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Rêve claustral

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Voyagez en lisant le poème "Rêve claustral" écrit par Germain NOUVEAU (1851-1920). "Rêve claustral" de NOUVEAU est un poème classique extrait de Premiers poèmes. Profitez de ce poème en le découvrant sur cette page. Et n’oubliez pas que vous pouvez télécharger gratuitement en format PDF le poème Rêve claustral et l’imprimer depuis chez vous !
Avec le poème de NOUVEAU, vous pourrez faire un commentaire ou bien comprendre la signification des paroles du poète qui a écrit "Rêve claustral".
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Rêve claustral

Je vous connais comme elle, ô murs, travail des nonnes,
Préaux fleuris d'amours furtifs, silencieux
Parloirs, où, par la nuit, l'âme des lunes bonnes
Se distille, rosée errante de leurs yeux ;

Cour grise où tourne le soulier lacé des grandes,
Couvrant sous de longs cils des yeux endoloris,
S'imaginant, le soir des mystiques offrandes,
Causer, dans les rideaux avec de purs esprits.

Je vous ai vus, ô lents tours noirs où les plus braves
Rentrent avec l'effroi du parler patelin ;
Et je vous aime aussi, novices, pour les graves
Désirs tapis aux plis de vos jupes de lin.

Dortoirs religieux, vous me bercez comme elle
Là, le sommeil est le seul des péchés permis,
Et l'on entend monter, bouffonne et solennelle
Leur jeune haleine aux dents des anges endormis.

Je vous adore, froid parfum des sacristies,
Choeur d'agate où le jour, sous un rideau sanglant,
Voit éclore, parmi la danse des hosties,
Le rêve violet d'un doux évêque blanc ;

Chapelle de soupirs, grilles, ombre jalouse
D'où la pensionnaire aux essors fabuleux
Reluque, avec le coeur d'une petite épouse,
Un séraphin charmant, pâle au fond des cieux bleus ;

Prises de voile, où la vierge, en ses frissons vagues,
Sur l'autel, dont la marche a sacré ses genoux,
Ecoute sa toison, qui va fleurir en bagues,
Choir sous les ciseaux saints, terrifiants et doux.

Celle qu'avec le nard pudique d'un roi mage
J'encense dans mon coeur, se meurt là ; j'ai pu voir
Ses yeux, lampes d'amour où brûle mon image,
Et je m'en suis allé, bien ivre... un certain soir !...

Ô toi qui vis dans ces solitudes de femme,
Et qui n'as dû garder de ton été premier
Qu'à peine assez de corps pour contenir une âme,
Colombe en route pour l'éternel colombier ;

Cieux choisis d'où l'on voit pleuvoir encor des mannes
Et descendre sur les fronts des langues de feu,
Ma bouche - en vous rêvant - faite aux argots profanes,
Bégaie une oraison : je me trompe avec Dieu.

Vergers mûrs où la sainte a le respect des mouches,
Cours grises, encensoirs berceurs, avents jeûnés,
Vers vous - comme à vos pieds, chères saintes nitouches -
Je m'agenouille avec la larme des damnés.

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