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Le retard scolaire en fonction du milieu parental : l'influence des compétences des parents

De
22 pages
La sociologie de l’éducation met souvent en avant les inégalités de réussite scolaire en fonction de la profession du père. Cependant, d’autres facteurs, comme le revenu du ménage ou les diplômes des parents, ont aussi leur importance. Ces diplômes sont généralement interprétés comme la dimension « culturelle » du capital parental. Or cette dimension peut être appréhendée de bien d’autres façons : pratiques culturelles, connaissance du système scolaire, compétences Sur ce dernier aspect, le présent article apporte pour la première fois un éclairage statistique grâce à l’exploitation de l’enquête Information et Vie Quotidienne (IVQ). Les parents les moins compétents en lecture et en calcul ont des enfants qui redoublent plus souvent que les autres. Cette corrélation persiste même quand on contrôle les autres caractéristiques disponibles : diplômes, revenu, profession Elle prend une forme différente selon le sexe du parent considéré. Il vaut mieux avoir un père bon en mathématiques et une mère bonne en français que l’inverse. Cela indique peut-être un partage de l’aide scolaire : les pères suivant les devoirs de mathématiques et les mères ceux de français. Cependant, les compétences ne sont pas les seules caractéristiques liées au retard scolaire. Des écarts importants apparaissent aussi selon les diplômes des parents, le revenu du ménage et ses pratiques culturelles.
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ENSEIGNEMENT - ÉDUCATION
Le etd scle en fnctn du mleuparental : l’influence des compétencesdes entsFbce Mut*
La sociologie de léducation met souvent en avant les inégalités de réussite scolaire en fonction de la profession du père. Cependant, dautres facteurs, comme le revenudu ménage ou les diplômes des parents, ont aussi leur importance. Ces diplômes sontgénéralement interprétés comme la dimension « culturelle » du capital parental. Or cettedimension peut être appréhendée de bien dautres façons : pratiques culturelles, connais-sance du système scolaire, compétences Sur ce dernier aspect, le présent articleapporte pour la première fois un éclairage statistique grâce à lexploitation de lenquêteInformation et Vie Quotidienne (IVQ). Les parents les moins compétents en lecture et encalcul ont des enfants qui redoublent plus souvent que les autres. Cette corrélation per-siste même quand on contrôle les autres caractéristiques disponibles : diplômes, revenu,profession Elle prend une forme différente selon le sexe du parent considéré. Il vautmieux avoir un père bon en mathématiques et une mère bonne en français que linverse. Cela indique peut-être un partage de laide scolaire : les pères suivant les devoirs de mathématiques et les mères ceux de français. Cependant, les compétences ne sont pasles seules caractéristiques liées au retard scolaire. Des écarts importants apparaissentaussi selon les diplômes des parents, le revenu du ménage et ses pratiques culturelles.
* Au moment de la rédaction de cet article, Fabrice Murat travaillait à la division Emploi de lInsee.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 424425, 2009
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En France, pendant longtemps, la sociolo--gie de léducation a surtout cherché à étudier et à expliquer le poids des déterminismessociaux, en comparant la scolarité des enfantsavec leur milieu social (problématique desinégalités sociales à lécole) ou la professiondu fils avec celle de son père (problématiquede la mobilité sociale). Au moment où le sys-tème scolaire commençait à se démocratiser,lenquête nationale sur lentrée en sixième etla démocratisation de lenseignement, lancéepar lIned en 1962, a montré à quel point les inégalités sociales à lécole étaient fortes (Ined,1970). Même en contrôlant le niveau de réussitescolaire en primaire, le taux de passage en 6e variait très sensiblement selon la profession dupère (1). Différents modèles sociologiques ontété proposés pour expliquer ces inégalités. PourBourdieu et Passeron (1964), lécole serait uneinstitution reproductrice des rapports de domi-nance. En reprenant, de façon implicite, la lan-gue et les valeurs des classes supérieures, lécole favoriserait la réussite des enfants issus de cel-les-ci et validerait leur maintien dans une posi-tion sociale supérieure. Pour Boudon (1973),les inégalités sociales résulteraient surtout dela diversité des anticipations des familles, cel-les-ci escomptant un gain plus ou moins impor-tant dune scolarité prolongée. Les contraintes de revenu pesant sur les familles pour financerla scolarité seraient alors lélément déterminant de la poursuite détudes.À côté de la vision globale du milieu social syn-thétisée par la profession du père, la dimensiondite « culturelle » des inégalités a aussi été miseen avant, généralement mesurée par les diplô-mes des parents. Les recherches de Berstein(1975) suggéraient des différences linguistiquesentre classes sociales, pouvant expliquer les dif-férences de réussite scolaire. Cependant, commele rappelle Duru-Bellat (2002), les sociologuesfrançais sont assez réticents à retenir un modèlefondé exclusivement sur la notion de déficitculturel et à prendre en compte des inégalitésspécifiquement cognitives. Selon Bourdieu etPasseron (1964), il sagirait surtout dun pro -blème de distance à lécole, portant plus surla nature du capital culturel que sur sa quan-tité. Les enfants de milieu populaire nauraientpas moins de capital culturel, mais un capitalculturel différent de celui qui est valorisé parlécole.Ces dernières années, plusieurs travaux ont aussiétudié l’influence des conditions matérielles surla scolarité des enfants. Goux et Maurin (2000)ont évalué limpact du revenu sur la scolarité
des enfants. Le rapport du Cerc (2004) sur lesenfants pauvres a consacré un chapitre aux iné-galités scolaires selon le revenu, montrant queles enfants pauvres sont nettement plus en retarden sixième : ainsi, près de la moitié dentre eux sont en retard en sixième alors que cest le casdun quart des autres enfants et de seulement 12 % des enfants issus des 20 % des ménagesles plus riches. Par ailleurs, le surpeuplement dulogement semble aussi un facteur défavorableà la réussite scolaire (Goux et Maurin, 2003),autre façon peut-être de présenter la corrélationnégative assez nette, constatée depuis long-temps, entre la taille de la famille et la réussitescolaire (Merllié et Monso, 2007).1 Sans négliger les composantes sociales et maté-rielles des inégalités de réussite à lécole, cet article va surtout étudier l’influence du « capi-tal culturel » des parents. Dans les études surla démocratisation de lenseignement (Goux, Maurin 1997 et Thélot, Vallet 2000), la prise encompte du capital culturel se fait le plus souventen tenant compte de la scolarité des parents.Les écarts selon les diplômes des parents (enparticulier celui de la mère) tendent à être plusimportants que les écarts selon la professiondu père, ce qui met en avant limportance du « capital culturel ». Cependant, celui-ci peutêtre appréhendé dautres façons :- les parents ont des savoirs scolaires (et nonscolaires) inégaux et peuvent ainsi plus oumoins facilement suivre et aider leurs enfantsdurant leur scolarité ;- ce capital culturel peut aussi prendre la formede différences matérielles. La présence de livresou dun ordinateur par exemple peut favoriser lacquisition de savoirs et de compétences ;- certaines pratiques culturelles, comme les visi-tes au musée ou les sorties au cinéma, peuventaussi indiquer la transmission de valeurs plus oumoins proches de lécole. Le style éducatif desfamilles a probablement aussi une influence ;-enfin, il existe une dimension « stratégique »du capital culturel. La familiarité avec un sys-tème scolaire assez complexe permet de mieuxguider lenfant lors du choix dun établissement, dune option, dune orientation.Cet article sintéresse essentiellement à la pre-mière composante, c’est-à-dire l’influence des1. À lépoque, environ la moitié des élèves seulement entraient en 6e.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 424425, 2009
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