren
sich die Restaurierungsarbeiten bei den gotischen Bauwerken an den Theorien Viollet-le-Ducs. Der Diözesan-Architekt Antoine
Desjardins (1814-1 882) versucht die Kathedrale Saint-Jean ( 1 845- 1861) in eine Kathedrale der Ile-de-France umzuwandeln.
Sein Unternehmen beeinflusst die Restaurierungsarbeiten an den anderen gotischen Kirchen, zum Schaden des Charakters und
des Aussehens der Gebàude. Die Suche nach GröBe, bei der sich das öffentliche Interesse sich vor Ort mit dem des
Kirchenvorstandes verbindet, fuhrt zu einer Entwicklung, die nur noch wenig mit einer einfachen und wirklichen Restaurierung zu
tun hat.
Citer ce document / Cite this document :
Dufieux Philippe. Gothiques et romans : la restauration des églises à Lyon au XIXe siècle. In: Livraisons d'histoire de
l'architecture. n°3, 1er semestre 2002. pp. 37-55.
doi : 10.3406/lha.2002.898
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/lha_1627-4970_2002_num_3_1_898par Philippe DUFIEUX
GOTHIQUES ET ROMANS:
LA RESTAURATION DES ÉGLISES À LYON AU XIXe SIÈCLE1
Au cours du siège de Lyon en 1793, les monuments publics et les églises ont beau
coup souffert du vandalisme et des dégradations : les bombardements touchent les
voûtes de Saint-Nizier, l'église Saint- Bonaventure est transformée en halle aux grains
et la cathédrale sert au culte de la Raison. Les biens ecclésiastiques saisis puis vendus
à la Révolution ne sont pas entretenus durant la vingtaine d'années qui sépare
l'Ancien Régime du Concordat, et à la Restauration, leur état général devient
critique. Le rétablissement du culte catholique entraîne une première campagne de
restauration qui se réduit surtout à remettre les édifices en état. Ces travaux sont
conduits par des architectes formés à l'école de l'Ancien Régime et, à leur décharge,
ils n'ont à vrai dire ni les connaissances scientifiques et techniques ni le plus souvent
les moyens financiers de réaliser de véritables restaurations monumentales. Avant la
célèbre définition de Viollet-le-Duc, aucune règle n'est véritablement énoncée:
restaurer c'est réparer. Selon Quatremère de Quincy, c'est aussi reconstituer les parties
d'un monument à l'aide de documents qui font autorité, donc faire appel aux scien
ces de l'histoire. Au début des années 1840, les églises de Lyon font l'objet d'une
seconde campagne de restauration conduite par une nouvelle génération de maîtres
d'ceuvre, à l'appui d'une archéologie mieux maîtrisée. Au XIXe siècle, la restauration
et la réhabilitation se confondent longtemps avec l'achèvement et l'embellissement.
À partir des années 1840, Lyon devient un vaste chantier religieux. Les églises sont
restaurées, agrandies et, pour certaines d'entre elles, achevées. Entre 1840 et 1875,
dix-sept églises nouvelles sont mises en chantier, les trois-quarts d'entre elles
correspondent à des créations nouvelles et se situent essentiellement dans les
faubourgs de Lyon comme la Croix-Rousse et sur la rive gauche du Rhône. Tandis
que les architectes lyonnais exercent avec plus ou moins de bonheur leurs talents de
restaurateurs sur Saint-Bonaventure, Saint-Nizier ou encore Saint-Paul, Saint-Martin
d'Ainay devient le grand chantier des Monuments historiques dès 1 844. De la restau
ration à l'embellissement, il n'y a parfois qu'un pas à franchir et la tentation est grande
pour les maîtres d'ceuvre d'imprimer leur personnalité en s'employant à achever les
constructions. En 1847, le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon, ne manque pas
de saluer les efforts réalisés depuis quelques années en rendant hommage aux libé-
1. Bien que d'une optique différente de la nôtre, la thèse de Nathalie Mathian aborde aussi la question
de la restauration des églises à Lyon au XIXe siècle. Il faut regretter que ce travail ne soit pas consult
able. Nathalie Mathian, Du monument historique au site. Évolution de la notion de patrimoine à Lyon
(1800-1940), thèse de doctorat, Université Lyon II, 1994, 3 vol.
Livrauorh) à'hutoire de l'architecture n° J 38 PHILIPPE DUFIEUX
ralités des autorités civiles ainsi qu'au talent des architectes2. En réalité, les maîtres
d'œuvre adoptent des attitudes diverses face à la construction médiévale.
Saint-Martin d'Ainay ou le roman- byzantin magnifié
Les souvenirs attachés à l'abbaye de Saint-Martin d'Ainay, seule église romane
conservée à Lyon au XIXe siècle, remontent à la plus haute Antiquité. La tradition
rapporte que les colonnes de l'autel des Trois Gaules furent réemployées dans la cons
truction des Xe et XIIe siècles et ces éléments accréditent l'idée que l'ensemble abbat
ial fut construit sur le lieu du martyre des chrétiens de Lyon en 177. De plus, la
chapelle Sainte-Blandine, accolée à l'église, passe pour le lieu d'incarcération de la
jeune martyre au IVe siècle. A défaut de vestiges gallo-romains, Saint-Martin d'Ainay
demeure longtemps le seul monument reliant Lyon au prestige d'une double fonda
tion romaine et chrétienne. Depuis 1827, la fabrique réclame l'agrandissement de
l'église rendu nécessaire par l'augmentation de la population dans le quartier de
Perrache. En 1829, l'architecte Jean Pollet (floréal an III — 1839) se propose de cons
truire une chapelle au nord du sanctuaire, d'agrandir le chœur en le repoussant
jusqu'à la rue du pont d'Ainay, de réparer les voûtes et enfin créer une nouvelle
chapelle en pendant de celle des fonts baptismaux. Mais son projet ne semble pas
remporter l'assentiment de la fabrique puisqu'en 1829, il est demandé au maire de
Lyon les moyens d'une transformation plus importante3. Le nouveau devis (40
732,20 francs) comprend la construction d'une chapelle sur le flanc nord de l'église,
la reconstruction des voûtes de la grande nef et des bas-côtés dont l'état de ruine
menace la sûreté publique4. Pollet remplace les charpentes apparentes qui couvraient
l'édifice par des voûtes en brique, tandis que les nefs latérales sont doublées en modif
iant profondément le caractère de la façade où le porche en saillie est accosté de
deux ailes établies en prolongement des collatéraux. Ces divers travaux devaient
rendre à l'église un état proche du XIIe siècle, sur le modèle de sa partie la plus
ancienne, c'est-à-dire la chapelle Sainte-Blandine. Cette transformation vaut aussi
pour les parties postérieures de l'édifice dont les fenêtres, modifiées au XVe siècle,
sont rétablies en plein cintre5. En façade, l'architecte ouvre deux portes latérales et
réalise des travaux au portail principal. La méthode très contestable de ces travaux,
réalisés sans aucune autorisation, est sévèrement critiquée par le conseil des bâtiments
civils6. A la suite de cette affaire, le Conseil en appelle au ministre pour qu'à l'avenir,
2. Lettre circulaire de Son Ém. Mgr le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon et de Vienne, adressée au
clergé de son diocèse sur ses visites pastorales, 12 décembre 1847, p. 4.
3. Arch. mun. de Lyon, 475 Wp 15, lettre du conseil de fabrique au maire de Lyon, 1" septembre 1829.
La ville alloue pour l'ensemble de ces travaux 3000 francs sur un premier devis de 9806 francs.
4. Arch. mun. de Lyon, 475 Wp 15, devis des travaux à exécuter à l'église Saint-Martin d'Ainay, s.d.,
[1829].
5. Arch. départ, du Rhône, V 741, notes de Pollet sur l'église d'Ainay, 12 janvier 1834.
6. Arch. nat., F21 2536, rapport du conseil des bâtiments civils, 11 mai 1841.
Livraworiâ d'hutoire de l'architecture n° 5 GOTHIQUES ET ROMANS 39
les fabriques n'engagent pas de réparations susceptibles d'altérer des monuments natio
naux aussi importants. L'exécution même ne fut pas non plus des meilleures puisque
l'architecte départemental Antoine Louvier (1818-1892), dans son rapport au préfet
du 10 décembre 18507, constate que l'église se trouve dans un très mauvais état8.
L'intention de l'architecte était de conférer à Saint-Martin d'Ainay une ascen
dance orientale plus affirmée en établissant des voûtes dans la nef principale. La
nature de son intervention est d'ailleurs confirmée peu après par Quicherat dans sa
Classification de l'architecture romane9 et l'ouvrage fondamental de Mallay, Essai sur
les églises romanes et romano-byzantines du département du Puy-de-Dôme (1838) en
est contemporain, d'où l'idée de rattacher l'édifice aux églises auvergnates10. Pollet
s'était rendu à Ravenne lors d'un voyage en Italie et considérait Saint-Martin d'Ainay
comme la seule église byzantine de Lyon11. C'était aussi rejoindre les spéculations
des liturgistes quant à l'origine orientale de l'église de Lyon, quitte à forcer un peu
la reconstitution archéologique.
Entre-temps, l'architecte Claude- Anthelme Benoit (1794-1876) remplace Pollet,
mort en 1839. Saint-Martin d'Ainay est classée Monument historique en 1844 et
fait désormais l'objet d'une inspection spéciale. Pourtant, rien ne se passe avant une
dizaine d'années. Devant l'ampleur des dégradations, la fabrique fait consolider la
tour-lanterne de la croisée sans l'assentiment des Monuments historiques, ni du
ministre des cultes12. A cette date, il reste beaucoup à faire pour assurer la parfaite
conservation de l'édifice et la fabrique, qui a épuisé ses ressources, formule une
nouvelle demande d'allocation sur les fonds de l'État appuyée par le rapport Louvier
du 10 décembre 1850.
Le choix de Charles-Auguste Questel (1807-1888) comme architecte de Saint-
Martin d'Ainay tombe à point nommé, lui qui achève à la même époque Saint-Paul
de Nîmes et qui, depuis 1840, est chargé de nombreux travaux de restauration dans
le sud de la France. Sa nomination en 1844 intervient peu après les restaurations
contestées de Pollet et, dès lors, il convient de soustraire l'édifice à la fabrique pour
confier son entretien à l'autorité compétente des Monuments historiques. Questel,
qui a beaucoup à faire dans ces années-là, tarde à produire un projet général de restau
ration. Le 12 mars 1846, l'architecte remet son devis, approuvé en principe par la
commission des Monuments historiques le 24 avril suivant13. Le maître d'œuvre
rédige un ambitieux projet (564 300,14 francs) en trois parties : la première concerne
les travaux de consolidation et de restauration (89 349 francs), l'agrandissement de
7. Arch. mun. de Lyon, 475 Wp 15 et arch. des Monuments historiques, 81 69 176/1.
8. Voir Congrès archéologique de France, XCIIP session, Paris, Picard, 1936, p. 100 et suiv. En 1857, la
Revue de l'art chrétien (vol. 1 , p. 369-373) ne trouvait pourtant rien à redire à propos de ces travaux.
9.archéologique, 1852, vol. IX, p. 531.
10. Arch. départ, de l'Isère, 4 V 10. La restauration de Saint-Martin d'Ainay semble avoir inspiré les
projets plus tardifs de Berruyer pour la nouvelle façade de la cathédrale de Grenoble (Isère). L'une
de ses propositions, datée du 4 juillet 1869 est une citation manifeste du projet de Pollet.
11. Joseph Bard, « Notice sur Jean Pollet », Revue du Lyonnais, lète série, 1839, t. 2, p. 1 16-1 19.
12. Arch. mun. de Lyon, 475 Wp 15, lettre du préfet du Rhône au ministre des cultes, 7 mars 1851.
13.des Monuments historiques, 81 69 176/1, rapport de Mérimée, 24 avril 1846.
Livraiioru d'hLitoire de l'architecture n° 3 40 PHILIPPE DUFIEUX
l'édifice (la chapelle de la Vierge et la reconstruction de la sacristie pour 130 092,69
francs), et enfin un important programme de décoration et d'ameublement (344
857,80 francs), qui, à lui seul, compose près des deux tiers du devis14. Le clocher et
la flèche montrent d'inquiétants signes de faiblesse et les travaux sont encore retar
dés par des difficultés financières. En juillet 1854, Benoit dresse un premier devis
de 55 000 francs sur les recommandations de Questel et propose de modifier le
couronnement des bas-côtés par l'établissement de deux demi-frontons de part et
d'autre du clocher, dans le prolongement des toitures15. La modification de la façade
appelle aussi celle des deux massifs qui masquent les bas-côtés et Questel s'aperçoit
que Pollet avait adopté ce système pour stabiliser le clocher qui penche vers le sud.
Dès lors, il faut composer et seul leur couronnement sera modifié. L'abside romane,
que Viollet-le-Duc considérait comme l'une des plus belles de France, est dégagée
des constructions postérieures et sa couverture en tuile est remplacée par des dalles
de Villebois, sur le modèle du chevet de Saint-Sernin à Toulouse, restauré par le
même Viollet-le-Duc. Les travaux s'effectuent non sans dissensions entre le conseil
de fabrique et son architecte, la commission des Beaux-Arts et Questel. Les dépens
es somptuaires de l'abbé Boue, en particulier la commande du nouveau maître-autel
à Poussielgue-Rusand, provoquent la réprobation de Mérimée16. Le décor de l'abside
est commandé peu après à Flandrin (1855) pour servir de cadre à l'autel et l'église
reçoit un ensemble mobilier, réalisé sur les dessins de Questel (ill. 1).
L'agrandissement, longtemps demandé par la fabrique, est cependant toujours
ajourné. En 1846, Questel estimait qu'il eût mieux valu laisser le monument intact
et construire une autre église dans la paroisse, mais les travaux sont trop avancés pour
qu'il en soit question17. La seule solution est de rendre à l'église la chapelle Sainte-
Blandine, servant jusqu'alors de sacristie et de reconstruire la chapelle de la Vierge.
Benoit est dessaisi peu après par l'inspecteur général Boeswillwald qui ne manque
pas d'émettre de sévères critiques18. La proposition de Questel est approuvée le 6 juin
1862 et la nouvelle sacristie s'élève en 1877. Ces modestes agrandissements parais
sent toujours insuffisants puisqu'en 1890, Daumet se propose de reconstruire en
partie la chapelle Sainte-Blandine, seule construction qui n'a pas été modifiée au
14. Questel prévoit l'exécution de mosaïques à la grande abside, de peintures au chœur et à la grande
coupole (54 176 francs) ainsi que le décor de la chapelle Saint-Michel (pour 100 000 francs). Une
autre partie du devis concerne l'exécution d'un nouveau mobilier dont le nouveau maître-autel et
des autels latéraux et divers aménagements liturgiques : chaire, ambons, stalles, table de communion,
grilles en bronze doré, fonts baptismaux (9 1 000 francs) ainsi que le pavage en mosaïque de toute
l'église (66 260 francs). Il est tout à fait probable que les dessins d'Ainay aient été réalisés en coll
aboration avec Alexandre Denuelle. Ces projets sont contemporains de Saint-Paul de Nîmes (1849).
15. Arch, des Monuments historiques, 81 69 176/1, note de Questel à la commission des Monuments
historiques, s.d., [1854].
16. Arch, des historiques, 81 69 176/1, rapport de Mérimée à la commission des
Monuments historiques, 21 mars 1851.
17. Arch, des Monuments historiques, 81 69 176/1, devis descriptif et estimatif des travaux à exécuter
à l'église Saint-Martin d'Ainay, 12 mars 1846.
18. Arch, des historiques, 81 69 176/1, rapport de Boeswillwald à la commission des
Monuments historiques, s.d., [1862].
Lù'raLiotu d'h'utoire de l'architecture n° 3 GOTHIQUES ET ROMANS 41
XIXe siècle par les restaurations. La
réputation de Questel comme restau
rateur est grande à l'époque et l'a
rchitecte ne semble céder à aucun
système. Les Monuments historiques
conduisent une véritable dé-restaura
tion afin de faire disparaître l'inte
rvention de Pollet jusqu'à modifier le
détail des fenêtres de la nef sur un
nouveau dessin; mais curieusement,
il n'est pas question de rétablir la
Illustration non autorisée à la diffusion
charpente apparente de la nef princi
pale et la voûte en berceau est maint
enue19. L'intention est autant de
prolonger la vie du bâtiment que de
lui faire recouvrir une certaine unité
stylistique en procédant à son déga
gement et à son embellissement. Les
décors de Flandrin et le nouvel
aménagement mobilier accentuent
encore le caractère oriental de l'église
en s'inscrivant finalement dans la
même idée que Pollet, avec certes,
111. 1 : Église Saint-Martin d'Ainay (Lyon), élévation
infiniment plus de précautions. En intérieure vers le chœur, état avant 1970, cliché Poix,
ce sens, le détail du devis de Questel carte postale. Cl. J.-C. Stuccilli.
pour Saint-Martin d'Ainay laisse
bien apparaître l'intention du restaurateur. Le décor et le mobilier devaient jouer un
rôle essentiel dans la restitution archéologique et le projet de Questel reste très
influencé par l'esthétique de Saint-Paul de Nîmes. Toutefois, l'action des Monuments
historiques tarde à se traduire dans les faits et la fabrique se trouve bien obligée d'en
treprendre à ses frais les travaux d'urgence quitte à se faire semoncer par la suite.
C'est le paradoxe d'une protection qui soustrait aux fabriques la charge des édifices
sous le prétexte de prévenir le vandalisme et qui dans le même temps laisse les cons
tructions sans entretien.
Autre paradoxe, à mesure que les restaurateurs s'appliquent à restituer Saint-
Martin d'Ainay dans un état idéal, les traditions qui lui sont attachées sont de plus
en plus controversées par les travaux de Martin-Daussigny20 et d'Alphonse de
Boissieu21. La polémique porte toujours sur la localisation de l'amphithéâtre des
martyrs de Lyon. En 1886, l'abbé Florent publie Les Traditions d'Ainay2, ouvrage
19. Arch, des Monuments historiques, 1119.
20. Martin-Daussigny, Inscriptions antiques de Lyon, Lyon, Louis Perrin, 1846-1854, 184 p.
21. Alphonse de Boissieu, Ainay, son autel, son amphithéâtre, ses martyrs, Lyon, 1864, 135 p.
22. Abbé Florent, Les Traditions d'Ainay, Paris, Delhorme et Briguet, Lyon, Philipona et Ge, 1886, 386 p.
Livraiàotw d'hiitoire de L'architecture n° 3 42 PHILIPPE DUFIEUX
dans lequel l'auteur s'emporte contre les prétentions des archéologues accusés de
débarrasser l'histoire ecclésiastique de ses mythes fondateurs et tente de prouver que
le culte des quarante-huit martyrs de Lyon trouve son origine à Ainay. La question
revêt une grande importance pour la crédibilité de l'Eglise dans un contexte poli
tique marqué, sous la Troisième République, par la crise anticléricale. D'ailleurs, les
lieux consacrés par l'histoire religieuse locale font l'objet de soins attentifs au cours
du XIXe siècle. La crypte de l'église Saint-Irénée (Lyon), que la tradition consacre
comme le lieu d'inhumation de l'évêque de Lyon, est restaurée avec éclat par
Desjardins (1865-1868) et reçoit un décor inspiré des basiliques primitives23. Au
caveau de Saint- Pothin à l'Antiquaille (Lyon), le peintre Gaspard Poncet (1820-
1892) déploie de longues processions de martyrs. À défaut de preuves intangibles,
l'architecture des lieux doit abonder dans le sens de la tradition.
Il faut rapprocher la restauration de Saint-Martin d'Ainay des chantiers contemp
orains conduits par Desjardins et Questel pour les Monuments historiques. À l'église
de Salles (Rhône, XIIe siècle), les architectes s'emploient en 1842 à dégager le monu
ment des constructions postérieures et font disparaître le plafond en plâtre établi dans
la nef au XVIIIe siècle pour retrouver la charpente apparente24. Les baies sont rétablies
dans leurs volumes originaux et Questel songe un temps à relever la flèche du clocher
suivant un nouveau dessin. La commission des Monuments historiques s'y oppose et
demande une restauration à l'identique. En ce qui concerne le cloître de l'ancien
chapitre, l'architecte en chef ne peut que constater qu'à cette date, la majeure partie
des constructions est déjà passée par la main des démolisseurs et se trouve impuissant
à proposer des mesures de protection. Le chantier est conduit avec beaucoup de soin.
De 1852 à 1854, Desjardins intervient aussi à l'ancienne abbaye des bénédictins
de Charlieu (Loire, XVe siècle) 25. Le portique de l'église est repris partiellement et
en aucune façon l'architecte ne cherche à remplacer les sculptures altérées. Il ouvre
quelques arcades et établit une couverture en charpente destinée à protéger le porche
des intempéries. La façade est close d'une grille pour la mettre à l'abri des mutilat
ions. Les travaux sont complétés peu après par le dégagement du cloître et de ses
arcades26. La nature de ces restaurations contraste vivement avec celles conduites à
la même époque à Lyon en particulier à Saint-Martin d'Ainay, à Saint-Bonaventure
ou encore à la cathédrale Saint-Jean. En milieu urbain, les restaurations participent
à l'embellissement et prennent une dimension politique en se confondant avec
l'intérêt des pouvoirs publics. À l'inverse, dans les campagnes, ce dernier aspect ne
semble pas vraiment essentiel, d'où des interventions limitées et paradoxalement de
plus grande qualité.
23. Arch. mun. de Lyon, 475 Wp 22.
24.des Monuments historiques, 81 69 550, description de l'église et du chapitre de l'église de
Salles par Questel, s.d., [1842].
25. De Sevelinges, « De la restauration de l'église des Bénédictins de Charlieu », Revue du Lyonnais, 2e
série, t. VI, 1853, p. 191-198.
26. Arch. des Monuments historiques, 42 109 1, devis estimatif et descriptif des travaux à exécuter pour
la conservation du cloître de l'abbaye de Charlieu (Loire), mai 1851. Le devis se monte à 37 703
francs pour le cloître et 30 313 francs pour le portique.
Livraidorw д 'histoire de l'architecture n° J GOTHIQUES ET ROMANS 43
Dévastée par les événements révolutionnaires et privée d'entretien pendant près
de vingt ans, la cathédrale Saint-Jean de Lyon se trouve au début du XIXe siècle dans
un état déplorable : les eaux pluviales s'infiltrent par les voûtes et les baies qui pour
la plupart d'entre elles ont perdu leurs anciennes verrières, les sculptures des portails
sont gravement endommagées et enfin, les églises Sainte-Croix et Saint-Etienne, qui
composaient le groupe episcopal sous l'Ancien Régime, ont été complètement détruit
es. À la signature du Concordat, le service divin ne peut pas même y être célébré et
l'église Saint-Nizier est désignée comme devant servir provisoirement de cathédrale.
Il en est de même pour le palais episcopal dont la toiture est si délabrée que les appar
tements sont régulièrement inondés. Sous la Restauration, les bâtiments sont progres
sivement remis en état par des réparations au gros œuvre et Antoine-Marie
Chenavard (1787-1884) est nommé peu après architecte de la cathédrale (1833).
L'architecte a fort à faire dans ces années-là et le chantier l'intéresse peu. Il s'occupe
des travaux les plus urgents et réalise notamment le badigeonnage très contesté de
l'intérieur des nefs (1838). En ce début de XIXe siècle, la cathédrale Saint-Jean eût
certainement mérité des soins plus attentifs et le bâtiment se dégrade considérable
ment. La réfection totale des toitures du comble est jugée nécessaire mais systéma
tiquement ajournée par manque de crédits. La couverture de l'abside n'est pas en
meilleur état comme en témoigne la plainte adressée au ministre des cultes par le
cardinal de Bonald en 184827. Les travaux conduits dans la première moitié du siècle
consistent surtout à effacer les dégradations de la période révolutionnaire et de
permettre à nouveau la pratique du culte. Avec la nomination d'Antoine Desjardins
(1814-1882) en 184928, s'engage alors une restauration complète.
La cathédrale idéale contre l'érudition locale
Le 10 décembre 1845, Desjardins arrête avec Pierre-Marie Bossan (1814-1888)
une estimation pour les nefs latérales et les chapelles adjacentes dont ils prévoient la
réfection de la balustrade en tuiles creuses, la restauration des gargouilles, des contref
orts et le renouvellement des gouttières29. Le principe de restauration générale est
admis par le conseil des bâtiments civils le 6 août 1 846 et un nouveau devis daté du
12 janvier 1847 (31 278,83 francs) propose de scinder les travaux en deux parties:
la restauration de la couverture du chœur et celle des nefs latérales30. À la réfection
des toitures s'ajoute aussi celle du système d'écoulement des eaux pluviales. Cette
question sur laquelle Viollet-le-Duc revient dans son Instruction pour la conservation,
27. Arch, nat., F" 7729, lettre du cardinal de Bonald au ministre des cultes, 14 juillet 1848.
28. Desjardins est inspecteur des travaux de la cathédrale Saint-Jean pour le compte de Bossan jusqu'en
1849, mais ce dernier semble avoir laissé toute latitude à Desjardins pour conduire la restauration
de l'édifice. La paternité des grands projets de Desjardins des années 1 847-1850, ne semble pas devoir
grand chose à Bossan.
29. Arch, départ, du Rhône, V 308.
30.nat., F" 7729, avis du conseil des bâtiments civils, 15 avril 1847.
L'wra'uotw à 'hiàtoire de l'architecture n° J PHILIPPE DUFIEUX
Illustration non autorisée à la diffusion
111. 2: Cathédrale Saint-Jean (Lyon), vue du chevet avant la restauration des toitures conduite par Antoine
Desjardins entre 1855 et 1861, gravure, Revue du Lyonnais, 2e série, t. XIV, 1857, p. 512. CI. J.-C. Stuccilli.
l'entretien et la restauration des édifices diocésains, et particulièrement des cathédrales,
conditionne bien évidemment l'état général du gros-œuvre31. Desjardins avait
l'intention de remplacer le couronnement de l'abside afin de l'accorder au caractère
d'une nouvelle toiture aiguë dont la reconstruction venait juste d'être approuvée32.
Bientôt, l'architecte rêve de plus grands projets pour la cathédrale Saint-Jean et, dès
lors, il ne s'agit pas seulement de restaurer et d'effectuer des travaux d'entretien, mais
aussi d'achever et d'embellir.
À partir de 1847, l'architecte propose successivement le relèvement de la toiture
de la nef, l'établissement de flèches sur les clochers et la réalisation d'un nouveau décor
intérieur, interventions qui visent à donner à Saint-Jean des allures de cathédrale
idéale. Selon l'érudit Joseph Bard, l'intention de couvrir les clochers orientaux de la
primatiale Saint-Jean par des flèches revient au cardinal de Bonald, qui lui en aurait
soumis l'idée en 1845" (ill. 2). Dans son « Bulletin monumental et liturgique de la
ville de Lyon » de 1846, l'auteur engage vivement les autorités diocésaines à renonc
er à ce projet, sans grande illusion. La présence d'un pignon aigu au centre de la
façade suggère à Desjardins l'idée d'une toiture surélevée. L'intention de l'architecte
et des autorités diocésaines était en fait de terminer un édifice laissé inachevé par les
31. Le remplacement des gouttières par des gargouilles de pierre, réclamé depuis 1 844 dans la Revue du
Lyonnais (Ie" série, t. XIX, p. 396) n'est réalisé qu'à la fin du XIXe siècle.
32. Arch, départ, du Rhône, V 308, lettre de Desjardins au préfet du Rhône, 12 janvier 1847.
33. Joseph Bard, « Bulletin monumental et liturgique de la ville de Lyon », Revue du Lyonnais, Ie série,
t. XXIV, 1846, p. 93.
Livrauotu d'histoire de l'architecture n° 3 GOTHIQUES ET ROMANS 45
bâtisseurs du XVe siècle en
élevant notamment des flèches
sur les deux clochers de la
façade occidentale. Toutefois,
dans un premier temps, seule la
reconstruction de la toiture est
envisagée sur la base d'un
premier devis général de restau
ration (35 922 francs) établi le
12 novembre 1849 et examiné
en commission des arts et édifi
ces religieux le 23 janvier 1850.
Celle-ci attend de plus amples Illustration non autorisée à la diffusion
précisions avant de se prononc
er sur la question des flèches et
Desjardins se rend compte qu'il
n'est pas possible d'entrepren
dre des travaux de cette impor
tance sur la base du devis de
1849. Le 17 février 1851, le
projet général, dont il évalue le
montant à 503 782,25 francs,
est approuvé par le ministre de
l'instruction et des cultes le 8
avril suivant, à la réserve que
l'architecte produise les dessins
111. 3: Cathédrale Saint-Jean (Lyon), vue du chevet après la susceptibles de faire apprécier
restauration des toitures par Antoine Desjardins entre 1855 et en parfaite connaissance ses
1861, Félix Thiollier, L'Œuvre de Pierre Bossan architecte, propositions34. Les travaux de la Montbrison, Brassart, 1891, pi. 93 bis. Cl. J.-C. Stuccilli.
nouvelle toiture commencent
en 1855 et sont achevés en 1861, à l'exception de quelques détails d'ornementation.
Le nouveau comble de la cathédrale est accueilli peu favorablement par la popul
ation et fait l'objet de vives critiques de la part des archéologues (ill. 3). En 1861,
l'architecte Charles Savy adresse un mémoire au ministre de l'instruction publique
et des cultes dans lequel il regrette vivement que le caractère de la cathédrale de Lyon
soit dénaturé par la construction d'un comble aigu qui ne lui semble pas en harmon
ie avec l'abside romane couverte en terrasse. Selon lui, il faut respecter certaines
adjonctions anciennes comme à Saint-Maurice de Vienne, dont la toiture, avec sa
faible pente, présente une certaine parenté avec Saint-Jean. Vaudoyer fait valoir pour
tant que ce choix s'imposait : il fallait soit maintenir la toiture provisoire et laisser le
34. Arch, départ, du Rhône, V 308, lettre de Desjardins au préfet du Rhône, 4 mars 1853. Les dessins
de Desjardins ne nous sont pas parvenus.
Livrauioru à huitoire de L'architecture n° J