La lecture en ligne est gratuite
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres
Télécharger Lire

Le Rebelle III - de Mongo Béti

De
14 pages
Le Rebelle III est un recueil de textes de Mongo Béti, réunis et présentés par André Djiffack. Cet ouvrage revient essentiellement sur la situation du Cameroun sur la période qui va de 1995 à la mort de Mongo Beti en 2001. L'auteur dans cet essai revient sur le néocolonialisme français au Cameroun en prenant soin d'en expliciter les principaux impacts notamment sur l'éducation, la culture et les libertés individuelles. Le gouvernement camerounais est vivement dénoncé pour ses agissements, en particulier pour les nombreuses violations des droits de l'homme que Mongo Beti met en exergue. Cet ouvrage soulève également la question du rôle (pour ne pas dire responsabilité) des démocraties occidentales et en particulier celui de la France dans le maintien d'une situation chaotique au Cameroun.
HEC, Programme Grande Ecole, Majeure Alternative Management, intéressé par les problématiques de développement en Afrique.
Voir plus Voir moins






Observatoire du Management Alternatif
Alternative Management Observatory
__

Fiche de lecture

Le Rebelle III

Mongo Béti
2008




Amine Habiballah – Mai 2009
Majeure Alternative Management – HEC
2008-2009


Amine Habiballah – «Le Rebelle III» – Mai 2009
1



Genèse de la fiche de lecture

Cette fiche de lecture a été réalisée dans le cadre du cours « Histoire de la critique »
donné par Eve Chiapello et Ludovic François au sein de la Majeure Alternative Management,
spécialité de troisième année du programme Grande Ecole d’HEC Paris.


Origin of this review

This review was presented in the “Histoire de la critique” course of Eve Chiapello and
Ludovic François. This course is part of the “Alternative Management” specialization of the
third-year HEC Paris business school program.

































Charte Ethique de l'Observatoire du Management Alternatif
Les documents de l'Observatoire du Management Alternatif sont publiés sous licence Creative Commons
http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/fr/ pour promouvoir l'égalité de partage des ressources intellectuelles
et le libre accès aux connaissances.
L'exactitude, la fiabilité et la validité des renseignements ou opinions diffusés par l'Observatoire du Management
Alternatif relèvent de la responsabilité exclusive de leurs auteurs.
Amine Habiballah – «Le Rebelle III» – Mai 2009
2Le Rebelle III


Editeur et ville : Editions Gallimard

Date de parution : 2008

Première date de parution de l’ouvrage : 2008

Résumé : Le Rebelle III est un recueil de textes de Mongo Béti, réunis et présentés par André
Djiffack. Cet ouvrage revient essentiellement sur la situation du Cameroun sur la période qui
va de 1995 à la mort de Mongo Beti en 2001. L’auteur dans cet essai revient sur le
néocolonialisme français au Cameroun en prenant soin d’en expliciter les principaux impacts
notamment sur l’éducation, la culture et les libertés individuelles. Le gouvernement
camerounais est vivement dénoncé pour ses agissements, en particulier pour les nombreuses
violations des droits de l’homme que Mongo Beti met en exergue. Cet ouvrage soulève
également la question du rôle (pour ne pas dire responsabilité) des démocraties occidentales et
en particulier celui de la France dans le maintien d’une situation chaotique au Cameroun.


Mots-clés : Néocolonialisme, Développement, Afrique, Cameroun



Le Rebelle III


Date of publication : 2008

Editeur et ville : Paris. Editions Gallimard

Date of first publication: 2008

Abstract: Le Rebelle III is a collection of Mongo Beti’s essays gathered and presented by
André Djiffack. This book is mainly a description of Cameroonian reality between 1995 and
the death of Mongo Beti in 2001. The author underlines the consequences of French
neocolonialism in Cameroon, especially in terms of education, civilization and individual
liberty. Mongo Beti blames the Cameroonian government for its positions especially when it
comes to human rights which are often violated. This book also raises the question of the role
of western democracies and France in particular in the sustainable chaos faced by the
Cameroonian population.




Key words: Neocolonialism, Africa, Cameroun, Development

Amine Habiballah – «Le Rebelle III» – Mai 2009
3Table des matières


1. L’auteur et son oeuvre ......................................................................................................... 5
1.1. Biographie de Mongo Beti (1932-2001) ..................................................................... 5
1.2. Place de l’ouvrage dans la vie de l’auteur ................................................................... 6

2. Résumé de l’ouvrage ............................................................................................................ 7
2.1 Plan de l’ouvrage ......................................................................................................... 7
2.2 Principales étapes du raisonnement et principales conclusions ................................... 7

3. Commentaires critiques ..................................................................................................... 11
3.1 Avis d’autres auteurs sur l’ouvrage ........................................................................... 11
3.2 Avis de l’auteur de la fiche ........................................................................................ 11

4. Bibliographie de l’auteur ................................................................................................... 13

5. Références ........................................................................................................................... 14

Amine Habiballah – «Le Rebelle III» – Mai 2009
41. L’auteur et son œuvre
1.1. Biographie de Mongo Beti (1932-2001)
Alexandre Biyidi Awala, Mongo Beti en littérature, naît le 30 juin1932 à
Akométam, petit village situé à 10 km de Mbalmayo, lui-même distant de 45 km de Yaoundé.
Après des études primaires à l’école missionnaire de Mbalmayo, il entre en 1945 au lycée
Leclerc à Yaoundé. Bachelier en 1951, il s'installe en France pour y poursuivre des études
supérieures de Lettres à Aix-en-Provence, puis à la Sorbonne à Paris.

Mongo Béti le professeur
En 1959, il est nommé professeur certifié au lycée Henri Avril à Lamballe. Il passe
l'Agrégation de Lettres classiques en 1966 et enseigne au lycée Corneille de Rouen de cette
date jusqu'en 1994.

Mongo Beti, l’écrivain et le passionné de littérature
Il commence sa carrière littéraire avec la nouvelle Sans haine et sans amour, publiée
dans la revue Présence Africaine, dirigée par Alioune Diop, en 1953. Un premier roman Ville
cruelle, sous le pseudonyme d'Eza Boto suit en 1954, publié aux éditions Présence Africaine.
En 1991 Mongo Beti retourne au Cameroun, après 32 années d'exil. En 1994 il prend sa
retraite de professeur. Il ouvre alors à Yaoundé la Librairie des Peuples noirs.

Mongo Beti, le polémiste
Son livre Main basse sur le Cameroun, autopsie d'une décolonisation est interdit à sa
parution par un arrêté du ministre de l'Intérieur, Raymond Marcellin, sur la demande de
Jacques Foccart, du gouvernement camerounais, représenté à Paris par l'ambassadeur
Ferdinand Oyono.
Dès 1994, il crée des associations de défense des citoyens, donne à la presse privée de
nombreux articles de protestation.

Amine Habiballah – «Le Rebelle III» – Mai 2009
51.2. Place de l’ouvrage dans la vie de l’auteur

Le Rebelle III est un recueil d’essais écrits par Mongo Beti. Ces textes réunis et
présentés par André Djiffack reviennent sur la période qui va de 1995 à la mort de Mongo
Beti en octobre 2001.
L’ouvrage est divisé en 62 chapitres revenant sur différentes interventions de Mongo
Beti, que ce soit sous forme d’essais, d’articles parus dans la presse ou de réponses à des
interviews.
A travers les différents chapitres et un certain nombre de thèmes, Mongo Beti expose
la défaillance du système politique camerounais pourtant souvent soutenu par la République
Française. Parmi les thèmes les plus abordés dans cet ensemble de textes, nous retrouvons
l’éducation, la place du livre au Cameroun, le tribalisme ou encore le système électoral.
Ce recueil correspond donc au regard critique de Mongo Beti sur son pays d’origine,
le Cameroun, pendant les six dernières années de sa vie.





Amine Habiballah – «Le Rebelle III» – Mai 2009
62. Résumé de l’ouvrage

2.1 Plan de l’ouvrage

L’ouvrage est divisé en 62 chapitres revenant sur différentes interventions de Mongo
Beti, que ce soit sous forme d’essais, d’articles parus dans la presse ou de réponses à des
interviews.

2.2 Principales étapes du raisonnement et principales
conclusions

La structure : entre anecdotes et critiques

Dans ce recueil de textes, présentés par André Djiffack, Mongo Beti met l’accent sur
deux aspects particulièrement cruciaux dans l’explication que l’on peut trouver aux problèmes
de développement au Cameroun.
Le premier point souligne la défaillance du système politique national dans sa réponse
aux services les plus élémentaires auxquels une population peut s’attendre. Aussi, nous
prenons connaissance d’un certains nombre de violations des droits de l’homme, en
particulier à travers des anecdotes rapportées parfois sur un ton cynique par l’auteur.
A cette critique parfois virulente de la classe politique camerounaise, s’ajoute
l’interrogation de Mongo Beti sur le rôle des démocraties occidentales, la France en première
ligne, et la part de responsabilité qui peut leur être attribuées dans la déroute du Cameroun.
Ainsi, Mongo Beti - tout en se basant sur le modèle de démocratie française pour mieux
signaler les écarts inquiétants que le Cameroun commet dans son processus démocratique –
met l’accent sur le caractère néocolonial que les relations franco-camerounaise ont pu prendre
au lendemain de l’indépendance. Mongo Beti insiste sur l’hypocrisie d’un certain nombre
d’hommes d’Etat français par leur soutien au président Paul Biya; hommes d’Etat qui, selon
Amine Habiballah – «Le Rebelle III» – Mai 2009
7lui, ne peuvent ignorer les écarts commis par le président camerounais en terme de violations
des droits de l’homme.

Dans certains chapitres de l’ouvrage, Mongo Beti illustre la défaillance d’un système
particulier et nous pouvons relever une insistance sur le système éducatif. Dans ces passages,
la description sur la base du vécu est forte et Mongo Beti s’appuie sur de nombreuses
anecdotes. Il le souligne lui-même dans le chapitre intitulé Grand usager des PTT
1camerounaise : autre galère : « Je ne sache rien de plus instructif qu’une anecdote » .
Dans d’autres chapitres de l’ouvrage, Mongo Beti adresse ses critiques à la classe
politique camerounaise ou à certains journalistes pour leur manque d’intégrité. Les critiques
sont émises directement dans certains cas au moyen de la lettre ouverte notamment.
Ainsi, le lecteur est rapidement capté par le caractère démonstratif de la démarche. En
effet, les critiques sont toujours précédées d’une description du système et surtout de sa
fragilité voire de sa médiocrité. Le lecteur prend donc connaissance d’une situation alarmante
et quelques lignes plus loin il ne peut que soutenir les critiques les plus virulentes à l’égard
des responsables rationnellement désignés par Mongo Beti.

Les pamphlets de Mongo Beti

A titre d’exemple nous pouvons citer l’articulation qu’il y a entre les chapitres 16 et 17
intitulés respectivement, Grand usager des PTT : autre galère et Lettre ouverte à Dakolé
Daïssala soi-disant ministre des Postes et Télécommunications. Dans le chapitre 16, Mongo
Beti revient sur sa propre expérience du service des Postes au Cameroun. Son épouse vivant à
Rouen, il s’est trouvé à plusieurs reprises dans l’attente d’un coli venant de France. L’auteur
décrit sa stupéfaction lorsqu’il apprend que les employés de poste tentent de conserver les
colis pour une durée d’un an, durée leur permettant de devenir propriétaire du bien détourné.
Sur la base de ces anecdotes le concernant directement, le chapitre 17 s’ouvre sur une lettre
ouverte au « soi-disant »ministre des Postes et Télécommunications. Il est difficile de ne pas
citer quelques passages de cette lettre illustrant tout le style de Mongo Beti. Justifiant l’emploi
du « soi-disant » dans le titre du chapitre, l’auteur explicite le choix de ce terme : « Je ne puis
accepter un système qui transforme le noble vocable de ministre en hochet agité au passage
d’un histrion halluciné. » Plus loin, Mongo Beti, dénonçant l’absence totale d’intervention de
l’Etat, adresse une critique virulente : « En d’autres termes, cela va si mal au P. et T. que cela

1
Chapitre 16, p.86, Editions Gallimard.2008.
Amine Habiballah – «Le Rebelle III» – Mai 2009
8ne peut aller plus mal. Alors que faites vous, Monsieur ? A quoi sert votre département ? A
quoi servez – vous, vous-même ? »

Les thématiques les plus abordées dans cet ouvrage

L’éducation et la culture
Mongo Beti, s’il dénonce, comme nous l’avons vu précédemment, le fonctionnement
des services des Postes et Télécommunication, est beaucoup plus concerné en tant qu’ancien
professeur et libraire, par l’éducation et la place du livre au Cameroun. Ainsi, de nombreux
chapitres dénoncent la situation inquiétante générée par le système éducatif défaillant.
L’auteur s’arrête sur les coûts exorbitants que l’école coûte aux parents pour des résultats très
peu satisfaisants. L’auteur se préoccupe notamment du sort des jeunes camerounais qui se
retrouvent dans la rue parce que les professeurs jugeant qu’ils sont mal payés n’hésitent pas à
revoir leur assiduité à la baisse. Absences de professeurs, classes surchargées sont autant de
frein à la réussite scolaire d’autant plus que les taux de réussite aux examens sont
volontairement bas. Ce mécanisme à but hautement lucratif est particulièrement bien cerné
par Mongo Beti : « …plus acharnés se montrent ceux qui tondent les parents, plus les parents
se prêtent à leur cupidité jamais rassasiée. Plus ils se laissent extorquer d’argent, plus ils
tiennent à la survie du système tel qu’il est, comme des naufragés sur un radeau assailli par
2
les vagues. » L’auteur revient ici sur le rêve du parent camerounais qui après
l’indépendance, est obsédé par le diplôme censé garantir un brillant avenir à son enfant.
Un autre frein à l’éducation évoqué par Mongo Beti repose sur l’accueil réservé au
livre au Cameroun. L’auteur s’étonne de voir à quel point les livres sont parfois taxés tandis
que la loi stipule le contraire. En d’autres termes, le lecteur découvre un univers ou l’on tue
chaque jour un peu plus l’éducation et la culture. Pour citer un passage caractéristique : « Qui
a prétendu que les Camerounais n’aiment pas lire ? Fidèle à sa mission de sabotage du
développement de notre pays, le Renouveau, chouchou du néocolonialisme français, interdit
3hypocritement de lire, donc de se développer, voilà qui est plus exact. »

Le système électoral camerounais
Mongo Beti évoque l’impuissance des camerounais notamment dans le chapitre 56
intitulé : La passivité des Camerounais devant la déchéance généralisée. Cette impuissance

2 Chapitre 8, p.41. Editions Gallimard, 2008.
3
Chapitre 9, p.45. Editions Gallimard, 2008.
Amine Habiballah – «Le Rebelle III» – Mai 2009
9c’est essentiellement celle de ne pas parvenir à renverser le « dictateur postcolonial Paul
4
Biya. » . L’auteur s’étonne de la crédulité de certains camerounais ou alors de leur absence de
réaction face au système électoral. Selon Mongo Beti, tout devrait être fait pour éviter la
fraude aux élections, y compris commencer à sérieusement envisager le recours à des
organismes spécialisés étrangers afin de concevoir une commission électorale nationale
indépendante. Cette commission permettrait de mettre fin aux fraudes en tout genre évoquée
par l’auteur : multiplication des cartes d’électeurs de partisans au pouvoir, interdiction de vote
déguisée pour les opposants…
Reste la question du comment faire soulevée par Mongo Beti. Dans un contexte de
sous-développement économique où les camerounais sont menacés dans leur développement
intellectuel, l’auteur est conscient que toute la problématique est là : « La capacité de notre
intelligence collective à appréhender les causalités de notre destin n’est pas à la hauteur de
5
la situation. Comment la développer ? » La réponse apportée par Mongo Beti est basée sur
le rôle de la presse en tant que moyen de développer un débat public et populaire. L’objectif
étant de donner naissance à une forte cohésion susceptible d’être entendu à travers, par
exemple, le recours à la grève. Mais l’auteur donne une orientation particulière :
5
« Conclusion : mettez en péril les intérêts étrangers et le pouvoir s’accroupit.

Le rôle de la France
La question des intérêts étrangers évoquée précédemment concerne principalement la
France et permet de mieux comprendre la critique de l’auteur : « Précision : mettez en péril
les intérêts d’Elf Aquitaine, grand sponsor du système Paul Biya, comme de tous les systèmes
5
dictatoriaux qui gangrènent l’Afrique Centrale, et Paul Biya s’accroupit. »
Si Mongo Beti prend la France comme référence ou point de repère dans son
évaluation du tissu politique, économique et social camerounais, il reste particulièrement
critique à l’égard du soutien qu’elle a apporté à Paul Biya jusqu’à la fin du mandat du
Président François Mitterrand.
Cela dit, avec l’arrivée de Jacques Chirac au pouvoir, l’auteur s’interroge sur la
capacité de ce nouveau président français à mystifier une fois de plus la population
camerounaise.



4 Chapitre 56, p.331. Editions Gallimard, 2008.
5
Chapitre 56, p.333. Editions Gallimard, 2008.
Amine Habiballah – «Le Rebelle III» – Mai 2009
10