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Le retour à l'emploi durable : un enjeu individuel et territorial

De
8 pages
Malgré une apparente stabilité, l'emploi et le chômage ont des taux de rotation élevés en Lorraine comme en France. De nombreux individus sont engagés dans des trajectoires alternant activité professionnelle et chômage. Pour les plus fragiles, pâtissant de caractéristiques défavorables (ancienneté d'inscription élevée, faibles niveaux de formation initiale et de qualification, âge supérieur à 50 ans, etc.), le retour à l'emploi durable est un enjeu crucial. Il l'est aussi pour les zones d'emploi dont les performances sont variables du fait de particularités de leur marché du travail et de leur tissu productif. En Lorraine, le taux de retour à l'emploi durable s'établissait à 6% en 2004, supérieur à la moyenne hexagonale. La faible part des seniors dans la population active et les opportunités de s'employer hors de la région, et dans une moindre mesure l'impact stabilisateur des grands établissements industriels y contribuent favorablement. Au contraire, l'importance relative de certains motifs d'inscription au chômage, tels que les licenciements et les premières entrées sur le marché du travail, rendent la tâche plus difficile pour les individus et les territoires.
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www.insee.fr/lorraine
°
114N Le retour à l’emploi durable :
Malgré une apparente stabilité, l’emploi et le chômage ont des taux
de rotation élevés en Lorraine comme en France. De nombreux individus
sont engagés dans des trajectoires alternant activité professionnelle
et chômage. Pour les plus fragiles, pâtissant de caractéristiques
défavorables (ancienneté d’inscription élevée, faibles niveaux de formation
initiale et de qualification, âge supérieur à 50 ans, etc.), le retour à l’emploi
durable est un enjeu crucial. Il l’est aussi pour les zones d’emploi
dont les performances sont variables du fait de particularités
de leur marché du travail et de leur tissu productif. En Lorraine, le taux
de retour à l’emploi durable s'établissait à 6% en 2004, supérieur
à la moyenne hexagonale. La faible part des seniors dans la population
active et les opportunités de s'employer hors de la région, et dans
une moindre mesure l'impact stabilisateur des grands établissements
industriels y contribuent favorablement. Au contraire, l'importance relative
de certains motifs d'inscription au chômage, tels que les licenciements
et les premières entrées sur le marché du travail, rendent la tâche
plus difficile pour les individus et les territoires.
Une tendance marquante du marché pour les individus. Ils ne possèdent pas tous
du travail au cours des deux dernières décen- les mêmes armes pour relever ce défi.
nies en France est la stagnation du revenu sa-
C’est également un enjeu pour les territoi-larial, due au recul du nombre moyen de jours
res dont les performances en la matièrerémunérés dans l’année. Ce recul est
sont variables. C’est à cette échelle des zo-lui-même imputable à une multiplication des al-
nesd’emploiqu’unegrandepartiedelapo-lers-retours emploi/chômage, tout particuliè-
pulation active cherche à s’employer et querement aux dépens des groupes les plus
les ressources du tissu productif, du mar-exposés (jeunes, femmes, actifs peu qualifiés,
ché du travail et d’accompagnement vers
etc.). Pour ceux-là, l’instabilité et l’insécurité de
l’emploi doivent être mobilisées. L’atteintel’emploi peuvent constituer une redoutable
d’un taux de retour à l’emploi durable plustrappe à pauvreté voire à exclusion.
élevé constitue alors un levier facilitant la
conciliation entre flexibilité de l’emploi des
L’enjeu du retour entreprises d’une part, et sécurité des par-
à l’emploi durable cours professionnels d’autre part.
Face au chômage récurrent, le retour à l’em- La Lorraine n’échappe pas au développe-
ploi durable constitue un enjeu fondamental ment des pratiques de “flexibilité externe” où
Vle volume de travail s’ajuste aux intérimaire. Les taux de rotation Les caractéristiques du chômage,
besoins par le recours à des con- les plus forts concernent davan- qu’il s’agisse du motif d’inscription ou
trats de courte durée. Ce phéno- tage le secteur tertiaire et les éta- de l’ancienneté dans cette situation,
mène est observable tant du côté blissements de taille inférieure à sont particulièrement structurantes.
de l’emploi, avec des taux de rota- 500 salariés. Et la majorité des Ainsi, les statistiques descriptives
tion élevés de la main-d’œuvre, sorties correspond à des salariés montrent que les demandeurs d’em-
que de celui de la demande d’em- en fin de contrat à durée déter- ploi inscrits du fait d’une démission
ploi où les flux d’entrée et de minée (CDD). Pour ces sortants de ont près de deux fois plus de chan-
sortie sont encore plus intenses. l’emploi, les conséquences sont di- ces de sortir du chômage que ceux
verses. Si certains retournent à victimes d’un licenciement écono-
l’emploi quasi immédiatement, par- mique, tant en France métropoli-Apparences trompeuses
fois dans le même établissement, taine qu’en Lorraine.de stabilité
d’autres vivent une transition plusDu côté de l’emploi, si les effectifs Quant à ceux qui s’inscrivent pour la
délicate et une période de chô-globaux varient de -2,1% dans les première fois à l’ANPE, ils paraissent
mage qui peut s’allonger.établissements lorrains au cours les mieux positionnés en vue du re-
de l’année 2005, un renouvelle- Du côté du chômage, les effectifs tour à l’emploi durable. De même, le
ment de près de trois salariés sur des demandeurs d’emploi toutes taux de sortie des demandeurs
dix (29,8%) s’est opéré sur la pé- catégories confondues se sont d’emploi récemment inscrits, c’est-
riode. Le taux de rotation est sen- accrus de 4,5% au cours de à-dire depuis moins de 6 mois, est
siblement moins élevé qu’en l’année 2004. Les taux de rota- voisin de 140%, indiquant qu’une
France métropolitaine (38,1%), en tion sont nettement plus élevés partie d’entre eux restent inscrits
partie du fait d’un poids plus élevé queceuxdel’emploi. Chaque tri- moins d’un trimestre consécutif.
du secteur industriel où les mouve- mestre, plus du tiers des deman- Puis ce taux s’amenuise au fur et à
ments de main-d’œuvre sont moins deurs d’emploi (36,1%) sort des mesure que s’allonge l’ancienneté
intenses. Ce phénomène doit tou- listes de l’ANPE en Lorraine, un d’inscription. Enfin, être une femme
tefois être nuancé par un recours peu plus qu’en moyenne métropo- semble constituer un phénomène
plus important à la main-d'oeuvre litaine (32,3%). discriminant à la lumière de ces sta-
Un tiers des salariés est renouvelé chaque année en Lorraine
Établissements Établissements Établissements
Total France
En % de 50 à 199 de 200 à de 500 salariés Total Lorraine
métropolitaine
salariés 499 salariés et +
Taux d’évolution de l'emploi -1,2 -1,6 -4,3 -2,1 -0,2
Taux d’entrée 33,2 35,1 16,9 29,8 38,1
dont : Taux d’entrée sur CDD 23,6 26,8 12,4 21,9 27,1 CDI 7,1 6,2 3,2 5,9 8,1
dont : Industrie 19,6 18,0 7,7 14,9 16,3
Tertiaire 48,3 55,6 54,7 51,6 53,1
Taux de sortie 34,4 36,7 21,2 31,9 38,3
dont : Taux de sortie en fin de CDD 20,5 23,6 11,6 19,3 23,8
Taux de démission 5,0 4,2 2,1 4,0 5,0
Taux de licenciement 3,1 2,7 1,6 2,5 2,8
dont : Industrie 22,7 21,5 12,8 18,8 18,1
Tertiaire 48,2 55,2 56,0 51,5 52,4
Champ : Établissements de 50 salariés ou plus du secteur privé et semi-public, Lorraine et France métropolitaine, 2005
Sources : Insee et Ministère de l’emploi, de la cohésion sociale et du logement
Le retour à l’emploi durable
L'étude se concentre sur l’indicateur de re- de longue durée. L’indicateur de retour à demandeurs d’emploi de la région en
tour à l’emploi durable du fait qu’il fournit l’emploi durable permet quant à lui de distin- 2004. Dans la régression spatiale, on
une information différente par rapport au guer ces deux situations en intégrant la di- explique la proportion de chômeurs
taux de chômage. Ce dernier, qui rapporte à mension des trajectoires individuelles. La qui retournent à l'emploi durable dans
un instant donné un effectif de chômeurs à construction de cet indicateur nécessite chaque zone d’emploi. Sur le champ
la population active, ne prend pas en une information longitudinale sur les indivi- des demandeurs d’emploi de catégo-
compte la dimension temporelle et les mou- dus. Elle est disponible dans le fichier histo- ries 1,2,3 et 6,7,8, ce taux rapporte
vements entre le chômage, l’emploi et l’inac- riquedel’ANPEdontl’objectifest le suivi les sorties de fichiers de l'ANPE pour
tivité. Ainsi, un même taux de chômage peut temporel des demandeurs d’emploi. Ce fi- le motif "reprise d'emploi", et ne dé-
correspondre à deux situations très diffé- chier permet d'identifier à la fois le motif de bouchant pas sur une réinscription au
rentes. Dans la première, les flux sont fré- sortie du chômage d'un demandeur d'emploi cours des 6 mois suivants, à l'effectif
quents et de très nombreux actifs transitent et son éventuelle réinscription à la DEFM au en début de période. L’indicateur utili-
à un moment ou à un autre par le chômage. cours de la période suivante. Dans la ré- sé dans l’étude est une moyenne de
Dans la seconde situation, ce sont les mê- gression individuelle, on explique la probabili- ce taux de sortie calculée pour les 4
mes individus qui demeurent au chômage té du retour à l’emploi durable des trimestres de l’année 2004.
2tistiques descriptives. L'analyse l’emploi. En fait, une partie im- intégrant cette information, le
"toute chose égale par ailleurs" amè- portante des sortants n’informe taux de retour à l’emploi atteint
nera à nuancer certains de ces ré- pas l’Agence des raisons pour 44%.
sultats. lesquelles ils n’actualisent pas En se limitant aux seules déclara-
leur inscription. tions effectives, la proportion n'est
Des sorties du chômage
quede27%.Rapportéàl'effectif
qui durent moins de 6 mois Une enquête nationale permet de début de période, le taux de
Les sorties de l’ANPE répondent néanmoins d’estimer à près de la sortie s'établit à 9,5%. Finalement,
à des motifs variés, qui vont de moitié la part des absents au con- en retirant les personnes qui se
l’arrêt de recherche au retour à trôle qui retournent à l’emploi. En réinscrivent au chômage en moins
de 6 mois, le taux de retour à
Les sorties de l'ANPE ne se traduisent l'emploi durable s'établit à 6% en
pas systématiquement par un retour à l'emploi rythme trimestriel.
Structure des sorties de la DEFM en Lorraine en 2004 Ce taux est sensiblement supérieur
à celui observé en moyenne métro-
Sorties pour absence au contrôle : politaine (4,8%). En 2004, cet indi-
retour à l'emploi estimé
cateur est cohérent avec le taux
Sorties pour reprise d'emploi de chômage qui indique un niveau
déclarée17%
lorrain (9,7%) inférieur au niveau
hexagonal (9,9%).
27%
La dimension locale
du retour à l’emploi
18% Le taux de retour à l’emploi du-
rable en Lorraine diffère sensible-
8% ment de celui observé en France
Sorties pour Sorties pour stage
absence au contrôle : métropolitaine. Cette dimension
autres cas
5% locale s’affirme également au ni-
11%
Sorties pour maladie veau des zones d’emploi dont les5%
9% performances affichent une cer-Sorties pour autres cas
Sorties pour arrêt de recherche taine variabilité. La hiérarchie
Sorties pour radiations
entre les 17 zones d’emploi lor-
raines, observable au niveau glo-
bal (courbe bleue), suit
Source : ANPE - Fichier historique statistique - Enquête sortants du chômage, 2004 globalement le même profil par ni-
Des taux de sortie du chômage plus favorables en Lorraine
France métropolitaine Lorraine
Moyenne trimestrielle en 2004 Taux Taux Taux de sortie Taux Taux Taux de sortie
(%) de sortie de sortie vers l’emploi de sortie de sortie vers l’emploi
global vers l’emploi durable global vers l’emploi durable
Ensemble 32,3 7,2 4,8 36,1 9,5 6,0
Par motifs d’entrée
Licenciement économique 20,2 5,4 4,1 23,2 7,5 5,4
Autre licenciement 23,1 5,6 4,2 25,0 7,1 5,0
Démission 38,1 9,0 6,5 45,4 11,5 8,0
Fin de contrat à durée déterminée 31,8 9,9 6,3 34,6 11,8 7,5
Fin de mission d’intérim 36,1 9,0 5,1 44,5 15,1 7,6
Première entrée sur le marché du travail 50,5 8,2 5,9 54,1 11,5 8,1
Reprise d’activité après une interruption 36,7 5,8 4,2 44,5 8,9 6,2
> 6 mois
Autres cas 35,1 4,9 3,3 37,9 6,3 4,0
Par ancienneté au chômage
Moins de 6 mois 140,5 31,0 20,1 138,7 35,4 22,3
Entre 6 mois et 1 an 33,4 8,1 5,4 34,2 10,0 6,1
Entre 1 et 2 ans 14,6 3,5 2,6 15,3 4,3 2,9
Plus de 2 ans 6,6 1,2 0,9 7,1 1,7 1,1
Par genre
Femme 30,3 6,6 4,5 32,2 8,1 5,4
Homme 34,4 7,9 5,2 40,5 11,1 6,8
Source : ANPE - Fichier historique statistique 2004
3veau de qualification, malgré quel- RMI,chômeursdelonguedate phénomènes de discrimination ne
ques irrégularités visibles pour nombre d’entre eux. Outre peuvent être écartés.
graphiquement. les phénomènes éventuels de dé-
sincitation financière, le statutCette variabilité puise sa source Pas de difficultés
d’allocataire recouvre vraisembla-notamment dans les caractéristi- supplémentaires
blement des handicaps particu-ques individuelles des demandeurs pour les femmesliers, nonprisencomptepar lesd’emploi. Ainsi la probabilité qu’a
variables disponibles, en termeschaque individu de retrouver un En revanche, le genre a finalement
de santé, d’accès au logement,emploi durable varie considérable- peu d’impact après avoir “contrôlé”
de mobilité, de pauvreté voirement en fonction de facteurs qui les autres paramètres. Être une
d’inclusion sociale, qui sont au-agissent conjointement. Dans le femme n’apparaît plus comme un
tant de barrières à l’insertion pro-cadre de la modélisation indivi- facteur discriminant en Lorraine.
fessionnelle. Le motif à l’origineduelle “toutes choses égales par Quant aux premières entrées sur
de la période de chômage resteailleurs”, tandis que les effets de le marché du travail, motif appa-
déterminant. En effet, la fré-certaines variables obtenus par les remment favorable dans les statis-
quence de retour à l’emploi du-statistiques descriptives sont tiques descriptives, il devient
rable s’avère d’autant plus faibleconfirmés, d’autres sont atténués défavorable dans l’analyse “toutes
que la situation de chômage estou annulés voire inversés du fait du choses égales par ailleurs”. Il est
imprévisible et subie comme dans“contrôle” des autres paramètres. probable que les bonnes perfor-
le cas des licenciements.
mances des primo-inscrits, fré-
En termes de niveaux de forma- quemment des jeunes, sont avantLe risque de l’enlisement
tion initiale et de qualification, tan- tout liées à leur meilleur niveau dedans le chômage
dis que la détention d’un diplôme formation initiale, facteur “contrôlé”
Ainsi, certaines caractéristiques est clairement un avantage en dans le modèle. Et l'inexpérience
gardent un impact majeur tant en vue du retour à l’emploi durable, professionnelle, qu'il s'agisse de
Lorraine qu’au niveau national. être employé non qualifié est pé- jeunes sortis de formation initiale
L’ancienneté et le motif d’inscrip- nalisant. Quant à l’âge, les jeunes ou de femmes auparavant inacti-
tion à l’ANPE jouent un rôle no- de moins de 25 ans et les se- ves, constitue un handicap en vue
table. Parmi les personnes niors plus encore, rencontrent du retour à l'emploi durable.
inscritesdelonguedatedansles des difficultés supplémentaires
fichiers de l’ANPE,leniveaumé- dans l’accès à l’emploi pérenne. Enfin, la hiérarchie des zones
diocre de retour à l’emploi du- Enfin, ne pas être français ou ci- d’emploi tirée de l’analyse descrip-
rable indique un phénomène toyen de l’Union européenne est tive, si elle n’est pas fondamenta-
d’enlisement progressif dans le un obstacle pour le retour à l’em- lement remise en cause, doit être
chômage. À cet effet se surajoute ploi durable. Outre l’impossibilité pondérée par le fait que certains
la difficulté supplémentaire à la- d’accéder à certains emplois ré- écarts entre territoires ne sont
quelle se heurtent les deman- servés, les difficultés pour maîtri- passignificatifs.Àl’issuedela
deurs d’emploi allocataires du ser la langue française ou des modélisation, sept zones ont des
Des performances locales variables
Taux de retour à l'emploi durable par zone d'emploi
%13
12
11
Niveau de qualification le plus favorable
10
9
7,78
7,6
7,0 6,77 6,7
6,2 6,1 6,0
5,9 5,7 5,66 5,6
5,4
5,2 5,0
4,7 4,6
5
Tous niveaux confondus
4
3
2 Niveau de qualification le plus défavorable
1
0
Thionville Sarreguemines Toul Épinal Metz Bar-le- Longwy Nancy Meuse Saint- Lunéville
Briey duSarrebourg Remiremont- Vosges de Duc Bassin Dié Commercy
HouillerGérardmer l'Ouest Nord
Source : ANPE - Fichier historique statistique, 2004
4performances légèrement supé- retour à l’emploi durable des per- zones contiguës sont modéré-
rieures à celle de Nancy, terri- sonnes qui y résident. Certains ment incités à quitter leur zone
toire de référence. Il s’agit de sont relatifs au marché du travail d’emploi. À l’inverse, dans des
trois zones mosellanes, Thionville, et d’autres au tissu productif. “massifs” où les taux de retour à
Sarrebourg et Sarreguemines, l’emploi sont uniformément bas,
Ainsi, l’intensité du solde des flux
suivies de Toul, et des trois zones les rares opportunités à s’em-
domicile-travail vers l'extérieur de la
desVosgesque sont lesVosges ployer dans une zone voisine et la
zone d’emploi constitue un facteur
de l’Ouest, Épinal et Remiremont- concurrence des actifs issus de
favorable. Lorsque ce solde est po-
Gérardmer. Une zone a des per- ces zones défavorisées aggravent
sitif (davantagedesorties qued’en-
formances significativement moin- les difficultés des actifs résidents.
trées), cela révèle l’opportunité que
dres, à savoir Commercy. Le tissu productif joue lui aussi unconstituent des réservoirs d’em-
Globalement la variabilité entre rôle déterminant. Deux élémentsplois dans les territoires limitro-
les zones d'emploi lorraines appa- apparaissent, à savoir la taille desphes. A contrario, lorsque le solde
raît modérée en comparaison des établissementsetlapartdel’in-est négatif, l’effet indique un phé-
autres régions métropolitaines. dustrie dans l’emploi de la zone.nomène de concurrence mettant
En effet, une forte proportion d’é-en difficulté les actifs résidents.
Quelques "bonnes" tablissements de moins de 10 sa-
L'effet des flux domicile-travail est lariés pèse sur le retour àcaractéristiques
fréquemment associé à un voisi- l’emploi durable. Ceci révèle lades zones d’emploi
nage favorable. En effet, une zone moindrecapacitédeces unités àen France
connaissant des taux élevés de embaucher et l'étroitesse de leur
Sur l’ensemble des 348 zones retour à l’emploi durable est fré- marché interne de mobilité pro-
d’emploi hexagonales, outre les quemment entourée de zones fessionnelle, et renvoie à la plus
caractéristiques moyennes des possédant les mêmes caractéris- forterotationobservéedeleur
demandeurs d’emploi et des ac- tiques. Dès lors, les actifs sor- main-d’œuvre. Quant à l’impact
tifs, des facteurs propres à tants trouvent à l’extérieur des positif du poids de l’industrie sur
chaque zone jouent un rôle sur le conditions favorables et ceux des le taux de retour à l’emploi du-
Les facteurs les plus défavorables à la reprise d'emploi durable
Résultats du modèle logistique sur le retour à l'emploi durable des demandeurs d'emploi lorrains
-0,5 Démission
Licenciement-0,6
Motif d'inscription à la DEFM
-1,1 Fin de mission d'intérim
-1,4 Première entrée sur le marché du travail
Formation initiale -1,2 Sans diplôme
-1,8 Manœuvres et ouvriers spécialisés
Qualification professionnelle
-2,1 Employés non qualifiés
-0,9 Moins de 25 ans
Âge
-2,5 Plus de 50 ans
Situation par rapport au RMI -4,3 Bénéficiaire RMI
-3,7 Entre 1 an et 2 ans
Ancienneté
d'inscription
-5,8 Plus de 2 ans
-7,0 -6,0 -5,0 -4,0 -3,0 -2,0 -1,0 0,0
Écarts en points par rapport au chômeur de référence
Note de lecture : Par rapport à l'individu de référence (cf. Les modèles économétriques utilisés) dont la probabilité de retour à l'emploi durable est 7,4%, celle d'un individu
ayant plus de deux ans d'ancienneté d'inscription à la DEFM est de 5,8 points moindre, soit de seulement 1,6%.
Source : ANPE - Fichier historique statistique 2004
5rable, il peut s'interpréter à la lu- sure où d’autres motifs plus pénali- l'emploi durable indique des phé-
mièredelaplusgrandestabilité sants, tels que le licenciement ou nomènes d'autocorrélation spa-
de l’emploi dans les établisse- l’entrée suite à première inscrip- tiale. Ce phénomène conduit à
ments industriels. tion au chômage, compensent. expliquer la performance d'une
zone à l'aide de celle des zonesEnfin, la quantité et la qualité Ces facteurs, associés à ceux ca-
voisines. Il se détecte graphique-des offres recueillies par l’ANPE ractérisant le marché du travail,
ment par l'existence de "massifs"constituent des stimulants au re- l’environnement et le tissu pro-
homogènes.tour à l’emploi durable. Ces deux ductif des zones lorraines, éclai-
facteurs sont mesurés respecti- rent la variabilité spatiale du taux En Lorraine, un “massif” de zones
vement par la tension globale de retour à l’emploi durable. La au taux élevé de retour à l’emploi
dans la zone (offres d’emploi/de- modélisation du taux de retour à durable se dessine. Il recouvre le
mandes d’emploi)etlapartdes of-
fresdurables(offres de plus de 6
Des "effets de massifs" se dégagent
mois/ensemble des offres).
Retour à l'emploi durable par zone d'emploi
Un voisinage
globalement favorable
en Lorraine
Le “contrôle” des caractéristiques
moyennes des demandeurs d’em-
ploi et des actifs de chaque zone
d’emploi aboutit à détecter quel-
ques points forts et points faibles
de la Lorraine. La jeunesse de la
population active lorraine, ou plus
exactement la faible part des se-
Taux de retour trimestriel
niors relativement à la moyenne
à l'emploi durable en 2004
(%)hexagonale, joue un rôle très favo-
6 inclus et plusrable. Bien que connaissant des
de 5 inclus à 6taux de chômage plus faibles du
de 4,3 inclus à 5
fait d'une moindre participation au
moins de 4,3
marché du travail, la situation des
seniors est délicate une fois au
chômageetrisquedeseprolon-
ger. Au contraire, la moindre pro-
portion d’inscriptions au chômage
suite à fin de CDD pèse sur le re-
Source : ANPE - Fichier historique statistiquetour à l’emploi durable dans la me-
Les effets du voisinage et des navettes se conjuguent fréquemment
Écarts en points au taux moyen hexagonal de retour à l'emploi durable
0,4
0,3 Longwy
Briey Thionville
0,2
Lunéville
Bassin-Houiller
Toul
0,1
Meuse du Nord Sarrebourg
Commercy
SarregueminesSaint-Dié
Contribution du voisinage
0,0
Bar-le-Duc Remiremont-GérardmerÉpinal
-0,1 Vosges de l'Ouest Nancy
Metz
-0,2
-0,15 -0,10 -0,05 0,00 0,05 0,10 0,15 0,20 0,25 0,30 0,35
Source : ANPE - Fichier historique statistique 2004
6
Contribution des flux domicile-travail
©
IGN
-
Insee
2008nord de la Meurthe-et-Moselle, ment, la durabilité des offres estEffet stabilisateur
l’axe central lorrain et la majeure un facteur légèrement favorablede la taille
partie des Vosges. Pourtant, tou- au niveau régional. Il est pos-
des établissements
tes les zones ne bénéficient pas sible d’y voir une relation avec
d’une contribution positive de leur certaines particularités du tissuLe constat est mitigé du côté de
voisinage. Il en est ainsi des trois productif lorrain.l’offre de travail. En effet, l’indi-
zones d’emploi de la Meuse du cateur de tension en Lorraine En effet, comme l'a montré l'ana-
Nord,deBar-le-Ducetdes Vos- est légèrement inférieur à celui lyse des taux de rotation dans les
ges de l’Ouest adossées à la observé en moyenne hexago- établissements, la main-d’œuvre
Champagne-Ardenne. Pour toutes nale. Seules quelques zones, est plus stable dans le secteur in-
les autres zones d’emploi, l’effet tout particulièrement Metz et dustriel, offrant par là des condi-
positif du voisinage est redoublé Nancy en tête, disposent d’un tions plus favorables au retour à
par un effet globalement très fa- volume d’offres d’emplois étoffé l’emploi durable. Cet effet stabili-
vorable des flux domicile-travail. relativement aux demandes sateur de l’industrie se manifeste
La majorité des zones lorraines d’emplois. À Metz, la quantité se le plus nettement dans l’est de la
envoient davantage d’actifs trou- conjugue avec la qualité, près de région, en Moselle dans le Bassin
ver un emploi à l’extérieur qu’elles la moitié des offres étant dura- Houiller et à Sarreguemines et
n’en reçoivent. Ce phénomène, bles (plus de 6 mois). Globale- dans les Vosges à Saint-Dié, Re-
impulsé par la forte attractivité du
marché du travail luxembour- Une autocorrélation spatiale marquée
geois, et relayé par les trois pôles (Résultats du modèle spatial sur les 348 zones d’emploi hexagonales)
d’Épinal, Nancy et Metz attirant
Valeur Significativité
des flux nets d’actifs, se diffuse
Effet du voisinage 0,34 **de proche en proche par l’impact
Caractéristiques sociodémographiques (%)
favorable du voisinage. À rebours,
Part des seniors -0,26 **
les effets négatifs du voisinage et
Part des inscrits pour fin de CDD 0,37 **
des flux domicile-travail se cumu-
Part des inscrits pour première entrée -0,42 **
lent comme dans les zones d’em-
Part des sans diplôme -0,14 **
ploi des Vosges de l’Ouest et de
Caractéristiques du marché du travail
Bar-le-Duc. Et effet territorial dé-
Indicateur de tension 0,31 **
sormais classique, les actifs rési-
Part des offres durables (%) 0,27 **
dents des zones les plus
Solde des navettes entrantes -0,24 **
dynamiques ne sont pas systéma-
Caractéristiques du tissu productif (%)
tiquement les plus favorisés du
Part de l’industrie 0,15 **
fait de l'afflux de main-d'oeuvre ex-
Part des établissements de moins de 10 salariés -0,13 **
térieure. C'est ce type de méca-
Part des établissements de plus de 500 salariés 0,10 *
nisme qui est à l'oeuvre dans les
Lecture : ** = significativité à 1% ; * = significativité à 5%.
Par exemple, le voisinage d’une zone, mesuré par le taux moyen de retour à l’emploi durable des zones conti-zones de Nancy et Metz.
guës, a un impact significativement positif sur le taux de la zone concernée.
Effet stabilisateur de l'industrie
Écarts en points au taux moyen hexagonal de retour à l'emploi durable
0,20 Contribution de la part des établissements de moins de 10 salariés
Nancy Remiremont-Gérardmer
0,15
Metz
Bar-le-Duc
0,10
Thionville
Saint-Dié
Toul Sarreguemines
0,05
Bassin Houiller
Épinal Commercy
Contribution de la part de l'industrie
0,00
Meuse du Nord
Longwy
-0,05
Sarrebourg
Vosges de l'Ouest
Briey
-0,10
Lunéville
-0,15
-0,15 -0,10 -0,05 0,00 0,05 0,10 0,15
Source : ANPE - Fichier historique statistique 2004
7miremont-Gérardmer et dans les une moindre part des établisse-Savoir plus :
Vosges de l’Ouest. Bien sûr, l'ef- ments de moins de 10 salariés.
fet stabilisateur que joue le tissu De façon générale, cet impact
industriel sur les mouvements de joue positivement dans les zones
- Les disparités spatiales du retour à
main-d'oeuvre à un instant donné d’emploi lorraines, ce qui caracté-
l’emploi : une analyse cartogra-
ne doit pas occulter les menaces rise plus généralement l’Est et lephique à partir de sources exhausti-
ves - Document de recherche, EPEE, qui pèsent durablement sur l'évo- Nord de la France où le réseau
Centre d’Étude des Politiques Écono- lution du niveau d'emploi de ce de TPE est historiquement moins
miques de l’Université d’Évry - E. Du- secteur. dense.
guet, A. Goujard, Y. L’Horty - 12-18,
Février 2007 À Nancy et Metz, l’effet est au
- Analyse des marchés locaux du tra- contraire plus défavorable. En re-
vail - Document interne Insee PSAR vanche, il y est compensé par Gérard MOREAU
Études Économiques régionales - F.
Hild - Mai 2007
- Les caractéristiques individuelles
du retour à l’emploi durable - Infor-
Les modèles économétriques utilisésmations statistiques Insee Pays de la
Loire - n°286, Décembre 2007
L’analyse du taux de retour à l’emploi durable est réalisée en trois pha-
- Retour à l'emploi durable, plus aisé
ses. La première phase consiste en uneétude descriptivedecetaux
en Pays de la Loire - Études Insee
permettant notamment de détecter les principaux facteurs de varia-
Pays de la Loire - n°64, Décembre
tions. La seconde phase repose sur une modélisation de la probabilité
2007.
individuelle du retour à l’emploi durable des demandeurs d’emploi lor-
rains. La troisième phase est une modélisation des taux de retour à
- Site internet : l’emploi durable mesurés au niveau des 348 zones d’emploi métropolitai-
www.insee.fr nes.
Première modélisation économétrique :
Elle a pour but d’isoler l’effet de chaque caractéristique individuelle sur
le retour à l’emploi durable en Lorraine. Les caractéristiques prises en
compte sont l’ancienneté d’inscription du demandeur d’emploi, le fait qu’il
soit ou non allocataire du RMI, ses niveaux de qualification et de forma-
tion, son motif d’inscription, son genre, sa zone d’emploi de résidence,
etc. À partir d’un individu de référence doté de caractéristiques détermi-
nées (une femme de 26 à 49 ans, de niveau CAP-BEP et de qualification
ouvrière ou employée qualifiée, inscrite à l’ANPE pour motif de fin de CDD
depuis une date comprise entre 6 mois et un an, résidant dans la zone
de Nancy, etc.), il est alors possible de déterminer l'impact d'une modifi-
cation de chaque caractéristique prise isolément. En particulier, les fac-
teurs les plus défavorables à la reprise d'emploi durable sont fournis.
Ministère de l’Économie,
des Finances et de l'Emploi
Seconde modélisation économétrique :
Insee
Institut National de la Statistique Elle a pour objectif de déterminer les caractéristiques des zones
et des Études Économiques d’emploi qui influent sur le taux de retour à l’emploi durable à ce niveau
Direction Régionale de Lorraine territorial. La première étape consiste à “contrôler” les caractéristi-
15, rue du Général Hulot ques individuelles moyennes des demandeurs d’emploi et des actifs au
CS 54229 niveau de chaque zone d’emploi. On utilise par exemple la part des ac-
54042 NANCY CEDEX tifs de plus de 50 ans, la proportion de demandeurs d’emploi inscrits
Tél :03 83 91 85 85 suite à un licenciement ou l’ancienneté moyenne d’inscription dans la
Fax :03 83 40 45 61 zone d’emploi.
www.insee.fr/lorraine
Ilestalorspossibledeseconcentrer sur les caractéristiques propres
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION àlazoneetd’isolerl’impactdechacundeces facteurs.Ils caractéri-
Jean-Paul FRANÇOIS sent le fonctionnement du marché du travail, comme la quantité et la
Directeur régional de l’Insee qualité des offres d’emploi recueillies à l’ANPE ou l’intensité et le sens
des flux domicile-travail vers l’extérieur de la zone. D'autres facteurs
COORDINATION RÉDACTIONNELLE
décrivent le tissu productif de la zone d’emploi à travers l’importance
Christian CALZADA
de l’industrie ou le poids des établissements de moins de 10 salariés.
Gérard MOREAU
Enfin, l’influence de l’environnement est explicitement prise en compte
RESPONSABLE ÉDITORIAL ET par le traitement de l'auto-correlation spatiale. Le modèle montre en
RELATIONS MÉDIAS effet que le taux de retour à l’emploi durable est positivement influencé
Jacqueline FINEL par celui des zones contiguës territorialement (effet du voisinage).
À l’issue de cette modélisation, des caractéristiques sont détectéesRÉDACTRICE EN CHEF
comme étant favorables, d’autres défavorables, au retour à l’emploiAgnès VERDIN
durable sur le champ des 348 zones d’emploi hexagonales. Dès lors,
SECRÉTARIAT DE FABRICATION le fait qu’une zone d’emploi lorraine possède davantage qu’en moyenne
MISE EN PAGE - COMPOSITION hexagonale une “bonne” caractéristique constitue pour elle une contri-
Marie-Thérèse CAMPISTROUS bution positive au retour à l’emploi durable sur son territoire. Symétri-
Marie-Odile LAFONTAINE quement, la présence marquée d’une “mauvaise” caractéristique
ISSN : 0293-9657 créera une contribution négative potentielle.
© INSEE 2008
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