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Immigration: fantasmes et réalités - de Claire Rodier et Emmanuel Terray

De
15 pages
De nombreuses contre-vérités circulent sur l’immigration dans la société française. Elle serait essentiellement le fait de gens vivant dans la misère et sans qualification, elle pèserait sur les comptes publics, il faudrait la « choisir » et non plus la « subir » et l’aide publique notamment dans le cadre du codéveloppement permettrait de l’endiguer. Tout ceci est faux et participe au mouvement de fermeture des frontières né dans les années 1970 en France. Selon les auteurs, la référence aux droits de l’homme ne suffit plus et il est temps de montrer qu’une politique alternative fondée sur la liberté d’aller et venir est réaliste.
L'auteur est diplômé d'HEC, Majeure Alternative Management, en 2011.
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Observatoire du Management Alternatif
Alternative Management Observatory
__

Fiche de lecture


Immigration : fantasmes et réalités
Sous la direction de Claire Rodier et Emmanuel Terray
2008







Guillaume Tellez – Novembre 2010
Majeure Alternative Management – HEC Paris – 2010-2011

Tellez G. – Fiche de lecture : « Immigration : fantasmes et réalités » – Novembre 2011 1
Immigration: fantasmes et réalités –
Pour une alternative à la fermeture des frontières

Cette fiche de lecture a été réalisée dans le cadre du cours « Réinventer le travail» donné par
Denis Bourgeois au sein de la Majeure Alternative Management, spécialité de troisième
année du programme Grande Ecole d’HEC Paris.

La Découverte, Paris, 1998
Première date de parution de l’ouvrage: 1998

Résumé: De nombreuses contre-vérités circulent sur l’immigration dans la société française.
Elle serait essentiellement le fait de gens vivant dans la misère et sans qualification, elle
pèserait sur les comptes publics, il faudrait la « choisir » et non plus la « subir » et l’aide
publique notamment dans le cadre du codéveloppement permettrait de l’endiguer. Tout ceci
est faux et participe au mouvement de fermeture des frontières né dans les années 1970 en
France. Selon les auteurs, la référence aux droits de l’homme ne suffit plus et il est temps de
montrer qu’une politique alternative fondée sur la liberté d’aller et venir est réaliste.

Mots clés : Immigration, Migration, Sans-papier, Frontière, Racisme


Immigration: myths and realities –
For an alternative to closing the borders

This review was presented in the “Réinventer le travail” course of Denis Bourgeois. This
course is part of the “Alternative Management” specialization of the third-year HEC Paris
business school program.

La Découverte, Paris, 1998
Date of first publication: 1998

Abstract: Many cons-truths on immigration are circulating in the French society.
Immigration would thus be primarily the result of very poor people with no qualification and
would have a negative impact on public accounts. Consequently, Western societies must
“choose” their migrants and no longer underwent immigration and development assistance,
particularly in the case of co-development would contain it. All these assertions are false and
have been associated with the borders closure since 1970s. According to the authors, the
reference to human rights is not sufficient anymore and the time has come to build an
alternative immigration policy based on the freedom to cross the borders.

Mots clés : Immigration, Migration, Undocumented, Border, Racism


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Tellez G. – Fiche de lecture : « Immigration : fantasmes et réalités » – Novembre 2011 2
Table des matières

1. L’auteur et son oeuvre ......................................................................................................... 4
1.1. Brève biographie ........................................................................................................ 4
1.2. Place de l’ouvrage dans la vie de l’auteur .................................................................. 5

2. Résumé de l’ouvrage ............................................................................................................ 6
2.1 Plan de l’ouvrage ........................................................................................................ 6
2.2 Principales étapes du raisonnement et principales conclusions ................................. 8

3. Commentaires critiques ..................................................................................................... 14
3.1 Avis d’autres auteurs sur l’ouvrage .......................................................................... 14
3.2 Avis de l’auteur de la fiche ...................................................................................... 14

4. Bibliographie de l’auteur ................................................................................................... 15

Tellez G. – Fiche de lecture : « Immigration : fantasmes et réalités » – Novembre 2011 3
1. Les auteurs et leur œuvre
1.1. Brève biographie
Le livre est un ouvrage collectif sous la direction de Claire Rodier et Emmanuel Terray. Y
ont participé : Jean-Pierre Alaux, François Brun, Claude Calame, Violaine Carrère, Carine
Fouteau, Laurent Giovanonni, Virginie Guiraudon, Danièle Lochak, Gus Massiah, Alain
Morice, Xavier Thierry et Fulvio Vassalo Paleologo.
Claire Rodier est juriste au Groupement d’information et de soutien des immigrés, le Gisti
(Groupe d’information et de soutien des immigrés). Elle fait partie des fondateurs du réseau
africain Migreurop, qu’elle préside en 2010. Ce-dernier est un réseau de trente-trois
associations, provenant de dix pays différents (Belgique, Espagne, France, Italie, Maroc,
Mali, Portugal, Royaume-Uni, Liban, Suisse et Togo). Il a été créé fin 2001, autour du constat
que le centre de réfugiés de Sangatte, tenu par la Croix-Rouge, n'était que le « symbole d'une
politique d'asile et d'immigration défaillante puisqu'elle aboutissait à rassembler des
populations sans statut juridique dans des lieux hors droit. »
Emmanuel Terray (né en 1935) est un anthropologue français. Ancien élève de l'École
Normale Supérieure, agrégé de philosophie, il s'oriente rapidement vers l'anthropologie après
avoir découvert les Structures élémentaires de la parenté de Claude Lévi-Strauss, et en vient
à soutenir une thèse consacrée à l'ethnosociologie des Didas de Côte d'Ivoire
Il a vécu à Abidjan dans les années 1960, où il avait été nommé doyen de l'université, mais
doit revenir à Paris après les événements de Mai 1968, pour lesquels il avait affiché trop de
sympathie pour le pouvoir ivoirien. Militant maoïste au PSU (Parti Socialiste Unifié), qu'il
quitte en 1972, il intègre alors la nouvelle équipe de l'Université de Vincennes. Il soutient en
1984 son doctorat d'État avec une thèse sur le royaume Abron du Gyaman (publiée en 1995),
et devient directeur d'étude à l'EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales). Il a
pris depuis 1996 une part active au mouvement des sans-papiers.

Tellez G. – Fiche de lecture : « Immigration : fantasmes et réalités » – Novembre 2011 4

1.2. Place de l’ouvrage dans la vie des auteurs

L’ouvrage est un «petit livre » de cent quarante pages comme l’écrive les auteurs. C’est
une compilation de contributions de personnes différentes sous la direction de deux auteurs.
C’est un livre qui se veut engagé, à la frontière de l’ouvrage scientifique et politique, et qui se
positionne clairement en soutien des immigrés et des injustices qu’ils subissent. De nombreux
auteurs sont ainsi proches du mouvement des sans-papiers en France et du Gisti.
L’ouvrage est structuré en trois parties : « Rétablir les faits », « Mesurer les
conséquences » et « Ecarter les fausses bonnes solutions ». Une politique alternative
d’immigration est rapidement esquissée en conclusion.


Tellez G. – Fiche de lecture : « Immigration : fantasmes et réalités » – Novembre 2011 5
2. Résumé de l’ouvrage
2.1 Plan de l’ouvrage

Partie I : Rétablir les faits
Chapitre 1 : Pourquoi partent-ils ?
La misère n’est pas la seule explication – La migration fait partie de notre histoire –
L’illusoire pouvoir des Etats
Chapitre 2 : Y a-t-il une vérité sur des chiffres sur les tendances migratoires ?
Cinq millions d’immigrés vivent maintenant en France – Plaidoyer pour de meilleurs
statistiques d’immigration – Interpréter trente années de courants migratoires
Chapitre 3 : Combien ça coûte, combien ça rapporte ?
En Grande-Bretagne : près de 20% du PIB – Un « apport » en Espagne, une
« bénédiction » en Italie – En France, les études manquent – Expulsions : une
politique coûteuse
Chapitre 4 : Immigration choisie, un pseudo-pragmatisme
Qu’est-ce que l’immigration « subie » ? – Un tour de passe-passe – Le pseudo-retour
à une immigration de travail – Jusqu’à quel point peut-on maitriser les migrations ? –
Distinguer entre les migrations de travail et les autres migrations : une gageure – Du
droit de choisir ses immigrés

Partie II : Mesurer les conséquences
Chapitre 5 : L’intégration, instrument de pression et de discrimination
Entre valeurs républicaines et préjugés culturels – Identités et diversités culturelles –
Relativisme et multiculturalisme – Fabrications culturelles et collectives de l’homme
Chapitre 6 : L’immigré entre maitrise des flux et liberté d’exploitation
Créer la rareté pour baisser le coup de la main d’œuvre – Au cas pas cas
Précariser les étrangers pour tirer le marché de l’emploi vers le bas
Chapitre 7 : L’illusion du moindre mal
Des entorses pour un moindre mal – Evolution et développement de ces « prisons pour
étrangers » - Une machine à expulser qui désagrège lentement les libertés
fondamentales – L’illusion d’un système d’expulsion démocratique
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Chapitre 8 : L’asile à la courte-paille occidentale
Le miroir aux alouettes des promesses de la communauté internationale – Quand le
persécuté doit coller à l’imaginaire occidental – La grande loterie du droit d’asile
Chapitre 9 : Vers une assignation à résidence des populations pauvres ?
Du côté intérieur de l’Europe : détestables performances des verrous – Enfermer les
gens chez eux ou les immobiliser en chemin

Partie III : Ecarter les fausses bonnes solutions
Chapitre 10 : Le codéveloppement, otage de la « maitrise des flux »
Les mésaventures d’une idée prometteuse – Migrations et développement – Migrations
et politiques de développement – Codéveloppement, politiques de coopération et
politiques migratoires
Chapitre 11 : Européaniser pour mieux contrôler
Une communautarisation inaboutie – Un alignement par le bas : l’exemple du
regroupement familial – Un déséquilibre au profit d’un contrôle accru des frontières –
Un régime de circulation source de discrimination – Plus d’Europe, moins de droits
Chapitre 12 : Coopération ou sous-traitance ? Le contrôle migratoire dans les relations
UE-Libye
L’Italie aux avant-postes – Le rôle ambigu des organisations internationales et des
ONG – Quelques conditions préalables à toute coopération
Chapitre 13 : Une lutte contre les « passeurs » qui se retourne contre les victimes
Contrôle aux frontières et trafic de migrants : quelle dynamique ? – La lutte contre
l’immigration avant la lutte contre les trafiquants – Délit de solidarité - Epouvantails

Conclusion : Il faut en finir avec la fermeture des frontières
Tellez G. – Fiche de lecture : « Immigration : fantasmes et réalités » – Novembre 2011 7

2.2 Principales étapes du raisonnement et principales
conclusions
·
Les contre-vérités véhiculées sur l’immigration
De très nombreux fantasmes courent sur l’immigration, sa réalité, son origine et ses
conséquences dans les sociétés des pays industrialisés. Les auteurs s’attachent dans un
premier temps à toutes les démonter afin de montrer que les politiques mises en place
s’appuient pour l’essentiel sur des constats erronés et apportent de mauvaises solutions.
En premier lieu, les raisons qui poussent les gens à immigrer sont mal perçues. Le rapport
à la misère notamment est plus complexe qu’attendu. L’on voit trop souvent l’immigration
des pays africains comme étant uniformément répartie entre les régions les plus pauvres. Il
n’en est rien, les foyers d’émigration sont toujours très localisés. Ainsi de l’émigration
subsaharienne vers la France dont les deux-tiers viennent des bassins supérieurs des fleuves
Sénégal et Niger, aux confins du Sénégal, du Mali, de la Mauritanie et de la Guinée. La
région est certes pauvre, mais pas d’avantage que ses voisines. Les candidats à l’émigration y
trouvent surtout des réseaux, des relais indispensables pour tenter le long voyage de
l’émigration. Il y a des traditions d’émigration dans ces régions. Par ailleurs, les émigrés ne
sont pas dans une grande majorité les plus pauvres de leur région, parce qu’il faut réunir des
sommes conséquentes afin d’alimenter les passeurs et parce que les candidats à l’émigration
sont souvent choisis par un village, un clan ou une famille. Ce sont les plus valeureux, les plus
formés et souvent les plus instruits, car ce sont ceux qui auront le plus de chance d’arriver à
destination. Au lieu de parler de misère, il serait plus juste de parler de désespérance.
Les migrations n’ont pas essentiellement lieues des pays pauvres vers les pays riches. Ces
dernières concernent 33% des migrants quand les migrations du Sud vers le Sud concernent
32% des migrants. Dans cette dernière catégorie, il y a certes beaucoup de candidats à
l’immigration vers le Nord, qui se retrouvent bloqués en transit dans des pays du Sud, comme
le Maroc pour l’émigration d’Afrique sub-saharienne vers l’Europe. Malgré cela, il est faux
de croire que les migrations ne se font que dans un sens. Par ailleurs, 93% des migrants le
sont pour des raisons économiques.
Une croyance partagée par beaucoup d’opinions publiques de pays du Nord voudrait que
les immigrés représentent un apport négatif en terme économique pour la collectivité. Ils
pèseraient à la fois sur le chômage et sur le système de protection sociale plus généralement.
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En 1978, Jean-Marie Le Pen réalise pour la première fois un score très important aux
élections législatives avec le slogan : « trois millions d’immigrés égale trois millions de
chômeurs ». Cette affirmation est fausse. Tout d’abord, les immigrés arrivent la plupart du
temps à l’âge adulte directement prêts à travailler. Leur pays d’accueil n’a donc pas eu à
investir dans leur formation. Certes, en cas de crise, ce sont souvent les populations immigrés
qui sont le plus touchées car elles sont les plus fragiles, occupant dans une grande majorité
des emplois précaires. A long-terme, les immigrés pèseront sur le système de retraite, mais
comme toute personne ayant travaillé dans sa vie. Derrière ces croyances s’en cache une autre
selon laquelle les étrangers ont pour objectif de profiter de l’Etat-Providence, ce qui mènera
ce dernier à sa perte. Cela est bien entendu faux. Les sans-papiers constituent une population
qui travaille, accumulant les emplois illégaux. A cela plusieurs raisons : leur objectif est
presque tout le temps d’en renvoyer une partie dans leur pays d’origine afin d’aider des
proches ; par ailleurs, ils sont souvent intégrés à des réseaux qui leur trouvent du travail
facilement.
Il est à noter, qu’en la matière les politiques restrictives ont eu des effets particulièrement
improductifs. Elles ont poussé au regroupement familial et au fait que les immigrés ne veulent
plus rentrer dans leur pays d’origine de peur de ne plus pouvoir revenir en France.
Une autre croyance voudrait que les Etats puissent choisir leur immigration. En toile de
fond réside le débat entre « immigration choisie » et « immigration subie ». Cette dernière
repose sur le fantasme que les immigrés illégaux ne travaillent pas et pèsent sur la solidarité
nationale sans jamais y contribuer (Cf. infra ; ce qui est en plus faux puisqu’ils payent la Taxe
sur la Valeur Ajoutée). En fait, les migrants choisissent bien plus leur destination qu’ils ne
sont choisis par les Etats. D’abord parce qu’attirer une immigration qualifiée n’est pas chose
aisée dans la compétition internationale pour attirer des cerveaux et puis parce que les
politiques restrictives n’ont jamais empêchés les migrants de définir de nouvelles routes.

La réalité et les conséquences des politiques migratoires
Les politiques migratoires restrictives entretiennent une main d’œuvre immigrée à très
bascoût et en situation précaire. Les immigrés en situation irrégulière n’ont la plupart du temps
d’autre choix que de chercher du travail illégal devant la complexité et la dangerosité de leur
régularisation. Ces emplois très souvent précaires ne respectent les règles basiques du droit
des travailleurs. Mais ces conditions de travail déplorables concernent également une grande
majorité d’emplois légaux relevant des listes de « métiers en tension » publiée depuis 2006
par le Ministère de l’Economie et des Finances. Certaines listes sont à destination des pays
Tellez G. – Fiche de lecture : « Immigration : fantasmes et réalités » – Novembre 2011 9
d’Europe de l’Est fraîchement intégrés, tels la Roumanie ou la Bulgarie et d’autres pour des
ressortissants non-européens dans les filières de l’hôtellerie, des services à la personne, de la
maçonnerie, etc. Ces difficultés de recrutement sont le signe que les Français installés de
longue date en France rechignent à exercer ces métiers parce qu’ils les considèrent souvent
comme étant trop pénibles, à l’inverse d’immigrés qui ont moins de réticences à les exercer
car vendre leur force de travail est une absolue nécessité. Il faut dire que ces métiers cachent
souvent des conditions de travail très pénibles aux limites, si ce n’est en dehors, des
législations du travail.
La rétention administrative est apparue en 1983 suite à la percée du Front National aux
élections législatives. Le gouvernement socialiste a voulu apporter une réponse face à la
crainte de certains Français devant la montée supposée de l’immigration illégale dans un
contexte de fort chômage. Elle est d’abord conçue comme un moindre mal. Il s’agit de retenir
dans des conditions « dignes » les immigrés en attente d’être reconduits à la frontière, ceux-ci
ne pouvant être retenus en prison ou en garde à vue car n’ayant commis aucun délit. La durée
de rétention, d’abord limitée va progressivement être allongée jusqu’à trente-deux jours.
Après l’élection présidentielle de 2002 et la présence du candidat du Front National au second
tour, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur décide de durcir très fortement la position
de la France face à l’immigration illégale en institutionnalisant une politique chiffrée de
reconduite à la frontière, ce qui a participé à ancrer les centres de rétention, anomalie
juridique, dans le paysage des politiques migratoires. Les objectifs sont aujourd’hui de
vongtsept mille reconduites par an quand le nombre d’immigrés en situation irrégulière est proche
de quatre cent mille. Cette politique, en plus d’être inopérante, a des effets pervers et
anxiogènes sur l’opinion et est ressentie comme une violence très forte par les personnes
touchées qui se sentent spoliées de leurs biens et souvent déracinées de l’environnement
social où elles s’étaient installées. En parallèle de la rétention administrative se sont
développées en 2003 des zones d’attente dans les ports et aéroports destinées à garder dans
des conditions déplorables les immigrés irréguliers qui comptaient entrer sur le territoire
français.
Le droit d’asile moderne né avec les conventions de Genève en 1951 n’est plus adapté à la
réalité des migrations. Créé pour une élite de dissidents politiques et de persécutés, il est
d’inspiration libérale et pensé pour des persécutés. La réalité du demandeur d’asile est qu’il
fait face à des souffrances collectives existantes ou à venir. Ce droit par ailleurs ne protège
que les personnes hors de leurs frontières, or ceux-ci sont souvent les plus fortunés et les plus
instruits, car ils avaient les moyens de partir. De fait, ce droit est en grande partie aujourd’hui
Tellez G. – Fiche de lecture : « Immigration : fantasmes et réalités » – Novembre 2011 10