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Le contenu en emplois de la croissance française

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L'enrichissement de la croissance en emplois en Europe depuis 2000 contraste avec la « reprise sans emplois » observée aux États-Unis de 2002 à 2004. La France se situe à mi-chemin entre ces deux extrêmes. En dépit de la persistance du chômage, la croissance n'est pas devenue particulièrement « pauvre en emplois ». Néanmoins, le ralentissement de la productivité par tête, caractéristique des années quatre-vingt-dix, se serait interrompu depuis 2000 sous l'influence de plusieurs facteurs. Les créations d'emplois dues aux allégements de cotisations sociales sont désormais engrangées et la durée du travail s'est stabilisée avec la fin du passage aux 35 heures et de la progression du temps partiel. Le raffermissement de la productivité horaire est notamment sensible dans les services marchands. Ces mêmes éléments suggèrent que le raffermissement de la productivité du travail en France depuis 2000 pourrait être un phénomène pour partie durable.
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Emploi 3
Le contenu en emplois
de la croissance française
Fabien Toutlemonde*
L’enrichissement de la croissance en emplois en Europe depuis 2000 contraste
avec la « reprise sans emplois » observée aux États-Unis de 2002 à 2004.
La France se situe à mi-chemin entre ces deux extrêmes.
En dépit de la persistance du chômage, la croissance n’est pas devenue
particulièrement « pauvre en emplois ». Néanmoins, le ralentissement
de la productivité par tête, caractéristique des années quatre-vingt-dix,
se serait interrompu depuis 2000 sous l’influence de plusieurs facteurs.
Les créations d’emplois dues aux allégements de cotisations sociales
sont désormais engrangées et la durée du travail s’est stabilisée avec la fin
du passage aux 35 heures et de la progression du temps partiel.
Le raffermissement de la productivité horaire est notamment sensible
dans les services marchands. Ces mêmes éléments suggèrent
que le raffermissement de la productivité du travail en France
depuis 2000 pourrait être un phénomène pour partie durable.
n France, les années sance plus soutenue a été à l’ori- et, dans une moindre mesure,
quatre-vingt-dix ont cons- gine d’une inquiétude de voir se du Japon. Lors de la récenteE titué une période d’enri- dessiner une « reprise sans em- phase de reprise de l’économie
chissement de la croissance en plois » (Passeron, Perez-Duarte, mondiale, un certain nombre
emplois. Au contraire, après le 2003). Dès la fin de 2003, des si- de grandes économies ont
ralentissement conjoncturel de gnaux négatifs pour la création connu un retour rapide à des
2001-2003, le retour à une crois- d’emplois arrivaient des États-Unis gains de productivité du tra-
* Fabien Toutlemonde fait partie de la mission Analyse économique de la Dares du ministère de l’Emploi, de la Cohésion sociale et du
Logement.
Données sociales - La société française 215 édition 2006
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3 Emploi
vail élevés, cet alignement sur le cadré 1). Autrement dit, aux quatre-vingt-dix pour que le sec-
scénario observé aux États-Unis États-Unis, il faudrait désormais teur privé recommence à créer
se traduisant par une croissance près d’un point de croissance de des emplois après une phase de
moins riche en emplois. plus qu’au début des années ralentissement économique.
Figure 1 - Croissance, créations d’emplois et gains de productivitéLa « reprise sans emplois »
par tête aux États-Unisdes États-Unis n’a pas
traversé l’Atlantique variation annuelle en %
8
En 2004, pour la troisième année
GainsGains dede productivitéproductivité
consécutive, les créations d’em- 6
Croissance du PIBplois aux États-Unis apparaissent
modestes au regard d’une crois- 4
sance soutenue (Dares, 2005).
Les gains de productivité par tête
2
atteignent ainsi un rythme re-
cord de + 4,2 % en 2004 (fi-
0gure 1). Parce qu’elle n’apparaît Progression de l'emploi
plus comme transitoire, cette (salarié + non salarié)
-2« reprise sans emplois » pourrait
bien indiquer un certain change-
ment de régime vers une crois-
Champ : secteurs marchands non agricoles (« non-farm private sector »).sance durablement moins riche
Sources : Bureau of Labor Statistics (BLS), calculs Dares.
en emplois outre-Atlantique (en-
Encadré 1
Définitions
Différents concepts de producti- danciels, relativement stables, des sous de + 2,0 % l’an. Il y a enrichis-
vité évolutions cycliques de la producti- sement de la croissance en emplois
vité. Celle-ci s’accélère au-delà de sa lorsque la productivité par tête ra-
La productivité du travail rapporte tendance en phase de reprise de l’é- lentit de façon durable. Le contenu
un volume de production à un vo- conomie, lorsque les entreprises de la croissance en emplois est
lume d’emploi. Deux concepts co- privilégient la reconstitution de donc susceptible d’être affecté par
habitent. La productivité par tête leurs marges. Lorsque le retour de la conjoncture économique (cycle
retient au dénominateur les effec- la croissance est confirmé, les em- de productivité) mais également
tifs des personnes occupant un bauches reprennent et la producti- par les mesures de politique de
emploi. La productivité horaire vité par tête ralentit peu à peu. l’emploi et par l’évolution de la
retient au dénominateur le nombre Enfin, lorsque la croissance faiblit durée du travail.
d’heures travaillées. Du fait de ces de nouveau, les entreprises ne com-
définitions, il est possible de pas- mencent pas immédiatement à li- Un ralentissement de la producti-
ser de l’une à l’autre : les gains de cencier, si bien que la productivité vité (i.e. une croissance plus riche
productivité par tête s’obtiennent par tête continue de ralentir sous en emplois) n’est pas systématique-
comme la somme des gains de pro- son rythme de progression tendan- ment bon ou mauvais en soi. Un
ductivité horaire et du taux de ciel. ralentissement de la productivité
croissance de la durée hebdoma- correspondant à la réinsertion sur
daire moyenne du travail. Le « contenu de la croissance en le marché du travail d’individus
emplois » faiblement productifs qui en
Cycle de productivité et produc- étaient exclus est positif. Une accé-
tivité tendancielle Les gains de productivité par tête lération de la productivité (i.e. une
sont également assimilés au « conte- croissance moins riche en emplois)
Productivités par tête et horaire nu de la croissance en emplois » : ils est quant à elle une bonne chose si
fluctuent au gré de la conjoncture, indiquenteneffetle rythme de elle traduit une mobilisation effi-
autour d’une tendance de croissance à atteindre pour com- cace du progrès technique, suscep-
moyen-long terme. On distingue mencer à créer des emplois. Il se tible de doper de manière durable
donc les gains de productivité ten- situe aujourd’hui en France en des- la croissance potentielle.
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Ce phénomène ne semble pas vés lors des précédentes phases croissance en emplois sur les
s’être diffusé aux partenaires de reprise conjoncturelle (fi- cinq dernières années. La fai-
commerciaux des États-Unis, en gure 2). En 2004, les gains de blesse de l’emploi dans la zone
dépit du jeu de la concurrence productivité au Japon (+ 2,6 %) euro sur la période récente tien-
internationale qui induit une et au Royaume-Uni (+ 2,8 %) res- drait ainsi principalement à celle
pression sur les marges et la pro- tent ainsi dans les bornes des évo- de la croissance, affectée par une
ductivité, et du rattrapage à lutions des années quatre-vingt- conjoncture difficile entre 2001
l’œuvre en matière de nouvelles dix. Dans la zone euro, depuis et 2003.
technologies de l’information et 2000, les gains de productivité
de la communication (NTIC). Au sont systématiquement inférieurs
Japon comme en Europe, la pro- à leur moyenne des années La croissance de la zone
ductivité par tête progresse à des quatre-vingt-dix, suggérant un euro est devenue
rythmes conformes à ceux obser- enrichissement progressif de la plus riche en emplois
depuis 2000
Figure 2 - Gains de productivité par tête au Japon et en Europe
variation annuelle en % En 2004, le PIB de la zone euro
5 progresse de + 1,7 %, après
+ 0,3 % en 2003. L’emploi (sala-
4
rié ou non) des secteurs mar-Royaume-Uni
chands non agricoles augmente
3
de+0,5 %. Malgréla reprisede
l’activité, les gains de productivi-2
té par tête, qui s’élèvent à
+ 1,2 % en 2004, demeurent infé-1
rieurs à leur moyenne sur la pé-
Zone euro
0 riode 1992-2002. La prise en
compte de la durée du travail ne
Japon
-1 modifie pas ce diagnostic : les
1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004
gains de productivité horaire
Note : afin d’éviter les ruptures de séries, les calculs sont effectués pour une zone euro à 12 pays, y dans la zone euro atteignent en
compris sur la période où la Grèce n’avait pas encore intégré la zone euro. 2004 + 1,6 % (figure 3).
Champ : secteurs marchands non agricoles, sauf Japon (ensemble de l’économie).
Sources : Eurostat, OCDE, calculs Dares.
La stabilisation de la durée du
travail est un premier facteur af-
Figure 3 - Gains de productivité dans la zone euro fectant la productivité, par tête et
horaire. En effet, la durée du tra-
variation annuelle en % vail ne baisse plus en France (du
fait de la fin du passage aux4
35 heures) et en Allemagne
– deux pays qui représentent la
3 moitié du nombre d’heures tra-
vaillées dans l’ensemble de laGains de productivité horaire
zone euro. La productivité ho-
2 raire et la productivité par tête
tendent ainsi à retrouver un
même rythme de progression à
1
partir de 2002 dans la zone euro.
Gains de productivité par tête
Mais la productivité du travail0
1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 européenne semble aussi ralentir
ces cinq dernières années en rai-Note : afin d’éviter les ruptures de séries, les calculs sont effectués pour une zone euro à 12 pays, y
compris sur la période où la Grèce n’avait pas encore intégré la zone euro. son de changements structurels.
Champ : secteurs marchands non agricoles. Les gains de productivité horaire
Sources : Dares, Eurostat, Insee (base 2000), calculs Dares.
tendancielle seraient passés de
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3 Emploi
Encadré 2
Comparer le contenu en emplois de la croissance de quelques grands pays
Unepremièremanièredemener sur les Forces de Travail (EFT) d’Eu- La stratégie pragmatique de
des comparaisons internationales rostat pour l’Italie et l’Espagne. comparaison retenue a consisté à
du contenu de la croissance en em- L’Allemagne, l’Espagne, la France et estimer de manière récursive
plois consiste à construire pour l’Italie représentant 80 % du nombre cette équation sur une période
chaque pays la série de productivi- d’heures travaillées de la zone euro, glissante de dix ans (soit 40 ob-
té par tête du travail, puis à la dé- la durée du travail pour la zone euro servations) pour apprécier la dé-
composer en sa composante est approchée par celle de ces quatre formation du paramètre α pour
productivité horaire et sa compo- pays, approximation qui s’avère co- chacun des pays. Les résultats,
sante d’évolution de la durée du hérente en moyenne annuelle avec présentés en moyenne annuelle
travail. Ces calculs liminaires ont les données de l’EFT. pour une meilleure lisibilité, sont
été effectués à partir des données présentés dans la figure 4 ci-des-
corrigées des variations saisonniè- sous.
res et des jours ouvrés (CVS-CJO) Dans un second temps, le lien struc-
des comptes trimestriels harmoni- turel entre croissance et emploi est
sés, publiés par Eurostat et ses ho- modélisé à l’aide d’une équation de Compte tenu de la méthode de
mologues américain, japonais, productivité pour les secteurs mar- calcul, ces chiffres ne reflètent
britannique et français – pour chands non agricoles. Suivant un paslerythmedeproductivitého-
compléter les données manquantes modèle à correction d’erreur, celle-ci raire qui serait obtenu dans le
(figures 2 et 3). s’écrit en deux temps. L’équation de cadre d’une estimation sur
long terme régresse le logarithme de longue période plutôt que sur les
Les données de produit intérieur la productivité horaire sur une ten- dix dernières années. Il est donc
brut (PIB) marchand non agricole dance temporelle. Le résidu de cette préférable d’interpréter ces chif-
sont obtenues en retranchant au équation est alors utilisé comme fres en évolution entre 2000 et
PIB total la valeur ajoutée (VA) de « force de rappel » dans une équa- 2004. Cette estimation, fruste,
l’agriculture et des secteurs non tion de court terme régressant les suggère que la croissance tend à
marchands (secteurs EA et EQ-ER évolutions de la productivité horaire s’appauvrir en emplois aux
en nomenclature française sur la croissance du PIB, pour cap- États-Unis, à s’enrichir en em-
NES 16, secteurs A à B et L à P en ter les inflexions du cycle de produc- plois dans la zone euro, en Alle- européenne NACE). tivité. Les gains de productivité magne, en Espagne et en Italie.
La durée hebdomadaire moyenne horaire tendancielle qui nous inté- En France et au Royaume-Uni, la
du travail est celle des comptes tri- ressent sont donnés par le coeffi- déformation des gains de pro-
mestriels lorsqu’elle est disponible cient α de l’équation : ductivité horaire tendancielle est
(Allemagne, États-Unis, France et quasiment négligeable sur la pé-
Royaume-Uni), celle de l’enquête log PIB/.Heures=+α temps résidu riode considérée.()
Figure 4 - Une illustration de la déformation des gains de productivité horaire tendancielle
en %
2000 2001 2002 2003 2004
États-Unis 2,2 2,2 2,2 2,3 2,4
Royaume-Uni 2,5 2,4 2,3 2,2 2,3
Zone euro … 2,0 1,9 1,7 1,6
Allemagne … 2,2 2,1 2,0 1,8
Espagne 1,3 1,1 0,8 0,6 0,6
France * 1,9 1,9 1,9 2,0 2,0
Italie 1,8 1,7 1,3 0,9 0,4
* Dans le cas de la France en particulier, la méthode d’estimation accorde un poids important aux années d’accélération de la productivité horaire du fait du
passage aux 35 heures (notamment en 2000), si bien que le rythme moyen de + 1,9 % obtenu est supérieur aux estimations habituelles, comprises entre
+ 1,4 % et + 1,7 %.
Champ : secteurs marchands non agricoles.
Lecture : aux États-Unis, entre 2001 et 2004, les gains de productivité horaire tendancielle ont augmenté de 0,2 point, signalant un appauvrissement de la
croissance en emplois.
Sources : BLS, Dares, Eurostat, Insee, calculs Dares.
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Emploi 3
+ 2,0 % en 2001 à + 1,6 % en tions relatives au recours à l’in- La France à
2004 dans la zone euro (enca- térim ont notamment été contre-courant de ses
dré 2). Les contributions de l’Alle- assouplies et les lois Hartz ont
voisins continentaux
magne (– 0,15 point de gains de introduit de nouveaux disposi-
productivité horaire tendancielle) tifs, favorisant la création d’en-
et de l’Italie (– 0,25 point) expli- treprisespar leschômeurs Entre l’appauvrissement de la
queraient l’essentiel de cet enri- (Ich AG) ou allégeant les coti- croissance en emplois des
chissement de la croissance en sationssocialessur lesemplois États-Unis – reflet du dynamisme
emplois en Europe (figure 5). de proximité rémunérés moins deleurproductivité–etleralen-
de 800 euros par mois (Mi- tissement de la productivité du
En Allemagne, la productivité ni Jobs). En Italie, la producti- travail qui caractérise certains
horaire tendancielle ralentirait vité, tant horaire que par tête, a pays d’Europe continentale de-
légèrement du fait d’un essouf- subi un freinage brutal, qui puis 2000, la France et le
flement du rattrapage écono- pourrait résulter pour partie du Royaume-Uni suivraient une voie
mique dans les nouveaux blanchiment de travail non dé- médiane. Dans ces deux pays, les
Länder (OCDE, 2004). Par ail- claréàla suitedes mesuresin- gains de productivité tendancielle
leurs, d’importantes réformes citatives introduites successi- apparaissent stables et le contenu
du marché du travail allemand vement en 1998 (Pacte Social) de la croissance en emplois est
auraient également joué un rôle et 2001 (Livre Blanc sur l’em- globalement inchangé sur les
à partir de 2003. Les restric- ploi) (OCDE, 2005). cinq dernières années.
Dans le cas de la France, cette si-
tuation constitue une rupture par
rapport à la décennie précédente.
Figure 5 - Principales contributions des pays aux gains de Les travaux récents sur les déter-
productivité horaire tendancielle de la zone euro minants de la croissance en
France mettent en évidence l’éro-
Glissement annuel en % sion des gains de productivité
horaire tendancielle au cours des2,5
années quatre-vingt-dix. Ils éclai-
rent notamment le rôle de trois
facteurs : les activités tertiaires à
faibles gains de productivité oc-2,0
cupent une part croissante dans
Italie
l’économie ; une partie du travail
non déclaré dans le secteur des
servicesàlapersonne aété
1,5
blanchie à partir de 1992 ; la
Allemagne montée en charge des NTIC a été
parallèlement tardive (Artus,
Cette, 2003).
1,0
Espagne
Cesdifférentsfacteursseseraient
France estompés depuis 2000, du fait
notamment d’une modification
0,5 des caractéristiques de la tertiari-
sation de l’économie. La part
8 autres pays
croissante des activités à faibles
gains de productivité (construc-
0,0 tion et tertiaire) pèse mécani-
2001 2002 2003 2004
quement sur la productivité
Note : afin d’éviter les ruptures de séries, les calculs sont effectués pour une zone euro à 12 pays, y d’ensemble. Or, si les activités
compris sur la période où la Grèce n’avait pas encore intégré la zone euro. tertiaires continuent de prendre
Champ : secteurs marchands non agricoles. une part de plus en plus grande
Sources : Dares, Eurostat, Insee (base 2000), calculs Dares.
dans l’économie en termes
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3 Emploi
Figure 6 - Gains de productivité horaire tendancielle et d’heures travaillées, leur produc-
tertiarisation en France tivité relative aurait cessé de se
dégrader (figure 6). Outre ces dé-
variation annuelle en %
terminants de fond, la contribu-2,3 - 18,0
tion de la politique de l’emploi
2,2 - 18,5 au ralentissement de la producti-
vité par tête (allégements de coti-Indicateur de gains
2,1 - 19,0
de productivité tendanciels sationssocialespatronalessur les
(échelle de gauche)
bas salaires, dispositifs spécifi-2,0 - 19,5
ques ciblés sur des publics en
Productivité relative1,9 - 20,0 difficultés, dispositifs en faveur
de la construction du temps partiel et baisse de la
et du tertiaire marchand1,8 - 20,5 duréelégaledutravail)seserait(échelle de droite)
également infléchie.
1,7 - 21,0
1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004
Note : l’indicateur de gains de productivité horaire tendancielle est calculé comme expliqué dans
l’encadré 2. L’indicateur de la productivité relative de la construction et du tertiaire marchand s’obtient Stabilisation de la durée
comme le ratio de la productivité horaire de ces secteurs, pondérée par la part des heures travaillées dans
du travail et accélérationle total, à la productivité horaire de l’ensemble des secteurs marchands non agricoles.
Champ : secteurs marchands non agricoles. de la productivité par tête
Lecture : en 2002, la productivité horaire de la construction et du tertiaire marchand est inférieure de 20,5 %
à celle de l'ensemble des secteurs marchands non agricoles. La même année, les gains de productivité horaire
tendantiels de l'ensemble des secteurs marchands non agricoles s'établissent à + 1,9 %. LesloisAubry onttemporaire-
Sources : Dares, Insee (base 2000), calculs Dares.
ment contribué à l’enrichisse-
Figure 7 - Croissance, emploi et gains de productivité en France de 1995 à 2004
en %
Taux de croissance annuel 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004
Ensemble de l'économie
PIB 2,0 1,1 2,3 3,4 3,2 4,0 2,1 1,3 0,9 2,1
Emploi salarié 1,4 0,8 0,8 1,9 2,3 3,0 2,0 0,8 - 0,1 0,0
Emploi non salarié - 3,1 - 2,9 - 2,3 - 2,0 - 0,8 - 0,5 - 1,1 - 0,5 - 0,2 - 0,1
Productivité par tête 1,1 0,7 1,8 1,8 1,1 1,4 0,3 0,6 1,0 2,1
Salariés uniquement 0,6 0,3 1,5 1,5 0,8 1,0 0,0 0,4 1,0 2,1
Secteurs marchands non agricoles
PIB 1,8 0,8 2,4 4,0 3,6 5,1 2,2 1,6 1,3 2,0
Emploi salarié 1,3 0,3 0,6 2,2 2,7 4,0 3,0 1,1 - 0,2 0,1
Emploi non salarié - 2,6 - 2,5 - 1,9 - 1,4 0,1 0,1 - 0,9 0,1 0,7 0,8
Durée du travail - 0,4 - 0,6 - 0,5 0,1 - 0,5 - 0,8 - 0,3 - 1,4 - 0,4 0,4
Durée du travail des seuls salariés - 0,5 - 0,9 - 0,5 - 0,1 - 0,5 - 0,9 - 0,2 - 1,4 - 0,4 0,2
Productivité par tête 0,9 0,8 2,1 2,0 1,1 1,4 - 0,5 0,6 1,5 1,8
Salariés uniquement 0,5 0,5 1,8 1,7 0,8 1,1 - 0,9 0,5 1,6 1,9
Productivité horaire 1,3 1,1 2,5 2,3 2,1 3,3 0,7 2,3 1,8 1,6
Salariés uniquement 0,9 0,9 2,2 2,1 1,8 3,0 0,4 2,2 1,9 1,8
Lecture : en 2004, le PIB par emploi (ou productivité par tête pour l’ensemble de l’économie) progresse de + 2,1 %. Au niveau des secteurs marchands non
agricoles, les gains de productivité par tête sont de + 1,8 % et les gains de productivité horaire (PIB des secteurs marchands non agricoles rapporté au volume total
d’heures travaillées dans ces secteurs) de + 1,6 %.
Sources : Insee, comptes trimestriels, base 2000, données cvs-cjo.
Données sociales - La société française 220 édition 2006
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Emploi 3
ment de la croissance française ont joué simultanément et en sens Avec lafindupassage àlaRTT,
en emplois entre 1998 et 2002. inverse sur la productivité du la durée légale s’est progressive-
Combinant réduction du temps travail. Le passage aux 35 heures ment stabilisée. La productivité
de travail (RTT) et allégements a favorisé des embauches plus par tête a alors accéléré, et son
de cotisations sociales visant à nombreuses, induisant un net ra- rythme de progression converge
contenir la hausse du coût du lentissement de la productivité maintenant vers celui de la pro-
travail induite par le passage aux par tête. Dans le même temps, la ductivité horaire (figure 7). Le
35 heures, elles auraient permis modification des processus de processus d’enrichissement tem-
à court terme la création nette production s’est traduite par une porairedelacroissanceenem-
de 350 000 emplois supplémen- accélération de la productivité ploisvialesloisAubry s’en
1taires (Gubian et alii, 2005) .Au horaire des travailleurs concernés trouve naturellement interrompu.
cours de cette période, deux effets (Crépon et alii, 2005).
Deux facteurs supplémentaires
Figure 8 - Contributions des principaux déterminants de la accentuent ce mécanisme. D’une
productivité à l’évolution de l’emploi part, après avoir constamment
progressé au cours des années
glissement annuel en %
quatre-vingt-dix, le temps partiel
5
Activité (PIB) s’est stabilisé (Attal-Toubert, De-
4 rosier, 2005). D’autre part, aprèsProgression de l'emploi
trente ans de baisse, l’emploi non
3 Durée du travail
salarié tend également à se stabi-
2 liser. La durée moyenne du tra-
vail des non-salariés étant plus
1
élevée que celle des salariés, la
0 stabilisation de l’emploi non sala-
rié, comme celle du temps par-Politiques de l'emploi
-1
tiel, contribue à interrompre la
Productivité tendancielle
-2 baisse de la durée moyenne to-
1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 tale du travail, favorisant la
convergence des gains de pro-Note : la contribution des politiques de l’emploi comprend l’effet net sur l’emploi des allégements généraux
de cotisations sociales sur les bas salaires. ductivité par tête et horaire.
Champ : effectifs salariés et non salariés des secteurs marchands non agricoles.
Sources : Dares, Insee (base 2000), calculs Dares.
Le rôle de la politique
Figure 9 - Productivité horaire par secteurs
de l’emploi
glissement annuel en %
8
L’infléchissement de la producti-Industrie
6 vité tendancielle et la baisse de
la durée du travail n’expliquent4
qu’une partie du ralentissement
2
de la productivité par tête en
0 France dans les années quatre-
vingt-dix. Plusieurs mesures de-2
Ensemble marchand politique de l’emploi ont aussi
-4 non agricole contribué à créer plus d’emplois,Tertiaire marchand
-6 freinant du même coup la pro-
Construction
gression de la productivité par-8
1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 tête : introduction de dispositifs
spécifiques d’emplois aidés et al-Champ : ensemble des heures travaillées (salariés et non salariés) des secteurs marchands non agricoles.
Sources : Dares, Insee (base 2000), calculs Dares. légements de cotisations sociales
1. Le passage aux 35 heures pourrait toutefois avoir à moyen-long terme un effet plus incertain sur l’emploi. Les modèles
macro-économiques suggèrent notamment le risque d’effets dépressifs sur la demande et l’activité, préjudiciables à terme à l’emploi
(Cahuc, D’Autume, 1997).
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3 Emploi
sur les bas salaires (Beffy et alii, tifs d’emplois aidés ont toutefois récent de la productivité par tête.
2005). été réorientés vers les secteurs Ce dernier ne traduirait donc pas
marchands, ce qui a permis de seulement l’accélération tempo-
Lesallégementsdecotisations limiter les effets négatifs de cet raire de la productivité observée
sociales ont un effet favorable essoufflement. dans toute phase de reprise cy-
durable sur le niveau de l’emploi, clique de l’activité, mais pourrait
mais transitoire sur son taux de s’avérer pour partie durable.
croissance. Une étude économé- La productivité ne
trique des différents détermi- Il a pu être avancé que cetteralentirait plus dans
nants de l’emploi permet « pause » du processus d’enri-les principaux secteurs
d’illustrer ce phénomène (enca- chissement de la croissance en
marchands non agricoles
dré 3). En l’absence de nouvelles emplois n’aurait qu’un caractère
mesures de baisses du coût du « temporaire » (Oliveira, 2004).
2travail, mesures générales ou Dans les secteurs marchands non Certes, certains dispositifs de
dispositifs spécifiques, la poli- agricoles, l’épuisement des effets la politique de l’emploi sont de
tiquedel’emploiapeuàpeu favorables des allégements de co- nature à favoriser la poursuite
cessé de contribuer à enrichir la tisations sociales et la fin de la de l’enrichissement de la crois-
croissance en emplois (figure 8). réduction du temps de travail sance en emplois des secteurs
Entre 2002 et 2004, les disposi- ont contribué au redressement marchands non agricoles. Tou-
Encadré 3
Modélisation du lien entre croissance et emploi en France
Les déterminants usuels de l’em- vaillées, en moyenne trimestrielle, Le résidu « rappel »deF1est
ploi marchand non agricole sont corrigé des effets de la politique de stationnaire et peut donc être
étudiés à l’aide d’un modèle à cor- l’emploi et de la baisse de la durée col- utilisécommeforcederappel
rection d’erreurs (Lerais, 2001). lective des salariés à temps complet : dans F2. Une indicatrice est uti-
Parce que le modèle est en réalité lisée pour « blanchir » les points
une réécriture d’une équation de H = log (effectifs x durée moyenne aberrants du second semestre de
productivité horaire, il retient une hebdomadaire) –AGCS –PE – 1982. Les deux équations sont
hypothèse d’élasticité unitaire du caleRTT estimées l’une après l’autre sur
nombre d’heures travaillées au la période allant du premier tri-
PIB. Il retient également une ten- où AGCS représente les effets nets mestre de 1978 au dernier tri-
dance de la productivité horaire li- sur l’emploi des allégements géné- de 2003.
néaire dans l’équation de long raux de cotisations sociales, PE les
terme (F1) présentée plus bas, ceci effets nets sur l’emploi des disposi- La figure 8 illustre les contribu-
afin de capter le ralentissement de tifs spécifiques de la politique de tionsdynamiquesdesprincipales
la productivité horaire tendan- l’emploi dans le secteur marchand variables à l’évolution des effec-
cielle. L’effet du coût du travail sur (Dares, 2003) et caleRTT une va- tifs. La contribution des politi-
l’emploi n’est pas intégré à l’équa- riable mesurant l’augmentation de ques de l’emploi somme les
tion parce qu’il n’apparaît pas la productivité horaire liée au pas- contributions des variables AGCS
comme significatif dans les estima- sage aux 39 heures au début des an- et PE. La contribution de la durée
tions économétriques. En re- nées quatre-vingt puis aux 35 heures du travail s’obtient comme la
vanche, il est pris en compte à à la fin des années quatre-vingt-dix somme du taux de croissance de
travers l’impact sur l’emploi des (Gubian et al., 2005). Les deux équa- la durée hebdomadaire travaillée
politiques d’allégements généraux tions successives s’écrivent : et de la contribution dynamique
de cotisations sociales patronales de la variable caleRTT.Lacontri-
ou de dispositifs spécifiques d’aide F1 H =log(PIB)-log(αβ+ t)+rappel ; bution de l’activité à l’emploi est
à l’emploi marchand. enfin la contribution dynamique
∆∆H = φ.rappelt-t1+( log PIB)- i∑ des valeurs contemporaines et re-F2 i
La variable d’intérêt H est le loga- + ∆Htj−++dum1982 résidus tardées du PIB marchand non∑
jrithme du nombre d’heures tra- agricole.
2. Les « mesures générales d’allégements de cotisations sociales » sont ici définies comme les seuls allégements décidés avant la mise en
œuvre de la RTT. Ils ont par la suite été étendus dans le cadre des lois Aubry et Fillon pour compenser l’effet défavorable sur le coût du
travail pour les entreprises de la RTT et de la convergence vers le haut des multi-Smic. Mais l’effet de ces nouveaux allégements ne peut être
étudié indépendamment du processus de la RTT lui-même (voir par exemple Crépon et alii, 2005).
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Emploi 3
tefois, les nouveaux dispositifs semblent s’être modifiées : En revanche, dans la cons-
du plan de cohésion sociale celles-ci freineraient désormais truction et les services
(PCS) concernent aujourd’hui moins lourdement la progres- marchands, la productivité
majoritairement des emplois sion de la productivité du tra- horaire entre 2001 et 2004
non marchands. Deux éléments vail (figure 6). croît à un rythme supérieur à
notables peuvent en outre sug- celui des années quatre-vingt-
gérer une poursuite du redres- Le raffermissement récent des dix (figure 9). Ce constat pour-
sement de la productivité par gains de productivité horaire rait être mis en regard de scé-
tête. Premièrement, la durée de l’ensemble de l’économie narios prospectifs tablant sur
moyenne du travail semble marchande affecte plus parti- l’entrée des services mar-
avoir arrêté de diminuer, la culièrement certains secteurs. chands dans une phase « d’in-
duréelégaleayant cesséde Dans l’industrie, les gains de dustrialisation », favorisée
baisser et le temps partiel de productivité horaire tendan- par l’introduction des NTIC
progresser, comme le montre cielle,del’ordre de+3,6 % et caractérisée par des gains
l’enquête Emploi. Deuxième- par an, n’ont pas été significa- de productivité durablement
ment, les conditions de la tivement modifiés depuis plus élevés (Cahuc, Debon-
tertiarisation de l’économie 30 ans (Toutlemonde, 2005). neuil, 2003).
Pour en savoir plus
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-Cahuc P., Debonneuil M., «Pro sur l’emploi : des simulations ex ante triel : le dernier creux conjoncturel
-ductivité et emploi dans le ter aux évaluations ex post », Économie sans influence sur la tendance des
tiaire », Rapport du CAE, n° 49, et Statistique, n° 376-377, Insee, gains de productivité », Premières
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Données sociales - La société française 223 édition 2006
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