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Coopération internationale et soutien au secteur privé en Afrique Sub-saharienne : contexte, modalités et enjeux

99 pages
Ce travail de recherche se propose d’analyser la tendance qui veut qu’un soutien direct aux entreprises privées soit de plus en plus considéré comme un vecteur d’action privilégié du développement de l’Afrique Sub-saharienne. Dans une première partie, il met en évidence les mécanismes qui ont placé les entreprises privées au centre des actions en faveur des Objectifs du Millénaire pour le Développement, puis cherche à montrer qu’un soutien financier direct est un mode d’action adapté à la situation de l’Afrique Sub-saharienne. La deuxième partie de ce mémoire s’appuie sur une enquête terrain menée auprès de différents acteurs du soutien au secteur privé en France. Elle montre que le soutien financier direct au secteur privé permet d’agir sur différents leviers de développement, et est un moyen d’encourager un secteur privé plus responsable.
The author was part of the “Alternative Management” third year program in HEC in 2010.
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Observatoire  du  Management  Alternatif
Alternative  Management  Observatory
__
Cahier  de  recherche
Coopération internationale et soutien au secteur
privé en Afrique Sub-saharienne :
 Contexte, modalités et enjeux
Elise Juguet
Juin 2011
Majeure  Alternative  Management  –  HEC  Paris
2009-­2010
Juguet E. – «Coopération internationale et soutien au secteur privé en Afrique subsaharienne»
– Juin 2011 1Coopération internationale et soutien au secteur privé en Afrique
Sub-saharienne : contexte,
modalités et enjeux
Ce cahier de recherche a été réalisé sous la forme initiale d’un mémoire de recherche
dans le cadre de la Majeure Alternative Management, spécialité de troisième année du
programme Grande Ecole d’HEC Paris. Il a été dirigé par David Khoudour, Economiste
à l’OCDE spécialisé dans les migrations, et soutenu le 26 Avril 2011 en présence de
Laura Recuero Virto, Economiste à l’OCDE, spécialiste de l’Afrique, et de David
Khoudour.
Résumé : Ce travail de recherche se propose d’analyser la tendance qui veut qu’un
soutien direct aux entreprises privées soit de plus en plus considéré comme un vecteur
d’action privilégié du développement de l’Afrique Sub-saharienne. Dans une première
partie, il met en évidence les mécanismes qui ont placé les entreprises privées au centre
des actions en faveur des Objectifs du Millénaire pour le Développement, puis cherche à
montrer qu’un soutien financier direct est un mode d’action adapté à la situation de
l’Afrique Sub-saharienne. La deuxième partie de ce mémoire s’appuie sur une enquête
terrain menée auprès de différents acteurs du soutien au secteur privé en France. Elle
montre que le soutien financier direct au secteur privé permet d’agir sur différents leviers
de développement, et est un moyen d’encourager un secteur privé plus responsable.
Mots-clés : Afrique, Financement, Investissement, Développement, Secteur Privé,
Entreprises, Croissance économique, Développement durable.
Private Sector Development in sub-Saharan Africa: context,
modalities and stakes
This research was originally presented as a research essay within the framework of the
“Alternative Management” specialization of the third-year HEC Paris business school
program. The essay has been supervised by David Khoudour, Economist in the OECD,
thspecialized in migrations, and delivered on April, 26 2011 in the presence of Laura
Recuero Virto, Economist in the OECD, and David Khoudour.
Abstract :This thesis proposes an analysis of the trend that makes of financial support to
private firms a key tool in Sub-Saharan Africa’s development. In a first part, it enlightens
the mechanisms that have made private companies become core actors in the Millenium
Development Goals’ achievement, and it shows that a direct financial support is adapted to
the African private sector’s case. The second part of this thesis is based on a field study
made on various actors of the private sector support in France. The study shows that a
direct financial support towards the private sector in sub-Saharan Africa can have a
positive impact on various developmental leverages. But such a support is also a way to
act in favour of a more sustainable private sector, with larger considerations than financial
profit.
Key words: Africa, Financing, Investment, Development, Private sector, PSD, Firms,
Economic growth, Sustainable development.
Charte Ethique de l'Observatoire du Management Alternatif
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http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/fr/ pour promouvoir l'égalité de partage des ressources
intellectuelles et le libre accès aux connaissances. L'exactitude, la fiabilité et la validité des renseignements ou
opinions diffusés par l'Observatoire du Management Alternatif relèvent de la responsabilité exclusive de leurs
auteurs.
Juguet E. – «Coopération internationale et soutien au secteur privé en Afrique subsaharienne»
– Juin 2011 2Remerciements
Merci à David Khoudour d’avoir accepté d’être mon tuteur, et pour ses conseils
avisés, notamment relatifs aux méthodes de recherche.
Un grand merci à Eve Chiapello pour sa flexibilité et son soutien au moment du
choix de mon sujet de recherche, ainsi que pour sa présence dans le jury de
soutenance.
Toute ma gratitude à David Munnich pour sa disponibilité, son intérêt et ses
contacts.
Tous mes remerciements aux personnes qui ont accepté de me recevoir en
entretien pour l’apport précieux qu’ils ont apporté à mon travail de réflexion :
Guillaume Rémy
Denis Sireyjol
David Munnich
Christophe Poline
Maurizio Cascioli
Hubert de Beaumont
Merci enfin à Jérémy Hajdenberg, Pierre Carpentier, ainsi qu’à Badis et Alice
pour leurs contacts et leur soutien, à Thomas pour sa précieuse aide à la relecture
ainsi qu’à mes responsables de stage chez CACIB pour leur compréhension !
Juguet E. – «Coopération internationale et soutien au secteur privé en Afrique subsaharienne»
– Juin 2011 3Table des matières
Introduction.............................................................................................................6
Partie 1. Quelles sont les raisons qui amènent les acteurs du développement à
soutenir financièrement le secteur privé africain?.............................................11
1.1. Le secteur privé au coeur de la réalisation des OMD.............................11
1.1.1. La croissance économique portée par le secteur privé comme
vecteur de développement....................................................................11
1.1.2. Les défaillances des pouvoirs publics conduisent les acteurs du
développement à se tourner vers le secteur privé................................14
1.1.3.Le secteur privé comme agent de politiques publiques dans les
infrastructures.......................................................................................16
1.2. Le soutien financier direct : une réponse adaptée au secteur privé
africain...........................................................................................................20
1.2.1. Le secteur privé d’Afrique Sub-saharienne a-t-il vraiment besoin
de capitaux ?.........................................................................................20
1.2.2. Les défaillances des systèmes financiers africains expliquent le besoin de
financement des entreprises....................................................................................25
Partie 2. Comment les acteurs du développement peuvent-ils contribuer au
développement par le soutien direct au secteur privé africain.........................28
2.1.Préambule................................................................................................28
2.1.1. Les grands enjeux du soutien financier direct au secteur privé. 28
2.1.2. Panorama des acteurs du soutien direct au secteur privé...........30
2.1.3. Méthodologie de la recherche....................................................36
2.2. Le soutien financier direct semble une solution face à la rupture entre
épargne et investissement..............................................................................38
2.2.1. Agir pour le développement du secteur privé dans une optique
globale : moyens d’action et principes de base....................................38
2.2.2. Encourager le développement des systèmes financiers locaux..48
Juguet E. – «Coopération internationale et soutien au secteur privé en Afrique subsaharienne»
– Juin 2011 42.2.3. Les PME : un impact développemental fort, des besoins de
financement importants........................................................................53
2.2.4. Les grands projets d’infrastructures : les agents du
développement comme garantie...........................................................58
2.3. L’entreprise et l’importance de son influence sur ce qui l’entoure :
soutenir des projets aux impacts développementaux forts............................66
2.3.1. Quel secteur privé pour quelle croissance ? ..............................66
2.3.2. L’entreprise comme acteur du développement ?........................68
2.3.3. Quelle place pour le développement durable dans un soutien
financier direct au secteur privé en Afrique Sub-saharienne ?.............73
Conclusion..............................................................................................................82
Bibliographie.........................................................................................................86
Annexes..................................................................................................................91
Juguet E. – «Coopération internationale et soutien au secteur privé en Afrique subsaharienne»
– Juin 2011 5Introduction
Dans l’imaginaire collectif, la coopération internationale ne devrait avoir que
peu à voir avec les entreprises privées. Dans le cas particulier des agences
nationales ou multilatérales de développement, un tel lien évoque immédiatement
les critiques bien souvent faites à l’Aide Publique au Développement (APD) sur
ses vraies motivations : l’aide ne serait qu’une hypocrite excuse des Pays
Développés (PD) pour défendre leurs propres intérêts au Sud, et en particulier en
Afrique Subsaharienne, avec tous les échos postcoloniaux que cela implique.
A première vue, il y a en effet une divergence totale d’objectifs entre les
entreprises privées et la coopération. Nous regroupons derrière le terme de
« coopération internationale » tout acteur, privé ou public d’un pays développé,
souhaitant avoir une action positive sur la réduction de la pauvreté et le
développement humain d’un pays en voie de développement, ou autrement dit,
tout acteur inscrivant son action dans la volonté de contribuer à la réalisation des
Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).
A l’opposé, la raison d’être d’une entreprise privée, par définition, est la
recherche d’un profit le plus grand possible. L’interlocuteur privilégié de l’aide
publique est le gouvernement, celui des ONG (Organisations Non
Gouvernementales), la société civile, les individus. Pourtant, impossible d’ignorer
le secteur privé dès lors qu’il est au centre de toute société capitaliste (soit la quasi
totalité des régimes africains). Plus encore, la crise de la dette, la dénonciation des
Plans d’Ajustement Structurels, les détournements d’argent au sein des
gouvernements discréditent le modèle d’une aide publique centrée sur les
gouvernements. De l’autre côté, on remet en doute la pérennité des actions des
ONG, sa conditionnalité à une bienveillance apitoyée des donateurs des pays
développés.
Le modèle capitaliste de libre entreprise américain, malgré les limites qu’il
comporte, reste dans les esprits comme l’incarnation du développement par
l’enrichissement personnel de tous. Ainsi, l’ONU organise depuis quelques années
un forum de réflexion spécialement consacré au secteur privé.
Juguet E. – «Coopération internationale et soutien au secteur privé en Afrique subsaharienne»
– Juin 2011 6A l’occasion de la troisième édition de ce forum qui a eu lieu le 22 Septembre
2010 à New York, Ban Ki-moon a insisté sur le fait que, dans le contexte actuel de
crise économique mondiale, la réalisation des OMD « dépendra plus que jamais
des ressources et capacités du secteur privé ». Reconnaissant le monde des
affaires comme « un moteur essentiel de l’innovation, de l’investissement et de la
création d’emplois », il a estimé qu’il ne faisait plus de doute que le secteur privé
joue pleinement un rôle dans l’accomplissement de progrès économiques et
1sociaux .
La méthode d’intervention la plus explorée par les acteurs des pays développés
souhaitant avoir une action sur le développement des Pays en Voie de
Développement (PVD) en agissant sur le secteur privé est l’action indirecte. Les
interventions indirectes visent à renforcer les institutions et à améliorer les
conditions offertes aux entreprises dans tel ou tel pays, ce que l’on appelle le
« climat des affaires ». Elles ne remettent pas en cause le modèle traditionnel de la
coopération puisque ce sont le plus souvent des interventions passant par un
soutien aux gouvernements des PVD.
Cependant, depuis quelques années, se multiplient les interventions dites
« directes », qui conduisent les acteurs du développement à prendre pour
interlocuteur le secteur privé, et plus particulièrement l’entreprise (qu’elle soit une
société commerciale, une banque, une institution de micro-finance…).
Cette action directe peut être de deux natures. Elle peut se limiter au
financement ou à la fourniture d’activités de soutien technique, prenant par
exemple la forme de services d’aide au développement des entreprises, souvent
assurés par des organismes publics ou dans le cadre de projets conduits par les
donneurs. Mais elle peut aussi, et c’est à cela que nous souhaitons nous intéresser
plus particulièrement, être un pur soutien financier, sous forme de dons, prêts,
lignes de crédit, garanties, allègements du coût de l’emprunt, etc., consenties
directement à des entreprises commerciales pour le développement de leurs
activités.
1 Organisation des Nations Unies – Couverture des Réunions , “Troisième forum du secteur privé:
les représentants d'entreprises et de gouvernements soulignent l'importance du monde des affaires
pour accélérer la réalisation des OMD – Ban Ki Moon en appelle à investir en faveur des marchés
du futur” Forum du secteur privé sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement, 22
septembre 2010, http://www.un.org/News/fr-press/docs/2010/DEV2826.doc.htm
Juguet E. – «Coopération internationale et soutien au secteur privé en Afrique subsaharienne»
– Juin 2011 7 On sent d’ores et déjà que la logique de ces interventions est moins une
logique de charité pure qu’une logique se rapprochant des métiers financiers et
qu’elle peut même aboutir à un retour sur investissement. Ceci permet une
diversification des acteurs et de la nature des fonds apportés. Au delà de
l’enveloppe de fonds publics de l’APD et des donations récoltées par les ONG, le
facteur « rentabilité » ouvre de nouvelles perspectives tout en contournant
l’épineuse question de l’endettement des gouvernements.
Ainsi, l’AFD (Agence Française de Développement), tout comme ses alter ego
européens, intervient-elle à la fois avec des fonds budgétaires, contraints par les
limites de l’APD, mais aussi et de plus en plus avec des fonds levés sur les
marchés des capitaux, par une gamme plus large d’instruments financiers. D’autre
part, le secteur privé des pays développés s’intéresse de plus en plus aux
interventions financières dans les PVD visant à contribuer au développement de
ces pays.
Des institutions financières privées ont ainsi vu le jour, telles qu’en France, la
société de capital investissement Investisseurs et Partenaires pour le
Développement, créée en 2002. On note également un investissement croissant des
Firmes Multinationales (FMN) dans le soutien financier au secteur privé productif
des PVD. Ceci passait, il y a encore quelques années, systématiquement par le
biais des fondations mais de plus en plus, la vague du social business et l’intérêt
suscité par le marché bottom of the pyramid (BOP) a conduit les entreprises à
réfléchir à de nouvelles manières de contribuer au développement. Le fleuron de
cette nouvelle forme d’aide au développement est le fonds Danone Communities.
On voit bien que, dans ce genre de cas, la frontière est mince entre ce que nous
avons appelé « soutien financier » et un flux financier classique, et il est alors tout
particulièrement important pour les acteurs auxquels nous allons nous intéresser,
dont les mandats énoncent clairement des préoccupations développementales, de
déterminer dans quelle mesure de telles actions en direction du secteur privé ont
réellement un impact positif sur le développement et la réalisation des OMD. Dans
cette étude, nous nous concentrerons sur le secteur privé au sens restrictif du
terme, c’est à dire les sociétés commerciales et nous laisserons de côté les
structures de type associatif et les ménages.
Juguet E. – «Coopération internationale et soutien au secteur privé en Afrique subsaharienne»
– Juin 2011 8Un soutien au développement dirigé vers le secteur privé pose question : dans
quelle mesure contribue-t-on au développement de l’Afrique sub-saharienne en
soutenant telle ou telle entreprise africaine ? Peut-on vraiment dire que le
développement du secteur privé est en faveur de la réalisation des Objectifs du
Millénaire pour le Développement (OMD) quand bien même son objectif est le
profit ? En quoi le secteur privé des pays d’Afrique Sub-saharienne a-t-il besoin
d’un soutien financier apporté par les acteurs du développement ?
La contrainte géographique ne nous permettant pas d’aller sur le terrain
mesurer l’impact d’une telle aide sur le développement de l’Afrique Sub-
2saharienne , nous nous concentrerons sur la justification théorique de cette
orientation. Nous nous intéresserons plus particulièrement à la question de sa
pertinence. Dans quelle mesure un mandat se proposant d’assurer un
développement équitable pour les pays d’Afrique Sub-saharienne par un soutien
financier direct au secteur privé fait-il sens ?
Tout au long de ce mémoire, nous nous attacherons donc à répondre à la
question suivante : comment justifier un soutien financier direct au secteur privé
en Afrique Sub-saharienne de la part d’acteurs se réclamant d’un soutien au
développement ?
Pour répondre à cette question, nous commencerons par nous interroger sur les
fondements théoriques d’une action des acteurs du développement en soutien
financier direct au secteur privé. Ceci passe tout d’abord par la mise en évidence
de la place de plus en plus cruciale du secteur privé dans le développement, que ce
soit par la croissance économique ou par la fourniture de moyens essentiels, place
en particulier expliquée en Afrique Sub-saharienne par les défaillances des
structures étatiques. Pour compléter cette première partie, nous nous attacherons à
montrer en quoi un soutien financier direct est une solution pertinente pour
surmonter les principaux blocages qui freinent aujourd’hui le développement du
secteur privé africain.
La seconde partie de l’étude a été réalisée grâce aux informations récoltées lors
de six entretiens effectués auprès d’acteurs de cinq structures françaises très
différentes, ayant toutes en commun d’agir dans une optique de développement en
soutenant financièrement le secteur privé africain. Cette seconde partie s’inspire
2 Impact dont les modalités de mesure sont d’ailleurs toujours source de débats et questionnements.
Juguet E. – «Coopération internationale et soutien au secteur privé en Afrique subsaharienne»
– Juin 2011 9des exemples de ces cinq acteurs du développement afin de répondre à la question
des modalités d’action : quel soutien direct, quels acteurs privilégier, quels moyens
adopter, afin d’arriver à un soutien financier au secteur privé qui soit pérenne et
capable de s’essaimer dans le tissus économique, mais qui soit également
favorable au plus grand nombre, y compris aux plus pauvres, et à un
développement de l’Afrique Sub-saharienne équilibré et durable ?
Juguet E. – «Coopération internationale et soutien au secteur privé en Afrique subsaharienne»
– Juin 2011 10