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20/09/2006.
L’impuissance de l’hyperpuissance américaine.
Les termes de superpuissance ou d’hyperpuissance sont désormais utilisés pour qualifier les
Etats-Unis dans le concert mondial des nations. Ces superlatifs ont été inventés dès lors que la
puissance américaine, un temps contestée (1945-1989) idéologiquement par l’URSS et défiée
économiquement par ses alliés européens et asiatiques à partir des années 1970, s’est
retrouvée dans une position d’incontestable hégémonie économique, militaire et géopolitique.
On peut toutefois, au regard de la crise irakienne, se demander si les outils traditionnels de la
puissance sont encore opérants et s’interroger sur la capacité des Etats-Unis comme première
puissance mondiale à répondre à une nouvelle violence internationale. En outre il est
nécessaire, à l’intérieur même du territoire américain, d’interroger cette notion de puissance
en la confrontant aux inégalités et aux drames sociaux non résolus des Etats-Unis. Réfléchir à
l’impuissance des Etats-Unis c’est donc questionner les limites et la fragilité de la puissance
américaine, c'est-à-dire mesurer l’écart entre un concept globalisant et exclusivement positif
et une réalité sociale, géopolitique, économique plus complexe et plus vulnérable.
Tout au long de cette analyse, il sera également nécessaire de questionner la pertinence du
terme « d’impuissance », tout aussi radicale que celui d’hyperpuissance.
I-
La première économie mondiale est aussi entravée par des
faiblesses structurelles productrices d’inégalités
A-
Les choix ultra-libéraux et l’intégration totale mais inégale des Etats-Unis au
processus de mondialisation fondent à la fois la puissance et l’impuissance américaine.
Le choix du libre-échange sans entrave entraîne l’abandon de pans entiers de l’industrie
nationale. Les délocalisations et les importations massives de produits manufacturés
contribuent à la fragilisation de l’emploi salarié, particulièrement dans le secteur industriel.
L’espace américain est inégalement intégré à la mondialisation. Toutes les villes et toutes les
régions n’entretiennent pas le même lien avec l’espace mondialisé, certaines sont
redynamisées (zones frontalières, métropoles…), d’autres marginalisées (villes et régions
industrielles, banlieues pauvres). De ce déséquilibre géoéconomique naît un rapport
différencié à la puissance.
B-
Une société à plusieurs vitesses.
Si le système libéral stimule et favorise les
initiatives, produit de la croissance, fonde la puissance, cette dernière n’est toutefois pas
partagée entre tous. Le 1/5
e
le plus riche de la population dispose de 50% des revenus des
ménages (45% en 1985) et le 1/5
e
le plus pauvre n’en a que 3,5%. 10 à 12% vivent sous le
seuil de pauvreté. C’est l’idée d’un modèle défaillant au regard de ses horizons idéologiques
que George Perkovich exprime dans la revue
Foreign Affairs
quand il écrit que la justice
sociale est le « principe manquant» dans la rhétorique américaine de la liberté. Enfin, ce
déséquilibre social issu de la non répartition des fruits de la puissance se décline différemment
selon les communautés concernées.
C-
Un Etat impuissant à résorber ces disparités ?
Les restrictions budgétaires,
imposées par la baisse des impôts, fragilisent les services publics et donc la capacité de l’Etat
à réagir aux déséquilibres déjà mentionnés. Ce sont particulièrement les services sociaux, le
logement, l’éducation et les infrastructures de transport en commun qui souffrent. Ex : Les
suites de Katrina ne révèlent pas seulement un fiasco des autorités locales et fédérales, une
faille technique ou organisationnelle, mais bien un choix politique, la défaillance des services
publics et la distance entre les autorités et « l’Amérique pauvre ».
Les budgets de certaines villes et de certains Etats ne suivent plus. Ex : la Californie est en
quasi-faillite, et la privatisation de l’électricité a entraîné un effondrement de son système de
distribution et de gigantesques pannes de courant.
II-
La contestation plurielle du modèle américain rend vulnérable la
puissance américaine
A-
Cette contestation est intérieure…
Des pans entiers de l’opinion américaine
s’interrogent et contestent les choix politiques, géopolitiques, économiques et sociaux de
Washington. L’affrontement des minorités (South central, 1992), la violence dans certains
quartiers ou de certaines catégories de la population (les jeunes) sont de plus la traduction du
Un pour Un
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