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Felipe de Solà CaHizares (1905-1965) - article ; n°3 ; vol.17, pg 567-582

De
17 pages
Revue internationale de droit comparé - Année 1965 - Volume 17 - Numéro 3 - Pages 567-582
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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René David
Felipe de Solà CaHizares (1905-1965)
In: Revue internationale de droit comparé. Vol. 17 N°3, Juillet-septembre 1965. pp. 567-582.
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David René. Felipe de Solà CaHizares (1905-1965). In: Revue internationale de droit comparé. Vol. 17 N°3, Juillet-septembre
1965. pp. 567-582.
doi : 10.3406/ridc.1965.14324
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ridc_0035-3337_1965_num_17_3_14324FELIPE DE SOLA CANIZARES
(1905-1965)
Canizares Rien Un illustre ne est paraissait, mort, comparatiste très au brusquement, départ, vient destiner de le disparaître: 30 avril Solà 1965. Canizares Felipe à de la Solà car
rière dans laquelle il devait s'illustrer. Issu d'une ancienne famille
espagnole, il s'était, au début de sa vie, tourné vers le barreau et vers
la politique. Homme d'action il avait, à l'Age de trente ans, brillam
ment réussi dans l'un et dans l'autre; il était conseiller municipal
de Barcelone et député aux Cortès (1). Il paraissait ainsi destiné à
être, hors du domaine de la science juridique, l'un des hommes en
vue de sa génération sur la scène politique.
Les tragiques événements de 1936 ont contrecarré ce destin. Très
fidèle à ses convictions religieuses, très attaché à sa patrie catalane,
Solà ne trouvait sa place ni chez les gouvernementaux ni chez les
insurgés lorsque la guerre civile éclata en Espagne. Il ne pouvait ni
ne voulait prendre part aux atrocités de ce combat dans lequel, comme
tous les Espagnols, il avait des amis et des frères chaque camp.
La révolution franquiste fit de lui un exilé. Contraint à l'exil à l'ori
gine, exilé volontaire par la suite, Sola Cafiizares devait désormais
faire sa vie à Paris, installé dans cet ai>partement de Neuilly, 1, rue
Longpont, qui allait devenir un des lieux de rencontre les plus habi
tuels des comparatistes du monde entier.
Les premières années furent dures. Il fallait vivre, pendant que
succédait à la guerre civile espagnole la guerre mondiale. Le ménage
Solà, — car il n'est pas possible de parler de Felipe sans parler aussi
de Regina de Solà, — parvint à faire face aux difficultés de cette
époque, en établissant un commerce de fruits et légumes. Il ne pou
vait s'agir là, cependant, que d'un expédient pour une période diffi
cile. La vocation de Solà n'était pas dans le commerce, ses aspirations
n'allaient pas à une vie aisée. La guerre terminée, Solà se mit à la tâ
che de réorienter sa vie pour lui donner un sens conforme à ses aspira -
tions. Avec la consolidation du régime franquiste, qu'il détestait pour
ses origines, mais dont il percevait avec réalisme la durée probable, il
savait qu'il devait renoncer à toute ambition politique ; reprendre son
(1) II crée également à cette époque, en langue catalane, la Revista de dret comercial
(1933 — ).
37 568 FELIPE DE SOLA CANIZARES (1905-1965)
activité d'avocat à Barcelone ne lui aurait pas été interdit mais, dans
l'atmosphère de contrainte qui s'était instaurée et qui le rebutait, la
chose ne lui paraissait pas possible. Il décida donc de rester à Paris,
mais d'abandonner le commerce. Il ne pouvait, étant étranger, s'ins
crire au Barreau, où sans doute une carrière glorieuse l'aurait at
tendu ; il ouvrit un cabinet juridique, spécialisé dans les affaires de
sociétés et dans les rapports avec les pays de l'Amérique latine.
Le cabinet rapidement prospéra, mais ni ce succès professionnel
ni la sécurité financière qu'il engendrait ne pouvaient remplir la vie
de Solà. Mis dans l'impossibilité de jouer le rôle politique qu'il avait
ambitionné à l'origine, il lui fallait trouver un autre champ d'action
où il pourrait servir l'intérêt général. Son pays ne sachant pas l'utili
ser, il allait transporter sur la scène internationale sa prodigieuse ac
tivité, pour y faire valoir ses éclatantes qualités. Juriste espagnol éta
bli en France, en contact avec de nombreuses personnalités de l'Amé
rique latine, Solà allait tout naturellement porter ses regards vers
la branche la plus internationale, la plus moderne et la plus attirante
du droit; il allait avec passion se consacrer au droit comparé.
Solà a pu donner l'impression à ceux qui l'approchaient pour la
première fois, et parfois à ses amis mêmes, qu'il était un génial im
provisateur, se lançant avec fougue dans la réalisation de l'idée, sans
cesse renouvelée, que lui inspirait sur le moment sa fantaisie. La
réalité pourtant est tout autre, et elle apparaît bien lorsque l'on con
sidère, comme il nous est malheureusement donné de faire à présent,
l'ensemble de sa vie. Ce qui frappe alors est bien au contraire, en
effet, l'opiniâtreté, la persévérance avec laquelle, à travers tous les
obstacles, ce Catalan a poursuivi ce qu'il s'était fixé au lendemain
de la guerre, une fois pour toutes, comme tâche : l'organisation sur
une base nouvelle, solide, correspondant aux données du monde mo
derne, des études de droit comparé.
Le premier pas dans la voie qu'il s'était tracée fut modeste et,
pour un homme qui avait déjà connu de brillants succès, méritoire.
Solà s'inscrivit comme étudiant à la Faculté de droit de Paris et pré
para les examens, puis soutint une thèse pour obtenir le grade de
docteur de l'Université de Paris. Sa thèse, soutenue en 1945, porte
sur le droit espagnol des sociétés anonymes.
A ce premier travail ont succédé beaucoup d'autres : ouvrages et
articles multiples (2), couronnés par une œuvre monumentale, son
Tratado de derecho commercial mmparado, dont trois volumes ont été
publiés en 1962 et 19G3, sur un total de six volumes que l'oeuvre devait
comporter. Il appartient aux commercialistes de parler de cette œuvre,
qui n'a aucun équivalent, et qui longtemps sera consultée par les
spécialistes du droit commercial. Dans une revue de caractère génér
al, nous nous bornerons à rappeler son Tniciaciôn al derecho com-
parado, parue en 1954.
(2) La liste de ces ouvrages et articles est donnée en Appendice. Elle comprend 25 ou
vrages et 75 articles et ne prétend pas être complète. FELIPE DE SOLA CANIZARES (1905-1965) 569
L'œuvre scientifique de Sola est considérable, et elle aurait suffi
à elle seule à le classer comme un grand comparatiste. Ce n'est pour
tant pas par cette œuvre, si importante qu'elle soit, que Solà s'est
acquis au premier chef droit à notre reconnaissance, et c'est un autre
aspect de son activité que nous nous proposons ici de présenter.
Comme toutes les œuvres juridiques, les livres de Solà cesseront d'être
à jour; ils se démoderont à la cadence rapide qu'impliquent les chan
gements constants apportés à la législation, spécialement dans ce
domaine du droit commercial où Solà s'était spécialisé. Dans dix ans,
dans vingt ans on ne lira plus les livres de Solà, pas plus qu'on ne
lira les livres de ses contemporains ; le juriste doit être à cet égard
sans illusions.
Quelque chose cependant demeurera de Sola- lorsque ses livres
auront vieilli, et fera longtemps encore, parler de lui comme d'un pion
nier, et l'un des grands artisans du droit comparé. De Solà il restera
l'œuvre institutionnelle qu'a accomplie ce merveilleux organisateur,
les instituts, associations, facultés, le réseau de relations entre juris
tes qu'il a mis en place avec un véritable génie, en déployant une
activité inlassable, utilisant toutes ses qualités d'homme, mettant en
valeur tous ses dons. Solà, ce sont les Journées de droit franco-latino-
américaines, c'est l'Institut de droit comparé de Barcelone, c'est
l'Association internationale des sciences juridiques, c'est l'Académie
internationale de droit comparé: Solà, c'est par-dessus tout l'Asso
ciation internationale de droit comparé et la Faculté internationale
pour l'enseignement du comparé.
L'activité d'organisateur de Solà a commencé par l'établissement
de relations culturelles entre la France et les pays de l'Amérique la
tine dans le domaine du droit. Les différents Etats de
latine ont des droits qui se rattachent à la même famille que le droit
français : les juristes de ces pays ont toujours connu et utilisé les œu
vres de la science juridique française. Mais, s'ils connaissaient les
livres de droit publiés en France, ils n'en connaissaient que bien ra,re-
ment, et par hasard, les auteurs; nul ne s'était préoccupé d'établir,
organiquement, des rapports personnels entre les juristes de l'Amér
ique latine et les juristes français. Solà, le premier, s'est rendu
compte de la, nécessité de personnaliser ces rapports franco-améric
ains: pour que l'on connaisse en France, les juristes de l'Amérique
latine, d'autre part les juristes de l'Amérique latine soient
mis en mesure de connaître le droit français autrement que par les
livres, avec le retard et avec la vue déformée qui risque d'en résulter.
Tirant profit de l'extraordinaire don de sympathie qui était le sien,
et utilisant les relations qu'il avait nouées grâce à son cabinet juridi
que international, Solà s'attacha et parvint à organiser des voyages
de juristes français dans les divers pays d'Amérique latine, en même
temps qu'il mettait en rapport, en Europe, les professeurs de l'Amé
rique latine et ceux des facultés de droit françaises. Ainsi furent
créées, sous l'égide de la Société de législation comparée, les Journées
de droit franco-latino-américaines, qui se réunissent actuellement,
37* 570 FELIPE DE SOLÀ CANIZARES (1905-1965)
avec une périodicité irrégulière, soit en France, soit dans les pays de
l'Amérique latine (3). Les Cahiers de législation et de bibliographie
juridique de l'Amérique latine, créés par Solà, ont également servi,
de 1950 à 1950, à faire connaître en France œuvres juridiques et ju
ristes de latine.
Parallèlement aux Journées de droit franco-latino-américaines,
Solà est également à l'origine des rencontres qui, alternativement,
se produisent en Espagne et en France entre Instituts de droit com
paré de Toulouse et de Barcelone. Aucun lien n'avait existé, jusqu'à
une date toute récente, entre des facultés pourtant géographiquement
très proches, et que rapprochait encore une tradition juridique la
rgement commune. Les Journées de droit franco-espagnoles, organi
sées par Solà, ont mis fin à ce déplorable isolement (4).
Pour ces activités, éminemment utiles pour le rayonnement de
la pensée juridique française, Solà avait été fait chevalier de la Lé
gion d'honneur. Nous le mentionnons ici car nous savons quel plai
sir lui avait causé cette distinction, manifestant la reconnaissance
que l'on commençait à avoir de ses efforts.
Solà disposait, depuis 1953, d'un titre nouveau pour organiser
ces Journées. Sur son initiative, en effet, le Conseil supérieur des
recherches scientifiques espagnol avait créé, à Barcelone, un Institut
de droit comparé dont il était devenu, bien que continuant à résider
à Paris, le directeur. Une distance de mille kilomètres entre le d
irecteur et son Institut, pour tout autre, aurait été un handicap insu
rmontable ; elle ne paraît avoir constitué pour Solà aucune gêne. Sous
sa direction, l'Institut de droit comparé de Barcelone est devenu,
d'emblée, l'un des instituts de droit comparé les plus renommés du
inonde. La revue qu'il publie (5) est excellente, et peut s'enorgueillir
d'avoir publié des articles de tous les plus fameux comparatistes du
monde. L'Institut de Barcelone a publié, en outre, des ouvrages mul-
(3) Des Journées de droit franco-latino-américaines ont été tenues successivement
à Paris (avril 1948), Montevideo (septembre 1948), Toulouse (octobre 1950), Sâo Paulo
(septembre 1954), Aix-en-Provence 1956), Mexico (septembre 1964). Les tr
avaux des Journées ont été publiés dans le Bulletin de la Société de législation comparée
(1948, p. 318, 501, 1076) et dans cette Revue (1950, p. 551, 727 ; 1951, p. 475, 677 ; 1952,
p. 511, 764 ; 1953, p. 309 ; 1954, p. 833 ; 1955, p. 385, 600 ; 1956, p. 589 ; 1957, p. 170 ;
1964, p. 815).
(4) Des Journées de droit franco-espagnoles ont été organisées successivement à
Toulouse (mai 1954), à Barcelone (avril 1955), à Toulouse (mai 1957), à Barcelone (avril
1958), à Toulouse (mai 1959), à Barcelone (décembre 1961) et à Toulouse (février 1964).
Les travaux de ces Journées sont publiés dans les Annales de la Faculté de droit de Tou
louse pour les Journées de Toulouse, dans les Cuadernos de derecho francès pour les Journées
de Barcelone. Exceptionnellement les Travaux des premières journées ont été publiés à
la Revista del Instituto de derecho comparado, n° 3 (1954).
(5) Revista del Instituto de derecho publiée depuis 1953. L'Institut de droit
comparé de Barcelone publie également des Cuadernos de derecho francès (semestriels) et
des Cuadernos de derecho angloamericano (également semestriels). FELIPE DE SOLA CANIZARES (1905-1965) 571
tiples: études de droit comparé (6) ou de droit étranger (7), textes
juridiques étrangers en traduction espagnole (8), bibliographies juri
diques (9) et autres ouvrages (10). Il assure, depuis 1956, la publi
cation du Bulletin d'information du Comité international de droit
comparé et, depuis 1963, celle de Cahiers de bibliographie juridique,
sous les auspices de l'Association internationale des sciences juridi
ques. Nul enfin de ceux qui y ont participé n'oubliera cet extraor
dinaire et, dans sa séance de clôture, féerique premier Congrès inter
national de droit comparé de l'Association internationale des scien
ces juridiques, tenu à Barcelone en septembre 1956, dont Sola avec
ses collaborateurs de l'Institut de droit comparé avait assuré,
son efficacité habituelle, la préparation et l'organisation (11).
Le Congrès international, qui a eu lieu à Barcelone en 1956, était
un de l'Association internationale des sciences juridiques.
Cette Association est due elle aussi, avant tout, à l'initiative et au
génie organisateur de Solà. L'auteur de cet article est bien placé pour
en témoigner, qui, avec Solà et Dihigo, directeur de l'Académie inter -
(6) La série A (Etudes sur le droit comparé) comprend les ouvrages suivants : El
derecho comparado, par H.C. Gutteridge (1954) ; Iniciaciôn al derecho comparado, par
F. de Solà Canizares (1954).
La série D (Etudes de droit comparé) comprend : Estudio comparativo de la funciôn
judicial en Francia y en los Estados Unidos, par A.T. von Mehren (1954) ; El derecho
laboral argentino ante el derecho comparado, par José Maria Cabrera et J. Remorino
(1954) ; Computation, imputation y reduction de las donaciones en los principales ordena-
mientos juridicos del Occidente europeo, par J. Vallet de Goytosolo (1955) ; El côdigo
civil y el derecho civil de Navarra, par F. Salinas Quijad a (1955) ; également le compte
rendu des premières et des quatrièmes Journées franco-espagnoles de droit comparé (Toul
ouse, 1954 et Barcelone, 1958).
(7) La série E (Etudes de droit étranger) comprend les ouvrages suivants : El regimen
de las sociedades extranjeras en los Estados Unidos, par II.P. de Vries et L.M. Draciisler
(1954) ; La organization judicial en Inglaterra, par M. Balcells, J. Peré Raluy et Artuko
Vidal (1960).
(8) La série C (Textes juridiques étrangers) comporte les ouvrages suivants : El derecho
cambiario anglo-americano, par Ramön Trias Fargas (1955) ; El registro comercial en
Francia segûn la reforma de 1953, par F. de Solà Canizares (1955) ; La «partnership »
y la « limited partnership » en Inglaterra y en los Estados Unidos, par F. de Solà Canizares
(1955) ; Côdigo de la aviation civil y comercial de Francia, par F. Vega Sala (1957).
(9) La série F (Bibliographies) comporte une Bibliografia juridica espanola, par F. Fer
nandez de Villavicencio et F. DK Solà Canizares (1954), et des bibliographies espa
gnoles spéciales de droit pénal (par F. Dias Palos, 1954), de droit de la propriété indust
rielle (par B. Pellisé Prats, 1955), de droit administratif (par A. Guaita, 1955), et de
droit maritime (par A. Vidal Solà, 1958), ainsi qu'un Catalogue des publications périodi
ques et revues juridiques françaises, par CE. Mascarenas (1958).
(10) Série G : Catàlogo de Centros de derecho comparado en el mundo, par F. de Solà
Canizares (1950) ; Rapports nationaux espagnols au Ve Congrès international de droit com
paré (1958) ; Côdigo de comercio de Puerto Rico, par J.J. Santa-Pinter (1963) ; La filia
tion en el derecho puer tor iqueno, par CE. Mascarenas (1962) ; La responsabilidad civil en
el derecho comparado, par G. Marty (1962) ; Rapports espagnols au VIe Congrès interna
tional de droit comparé (1962).
(11) Les Travaux du Congrès ont été publiés dans la Revista de derecho comparado,
n08 8-9 (1957).
A l'occasion du Congrès a eu lieu également la Première rencontre des organisations
s'occupant de l'unification du droit, dont les travaux ont été publiés dans l'Annuaire de
l'Institut international de Rome pour l'unification du droit privé : L' 'unification du droit,
Annuaire, 1956, t. II. 572 FELIPE DE SOLA CANIZARES (1905-1965)
américaine de droit international et de droit comparé, a pris à ce
sujet le premier contact avec J. Torres-Bodet, directeur général de
rUnesco. Dans cette entrevue, arrangée par Holà, fut décidée la ré
union d'une commission d'experts du monde entier, et là se trouve
l'origine, en 1949, du Comité international de droit comparé, devenu
depuis lors Association internationale des sciences juridiques (12).
Depuis la création de cette Association, Solà a été constamment
réélu, avec un chiffre de voix record, comme membre du conseil d'ad
ministration de l'Association; c'est à lui qu'est dû, dans une large
mesure, le développement de l'Association, avec les trente huit comi
tés nationaux qu'elle comporte actuellement. A lui est due également,
pour une bonne part, la réalisation des travaux mis en chantier par
l'Association, grâce en particulier à l'appui que celle-ci a toujours
trouvé dans l'Institut de droit comparé de Barcelone.
Nul ne s'étonnera que Solà, toujours disponible pour les tâches
d'organisation et de développement des rapports entre juristes sur
un plan international, ait été appelé, en 1956, à devenir non seul
ement membre mais secrétaire général perpétuel de l'Académie inter
nationale de droit comparé. Sous son impulsion, a pris
un nouvel essor. Le nombre des membres a été augmenté de trente
à quarante, pour faire place à des juristes représentant la plus grande
variété possible de pays et de .systèmes de droit. Des Congrès inte
rnationaux de droit comparé ont continué à être organisés, avec la
périodicité quadriennale que leur avait donnée E. Balogh. Les Con
grès tenus à Bruxelles en 1958 et à Hambourg en 1962 ont permis
à Solà de manifester, une fois de plus, ses qualités d'organisateur, et
de poursuivre la réalisation de son idée maîtresse : à savoir que les
rencontres entre juristes des différents pays et l'établissement entre
eux de relations personnelles sont la meilleure manière de faire pro
gresser le droit comparé, dans l'intérêt de la science juridique, — qui
doit avoir un caractère d'universalité, — et dans celui du rapproche
ment entre les peuples. Le VIIe Congrès international de droit com
paré, qui doit se tenir à Upsala en août 1966, donnera aux compara -
listes l'occasion de rendre collectivement hommage à Solà, qui a pu
avant sa mort régler de façon complète l'organisation de ce congrès.
Solà Canizares, — il serait à nouveau, comme toujours, plus
juste de dire le ménage Solà Canizares, — c'est enfin, et c'est avant
tout, la Faculté internationale pour l'enseignement du droit comparé.
Solà a conçu et réalisé, il a aimé avec passion cette Faculté ; elle a
été pour lui, dans les dernières années, toute sa vie, et elle a été peut-
être aussi, par l'excès de travail qu'elle lui a imposé, la cause de sa
mort. Mais de cela Felipe de Solà n'aura eu cure : il vivait pour sa
Faculté internationale, il fallait sans doute, pour couronner son exis
tence, que la mort lui vînt par et pour sa Faculté.
(12) Sur l'Association internationale des sciences juridiques, cf. la brochure de
I. Za.itav et F. H. Lawson : L'Association internationale des sciences juridiques (1904).
L'appellation originaire de Comité international de droit comparé a été conservée pour
désigner l'organe directeur de l'Association. FELIPE DE SOLA CANIZARES (1905-1965) 573
Les débuts de la Faculté internationale sont dans toutes les mé
moires ; il est inutile de revenir ici sur des incidents, qui furent par
fois orageux et souvent pénibles. La Faculté internationale s'était
installée à Luxembourg, où elle constituait le noyau initial d'une
Université internationale de sciences comparées, créée par le ministre
de l'Education nationale du Luxembourg, M. P. Frieden. M. Frie
den comprenait Solà, lui faisait confiance et le protégeait. Après
sa mort prématurée, les choses se gâtèrent ; le dynamisme et l'exu
bérance de Solà, ses projets grandioses et son impatience de les réa
liser exaspérèrent, indisposèrent ou déconcertèrent; bien vite il ap
parut que Luxembourg n'était pas le lieu propre à l'épanouissement
d'une Faculté internationale dirigée par Solà. Les tentatives de con
ciliation furent vaines. Il fallut à Sola trouver un autre lieu pour
reprendre et perfectionner l'œuvre qu'il avait entreprise et souhaité
pouvoir réaliser à Luxembourg.
La manière dont il avait été traité, les entraves apportées à son
activité, des articles anonymes sordides parus dans la presse, une
procédure courte] inesque engagée contre lui, l'avaient laissé plein
de rancœur. L'épisode luxembourgeois, à coup sûr, a été très pénib
le. Mais il a, d'un autre côté, servi Sola: il lui a, en dehors de
très gros ennuis, apporté une grande satisfaction et enseigné aussi
une leçon. La satisfaction qu'il a procurée à Sola a été de lui per
mettre de compter ses amis; Sola a pu constater à. cette occasion
l'estime dans laquelle il était tenu pour son désintéressement et sa
foi, la confiance totale que l'on avait en lui, la solidarité sans faille
que tous ressentaient avec lui dans cette épreuve. La leçon a été que
la Faculté internationale par lui rêvée demandait pour prospérer
un cadre plus large. Pour une fois Solà avait vu trop petit: si bien
disposé que Ton ait pu être à son égard, et quelque avantage maté
riel que l'on pût lui assurer, la Faculté ne pouvait pas se trouver
à son aise dans une ville où faisaient défaut, avec une Université,
les installations et l'état d'esprit universitaires. Il fallait d'autre
part que la Faculté fût internationale non seulement par son corps
enseignant et ses étudiants mais aussi par les lieux mêmes où elle
tiendrait ses sessions.
Bien loin d'avoir pour conséquence l'élimination de Solà, les
difficultés rencontrées à Luxembourg ont eu pour effet un perfectio
nnement par Solà de son œuvre: la création d'une nouvelle Faculté
internationale par lui dirigée, enrichie de l'expérience acquise dans
les premières années à Luxembourg, et libérée des défauts qui en dé
finitive, autant et plus que des facteurs personnels, avaient été la
cause des incidents et de la crise de Luxembourg. Pour éviter tout
reproche nous avons donné à cette Faculté nouvelle une dénomination
différente de l'ancienne: Faculté internationale pour l'enseignement
du droit comparé, au lieu de Faculté de droit comparé.
Tout le mérite de cette internationale, nous le recon
naissons tous, revient à Solà. Quelques indications sur elle permet- 574 FELIPE DE SOLA CANIZARES (1905-1965)
tront de juger de l'extraordinaire dynamisme de celui-ci, et du r
emarquable succès qu'il a obtenu.
La Faculté internationale a son siège, désormais, à Strasbourg.
Bien qu'elle demeure entièrement indépendante de l'Université de
cette ville, un étage lui est réservé dans l'immeuble nouveau qui abrite
la Faculté de droit et des sciences politiques et économiques de Stras
bourg. A Strasbourg est tenue seulement la « session de printemps »
de la Faculté internationale (13). La session d'été est tenue dans
d'autres villes, situées dans divers pays, où Solà est parvenu, chaque
année, à les organiser, sous le patronage et avec le concours d'une
Université nationale. Des sessions ont eu lieu ainsi, depuis 1961, à
Helsinki (en 1961 et en 1962), à Trieste (1962, 1963 et 1964), à Madrid
(1961 et 1964), à Ljubljana (1962), à Santiago de Compostela (1963),
à Avila (1964) , à Lisbonne (1964) , à Toulouse (1964) . En 1 965 diverses
sessions ont eu lieu ou doivent avoir lieu à Fribourg-en-Brisgau, à
Bruxelles et à Liège, à Pise, Coïmbra et Madrid. Depuis 1963 une
session est organisée chaque année à Mexico ; des sessions sont pré
vues en 1965 à Tegucigalpa au Honduras et en janvier 1966 à Con-
cepciôn au Chili. Professeurs et étudiants trouvent, en dehors d'un
intérêt touristique qu'ils apprécient, de grands avantages à cette mob
ilité de la Faculté: elle permet aux uns et aux autres d'entrer en
contact avec des milieux juridiques nouveaux, fait connaître en de
multiples lieux la Faculté et y intéresse des éléments toujours plus
nombreux.
Les programmes d'études de la Faculté, sans atteindre bien en
tendu la perfection, ont été graduellement améliorés, échappant dans
une large mesure aux reproches que, dans la phase initiale, ils avaient
provoqués.
Les cours du premier cycle visent à donner une initiation de base
aux principaux systèmes de droit contemporains : système romaniste,
système socialiste, système de la common law. Ils comportent égal
ement une introduction générale au droit comparé, au droit constitu
tionnel comparé, à la procédure comparée, au droit international
privé comparé. Tous ces cours sont donnés en langue française, an
glaise et allemande.
Les cours du deuxième cycle sont organisés sur le modèle des
cours professés à l'Académie de droit international de La Haye. L'amb
ition de Solà et de ses collaborateurs était de parvenir à égaler, dans
un nouveau domaine, la réputation de celle-ci. La publication des
cours dans des Annales de droit comparé était et demeure à l'étude,
ainsi que différentes autres réformes, pour atteindre cet objectif.
Avec le troisième cycle, Solà avait cherché à intéresser au droit
comparé des juristes qui, jusqu'ici, étaient demeurés attentifs à leur
seul droit national. Une Association internationale de droit des as-
(13) En 1961, immédiatement après la crise de Luxembourg, et avant que le siège
de la Faculté n'ait été fixé à Strasbourg, cette session a eu lieu à Madrid. Solà et ses amis
comparatistes sont demeurés très reconnaissants à la Faculté de droit de cette ville, qui
a permis ainsi de poursuivre, sans discontinuité, l'œuvre par eux entreprise à Luxembourg. FELIPE DE SOLA CANIZARES (1905-1965) 575
surances s'est constituée ainsi sous son égide à Luxembourg, témoi
gnant de V utilité que l'on peut attendre de cette formule.
La multiplication des cours, due à la mise en œuvre simultanée
des trois types de cours, a paru parfois excessive, et a été critiquée.
Solà, tout en reconnaissant le bien-fondé de certaines critiques, de
meurait attaché à son idée et la défendait. Le travail scientifique
qui pouvait être réalisé au cours même des sessions de la Faculté
n'était certes pas à ses yeux négligeable ; il avait à cœur de faire ve
nir à Luxembourg, puis à Strasbourg ou ailleurs, les professeurs qui
étaient le plus qualifiés pour donner les enseignements à assurer. Mais
en dehors de là la chose importante lui paraissait être d'intéresser les
étudiants au droit comparé en leur faisant voir le plus grand nombre
possible de ces professeurs étrangers de qui ils connaissaient le nom
par leurs livres; c'était aussi de donner aux juristes de divers pays
l'occasion de se connaître personnellement, de nouer un réseau d'amit
iés qui renforcerait la collaboration internationale en matière juri
dique et qui serait utile à la science du droit. Les colloques et con
grès ont-ils un autre sens ? Solà s'attachait à mettre en rapport les
uns et les autres : il les invitait à venir ensemble à Strasbourg ou en
quelque autre lieu, et, lorsqu'il les avait fait venir, il organisait sans
relâche des déjeuners et dîners, qu'il animait de sa verve, ou organis
ait des excursions le dimanche. Nous sommes nombreux à avoir été
à Strasbourg et dans les autres villes parce que nous y trouvions
cette atmosphère, entretenue par Solà sans souci de sa fatigue, parce
que nous y rencontrions de vieux amis, et parce que nous y faisions
fie nouveaux amis. Nos réunions n'étaient pas toujours consacrées à
des discussions scientifiques ; mais je puis en porter le témoignage: de
fac,on indirecte, elles ont favorisé grandement la recherche et elles
ont servi à améliorer bien des cours, bien des ouvrages et des articles
écrits ou professés en dehors de la Faculté internationale que prési
dait Solà Cafmares.
Le rôle véritable de la Faculté internationale est, pour cette rai
son, difficile à décrire et à estimer. L'utilité de la Faculté internatio
nale, néanmoins, peut être mesurée en constatant le succès toujours
croissant qu'elle a eu, manifesté en particulier par le nombre et la
qualité de ceux, professeurs et étudiants, qui ont participé à ses
sessions.
Considérons en premier lien les étudiants. Leur nombre, le nomb
re des pays desquels ils proviennent ont été sans cesse en augment
ant. En 1961, ils étaient 517, appartenant à 42 nationalités diffé
rentes ; en 1962, ils sont 521, de 58 nationalités ; en 1963, ils sont
598, de 61 nationalités ; en 1964, leur nombre est porté à 743, appar
tenant à 68 nationalités. Le nombre n'est pas le seul critère du suc
cès de la Faculté. Ce qui a frappé tous les professeurs qui ont ensei
gné à la Faculté, c'est aussi la haute qualité de beaucoup de ces étu
diants ; les pays socialistes en particulier ont envoyé à Strasbourg
et dans les autres sessions de la Faculté, comme étudiants, leurs jeu-

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