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Cours de version grecque publié sous forme de "feuilleton" - 2ème année de CPGE littéraire, La version grecque, introduction

De
6 pages
Ce cours de version grecque publié sous forme de "feuilleton" est enrichi de liens vers un ensemble de fiches "kit de survie" disponibles sur cette plate-forme (dans les Ressources/Autres), de lien vers le Wiki SILLAGES et de liens vers des sites pour hellénistes. Dix épisodes composent ce "feuilleton". Note : pour une bonne lecture de ce cours, il est recommandé de télécharger l'épisode du feuilleton sélectionné sur son ordinateur pour pouvoir accéder aux fiches "kit de survie" tout en poursuivant la lecture de cet épisode.
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Michèle TILLARD – Lycée Montesquieu, 72000 LE MANS – décembre 2010

La version grecque
(cours pour débutants)
La version est un exercice incontournable. On la trouve dans la plupart des concours et des examens qui
comportent une épreuve de langue ancienne. A la différence des langues vivantes, qui peuvent être évaluées
dans une situation de dialogue, les langues anciennes sont essentiellement écrites ; et la version est à au grec et
au latin ce que l’explication de texte est à la littérature française.
La version consiste à traduire, aussi exactement que possible mais de manière élégante, un texte de longueur
variée, en général d’une page environ, qui présente une cohérence interne, et dont l’auteur ne nous est pas
forcément intimement connu. Elle se déroule, selon les cas, en trois ou quatre heures, et l’on a la plupart du
temps accès à un dictionnaire bilingue – encore une différence fondamentale avec les langues vivantes.
Pré-requis et minimum vital.
Lorsque vous aurez à affronter l’exercice de la version, vous devrez donc obligatoirement vous procurer l’outil
indispensable : un dictionnaire grec-français. Le plus connu est le « Bailly », un vénérable objet qui a alourdi les
cartables et courbaturé les épaules de générations d’hellénistes, et qui vient de subir récemment un lifting qui l’a
rendu plus lisible – mais tout aussi lourd.
Préférez la version intégrale aux abrégés, certes plus légers à transporter, mais moins complets, et surtout
dépourvus de ces milliers d’exemples qui ont rendu la vie plus douce aux hellénistes, en traduisant parfois des
phrases entières sur lesquelles ils butaient (leur révélant de surcroît ce que le professeur leur avait soigneusement
caché, la référence exacte du texte en question, « sésame » pour aller, clandestinement, vérifier sa traduction dans
la bibliothèque la plus proche…)
Internet étant ce qu’il est, deux précisions me semblent indispensables :
1. Il existe un merveilleux site, nommé « Lexilogos », qui met en ligne non seulement les « Bibles »
respectives du latin et du grec, le « Gaffiot » et le « Bailly », mais quantité d’autres dictionnaireset
d’ouvrages passionnants, sur la langue, la grammaire, la métrique... C’est ici :
http://www.lexilogos.com/grec_ancien_dictionnaire.htm ; inutilisable évidemment lors des versions « sur
table », mais à déguster sans modération chez soi.
2. On trouve un peu partout, mais notamment sur le site « Hodoi elektronikai »
(http://mercure.fltr.ucl.ac.be/hodoi/ ) des traductions en ligne. Cela peut parfois être utile… Mais
attention ! probablement pour des raisons de droits, la plupart datent du XIXème siècle, et certaines
s’apparentent parfois à de « belles infidèles »…
Le minimum vital pour la version.
La possession d’un dictionnaire ne vous servira certes pas à grand-chose, si vous ne maîtrisez pas les bases de la
langue grecque ! Pour cela il faut au minimum :
 Connaître parfaitement ses déclinaisons et ses conjugaisons ;
 Connaître l’emploi des cas, et celui des principales prépositions, avec le cas requis ;
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Michèle TILLARD – Lycée Montesquieu, 72000 LE MANS – décembre 2010

 Posséder un vocabulaire de base, ce qui vous épargnera la peine, par exemple, de vous noyer dans des
articles du Bailly tels que ὡς, πρ ᾶγμα, λαμβ άνω...
 Pour commencer la version, deux outils sont absolument indispensables :
 La Grammaire grecque d’Allard et Feuillâtre, Hachette, 1944, réédité en 1957, 1969…
 Les mots grecs, de F. Martin, Hachette, Paris, 1937 (constamment réédité depuis).
Si vous connaissez l’essentiel du contenu de ces deux utilitaires, vous êtes déjà bien armés pour travailler sur la
plupart des textes proposés en version.
La méthode de la version (généralités).
Lorsque vous découvrez le texte de votre version, vous devez procéder méthodiquement, et respecter plusieurs
étapes :
1. Lecture intégrale du texte :
- Le paratexte vous donne des indications précieuses, sur l’auteur – il est bon d’avoir quelques notions
d’histoire de la littérature grecque : on n’a pas le même horizon d’attente selon que l’on traduit un texte
d’Homère ou un texte de Plutarque ! Langue et syntaxe évoluent sensiblement tout au long de l’histoire.
Une brève chronologie figure sur mon site Philo-Lettres : http://philo-lettres.pagesperso-
orange.fr/litterature_grecque.htm
- Le titre offre aussi des indications précieuses : sujet, genre, parfois même registre…
- Une première lecture intégrale vous permet de repérer des mots connus, des champs sémantiques, une
progression marquée par des connecteurs (μὲν... δέ, καί, οὑηῶς... ὥζηε...). Ne tirez cependant pas de
conclusions trop hâtives ! Il s’agira pour vous de vérifier des hypothèses, non pas de faire entrer à toute
force le texte dans une grille de lecture pré-établie…
2. Traduction phrase par phrase :
C’est le moment le plus important. Vous devez construire chaque phrase, en repérant sa structure – avant même de
vérifier le sens des mots dans le dictionnaire.
3. Vérification :
Vous avez traduit le texte : il vous appartient maintenant de vérifier votre traduction.
 Cohérence interne : un texte n’est pas un collage de phrases sans lien entre elles ! Il doit constituer un
tout logique, sans rupture de continuité. Si vous ne parvenez pas à ce résultat, c’est que vous vous êtes
trompé quelque part.
 Cohérence externe : le texte que vous obtenez doit aussi être conforme à ce que vous savez par ailleurs,
de l’auteur, de la situation évoquée, de l’histoire racontée… C’est avec l’expérience que cette cohérence
vous apparaîtra.
4. Travail de la traduction :
Une dernière lecture du texte vous permettra d’éliminer les maladresses de traduction, et de produire un texte
lisible par un lecteur francophone d’aujourd’hui. Supprimez ainsi, la plupart du temps, le « ô » du vocatif (on ne
s’adresse pas à quelqu’un en lui disant « ô toi, ferme la fenêtre »), et tout ce qui « sent » sa traduction scolaire…
Dans les pages qui suivent, je vous proposerai des exercices de version systématiques, en essayant de vous mener
des textes les plus simples aux plus longs et aux plus complexes, en abordant la plupart des difficultés. Vous
serez alors prêts à vous entraîner sur la « Version du mois » que je propose dans Philo-lettres…
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Michèle TILLARD – Lycée Montesquieu, 72000 LE MANS – décembre 2010


Version n° 1 : « le chat et la souris » d’Ésope
Αἴλουρος καὶ μύες.
Ἔν τινι οἰκίᾳ πολλοὶ μύες ἦσαν. Αἴλουρος δὲ τοῦτο γνοὺς ἦκεν ἐνταῦθα καὶ συλλαμβάνων ἕνα
ἕκαστον κατήσθιεν. Οἱ δὲ μύες συνεχῶς ἀναλισκόμενοι κατὰ τῶν ὀπῶν ἔδυνον, καὶ ὁ αἴλουρος
μηκέτι αὐτῶν ἐφικνεῖσθαι δυνάμενος, δεῖν ἔγνω δι' ἐπινοίας αὐτοὺς ἐκκαλεῖσθαι. Διόπερ ἀναβὰς
ἐπί τινα πάσσαλον καὶ ἑαυτὸν ἐνθένδε ἀποκρεμάσας προσεποιεῖτο τὸν νεκρόν. Τῶν δὲ μυῶν τις
παρακύψας, ὡς ἐθεάσατο αὐτὸν, εἶπεν· "Ἀλλ', ὦ οὗτος, σοί γε, κἂν θύλαψ γένῃ, οὐ
προσελεύσομαι." Ὁ λόγος δηλοῖ ὅτι οἱ φρόνιμοι τῶν ἀνθρώπων, ὅταν τῆς ἐνίων μοχθηρίας
πειραθῶσιν, οὐκέτι αὐτῶν ταῖς ὑποκρίσεσιν ,οὗτοι} ἐξαπατῶνται.
Première étape :
« Le chat et la souris » d’Ésope : ce titre indique déjà le type de texte auquel on a affaire : une fable, court récit
suivi d’une moralité. Il donne aussi l’identité des protagonistes
Αἴλουρος καὶ μύες.
Ἔν τινι οἰκίᾳ πολλοὶ μύες ἦσαν. Αἴλουρος δὲ τοῦτο γνοὺς ἦκεν ἐνταῦθα καὶ συλλαμβάνων ἕνα
ἕκαστον κατήσθιεν. Οἱ δὲ μύες συνεχῶς ἀναλισκόμενοι κατὰ τῶν ὀπῶν ἔδυνον, καὶ ὁ αἴλουρος
μηκέτι αὐτῶν ἐφικνεῖσθαι δυνάμενος, δεῖν ἔγνω δι' ἐπινοίας αὐτοὺς ἐκκαλεῖσθαι. Διόπερ ἀναβὰς
ἐπί τινα πάσσαλον καὶ ἑαυτὸν ἐνθένδε ἀποκρεμάσας προσεποιεῖτο τὸν νεκρόν. Τῶν δὲ μυῶν τις
παρακύψας, ὡς ἐθεάσατο αὐτὸν, εἶπεν· « Ἀλλ', ὦ οὗτος, σοί γε, κἂν θύλαψ γένῃ, οὐ
προσελεύσομαι. » Ὁ λόγος δηλοῖ ὅτι οἱ φρόνιμοι τῶν ἀνθρώπων, ὅταν τῆς ἐνίων μοχθηρίας
πειραθῶσιν, οὐκέτι αὐτῶν ταῖς ὑποκρίσεσιν ,οὗτοι} ἐξαπατῶνται.
 Les verbes surlignés en jaune sont au passé : il s'agit donc bien d'un récit, mettant en scène les
deux protagonistes, ὁ αἴλουρος, le chat et Οἱ μύες, les souris.
 L'expression surlignée en bleu introduit un discours direct.
 L'expression soulignée en fuchsia est au présent ; c'est la moralité de la fable.
Ἔν τινι οἰκίᾳ πολλοὶ μύες ἦσαν. Αἴλουρος δὲ τοῦτο γνοὺς ἦκεν ἐνταῦθα /καὶ/
συλλαμβάνων ἕνα ἕκαστον κατήσθιεν.

En vert : compléments de lieu
En rouge : les nominatifs : sujets, et dépendants du sujet (appositions, attributs)
En bleu : les COD

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Michèle TILLARD – Lycée Montesquieu, 72000 LE MANS – décembre 2010

Οἱ δὲ μύες συνεχῶς ἀναλισκόμενοι κατὰ τῶν ὀπῶν ἔδυνον, καὶ ὁ αἴλουρος
μηκέτι αὐτῶν ἐφικνεῖσθαι δυνάμενος, δεῖν ἔγνω δι' ἐπινοίας αὐτοὺς
ἐκκαλεῖσθαι.
En gardant le même code que ci-dessus, on se rend compte que l'on a deux phrases parallèles :
sujet + participe apposé au sujet (Ο ἱ δὲ μύες... ἀναλισκόμενοι et ὁ αἴλουρος ... δυνάμενος) :
deux participes présents, l'un défini par un adverbe, l'autre accompagné d'un infinitif COD (
ἐφικνεῖσθαι).
Que faire de αὐτῶν ? Une brève recherche dans le Bailly montre que ce verbe se construit avec
le génitif :
Enfin, un coup d'oeil sur la fiche « prépositions » du « Kit de survie » permet de voir le sens des
expressions κατὰ τῶν ὀπῶν et δι' ἐπινοίας.
C'est à ce moment-là seulement que l'on doit recourir au dictionnaire pour les mots dont on ne
connaît pas le sens.
Διόπερ ἀναβὰς ἐπί τινα πάσσαλον καὶ ἑαυτὸν ἐνθένδε ἀποκρεμάσας
προσεποιεῖτο τὸν νεκρόν.
 Deux participes aoristes actifs au nominatif singulier, apposés au sujet du verbe
προσεποιεῖτο (imparfait moyen ou passif) ; le premier est accompagné d'un CC de lieu
(directif) ; le second d'un adverbe de lieu indiquant l'origine ( ἐνθένδε) et d'un COD (le
pronom réfléchi ἑαυτὸν).
 Enfin le verbe est accompagné d'un COD : τὸν νεκρόν.
Τῶν δὲ μυῶν τις παρακύψας, [ὡς ἐθεάσατο αὐτὸν,] εἶπεν· « Ἀλλ', ὦ οὗτος, σοί
γε, *κἂν θύλαψ γένῃ], οὐ προσελεύσομαι. »
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Michèle TILLARD – Lycée Montesquieu, 72000 LE MANS – décembre 2010

 La première phrase, qui se termine par εἶπεν, annonce le discours direct qui suit. C'est
la première phrase complexe du texte : elle présente une subordonnée, ὡς ἐθεάσατο
αὐτὸν, qui comprend elle-même un verbe à l'indicatif aoriste moyen et un COD. Revoir
le sens de ὡς + indicatif : comme, lorsque.
 Le sujet est Τῶν δὲ μυῶν τις : Attention aux accents ! Τις est enclitique, donc indéfini. Il
est défini par le génitif partitif Τῶν μυῶν. Et il est accompagné d'un participe apposé,
παρακύψας, à l'aoriste actif, et indiquant une certaine antériorité.
 La seconde phrase est un discours direct : ὦ οὗτος est ici un vocatif (avec ὦ, entre
virgules, et suivi d'une 2ème personne : σοί).
 Le verbe principal est au futur, et à la 1ère pers. du sing.
 La subordonnée peut poser quelques problèmes, qu'il faut analyser systématiquement :
◦ κἂν est une crase : est-ce καὶ ἄν ou καὶ ἐν ? Dans le second cas, la préposition est
généralement suivie d'un datif : il n'y en a pas ici. C'est donc la première hypothèse
qui s'impose.
◦ Le verbe est γένῃ : c'est un subjonctif aoriste moyen, 2ème personne du singulier,
de γίγνομαι (on voit qu'il est indispensable de connaître ses conjugaisons !!) ; on est
donc dans un système conditionnel, avec une protase au subjonctif + an et une
apodose au futur. Ce système est connu, il s'agit de l'éventuel. Voir la fiche sur les
systèmes conditionnels, et la grammaire Allard & Feuillâtre § 256, p. 192-193
Ὁ λόγος δηλοῖ [[ὅτι οἱ φρόνιμοι τῶν ἀνθρώπων, [ὅταν τῆς ἐνίων μοχθηρίας
πειραθῶσιν+, οὐκέτι αὐτῶν ταῖς ὑποκρίσεσιν {οὗτοι} ἐξαπατῶνται.]]
 L'analyse de la construction montre que la moralité ( Ὁ λόγος δηλοῖ) est constituée
d'une principale et de deux subordonnées enclavées l'une dans l'autre, et qui ont le
même sujet : οἱ φρόνιμοι τῶν ἀνθρώπων. La subordonnée enclavée, ὅταν τῆς ἐνίων
μοχθηρίας πειραθῶσιν, est un système avec an + subjonctif, et la subordonnée
enclavante, οἱ φρόνιμοι τῶν ἀνθρώπων... οὐκέτι αὐτῶν ταῖς ὑποκρίσεσιν ,οὗτοι}
ἐξαπατῶνται est au présent : nous sommes donc dans la répétition dans le présent, ce
qui est assez normal dans une moralité.
 Le sujet οἱ φρόνιμοι τῶν ἀνθρώπων est repris par οὗτοι (peut-être interpolé, comme le
montrent les parenthèses). Noter la place du génitif partitif : « les sensés parmi les
hommes », « ceux des hommes qui sont sensés »...
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Michèle TILLARD – Lycée Montesquieu, 72000 LE MANS – décembre 2010

 πειραθῶσι est un subjonctif aoriste passif à sens moyen de πειράω-ῶ. Il se construit
avec le génitif.
 ταῖς ὑποκρίσεσιν est un datif instrumental.
Voilà ! Il ne vous reste plus qu'à parcourir les étapes III et IV, pour aboutir à une version
comme celle-ci :
Dans une maison se trouvaient beaucoup de souris. Un chat, l'ayant su, s'y rendit, et,
les attrapant l'une après l'autre, il les mangeait. Or les souris, constamment prises,
s'enfonçaient dans leurs trous. Ne pouvant plus les atteindre, le chat pensa qu'il fallait
les attirer par ruse. C'est pourquoi ayant grimpé à une cheville de bois et, s'y étant
suspendu, il contrefaisait le mort. Mais l'une des souris, s'étant penchée pour regarder,
et l'ayant aperçu, dit : « Hé ! toi, même si tu étais un sac, je ne t'approcherais pas. »
Cette fable montre que les hommes sensés, quand ils ont éprouvé la méchanceté de
certains, ne sont plus trompés par leurs grimaces.

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