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Entre Nous -- Finances et Développement Mars 2006 -- Raghuram Rajan

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Entre Nous -- Finances et Développement Mars 2006 -- Raghuram Rajan

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Ajouté le : 21 juillet 2011
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NOUS Des services financiers séparés et inégaux Au lieu de privilégier le microcrédit, il vaudrait mieux généraliser l’accès aux services financiers Raghuram Rajan N ENTEND dire de plus en plus que labanque : ils étaient intimidés par l’employé plus ins-microfinance est un remède miracle à latruit et mieux habillé qu’eux. Il se peut aussi que la rseonudsrOedipvleurssaacvceastsairbsled?eBpieuinsqdueeslemmililcireorcsdd’aitnenées,autres ménages à tous égards sauf la race, se voyaient pauvreté. Dans ce cas, pourquoi n’est-distance sociale entre en ligne de compte. Selon une elle pas plus répandue, et comment laétude de la Banque de réserve fédérale de Chicago, les xisteménages des groupes minoritaires, semblables aux on associe généralement son incarnation modernerefuser des prêts plus souvent que les autres. Une en-à Mohammed Yunus, fondateur de la Banquequête plus approfondie a révélé que les employés char-Grameen. Dans son autobiographie, il expliquegés de l’attribution des crédits étaient moins enclins comment, alors qu’il enseignait au Bangladesh, ilà aider les personnes issues de groupes minoritaires comprit l’importance du crédit pour les pauvres.à remplir leur demande de prêt. Sans le vouloir, ces Horrifié par les conséquences d’une famine récente,employés pratiquaient la discrimination. il quitta le milieu protégé de l’université pour voirLa distance peut prendre d’autres formes. Parfois, de quoi vivaient les pauvres.les pauvres ne connaissent personne de fiable qui Dans un village voisin, il rencontra une jeune mèresoit au fait des diverses transactions financières qui qui fabriquait des tabourets en bambou. La matièreexistent. Ils sont donc ainsi dans l’impossibilité de première lui coûtait 22 cents. Comme elle n’avaitbien choisir. Étant donné qu’ils représentent un pas d’argent, elle empruntait à un intermédiaire, àvolume de transactions peu élevé, le fournisseur de qui elle était obligée de vendre les tabourets pour leservices financiers ne sera guère incité à les éduquer, rembourser. Elle ne faisait que 2 cents de bénéfice.même si le gouffre de méfiance qui sépare les deux M. Yunus était consterné : l’accès direct au crédit auraitparties pouvait être comblé. permis à cette femme de vendre directement à desEnfin, si l’on considère les aspects matériels, une clients. Mais l’intermédiaire lui refusait cet accès, carbanque qui recherche le profit a bien plus de raisons il aurait ainsi perdu son emprise sur elle. Parce qu’ilde s’installer dans un quartier riche, où elle aura plus lui manquait 22 cents, cette femme était captive.de clients, que dans un quartier pauvre. Étant donné la Beaucoup voient dans cette anecdote une illustra-distance physique entre les lieux où vivent les pauvres Raghuram Rajan esttion du plus grand fléau du capitalisme : l’exploitationet celui où la banque est située, les services financiers Conseiller économique etdes travailleurs par le capital. Mais cette situationrestent tout simplement hors de portée pour les Directeur du Départementest aux antipodes de ce qui fonde le capitalisme,C’est le problème de la poule et de l’œuf : sipauvres. à savoir la liberté d’accès et la concurrence. C’estles succursales des banques étaient plus accueillantes, des études du FMI. parce qu’ils n’ont pas accès à un marché finan-davantage de pauvres les utiliseraient, elles pourraient cier concurrentiel ou à une institution financièrerester rentables en s’installant plus près des pauvres, bienveillante où ils peuvent emprunter à un tauxet la présence de clients pauvres dans ces succursales raisonnable que les pauvres sont maintenus dansencouragerait d’autres pauvres à les utiliser. un état de dépendance.Les raisons qui empêchent les pauvres d’avoir accès au crédit sont bien connues : on considère qu’ils ne Problèmes de solvabilité sont pas solvables parce qu’on ne peut pas leur faire Pourquoi les pauvres n’ont-ils pas directement accèsconfiance, ils n’ont pas de perspectives d’activité ni au crédit (prêts, comptes d’épargne, retraits d’espècesd’emplois stables, ils offrent peu de garanties et, vu et assurance)? Écartons d’emblée une explication :le faible montant de leurs opérations éventuelles, les la discrimination active à l’égard des pauvres. Danscoûts de transaction sont trop élevés. À y regarder un monde avide de profits, on voit mal des sociétésde plus près, certaines de ces explications sont dis-financières se priver de clients, quels qu’ils soient.cutables. Pourquoi les pauvres seraient-ils intrinsè-Mais il y a peut-être de la discrimination passive :quement moins dignes de confiance que les riches? lorsqu’une institution financière axe ses activités surEn outre, les études montrent que les pauvres sont la classe moyenne, il se peut qu’elle exclue les pauvres.en général plus charitables que les riches. Des habitants de bidonvilles à Chennai m’ont ditPar ailleurs, le fait que les pauvres n’ont pas accès qu’ils étaient mal à l’aise lorsqu’ils entraient dans uneaux services signifie, à tout le moins, qu’il existe un 56 Finances& DéveloppementMars 2006
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