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Deux objets d'art mal connus provenant de l'Abri de la Madeleine (Dordogne) - article ; n°1 ; vol.92, pg 37-48

De
13 pages
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1995 - Volume 92 - Numéro 1 - Pages 37-48
RÉSUMÉ Découverts par Denis Peyrony et Louis Capitan dans l'abri de La Madeleine, le célèbre bison se léchant le flanc et le bison dit mugissant font incontestablement partie des chefs- d'œuvre de l'art mobilier magdalénien. Leur étude détaillée sous les angles de l'anatomie et de l'éthologie de l'animal vivant et de l'élaboration graphique et esthétique de sa représentation a permis de révéler de nombreux détails et des associations thématiques inédits. Elle a soulevé d'autre part un certain nombre de problèmes lié à la fonction ou l'utilisation respective de ces deux objets. Finalement, à la faveur de divers moyens d'observations et de reproductions photographiques et graphiques, l'auteur apporte des éléments substantiels à la reconnaissance de ces œuvres.
ABSTRACT Discovered by Denis Peyrony and Louis Capitan in the shelter of La Madeleine, the well-known bison licking its flank and so-called bellowing bison indubitably belong to the masterpieces of Magdalenian mobiliáry art. Their study, including anatomy and the ethology of the living animal and the graphic or aesthetic elaboration of its representation, has permitted many unpublished details and thematic associations to be revealed. On the other hand, some problems linked to the function or use of both artefacts have been raised. Finally, through various means of observation and graphic or photographic reproductions, the author contributes new elements regarding these artefacts.
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Patrick Paillet
Deux objets d'art mal connus provenant de l'Abri de la
Madeleine (Dordogne)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1995, tome 92, N. 1. pp. 37-48.
Résumé
RÉSUMÉ Découverts par Denis Peyrony et Louis Capitan dans l'abri de La Madeleine, le célèbre bison se léchant le flanc et le
bison dit mugissant font incontestablement partie des chefs- d'œuvre de l'art mobilier magdalénien. Leur étude détaillée sous les
angles de l'anatomie et de l'éthologie de l'animal vivant et de l'élaboration graphique et esthétique de sa représentation a permis
de révéler de nombreux détails et des associations thématiques inédits. Elle a soulevé d'autre part un certain nombre de
problèmes lié à la fonction ou l'utilisation respective de ces deux objets. Finalement, à la faveur de divers moyens d'observations
et de reproductions photographiques et graphiques, l'auteur apporte des éléments substantiels à la reconnaissance de ces
œuvres.
Abstract
ABSTRACT Discovered by Denis Peyrony and Louis Capitan in the shelter of La Madeleine, the well-known "bison licking its
flank" and so-called "bellowing bison" indubitably belong to the masterpieces of Magdalenian mobiliáry art. Their study, including
anatomy and the ethology of the living animal and the graphic or aesthetic elaboration of its representation, has permitted many
unpublished details and thematic associations to be revealed. On the other hand, some problems linked to the function or use of
both artefacts have been raised. Finally, through various means of observation and graphic or photographic reproductions, the
author contributes new elements regarding these artefacts.
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Paillet Patrick. Deux objets d'art mal connus provenant de l'Abri de la Madeleine (Dordogne). In: Bulletin de la Société
préhistorique française. 1995, tome 92, N. 1. pp. 37-48.
doi : 10.3406/bspf.1995.9972
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1995_num_92_1_9972de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1 995 / TOME 92, n° 1 37 Bulletin
DEUX OBJETS D'ART MAL CONNUS PROVENANT
DE L'ABRI DE LA MADELEINE (DORDOGNE)
Patrick PAILLET
RÉSUMÉ d'art, dont les deux pièces qui nous sections sont indispensables. Elles
intéressent, provenant de l'abri de la sont destinées, plus ou moins définDécouverts par Denis Peyrony et itivement, à remplacer l'objet lui- Madeleine et conservées au Musée Louis Capitan dans l'abri de La Mad des Antiquités Nationales de Saint- même aux yeux des lecteurs. Dans eleine, le célèbre bison se léchant le ce sens elles doivent le décrire et l'iGermain-en-Laye. flanc et le bison dit mugissant font nterpréter. Elles contribuent alors à la incontestablement partie des chefs- L'une d'entre elles (le bison se l connaissance du support et de ses d'œuvre de l'art mobilier magdalén échant le flanc) est bien connue du altérations, à la compréhension des ien. Leur étude détaillée sous les grand public. Elle a été largement gestes et des choix de l'artiste, des angles de l'anatomie et de l'éthologie diffusée, sous forme de photograp contraintes des matériaux et des de l'animal vivant et de l'élaboration hies reproduisant invariablement la supports, c'est-à-dire à l'intelligence graphique et esthétique de sa repré même face (parfois imprimée à l'en de l'œuvre. Inconsciemment peut- sentation a permis de révéler de vers), ou sous forme de nombreux être ou plus souvent de façon volontnombreux détails et des associations moulages de piètre fidélité, distr aire la plupart des auteurs ont privthématiques inédits. Elle a soulevé ibués coûteusement. Cette œuvre est ilégié un point de vue qui servait d'autre part un certain nombre de assez souvent interprétée comme l'hypothèse, qui parlait plus distinctproblèmes lié à la fonction ou l'util une tête sculptée de propulseur mâle ement, qui magnifiait les caractères isation respective de ces deux objets. en raison probablement de sa forme, esthétiques ou simplement le motif, Finalement, à la faveur de divers de sa position et de la qualité de sa au détriment du support. moyens d'observations et de repr sculpture. Sa notoriété n'est pas
oductions photographiques et usurpée : elle figure bien parmi les Le traitement graphique et la
graphiques, l'auteur apporte des él chefs-d'œuvre de l'art mobilier pa question du retournement de la tête
éments substantiels à la reconnais léolithique. du bison se léchant ont appelé
sance de ces œuvres. presque tous les commentaires et L'objet suivant (le bison mugiss suscité la reproduction systématique
ant) est beaucoup moins célèbre, de la face ainsi ouvrée. A notre ABSTRACT bien que son motif, sa forme génér connaissance, Alain Roussot (Rous-
Discovered by Denis Peyrony and ale, ses mensurations, sa matière sot, 1965, p. 76-77, fig. 156) est le Louis Capitan in the shelter of La Mad première et sa provenance stratigra- seul auteur qui ait publié une illustraeleine, the well-known "bison li phique soient identiques au précé tion photographique des deux faces cking its flank" and so-called "bello dent. Sa reproduction photogra de l'objet. Enfin, l'unique relevé grabison" indubitably belong to the wing phique n'apparaît que très phique connu dans la littérature (1) masterpieces of Magdalenian mobil exceptionnellement dans la littéra est de la main du Docteur Léon
iáry art. Their study, including ana ture. On lui attribue enfin alternativ Pales (Pales et Tassin de Saint-
tomy and the ethology of the living ement la fonction de propulseur, en Péreuse, 1981, p. 106, fig. 36). Il reanimal and the graphic or aesthetic raison des mêmes critères que le produit de manière peu fidèle l'avers elaboration of its representation, has bison se léchant, ou de pendeloque, de la sculpture et a servi à mettre permitted many unpublished details à cause de traces de perforation l'accent sur le problème de perspectand thematic associations to be r sous le cou. ive de l'encornure du bison en vue evealed. On the other hand, some de profil. Eu égard au caractère de leur exproblems linked to the function or
pression plastique, il est singulier que use of both artefacts have been ra L'œuvre suivante (bison mugissces deux œuvres (ronde-bosse, ised. Finally, through various means ant) porte sur la cuisse gauche la demi-bosse, ronde-bosse aplatie ou of observation and graphic or photo gravure d'un animal acéphale. Cette double bas-relief selon les auteurs) graphic reproductions, the author association thématique et l'identifn'aient presque jamais été figurées contributes new elements regarding ication (générique ou spécifique) du sur deux faces au moins. La reconthese artefacts. sujet superposé ont nourri la plupart naissance d'une sculpture et notam des remarques, au demeurant sucment d'un relief, appelle la mobilité cinctes. du regard et suscite des points de
vue multiples. Une représentation sé A l'issue de ce constat, il est i
lective, aussi fidèle soit-elle, n'est pas ndiscutable que l'ensemble des INTRODUCTION
satisfaisante. Cette remarque vaut images rendues publiques n'apporte
pour les œuvres en trois dimensions, pas une connaissance satisfaisante
A l'occasion de ma thèse de Doc autour desquelles l'œil doit circuler, de ces œuvres. Les analyses pu-
mais aussi pour l'ensemble des suptorat consacrée aux Traitements
ports mobiles peints ou gravés. La magdaléniens de l'image du bison
dans l'art pariétal et mobilier du Péri- représentation graphique des diffé (1) Hormis mon propre relevé très récemrentes faces de l'objet, ornées ou dégord (Paillet, 1993) j'ai procédé à ment reproduit dans un ouvrage d'Alain Roussot (Roussot, 1994, p. 55, fig. 28, n° 3). l'étude détaillée de nombreux objets pourvues de décor, et celle de leurs Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 / TOME 92, n° 1 38
bliées sont tout aussi orientées et ne œuvres étudiées dans ces pages, base de celle-ci, le bison mugissant
mais surtout la reconnaissance stra- proposent par surcroît aucune info "... sous l'abri près de la base de la
rmation sur le contexte stratigra- paroi " (p. 50-51). A propos de celui- tigraphique et archéologique des
ci, les auteurs rapportent qu' " il n'a trois couches de Magdalénien supérphique et archéologique de leur dé
couverte et sur leur position ieur (IV à VI), publiées en 1928 (Ca- pas été toujours facile de (lui) attr
topographique dans l'abri, ainsi pitan et Peyrony, 1928). Henri Breuil ibuer une place aussi précise à cause
qu'aucune description précise, à la s'est servi de ces données pour jeter de l'irrégularité de la couche et du
lueur des données fournies par l'ana- sol naturel " (p. 50). les bases de la subdivision des
tomie, la biologie, voire l'éthologie de phases finales du Magdalénien
Cette couche, formée de sable l'animal. Une étude détaillée s'im (Breuil, 1912).
terreux d'inondation, "... épousait pose, étude commune renforcée et
tous les accidents du terrain et reposLa nécessité d'affiner les distincrendue nécessaire par la remar ait partout sur le sol naturel " (p. 1 5), tions stratigraphiques et archéoloquable parenté qui lie ces deux
sauf dans la zone centrale formant giques, de réunir de nouvelles séries chefs-d'œuvre et par les questions
lithiques et osseuses et de mieux cuvette, anciennement fouillée par qu'ils soulèvent sur leur fonction res
cerner la chronologie, la paléo-écolo- Edouard Lartet et Henry Christy. Les pective et sur l'interprétation de leur
auteurs précisent qu'elle n'a pas été gie et les données climatiques, forme.
atteinte lors des fouilles antérieures. conduit Jean-Marc Bouvier à r
eprendre l'exploitation du site. Ses Cette couche semble correspondre
travaux, entrepris en 1968 et pour "... à une période un peu humide et ■ L'ABRI DE LA MADELEINE : pas très froide " (p. 16). Elle est irrsuivis durant une dizaine d'années, HISTORIQUE égulière, atteignant 1 mètre d'épaisse sont concentrés dans une partie DES RECHERCHES seur en avant et de 0,25 à 0,50 mètre encore préservée de l'abri, située à
en arrière. Entre les coupes Peyl'extrême ouest, autour d'une puis
L'abri de la Madeleine est situé sante coupe. Publiés à plusieurs r rony 1 (fig. 1) et 4 le niveau est pincé
sur la commune de Tursac, au pied eprises (Bouvier, 1973, 1976 a-b, entre deux strates brunes peu
d'une haute falaise surplombante de 1977 a-b), ils ont apporté une excel épaisses, composées de lits d'osse
ments. Selon Denis Peyrony, ce n45 mètres de hauteur et d'environ lente connaissance du Magdalénien
iveau a pu être suivi sur une grande 500 de long. L'abri, exposé supérieur et ont confirmé, en les pré
étendue et bien étudié. Il repose sur plein sud, en rive droite de la Vézère, cisant, les descriptions et les conclu
s'étend sur 250 mètres et couvre une sions de Denis Peyrony. une sorte de dallage en pierres cal
surface d'un hectare. Il s'agit d'un caires. L'industrie lithique et osseuse
découverte est rapportée au Magdaldes plus vastes gisements paléoli
énien IV. thiques connus sous abri. ■ CONTEXTE
STRATIGRAPHIQUE, La nouvelle diagnose stratigrC'est à la fin de l'année 1863 qu'il ARCHÉOLOGIQUE ET aphique établie en 1973 par Jean- est découvert par Edouard Lartet et POSITION TOPOGRAPHIQUE Marc Bouvier confirme la description Henry Christy. Ces derniers procè DES ŒUVRES dent alors à un vaste sondage précédente, mais y apporte de nom
breuses précisions et subdivisions (15 mètres de long et 7 mètres de
Les données publiées par Louis (fig. 2 et tabl. 1). Elle met notamment large) dans la zone centrale où l'abri
Capitan et Denis Peyrony sur l'or l'accent sur la puissance des dépôts est le plus marqué. Cette excavation
igine stratigraphique et la position tatteint presque partout la base a (12 mètres, dont au moins 6,50 mètres
opographique des deux objets sont fossilifères) et sur la nature des rchéologique supposée par Denis
fort imprécises. On apprend seule strates situées sous la couche inféPeyrony. Les objets récoltés
ment que ces sculptures ont été dé rieure de Denis Peyrony. Cette derjusqu'en 1865 serviront à Gabriel de
couvertes dans la couche inférieure nière constitue en effet le terme le Mortillet (de Mortillet, 1869) pour déf
de l'abri, le bison se léchant à la inir l'industrie magdalénienne. Un plus profond du remplissage atteint
peu plus tard des fouilleurs d'occas
ion entreprennent d'élargir vers l'est
la tranchée Lartet. A partir de 1890
l'abri est l'objet de nouvelles fouilles COUPE 1
épisodiques, entreprises d'abord par
Emile Rivière du côté Ouest (Rivière,
1906) et poursuivie probablement
jusqu'en 1903, ensuite, vers 1895
par Élie Massénat et Louis Girod.
Ces travaux, concentrés à l'ouest de Illustration non autorisée à la diffusion
l'abri, ont surtout contribué à boule
verser des niveaux déjà exploités.
D'octobre 1910 à octobre 1913 et
en 1926, Denis Peyrony et Louis Ca- Couche supérieure
pitan vont s'employer à fouiller de C. moyenne
façon intermittente les déblais an |C. inférieure
ciens et à explorer méthodiquement
les parties restées vierges. Nous leur
devons la découverte des deux Fig. 1 - Coupe 1. Fouilles 1910-1912. Relevé D. Peyrony (1928). :
:
;
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 /TOME 92, n° 1 39
se rapporte plus précisément à leur quelques hameçons et ciseaux. Des
couche J - Niveau archéologique 14 rondelles percées, des contours dé
- Magdalénien IV. Constituée de l coupés, des baguettes demi-rondes
imons sablo-argileux, qui témoignent et des propulseurs, présentant des
d'une mise en place sous des condi décors géométriques ou figuratifs,
tions climatiques stables, plus cl s'ajoutent au grand nombre d'objets
émentes et humides que les en d'art gravés ou façonnés sur os, bois
sembles moyen et supérieur de renne, sur dalles calcaires ou de
(Magdalénien V et VI), cette couche, schiste.
en assez forte pente, est soulignée à
L'étude des restes déterminables sa base par un alignement de galets
de faune (Delpech, 1983, p. 85-91) de rivière et de blocs calcaires. Il
recueillis dans ce niveau a montré la constitue un véritable sol empierré
prédominance du renne (63 %) et du {dallage de Peyrony).
cheval (36 %). C'est précisément
Les séries lithiques et osseuses dans cet horizon que le cheval est le
de la collection Peyrony (conservées plus abondant.
au Musée National de Préhistoire
La découverte, en 1972, de quatre des Eyzies) ont été étudiées par De
niveaux de Magdalénien IV sous-ja- nise de Sonneville-Bordes (de Son-
cents à la couche inférieure de Peyneville-Bordes, 1960, p. 348-363).
rony (2), permet de situer l'occupatL'outillage lithique de cette couche
ion humaine du niveau 14 à la fin du est en grande partie façonné sur
Magdalénien IV, daté au C14 (os) de lames. Il est dominé par les burins
13440 ± 300 BP(Ly 922). (IB : 50,2) et notamment les
dièdres (Ibd : 30,8). Les grattoirs sont L'origine stratigraphique et le moins fréquents (IG : 27,6) et
contexte archéologique des deux surtout simples et sur lames peu r œuvres semblent donc fixés avec etouchées (16 %). Les outils compos une certaine précision. ites (21,5 %) sont représentés par
toutes les catégories, alors que les A priori, il n'en est pas de même Fig. 2 - Coupe stratigraphique semi- perçoirs et les lamelles à dos sont pour leur position topographique schématique (témoin Ouest). Fouilles assez rares. Il est à noter la présence 1972-1978. Relevé J.-M. Bouvier (1973). dans l'abri. Aucune donnée explicite sporadique de quelques raclettes. La flèche indique le niveau archéolo
gique d'origine des deux oeuvres d'art. L'outillage osseux est caractérisé par
des harpons primitifs à 1 ou 2 rangs
(2) Le sommet de la couche directement en 1913. Elle appartient à Vensemble de barbelures, par de nombreuses sous-jacente à celle-ci (couche К - Bouvier) inférieur défini par Jean-Marc Bouv sagaies à base à biseau simple strié, forme ce que D. Peyrony dénommait le "sol na
ier et Henri Laville (Laville, 1975) et par des poinçons, des poignards et turel".
Illustration non autorisée à la diffusion
fouilles LARTET , ШИ1
LA MADELEINE
FOUILLES D.PEYRONY (1910.1912)
Fig. 3 - Cartographie du site de La Madeleine et origine topographique des principales œuvres. Relevé École des Sciences
géographiques de l'I.G.N. et J.-M. Bouvier (1987). 1 bison se léchant 2 bison mugissant. '
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 /TOME 92, n° 1 40
Sédimentologie Industries
nsemble Couches Epaisseur Nature Couleur Niveaux Notes Stade
Bloi-E". d'effondrement colmatés par de la "castine" (très petits éboulis 4,50 apparemment 3 anguleux dans une matrice sablo- stérile CO limono- argile use) 0,60
Eboulis anguleux mal classés avec sables : localement , enlèvement de sables 0,70 Jaune -rouge pauvres et argilorlimoneux intersticiels et (D 56) diffus vestiges de cryoturbation
Eboulis fins, granules, graviers Brun (E 54) à 0,35 et sables grossiers brun foncé (F 64)
Eboulis cryoclastiques globuleux et enduit : Brun non classés. Engobe argileuse et foncé (H 44) à 0,75 phénomènes de percolation brun-rouge foncé (H 42)
Brun- jaune (E 64) stérile dans li 0,55 Eboulis fins avec granules et graО viers, sables aýlo-limoneux zone fouillée
Ligne de blocs et d' éboulis cryoclas Brun-rouge (E 64) harpon à 2 r. tiques avec sables argilo-limoneux 0,40 à brun jaune foyer local plastique, localement enlevés par (H 44) percolation
0,40 Sables limoneux faiblement argileux Brun (E 54) à harpons à 1 r. éboulis rares brun foncé (F 54)
Blocs et dalles cryoclastiques, ébou 10 0,70 lis grossiers et plaquettes, sables Brun-rouge (F 52) limono-argileux 11 foyers Illustration non autorisée à la diffusion
Limons sablo-argileux purs à la base harpons ai r. 12 Brun-rouge foncé avec graviers calcaires au milieu et 0,35 (H 42) reste humain éboulis altérés au sommet 13
feoí aménagé &Ш Limons Brun-rouge foncé !la base W. ''//////////////////////////////////////////////m. (H 42) y 'm////////////////////////////////,
0,40 Sables limoneux faiblement argileux foncé (H 42) 15 sol aménagé
0,25 Sables limoneux argileux Brun-rouge foncé 16 "proto-harpon" (H 42)
Sables limoneux avec 2 lits de Brun (E 54) à an brun-rouge (F 52) 17 dans graviers M 0,45 galets et graviers intercalés inférieurs 3
sommet : ač. brun-gris (F 62) uu 0,45 Sables limoneux faiblement argileux 18 base: (F 63 ) brun-jaune foncé
Sables limoneux avec manifestations Brun gris foncé apparemment d hydromorphie (ponctuations brunes) (F 61 ) et brun vif 0,35 stérile (E 56)
Eboulis anguleux avec galets et gra Brun-jaune foncé 0,30 viers dans sables limono-argileux (F 64)
0,10 Sables limono-argileux Brun-gris (F 62)
0,15 Eboulis anguleux avec galets et gra Brun-jaune foncé viers dans sables limono-argileux (F 54)
0,25 Sables limono-argileux Brun vif (E 56)
ROCHEUX L'ABRI Coniacien
Tabl. 1 - Corrélation entre couches sédimentaires et niveaux industriels. Relevé J.-M. Bouvier (1973).
relative à cette question ne figure phique des œuvres les plus remar E. Lartet et H. Christy. A cet endroit,
dans la monographie de 1928. Pour quables découvertes sur toute la s entre les coupes 1 et 4 de D. Pey
rony, la paroi de l'abri dessine une tant Jean-Marc Bouvier rapporte r équence du Magdalénien supérieur.
écemment (Bouvier, 1987, p. 65-75) Elles sont localisées sur un fonds profonde échancrure. La sculpture
"... que D. Peyrony avait noté, en cartographique de l'abri (fig. 3) était située à près de 8 mètres du
fond et à 5 mètres en retrait du suplus de la référence stratigraphique, dressé en 1976, avec la collaboration
la provenance topographique d'une de l'École des Sciences Géograp rplomb de l'abri. Les rares œuvres
cinquantaine de ces pièces et des hiques de N.G.N., publié en 1987 d'art rencontrées dans cette partie
plus célèbres..." En fait, ces informa du site proviennent en grande (Bouvier, 1987, p. 68-69).
des déblais des fouilles Lartet. tions, restées longtemps inédites,
avaient été consignées dans ses car Le bison se léchant a été découv
nets de fouilles et portées tardiv ert à l'Est du gisement, dans des C'est dans la partie occidentale
ement à la connaissance de Jean- lambeaux de couches encore préser du gisement, à près de 18 mètres de
Marc Bouvier. Ce dernier a donc vées, au cœur de l'espace formant l'œuvre précédente, qu'avait été mis
rendu publique l'origine cuvette anciennement fouillé par à jour le bison mugissant. Il était :
:
:
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Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 /TOME 92, n° 1 41
situé à proximité de la paroi (environ Attribution culturelle Magdalén avec l'antérieur gauche est située un
1 mètre) et à hauteur de la coupe 6 ien supérieur (IV). peu haut, au niveau du coude, à l'en
de D. Peyrony (fig. 4), dans une zone droit où se développe une fracture
D'un point de vue technique, intacte et particulièrement riche en du support. L'avant-bras, couvert
l'objet se présente comme un double objets d'art rapportés au Magdalén d'une vigoureuse rainure longitudi
bas-relief. Il est taillé dans une emien IV et V. La tête de propulseur en nale (voir bison mugissant), est
paumure de bois de renne (probableivoire figurant un probable félin a été campé. Il se termine sur un rétréci
ment un bois gauche comme en tprécisément découverte dans cette ssement, par une petite excroissance
émoignent sa conformation générale zone, à proximité du bison mugissant. arrondie et lustrée.
et la concavité du revers), d'assez
La tête et une partie de l'encolure forte épaisseur (bois de mâle ?), dont
(fig. 7), retournées en profil droit sur le il épouse une partie des contours na
corps, sont traitées en relief exhaussé turels, au niveau du rachis, de l'eШ LES ŒUVRES.
semi-méplat. Les contours et la surncolure et du poitrail. Le versant cerviDESCRIPTION
face du plan épargné ont été assez cal et la base du corps ont été
largement modelés. Le fond support, obtenus par un sciage partiel de • Le bison se léchant (fig. 5 et 6) c'est-à-dire le corps, a été abaissé l'empaumure. Les deux membres
antérieurs semblent façonnés à la perpendiculairement sur toute la péri
• Fiche descriptive phérie de la tête. Si on reporte celle-ci naissance d'un de ses épois.
dans sa position normale on s'aperç- Données muséographiques La forme générale du corps est oit d'emblée qu'elle est exagérément
conforme à celle du bison, avec une disproportionnée par rapport au Date de découverte : Entre 1910 forte dysharmonie antéro-posté- corps. Sa longueur maximale (de la et 1912 rieure, exagérée par un garrot pui pointe de l'oreille au bout de la Propriétaire État. Musée des An ssamment sorti, dont le versant pos langue) équivaut à la moitié de celle tiquités Nationales térieur est très abrupt, nettement de la sculpture. Cet artifice la met en
décroché de l'antérieur et du profil Date d'acquisition : 1912 valeur et suscite l'illusion du haut-rel
dorso-lombaire ensellé. Sur le ief, voire de la ronde-bosse. Par sa Emplacement : Réserves paléoli
gauche, dont la surface est polie, les taille et sa force descriptive elle noie thiques volumes corporels sont bien obser complètement le corps. Ce dernier Numéro d'inventaire 56873 vés. La cuisse est puissante, nette devient dès lors un simple fond duCollection : Denis Peyrony. ment séparée du ventre et du flanc quel elle se détache merveilleusement
par un bord de grasset rectiligne et en trois dimensions. - Objet-Support profond. Elle constitue, avec la
La position de la tête, dite rétrosjambe beaucoup plus grêle, l'essentMatière première : Bois de cervidé pective, a suscité de nombreux commiel du postérieur gauche sous lui (empaumure de renne) entaires. Les animaux à tête retourderrière. La jambe se termine au
Type d'objet Sculpture née vers l'arrière ou plaquée sur le sommet du jarret par un moignon
corps ne sont pas rares dans l'art Dimensions : aux angles adoucis. Elle passe inv
mobilier paléolithique. Parmi eux on ariablement pour le crochet du proLongueur = 10,5 cm citera un renne gravé sur galet de pulseur. La croupe est légèrement Largeur = 7 cm Laugerie-Basse (récolte Bourlon) fuyante jusqu'à l'attache de la Épaisseur = 2,2 cm (Delporte, 1990, p. 72, fig. 40), le cerf queue, réduite à un petit appendice
du bâton de Lortet (Ibid., p. 118, État de conservation : Pièce loca en guise de couard. Le contour et le
fig. 122), les deux propulseurs dits au modelé thoraco-abdominal sont parlement fracturée, recollée et restau
faon à l'oiseau du Mas d'Azil et de faitement rendus. Seule l'articulation rée
Bédeilhac (Ibid., p. 152-153, fig. 195-
197) et une tête de bison en ronde-
bosse incluse du Mas d'Azil (Ibid., COUPE 6 p. 152, fig. 194). Cette dernière est
peu connue, mais son mouvement et
son traitement graphique s'apparent
ent à ceux du bison se léchant. Les
auteurs qui ont débattu sur le sens
de cette position ont presque invari
ablement invoqué les contraintes du
Illustration non autorisée à la diffusion support : "... le retournement de la
tête sur le corps est probablement dû MUR
à la morphologie du fragment de mat
ériau utilisé..." (Delporte, 1981, fig.
25). Dans le cas du bison de La Ma
■ite.èboutis deleine il s'agit bien d'une contrainte,
mais cette constatation est bien ba
nale pour qui a eu la chance d'obser
ver précisément l'objet. Il existe
pourtant des exemples de retourne
ment qui ne sont pas strictement dé
Fig. 4 - Coupe 6. Fouilles 1910-1912. Relevé D. Peyrony (1928). pendants de la forme du support, Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1 995 / TOME 92, n° 1 42
mais qui apparaissent bien comme la
traduction volontaire de mouvements
et de comportements naturels. Ainsi
les bovines que l'on peut observer
dans nos campagnes se frappent
souvent les côtes et les flancs pour
chasser les parasites. La protrusion
de la langue du bison se léchant a r
écemment inspiré une analyse étholo-
gique et pathologique qu'il n'est pas
inintéressant de résumer. Le nouveau
regard porté par Françoise Soubey-
ran sur la pathologie des figures pa
léolithiques nous apprend que "... si
l'animal tourne la tête vers son flanc
pour se lécher, il est en autoauscultat
ion, signe d'une douleur abdominale
ou d'une gêne..." (Soubeyran, 1991,
p. 524). Dans le cas du bison de La
Madeleine, il est évident, selon cet
auteur, qu'il est victime d'un certain
accablement physique. "... On ne voit
jamais..., affirme F. Soubeyran, ... un
bovin faire sa toilette, quel que soit
son degré de saleté, et il ne se lèche
forcément que pour une cause qui le
dérange. Il souffre peut-être d'une
blessure ou de douleurs abdomin Illustration non autorisée à la diffusion ales, comme la vache malade de
fièvre de lait. Mais comme la position
des pattes n'indique pas qu'elles fl
échissent, il est probable qu'il est seu
lement plein de parasites qui le gê
nent. On a dit que l'attitude du bison
est commandée par la forme du sup
port, on peut objecter à ceci que de
nombreuses figurations comme la
vache gravée sur une rondelle du
Mas d'Azil ont été tronquées sans
hésitation..." (Soubeyran, 1991,
p. 530, fig. 25f). Cette contribution de
la biologie et de l'éthologie à la com
préhension des attitudes du bison se
léchant peut paraître quelque peu
abusive. Elle a cependant le mérite
de fournir des explications
conformes à ce que l'on reconnaît
des qualités d'observations except
ionnelles des artistes magdaléniens.
Dans le cas qui nous intéresse il est
probable que l'œil de l'artiste s'est
doublé de celui du chasseur.
La tête mesure 4,7 cm du bord
postérieur de l'oreille au bout du nez
et 5,1 cm de la pointe de la corne
droite à la base de la barbe. Elle est
parfaitement modelée dans son des Fig. 5 - Le bison se léchant. Faces avers et revers. Relevé P. Paillet (1993). sin et ses volumes. Ainsi le bord de
la ganache, du plat de la joue, la
tempe et l'intérieur du chanfrein sont
sensiblement creusés, alors que la lage ou de reliefs anatomiques. Il en gravées identiques. Le chanfrein est
joue, l'œil, la corne, l'oreille, le front est ainsi de l'ensemble ganache-par couvert, depuis l'angle nasal de l'œil
et le cimier nasal sont portés en re otide, dont la concavité est soul jusqu'au mufle, d'une superposition
lief. Le modelé est d'autant plus r ignée par un alignement ininterrompu de six lignes tiretées parallèles, fin
emarquable que tous ces reliefs ou de courtes incisions serrées, ou du ement gravées. Trois autres lignes
presque sont soulignés ou surlignés contour de la bourre laineuse du c analogues ont été exécutées sur le
par des hachures, marques de pe- imier nasal marqué par des séries plat de la joue. Cette dernière est Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 /TOME 92, n° 1 43
passage entre la poche de la joue et
la ganache. Ils sont au nombre de
sept, composés en ligne, et présen
tent dans leur construction une di
ssemblance technologique nette entre
des côtés supérieurs larges à section
angulaire et des vis-à-vis beaucoup
plus fins. Le mufle, légèrement r
etroussé et le naseau profondément
creusé par une large incision recti-
ligne en forme de demi-lune, sont
séparés du chanfrein par une ligne
dédoublée de tirets coalescents. Elle
souligne l'épaisseur glabre de l'aile
nasale externe. La lèvre supérieure,
également cernée par une ligne de
hachures, est épaisse et surplombe
nettement la lèvre inférieure, limitée
par trois lignes courbes concent
riques. La bouche est bien fendue, Illustration non autorisée à la diffusion
même assez largement ouverte à
l'endroit où est incisée la langue en
protrusion. Le trait de gravure est
très profond et marqué par des re
pentirs. La barbe est finement exé
cutée. Légèrement tendue vers
l'avant, elle enveloppe parfaitement
le corps. Les longs jarres sont repré
sentés par un alignement d'une qua
rantaine de longues incisions curvi
lignes, obliques vers l'avant. Ils sont
bien implantés dans la ganache,
dans la gorge et à la base de l'enco
lure et s'achèvent semble-t-il à peu
de distance du contour inférieur. Ce
dernier est exécuté en relief ex
haussé semi-méplat. Le bord de la
surface épargnée a été partiellement
modelé de telle sorte que les extré
mités de certains poils de jarre ont
été gommées. A l'aplomb de la
pointe de la barbe il est possible
Fig. 6 - Le bison se léchant. Faces avers et revers. Relevé P. Paillet (1993). d'apercevoir sur le corps les vestiges
également mise en valeur par un a
lignement de petits traits qui prend
naissance dans la ganache et
s'achève, après avoir dessiné un
angle droit, au bord de la lèvre infé
rieure. Sur la saillie du masseter, au
niveau du plat de la joue, ont été v
igoureusement gravés cinq chevrons
alignés, dont les pointes sont dir Illustration non autorisée à la diffusion igées vers l'oreille et dont le côté
gauche est doublé. Le sens de ces
tracés angulaires nous échappe, à
moins qu'il ne s'agisse d'éléments
décoratifs. Cette hypothèse est vra
isemblable, encouragée par le fait
que l'artiste paraît avoir souvent joué
avec les marques de pelages, cu
rieusement agencées de façon géo
métrique. D'autres motifs angulaires,
dont les pointes sont orientées cette
fois-ci vers le mufle, soulignent le Fig. 7 - Le bison se léchant. Détail de la tête. Cliché P. Paillet (1993). :
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Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1 995 / TOME 92, n° 1 44
ténus de ces incisions, effacées par senté verticalement. Sur son seg façonné sous la forme d'une crête
l'abaissement exopériphérique du ment vertical et une partie du sagittale assez aiguë qui le détache
fond. Cette opération a donc eu lieu ment oblique, le fût de la corne est nettement de la masse du corps.
marqué d'incisions bilatérales en après le remplissage hachuré. L'œil, L'épaule, les côtes, le flanc, le ventre
forme de chevrons. Elles évoquent et la cuisse n'ont fait l'objet d'aucune les cornes et l'oreille, trilogie capitale
les cannelures des cornes tubu- préparation. Ils présentent la granuldans la détermination du genre, sont
ation de la surface brute de l'em- leuses. Celles du bison sont normaexécutés avec une grande maîtrise
technique et un sens remarquable de lement homogènes, à surface lisse. paumure.
La corne gauche est également rl'observation. L'œil est nettement ex
eprésentée, mais a fait l'objet d'un rehaussé par un abaissement en cu
vette du fond. Le cul-de-sac oculo- pentir. Au sommet du toupet frontal, • Le bison mugissant (fig. 8 et 9)
sur la saillie du garrot et contre la conjonctival, d'abord cerné d'un
corne droite, une première pointe a trait, a été ensuite nettement détaché • Fiche descriptive été esquissée. Dans un second par plusieurs séries compactes de
temps, une pointe définitive a été traits rayonnants, au-dessus de - Données muséographiques
profondément gravée, très effilée et l'apophyse orbitaire frontale et sous Date de découverte Entre 1910 nettement plus projetée vers l'avant, le bord orbitaire zygomatique. Ils tr et 1912 presque à l'horizontale. Le trait est aduisent habilement le pelage qui
Propriétaire : État. Musée des Anlarge, à section angulaire asymétcerne l'œil du bison et en particulier
rique. Pour accentuer l'effet de tiquités Nationales le sourcil, dont le dessin se fond i
perspective et augmenter la profonnsensiblement dans le cimier nasal. La Date d'acquisition : 1913 deur du champ sculpté, l'artiste a rétechnique mise en œuvre a isolé un Emplacement : Réserves paléoliservé un espace libre entre le toupet bourrelet piriforme, à angulation na thiques frontal et la corne. Profondément sale marquée, qui figure le volume
creusée, cette dernière apparaît de l'orbiculaire des paupières, inséré Numéro d'inventaire 60361
comme le négatif de son homologue sur la partie lacrymale du sourcil or Collection Denis Peyrony. droite. L'oreille figure en bonne posibitaire, ainsi que sur la paroi de
tion, couchée à la base de la corne l'apophyse orbitaire. Ce muscle - Objet-Support
droite et bien solidaire de la joue. Elle anime les paupières, dont l'ouverture Matière première : Bois de cervidé est aussi portée en un relief quadran- est conforme au vivant, orientée de (empaumure de renne) gulaire et soulignée d'incisions qui bas en haut et d'avant en arrière. Les
forment un alignement de motifs en Type d'objet Sculpture (pendesillons palpébraux, profondément i
chevrons. Dans l'étroit triangle formé loque ?) ncisés et largement ouverts, limitent
par le bord supérieur de l'oreille et le l'œil proprement dit, non pupille, Dimensions : bord postérieur de la corne droite dont l'angle temporal est arrondi et Longueur = 11 cm sont insérées deux longues lignes sla commissure interne relativement
inueuses. Développées sur l'enco Largeur = 6 cm anguleuse. En avant du globe ocul
lure, elles marquent de façon aire, au passage entre la portion ci- Épaisseur = 2,5 cm presque décorative la limite inféliaire et lacrymale des paupières, est État de conservation Pièce locarieure du chignon et de la crinière, figuré par une légère incision le repli lement fracturée et surface altérée, couverts d'une douzaine de prosemi-lunaire. Ce dernier forme la
recollée et restaurée fondes hachures de pelage. base d'un relief triangulaire qui com
prend le corps clignotant et surtout Attribution culturelle MagdalénLe revers de l'objet (fig. 5 et 6),
la caroncule lacrymale, bien isolée c'est-à-dire son profil droit, est ien supérieur (IV).
de l'angle nasal. Cet œil est un véri quelque peu aplati et inachevé. Il
table chef-d'œuvre de précision gra montre un certain nombre de sti Ce bison est façonné à la nais
phique et de réalisme anatomique. gmates de façonnage intéressants du sance d'une empaumure de bois de
La corne droite est par contre beau point de vue de la compréhension renne (probablement gauche et ce
coup plus conventionnelle, voire st des procédés de sculpture. En avant, pour les mêmes raisons que le bison
éréotypée dans son dessin et son l'encolure et le poitrail ont fait l'objet se léchant). Son contour a été par
exécution. Elle se développe en fort d'un polissage. Au-dessus, au niveau tiellement découpé et ses formes
relief, presque en demi-bosse par du versant antérieur du garrot, un modelées par exhaussement de cer
rapport au plan du toupet frontal. tains détails corporels ou affouille- large raclage témoigne d'une pre
Bien implantée en arrière, dans la mière étape de mise en forme. De ment d'autres détails, notamment
tempe, légèrement au-dessus de puis la pointe de l'épaule, le bord an par la gravure. Henri Delporte (Del-
l'œil, elle affecte une simple courbure térieur de l'avant-bras (fracturé à porte, 1990, p. 143-144) remarque
en lame de sabre. Elle est d'abord hauteur du coude) a été fortement que l'indice d'épaisseur moyenne de
portée en arrière, puis à la verticale exhaussé par l'abaissement du poi cette figure (c'est-à-dire le rapport
entre l'épaisseur et la longueur — et ensuite vers l'avant jusqu'à la trail. Il en est de même du coude
pointe située à l'extrémité supérieure dont la surface exopériphérique a été e/L) est relativement faible, dans le
du support. Ce dessin est une solu champ de variation des rondes- évidée par un premier raclage. Le
tion assez commune de la perspect bord postérieur de la cuisse, la fesse bosses aplaties. Le terme n'est pas
ive de l'encornure du bison en vue et la croupe présentent les traces conforme au vocabulaire de la sculp
de profil. Ainsi le segment horizontal d'une taille adoucie (fines rayures), ture et il est souhaitable dans ce cas
de la corne, invisible en profil absolu précédant le polissage proprement de parler plutôt de double bas-relief,
sur l'animal vivant, a été ramené sur dit. Au niveau de son versant postér avec des passages localisés (tête) à
le plan unique de la figure, ieur, le rachis dorso-lombaire a été la double demi-bosse accolée. de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1995 /TOME 92, n° 1 45 Bulletin
cette tête, comme en témoigne à sa
base l'abondance de spongiosa. De
fait il est probable qu'elle n'a pas pu
être façonnée dans sa véritable
épaisseur et détaillée d'éléments ca
ractéristiques comme la barbe par
exemple. Cependant, comme pour
conforter l'hypothèse d'un animal
composite, certains observateurs ont
cru voir une ramure dans le relief
curviligne qui occupe la partie infé
rieure du poitrail, sur le profil droit.
Un relief comparable, mais beaucoup
plus diffus, souligne également la
base du poitrail sur le profil gauche. Il
arrive dans certains cas d'extension
de la tête vers le haut que la ramure
des cervidés recouvre une partie du
corps jusqu'à hauteur de l'épaule.
Dans le cas qui nous intéresse et s'il
s'agit bien d'une ramure, elle est figu
rée dans une position invraisemblable
et curieusement implantée sur la
tempe, à la naissance de l'oreille.
Illustration non autorisée à la diffusion L'artiste aurait-il sciemment traduit
une pathologie du type tête bizarde
ou une malformation spectaculaire
proche des bois de bélier ? Je ne
suis pas convaincu par cette hypo
thèse. On pourrait tout aussi bien
supposer que ces deux reliefs furent
épargnés afin de consolider (en vain)
l'attache précaire de la tête. Finale
ment, ils imposent la réserve.
De part et d'autre de la tête, les
yeux (non détaillés) sont juchés sur
un relief orbitaire isolé du plan facial
par un important abaissement de la
surface exopériphérique. Il est sens
iblement plus net sur le profil gauche
où l'on peut lire les stigmates de
sciage et rainurage périphériques.
Au-dessus des yeux, à la limite de la
fracture, deux reliefs triangulaires se
détachent distinctement. Ils sont en
bonne place pour figurer soit des
oreilles courtes et dressées, soit des
encornures, esquissées maladroite
ment. Le chanfrein gauche est soul3 cm
igné sur son bord supérieur par une
forte rainure qui donne à l'arête na
Fig. 8 - Le bison mugissant. Faces avers et revers. Relevé P. Paillet (1993). sale la forme d'une carène rectiligne.
Elle s'achève dans le mufle où la
lèvre supérieure et les naseaux sont
Henri Delporte dit de cet animal Si le corps est assurément celui portés en fort relief, au niveau de
qu'il est "... en assez mauvais état, il d'un bison, la tête, qui en est sépa leurs ailes et de leur commissure i
a les pattes mutilées ; malgré l'a rée par une fracture et une perfora nterne. La lèvre supérieure, épaisse,
tion, est d'une gracilité peu com surplombe l'inférieure par côté. Cette bsence de cornes, la forme massive
du corps et la bosse avec sa crinière mune à l'espèce. Cette contradiction dernière, noyée dans la spongiosa,
justifient que ce soit un bison. La tête a été soulevée dans les commenta est plus petite et moins détachée.
ires de la fiche АРМ 00516 du CID Les deux lèvres limitent une cavité est d'excellente facture, avec ses pet
ites oreilles en relief, ses yeux très Breuil, où il est dit que la "... rête est buccale assez large, nettement fen
saillants, ses naseaux et sa bouche plutôt celle d'un cervidé...". A priori, due sur les côtés et fermée latéral
ement par deux commissures arronbien marqués. Il porte sur la cuisse il est difficile de répondre à cette
question. Il semble pourtant que le dies. Les joues sont peu modelées, une gravure, peut-être de cervidé,
dont la tête est brisée..." (Delporte, manque de matière première ait la presque effacées, voire assez creu
1990, p. 157, fig. 211). rgement conditionné la forme de sées sur le profil gauche. Le front est

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