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Art, entreprenariat : Les chemins de la création

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Cet article tente de dresser un parallèle entre la démarche de l'artiste et celle de l'entrepreneur, explorant la relation qu'ils entretiennent avec leur « création ». Il opère ainsi un rapprochement entre les moteurs de l'action artistique et entreprenariale et montre en quoi l'œuvre d'Art comme l'entreprise sont marquées par les caractéristiques de leurs auteurs. Il s'interroge ensuite sur le pouvoir d'émancipation et d'autonomie de ces deux créations.
étudiante à Sciences Po Lille puis en Mastère Spécialisée Management du Développement Durable à HEC. Centres d'intérêts : sociologie de l'artiste (assistante du commissaire de l'exposition entre Silencio y Violencia à Buenos Aires (déc-2004), entretien avec les artistes; co-fondatrice du BDA de sciences po Lille) ; le développement durable (cours sur l'environnement à McGill University, création de la première journée RETHINK à HEC).
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Observatoire du Management Alternatif Alternative Management Observatory __ Article Art, entreprenariat : Les chemins de la création Olivia Conil Lacoste – Novembre 2006 Mastère Spécialisé Management du Développement Durable– HEC Paris 20062007 Genèse de l’article Cet article a été écrit dans le cadre du cours «Logique Entrepreneuriale» donné par Etienne Krieger dans le cadre Majeure Alternative Management spécialité de troisième année du programme Grande Ecole d’HEC Paris. Origin of this article This article was written in the “Logique Entrepreneuriale” course of Etienne Krieger. This course is part of the “Alternative Management” specialization of the thirdyear HEC Paris business school program. Charte Ethique de l'Observatoire du Management Alternatif Les documents de l'Observatoire du Management Alternatif sont publiés sous licence Creative Commons http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/fr/promouvoir l'égalité de partage des ressources intellectuelles et le pour libre accès aux connaissances. L'exactitude, la fiabilité et la validité des renseignements ou opinions diffusés par l'Observatoire du Management Alternatif relèvent de la responsabilité exclusive de leurs auteurs.il Lacoste O. –Article : «Art, entrepreneuriat, les chemins de la création»  Novembre 2006 1
Art, entreprenariat : les chemins de la création Résumé : Cet article tente de dresser un parallèle entre la démarche de l’artiste et celle de l’entrepreneur, explorant la relation qu’ils entretiennent avec leur «création ».Il opère ainsi un rapprochement entre les moteurs de l’action artistique et entreprenariale et montre en quoi l’œuvre d’Art comme l’entreprise sont marquées par les caractéristiques de leurs auteurs. Il s’interroge ensuite sur le pouvoir d’émancipation et d’autonomie de ces deux créations. Mots clés:Entreprenariat, initiatives et innovation, création artistique, oeuvre d’art Art, entreprenariat: the creation's path Abstract: This article aims to draw up a parallel between the artist's approach and the entrepreneur's one, exploring the relation they maintain with their creations. In this way it makes a bridge between the drivers of the artistic and the entrepreneurialaction and shows how the work of art like the company are impacted by their authors' characteristics. Then it reflects on the power of emancipation and autonomy of those two creations. Key words : Entrepreneurship, initiatives and innovations, artistic creation, artwork L’entreprise et l’oeuvre d’art sontelles nées d’un même processus? Sice rapprochement peut être étonnant, s’interroger sur l’entrepreneur revient cependant à questionner, au même titre que pour un artiste, les moteurs de la création, le devenir de l’œuvre ou de l’entreprise, et la relation qu’entretient son « auteur » avec celleci. Quels sont les ressorts de la créativité de l’entrepreneur, de l’artiste? En quoi les natures même de l’œuvre ou de l’entreprise sontelles affectées par les caractéristiques de leur « créateur » ? Dans quelles mesures s’en émancipentt elles ?  Lesfigures de l’artiste et de l’entrepreneur semblent à première vue très distinctes. Perçu dans l’imaginaire comme un être émotionnel jetant son ressenti sur la toile, le premier semble en tous points éloigné du second. En effet, alors que l’inspiration et l’irrationnel conditionne indéniablement la création artistique; certaines entreprises, structurées par des procédures et des il Lacoste O. –Article : «Art, entrepreneuriat, les chemins de la création»  Novembre 2006 2
standards, semblent nées avant tout d’une démarche pragmatique. Cependant, dresser un parallèle entre l’œuvre d’art et l’entreprise revient à reconnaître que l’acte de créer  quelque soit le fruit de la création  peut procéder d’une même recherche. Comme l’artiste, certains entrepreneurssemblent animés par la passion. L’exemple de Magda Danysz le démontre.  Aumême titre que le tableau, qui reflète l’intériorité et la vision engagée de son « auteur » ; la gallerie Magda Danysz n’estelle pas la concrétisation d’une passion, d’une émotion personnelle et porteuse ? À l’image des artistes engagés qu’elle expose,ne reflètet’elle pas un projet de vie et un engagement au sein de la société ? De même, si l’innovation qui fonde le projet de l’entreprise peut être le simple résultat de 1 travaux et de recherches poussés, elle peut également être le fruit d’une « idée de Génie » . Les artistes «géniaux »dérangent en leur temps en opérant une rupture des codes et une mise en forme de l’inédit. De même, l’entreprise missionnaire qui réussit à naître et à durer procède parfois d’une innovationdifficilement accréditée en ses débuts, mais à laquelle les sceptiques de la première heure ont fini par se rallier. Les projets entrepreneuriaux sélectionnés par Ashoka s’appuient ainsi sur des innovations souvent peu reconnues comme viables à première vue et pourtant susceptibles de faire école. L’évocation de la Grameen Bank etdu micro crédit vont également dans ce sens. Par ailleurs, l’entrepreneur entretientil les mêmes relations avec son entreprise que l’artiste avec son œuvre ? Comme on l’a vu, l’identification entre « le créateur » et son objet peut être très forte. Au même titre que le tableau reflète une intériorité, les valeurs de l’entreprise et la culture qui s’y développe peuvent êtres très marquées par les caractéristiques de son fondateur. Si certaines organisations reposent avant tout sur les procédures, d’autres semblent en effet se structurer autour de « l’idéologie » diffusée par l’entrepreneur. Le cas du Club Méditerranée, animé par une culture clanique et structuré selon les valeurs de partage de Gilbert Trigano est un exemple parlant. Concrétisés dans les rituels et les codes de l’organisation, les idéaux de l’entrepreneur sont intégrés 2 par tous . Ainsi, la création reflète l’intériorité de son «auteur ».Elle s’en émancipe cependant. Juridiquement, l’entreprise est une personne morale à part entière dotée d’une identité propre et autonome qui évolue et s’éloigne parfois des objectifs propres à son créateur. Si l’œuvre d’art est un objet fermé et accompli, une organisation à but lucratif doit en effet se renouveler avec son temps 1 Drucker Peter,Les entrepreneurs, Editions Pluriel, Paris, 1986. 2 Friedberg Erhard,L’analyse sociologique des organisations, Revue POUR n°28, GREP, Paris, 1988il Lacoste O. –Article : «Art, entrepreneuriat, les chemins de la création»  Novembre 2006 3
pour survivre. Une fois Gilbert Trigano démis de ses fonctions, le Club Méditerranée s’est par exemple éloigné des idéaux fondateurs de convivialité et de partage pour répondre à la nouvelle demande de confort de sa clientèle. De même, IBM ne fabrique plus d’ordinateurs ! Au même titre qu’une œuvre d’art peut être exposée ou assimilée à des problématiques lointaines aux préoccupations de l’artistes; l’entreprise semble ainsi devoir s’émanciper du «joug idéologique» de son fondateur pour survivre et se développer en rationalisant son activité. Le pouvoir du créateur 3 semble destiné à passer à la technostructure , sauf si l’entrepreneur freine le développement de son activité pour en garder le contrôle. Il semble ainsi qu’une fois créés, le tableau comme l’entreprise s’inscrivent dans des temporalités nouvelles, distinctes de celles de l’artiste et de l’entrepreneur. Permettentelles aux créateurs de laisser leurs traces? Si l’artiste peut prétendre à l’immortalité, qu’en estil de l’entrepreneur ?Sanctionnées par la conjoncture, le marché et le temps qui passe; ces créations suivent leurs cours et leurs chemins…  *** Suggestion de lecture pour approfondir: Howard Becker, Les Mondes de l’art, (Flammarion, Paris, 1982) avec notamment la thèse qu'audelà du créateur, il y a une création collective, qui est celle du réseau de l’artiste, thèse qui permet de prolonger la réflexion et la comparaison entre création artistique et création entrepreneuriale.3  «The entrepreneur and the technostructure».
il Lacoste O. –Article : «Art, entrepreneuriat, les chemins de la création»  Novembre 2006
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