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Pour Claire, dont la confiance et la bienveillance transforment chaque dessein en une belle aventure.
« Et voici que devient parmi les Français comme un proverbe : Que celui qui veut devenir meilleur passe dans la Nouvelle-France » Père Buteux, jésuite.
CHAPITRE I
La place d’armes était déserte ce soir-là, au centre de La Rochelle. Depuis que le roi avait entrepris d’endiguer le fléau des mendiants qui erraient dans les grandes villes du royaume, il ne faisait pas bon s’attarder sur les places à la nuit tombante. Le peuple des rues – saltimbanques, vagabonds, colporteurs – se terrait, se cachait dans les recoins de la ville. On évitait de croiser sur son chemin ces hommes que l’on nommait les « archers des gueux » et qui étaient chargés de mener à l’hospice les miséreux réduits à dormir dehors. Iris le savait bien. C’est pourquoi elle ne s’attarda pas devant la cathédrale Saint-Louis qui dominait la place. Prestement, elle pénétra dans l’édifice. Elle s’arrêta un temps en contemplant la nef. Ce grand Christ en croix, en face d’elle, lui inspirait bien un peu de pitié et d’effroi, mais elle n’avait guère le temps d’y songer plus avant. Elle savait bien ce qu’elle était venue chercher. Sans hésiter, elle emprunta l’allée latérale de droite, passa devant la chapelle des marins, puis devant la chapelle de la Vierge… Encore deux piliers… enfin ! Elle aperçut la statue de saint Joseph. Pourtant, son regard ne s’attarda guère sur le patron des travailleurs. Elle avisa immédiatement, sur la petite colonne de pierre, un pain noir, enveloppé d’un linge. Depuis toujours, quelque bonne âme déposait aux pieds de saint Joseph un morceau de pain pour les vagabonds. Iris s’en saisit. Elle avait si faim qu’elle aurait été capable de le manger là, devant la statue. « Ce ne serait pourtant pas correct, pensa-t-elle, ça offenserait sûrement le bon Dieu. » Alors, elle se signa et s’en retourna, son pain bis sous le bras. Elle aurait bien récité une prière, mais des prières, Iris n’en connaissait pas. Non, tout ce qu’elle connaissait, c’était des histoires pour les enfants, des histoires qu’elle racontait en tirant les ficelles de ses pantins de chiffon… Sur les places des marchés, sur le port, à la foire, elle faisait danser sous les yeux éberlués des gamins de la ville Arlequin, Colombine, Pierrot, la bergère, le petit ramoneur ou bien Polichinelle. Obéissants, les pantins s’animaient dès qu’elle en tirait les ficelles ; ils accompagnaient de leurs mouvements saccadés les chansons d’Iris : « Arlequin dans sa boutique, Sur les marches du palais, Il enseigne la musique, À tous les petits valets… » Les yeux des enfants brillaient. Ils voulaient toucher les pantins, tirer les ficelles à leur tour. Les passants s’arrêtaient, écoutaient la chanson, applaudissaient. Ils riaient aux facéties d’Arlequin, jetaient quelques pièces. Les enfants les plus fortunés partaient avec un pantin désarticulé dans les mains ; et Iris avait alors de quoi se nourrir pour quelques jours, le temps de confectionner d’autres poupées de chiffon et de gagner une autre ville. Hélas ! Depuis qu’elle était arrivée à La Rochelle, les acheteurs ne se bousculaient guère. La ville, ancienne place forte huguenote, avait été ruinée par le siège mené par le cardinal de Richelieu. On avait détruit ses remparts, elle avait perdu sa richesse et sa prospérité. Aussi, les habitants de la cité se gardaient bien, en cette année 1663, de dépenser leurs pièces d’or en amusements. « Un pantin sous votre toit, messieurs-dames ! Un pantin sous votre toit, et la maison est en joie ! » clamait Iris. Rien n’y faisait… On riait toujours aux facéties d’Arlequin, mais c’était un rire las, usé par les privations et les épreuves. Et surtout, on passait vite son chemin, de peur que cette marchande de pantins ne vous vole votre bourse ou votre panier à provisions… Ah ! Si Iris avait su quel mauvais accueil lui réserverait la ville de La Rochelle, elle ne s’y serait pas risquée ! Mais voilà, c’était sa mère qui savait la géographie du royaume, Iris, elle, n’y avait jamais rien entendu ! Sa mère connaissait les chemins et les routes, les villes riches et celles où il ne fallait pas s’aventurer. Enfant, elle avait fait, avec ses propres parents, le tour entier de la France pour vendre ses pantins. Alors, quand elle passait avec Iris dans une ville qu’elle reconnaissait, elle avait toujours une anecdote, un souvenir à raconter. Oui, sa mère, sans doute, aurait contourné La Rochelle. Elle aurait poursuivi sa route vers Saintes sans s’arrêter dans cette ville maudite que la fortune avait désertée. Mais, le 15 janvier, la mère d’Iris était morte, à la suite d’un mauvais coup de froid que les Ursulines de Tours n’avaient pas pu guérir.
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