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Études Lucquoises (suite) - article ; n°1 ; vol.88, pg 275-314

De
41 pages
Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1927 - Volume 88 - Numéro 1 - Pages 275-314
40 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Léon Mirot
Études Lucquoises (suite)
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1927, tome 88. pp. 275-314.
Citer ce document / Cite this document :
Mirot Léon. Études Lucquoises (suite). In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1927, tome 88. pp. 275-314.
doi : 10.3406/bec.1927.452416
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1927_num_88_1_452416ETUDES LUCQU01SES
(Suite*)
CHAPITRE II
LES ISBARRE, MONNAYEURS ROYAUX,
AUGUSTIN ISBARRE
Parmi les Lucquois établis en France et à Paris, il en est
qui, de bonne heure, à l'imitation des Gassinel, et sans
atteindre leur fortune sociale, entrèrent dans le personnel
financier et monétaire de la royauté. Ce fut le cas des Sbarra,
connus en France et en Flandre sous les noms d'Esbarce,
Esbarre, Isbarre, Ysbarre.
Les Sbarra, qui portaient « paie d'argent et d'azur à six
pièces, au chevron d'or brochant2 », appartenaient à l'une
des plus importantes familles lucquoises, et que l'on trouve
durant tout le xive siècle mêlée à l'histoire de la seigneurie
toscane. Nombre de ses membres figurent au Conseil des
Anciens, pour le quartier San-Gervasio, depuis les premières
listes en 1330, jusqu'à l'établissement du gouvernement de
Paolo Guinigi comme seigneur de Lucques en 1400 3. Parmi
1. Voir ci-dessus, p. 50-86.
2. Bibl. nat., Pièces originales, 1558, Isbarre, n° 8 ; — et Ibid., Dossiers
bleus, n° 683, dossier Isbarre.
3. Fumi, R. Archivio ai stato in Lucca. Regesti, vol. II. Carleggio degli anziani.
Bartolomeo, membre du Conseil des Anciens en 1330, 1332, 1334, 1338, 1339,
1393 ; — Giovanni, en 1332, 1333, 1336 ; — Puccino, en 1332 ; — Puccinello, en
1333 ; — Jacopo, en 1334,1343, 1347-1348 ; — ser Gherardo, en 1353, 1354,
1358 ; — Jacopo di ser Bartolomeo, en 1357, 1361, 1385, 1390 ; — Micaele di
Bartolomeo, en 1364 ; — Nicolao, en 1365, 1375, 1389, 1391, 1395 ; — Federico,
en 1374 ; — Sbarrino, en 1375 ; — Giovanni, en 1382, 1384 ; — Nicolao di Ber- •

.
276 ÉTUDES LUCQUO1SES
eux, il en est qui devinrent gonfaloniers de la seigneurie1,
d'autres furent ambassadeurs2, certains remplirent le rôle de
vicaires dans des possessions lucquoises3. Dans les dernières
années du xive siècle, ils se rangèrent au nombre des familles
importantes, telles les Fortaguerra, les Maurini, les Moriconi,
les Raponde, qui tentèrent de s'opposer aux prétentions des
Guinigi4, sans arriver, du reste, à éviter l'accession de Paolo
Guinigi au pouvoir. Et, tout en s'occupant activement des
affaires intérieures de Lucques, les Sbarra vinrent, comme
tant d'autres de leurs concitoyens, s'établir de bonne heure
en France et en Flandre.
* * *
Leur fréquentation dans ces régions remonte au début du
xive siècle. Dès 1318, et sans doute même auparavant, ils
étaient en rapports avec Jean de Flandre, comte de Namur,
et avec Gui de Châtillon, comte de Blois ; le 29 juin 1318,
ces deux princes remboursaient 450 florins à Jacques « Es-
barci », de Lucques5. Quelques années plus tard, Bargue
Isbarre était, le 28 juillet 1323, monnayeur de la monnaie de
Paris0. A cette époque divers membres de cette famille
avaient pris pied en France.
En effet, le 27 mai 1323, Charles IV le Bel accordait, à Vin-
cennes, des lettres de sauvegarde à Jacques et à Puccino
Isbarre, ainsi qu'à Thore de Podio, parents et associés, ori
ginaires de Lucques, les autorisait à être regardés comme
bourgeois du royaume, les prenait sous sa protection et leur
donnait licence de commercer librement, surtout à Mont-
nardo, en 1398, 1399. — • Dans la liste des serments de fidélité prêtés à Jean
et Charles de Bohême, on relève les noms de Giovanni, Lucceto, Puccinello
Sbarra, le 20 août 1330, — et ceux de Bartolomeo, fils de Jacopo, et de Ber
nardo, fils de Guido Sbarra, le 22 janvier 1332 (cf. Appendice I).
1. Ibid., Nicoiao, en 1396.
2.Jacopo, en 1348.
3. Ibid., Jacopo di Bartolomeo, en 1429.
4. Sercambi, t. I, p. 260, 281, etc. — L'un d'eux, Benedetto, que les Guinigi
avaient pensé s'attacher en lui faisant épouser la sœur de Lazzaro di Francesco
Guinigi, complota contre eux et fut, pour ce fait, décapité le 16 février 1400 (Ser
cambi, t. II, p. 406).
5. G. Bigwood, Le régime économique..., t. I, p. 82.
6. J. Viard, Journaux... de Charles le Bel, col. 617. LES ISBARRE, MONNAYE URS ROYAUX 277
pellier, ce qui laisse croire que c'est par cette ville que les Is
barre commencèrent à s'établir en France1.
A côté de B argue, de Jacques et de Puccino, on rencontre
également un autre personnage du même nom, Chelle Isbarre,
qui, avec divers autres Lucquois, auxquels il semble avoir
été associé, avançait au roi en 1324 une somme de 240 livres
parisis pour la guerre de Gascogne2, et qui, cette même année,
intervenait dans un règlement de droits pour la traite des
laines d'Angleterre3 ; on le voit encore avancer au roi
240 livres en 1325 4 et 1,000 francs en 1326 5.
Lors de l'avènement de Philippe VI de Valois, Puccino
Isbarre, qui était déjà bourgeois de Montpellier, se fit, avec
d'autres Italiens, octroyer par le nouveau roi de nouvelles
lettres de naturalité, par lesquelles ses galées étaient autor
isées à fréquenter les ports du royaume0; et, dès lors, on
retrouve, durant tout le xive siècle, des membres de la
famille des Sbarra soit circulant entre Lucques et la France,
tels Bartolomeo, fils de Jacques, et Bernard, fils de Gui7, soit
s'occupant de change, et en possession de charges de gardes
et maîtres des monnaies royales dans les divers ateliers monét
aires du royaume, sans toutefois qu'il soit possible d'établir
une filiation certaine entre eux.
Charles Isbarre était, de 1358 à 1365, maître particulier
de la monnaie de Montpellier8, et, à partir de 1365, il paraît
avoir affermé la frappe de l'atelier de Toulouse, que gérait
en son nom Pierre Aubert9. Peut-être est-ce lui qui tenait
encore cet atelier dans les premières années du xve siècle et
1. Arch. nat./JJ 62, n° 458.
2. J. Viard, ouvr. cité, n° 5862.
3. Ibid., n° 5816.
4.n° 7735.
5. Ibid., n° 9868.
6. Arch, nat., JJ 67, n° 104. Avec Puccino Isbarre, on voit mentionnés dans
cet acte Bartolomeo Scatisse, Parceval de Podio, bourgeois de Montpellier, J. de
Nigeo, Benedetto de Marinis, de Gênes, tous ces personnages paraissant avoir
formé une société commerciale.
7. Cf. Appendice I.
8. F. de Saulcy, ouvr. cité, t. I, p. 349, 389, 391, 393, 395, 398, 401, 406, 418,
457, 459, 468 à 470, 473, 479, 485, 496.
9. Ibid., t. I, p. 470, 477, 487, 493. ÉTUDES LUCQUOISES 278
qui fut, après sa mort, remplacé le 1er juillet 1404 par Chouet
Maqueron1.
Flore Isbarre était en 1340 général des monnaies ; en
1349 2, on le rencontre comme maître particulier de la monn
aie de Tournai3.
Jean Isbarre fut, de 1378 à 1386, maître particulier de la
monnaie de Paris4 ; puis, à cette dernière date, il prit à charge
la de Rouen, qu'il conserva jusqu'en 1388 5. On le
voit en 1390 figurer comme changeur du trésor6. En même
temps, il se livrait au négoce des objets d'orfèvrerie et des
pierres précieuses. Il vendait, en effet, au duc de Bourgogne,
Philippe le Hardi, des perles7, des tasses d'argent doré, une
boîte à encens, un bassin d'argent8, une croix émaillée, un
encensoir, des bénitiers, des calices, destinés en grande major
ité à la chartreuse de Ghampmol9. Il mourut à Paris le
3 janvier 1396 et fut inhumé aux Innocents10.
Pierre Isbarre fut aussi maître particulier de la monnaie
de Toulouse en 1369 et 1370 n ; puis il passa à l'atelier monét
aire de Montpellier, où il demeura jusqu'à sa mort, survenue
à la fin de 1375, son successeur, Jean Palmier, ayant prêté
serment le 31 décembre de cette année12.
Enfin, un autre personnage de cette famille, Richardin
Isbarre, avait, de 1355 à 1357, occupé la monnaie de Montp
ellier13.
Si ces divers personnages semblent avoir eu une existence
1. F. De Saulcy, ouvr. cit., t. II, p. 126.
2. Ibid., t. I, p. 231, 233.
3. J. Viard, Journaux... de Philippe VI, n° 894.
4. De Saulcy, ouvr. cité, t. I, p. 345 ; t. II, p. 7, 10, 31, 34. — II tenait cet ate
lier de Paris avec Franchequin Taget et François d'Angle ; en 1374, il était
associé, à cet effet, avec Bertaud des Landes (de Saulcy, ouvr. cité, t. I, p. 533).
5. Ibid., t. II, p. 35, 38, 39, 43. — Le 31 août 1388, il avait renoncé à cette
charge {Ibid., t. II, p. 50).
6. Arch, nat., KK 13, fol. 15 v°.
7. Dehaisnes, ouvr. cité, t. I, p. 607.
8. H. et B. Prost, ouvr. cité, t. II, fascicule IV, p. 553.
9.ouvr. cité, t. I, p. 677 et 717.
10. Bibl. nat., P. O. 1558, Ysbarre, n° 2.
11. De Saulcy, ouvr. cité, t. I, p. 506, 509.
12. Ibid., t. I, p. 538.
13.t. I, p. 357, 358, 362, 363, 364, 371, 373. LES ISBARREs MONK AYE URS ROYAUX 279
obscure et régulière, l'un d'entre eux, Nicolas Isbarre,
paraît avoir eu une vie plus agitée. Il fut l'un des premiers de
cette famille à avoir été revêtu de fonctions financières. Il
fut, en effet, maître particulier des monnaies de Tournai1
et de Troyes2, maître général des monnaies3, et maître
de la monnaie de Rouen4. Durant qu'il remplissait ces der
nières fonctions de 1355 à 1361, il fut compromis vraisem
blablement dans certaines affaires irrégulières. On ne saurait
expliquer autrement qu'il ait reçu de Jean II, le 18 avril
1358, des lettres de rémission, constatant qu'il avait été
maître de plusieurs ateliers monétaires, tant du temps de
Philippe VI que sous le présent règne, et qu'il avait été
nommé, par Jean d'Arrablay, maître de la monnaie de
Saint-Lô, commissaire sur le fait des monnaies en Normand
ie. Jean d'Arrablay ayant été l'objet de poursuites, Nicolas
Isbarre y fut englobé, d'où les lettres qui lui furent accor
dées 5. C'est sans doute le même personnage que l'on retrouve
maître particulier de la monnaie de Paris en 1366 et 1367 6.
Là encore, il fut mêlé à quelques malversations et s'enfuit,
par crainte sans doute de poursuites ; en effet, le 30 mars
1367 le roi se reconnaissait comme tenu à rembourser aux
changeurs diverses sommes détournées par Nicolas Ysbarre7.
* * *
De cette famille, celui que l'on connaît le mieux est August
in Isbarre, bien que l'on ne sache à qui on puisse le ratta
cher. Il paraît avoir eu deux frères, Gérard et Pierre8. Il
apparaît à la fin du xive siècle, suivant la même profession
que tous ceux de sa race. En 1397, il était maître particulier
de la monnaie de Paris9 et, en 1400, il en tenait le compte
1. De Saulcy, ouvr. cit., t. I, p. 22.
2. Ibid., t. I, p. 228.
3.t. I, p. 220 à 247.
4. De Saulcy, ouvr. cité, t. I, p. 326, 333, 376, 381, 388, 437, 463, 469.
5. Arch, nat., JJ 84, n° 657.
6. De Saulcy, ouvr. cité, t. II, p. 497, 498, 499. — Dès 1349, il était maître de la
monnaie d'or de Paris (cf. J. Viard, Journaux... de Philippe VI, n° 1609).
7. Ibid., t. I, p. 501.
8. Voir plus loin, p. 261 et 284, note 7.
9. De Saulcy, ouvr. cité, t. II, p. 102, 280 ÉTUDES LUGQUOISES
pour un autre Lucquois, Barthélémy Spifame1 ; en 1412 et
1413, il exerçait les mêmes fonctions avec Jacques Trotet2.
Cette ferme de la monnaie ne l'empêchait pas de se livrer
au commerce de l'orfèvrerie, des bijoux et des perles pré
cieuses, comme l'avait fait Jean Isbarre. Dès 1396, on relève
son nom parmi ceux des orfèvres et changeurs vendant des
joyaux au duc de Bourgogne3. Quelques années plus tard,
il paraît au nombre des fournisseurs de la cour de France. Le
6 avril 1400, Charles VI lui achetait un hanap d'or couvert,
poinçonné de divers ouvrages, du poids de deux marcs
quatre onces douze esteiiins, moyennant 268 francs 6 sous
tournois4 ; au mois d'août suivant, Isbarre vendait au roi de
la vaisselle d'argent doré pour 802 livres 15 sous5 et fournis
sait pour 2,000 francs d'argenterie, que Charles VI faisait
revendre sans tarder, pour en remettre le montant à l'empe
reur Manuel Paléologue, venu chercher les secours de l'Occi
dent contre les Turcs6.
Grand manieur d'argent, en rapports avec les changeurs du
trésor7, Augustin Isbarre, changeur et bourgeois de Paris,
était en relations avec les divers membres de la colonie luc-
quoise, tant de Paris que de Bruges, ayant sans doute des
capitaux engagés dans quelques-unes des sociétés commerc
iales formées par les Raponde, les Guidiccioni, les Guinigi
et autres. Il comptait au nombre des plus importants parmi
les Lucquois ; la fréquence des procès qu'il eut à soutenir
devant le Parlement de Paris est une preuve de la multiplic
ité des affaires où s'exerçait son activité8. Il fut, grâce
à sa richesse, au nombre de ces Italiens auxquels s'adres
saient volontiers les princes et les grands personnages en cas
de besoin. Charles VI était son débiteur pour une somme de
1. De Saulcy, ouvr. cit., t. II, p. 111.
2. Ibid., t. II, p. 169.
3. Dehaisnes, ouvr. cité, t. I, p. 736.
4. Arch, nat., KK 27, fol. 95 v°.
5. Ibid., fol. 139 v°.
6. Arch, nat., KK 27, fol. 139 v°. — Sur ce voyage, voir Gustave Schlumber-
ger, Un empereur de Byzance à Paris et à Londres. Paris, Pion, 1916, in-8°.
7. Ibid., KK 15, fol. 56 v°, 73 v°.
8.X1* 1479, fol. 129, 169 ; — X1" 1480, fol. 253 ; — et Clairambault,
vol. 763, p. 39 ; à la date du 23 septembre 1411, Pierre Coussinot était condamné
par le prévôt de Paris à lui acquitter une dette de 246 1. 15 s. ■
LES ISBARRE, MONNAYEURS ROYAUX 231
3,000 livres l ; le chancelier Henri de Marie lui devait, lors
de sa mort violente au cours des événements tragiques qui
marquèrent l'entrée des Bourguignons à Paris en 1418,
1,950 livres tournois 10 sous2. Il eut également des rapports
pécuniaires avec le frère d'Isabeau de Bavière, Louis le
Barbu, duc en Bavière, à l'hérédité de qui il était débiteur de
certaines sommes, dont il s'acquitta en 1424 3.
Sa fortune paraît avoir été très grande. Il possédait des
immeubles rue de la Chanvrerie, à l'enseigne du Fardeau 4, et
rue des Lombards, dont l'importance s'accrut lorsque, en
1422, Charles VI lui eut donné, pour le récompenser des
3,000 livres qu'il lui devait, les maisons confisquées sur les
Spifame, partisans du dauphin, et dont les dépendances
s'étendaient rues de Marivaux et de la Vieille-Monnaie5.
Pour se couvrir de sa créance sur l'ancien chancelier Henri de
Marie, il obtint du roi la maison que le possédait
rue du Comte-de-Dammartin6. Il était possesseur de rentes
1. Arch, nat., JJ 172, n° 162 (publié par A. Longnon, Paris pendant la domi
nation anglaise, p. 51, n° XXVIII).
2. Ibid., JJ 172, n° 172 (publié par A. Longnon, Ibid., p. 58, a» XXX). — Sur
le chancelier Henri de Marie, voir Raimond van Marie, Un chancelier de France
sous Charles VI, Henri de Marie. Paris, H. Champion, 1910, in-8° ; et particuli
èrement sur la mort de H. de Marie, p. 39 et suiv.
3. Arch, nat., Xlc 27, nos 4-5, accord du 10 janvier 1424. Isbarre était rede
vable de onze marcs deux onces d'or à dix-neuf carats et demi.
4. Voir plus loin, p. 284, note 2.
5. A. Longnon, ouvr. cité, p . 5 1 , n° XXVIII : «... trois corps d'ostel à trois pignons
entretenais ensemble, faisans front de rue en la rue des Lombars, à Paris, l'un
faisant le coing de la rue de la Vielz Monnoie d'une part, et d'autre part en la rue
des Lombars tenant à ung hostel appartenant à Jehan Spifame, où demeure à
present un pelletier, et y souloit pendre l'enseingne de V Aigle... Item, un hostel
à deux pignons, assiz en ladite rue de la Vielz Monnoie, où est ladicte enseingne
de F Ytnaige NoslreDame, ouquel demeure à present Guillaume Cenasme, ouquel
hostel a deux cours, l'une à l'entrée de la seconde huisserie qui tient par derrière
aus trois corps d'ostel devant diz et à un corps de maison que on dit appartenir
audit Jehan Spifame, et l'autre court tient à une sale basse dudit hostel, et au
long d'un bout de maison et jardin où demeure Michel Marquât, qui appartient
à Jacques Rasponde, et d'un costé tient au long d'un jardin, lequel jardin se
tient audit corps d'ostel dudit Jehan Spifame, et de l'autre costé au derrière des
estuves Nicolas Bel on, et aboutist au derrière des deux hostelx assis en la rue de
Marivaux, dont l'un desdiz hostelz, où pend l'enseigne du Molinet, appartint à
Regnault Bretel, et l'autre hostel à Robin Jolis, et a en ladite cour ung puis. —
Item, un autre corps d'ostel à deux pignons, assiz en lad. rue de la Vielz Monn
oie, tenant d'un costé et aboutissant audit corps d'ostel où demeure ledit
Cenasme, et de l'autre tenant au long de l'ostel dudit Raponde où demeure ledit
Michel Marquât... »
6. A. Longnon, ouvr. cité, p. 58, n° XXX : « ... séant ledit hostel à Paris, en la maison femme, sur rue don4, flans-Sainte-Honorine5, Pointe-Saint-Eustache, Indépendamment de 28217 La juillet divers aux Faye, dont rue du Fèves2 1413 immeubles Vieille-du-Temple1, chef dépendaient chambellan de et de Jean 8 de cette livres ÉTUDES cette parisiens, de du dont à diverses dernière, 16 Montrevel, Mareil6, fortune roi, sous LUCOUOISES une 6 et dont livres terres parisis de le à urbaine, à fief 12 l'enseigne Jeanne dit Chambourcy7; parisis et livres du sur F des H il château des de ermite, sur bois avait parisis Gaillonnel, de maisons une sis la acquis seigneur de sur maison il à Rose'A. Meu- Con- posà une sa la le
sédait des bois près de Taverny8, l'île Véron ou du Prévôt,
sise en Seine, entre Poissy et Villennes 9. Le don que lui fit
Charles VI des biens des Spifame le fit entrer en possession
de leurs domaines de Chaillot près Paris, comprenant hôtel,
cour, jardins, pressoir, vignes ]0 ; — de l'hôtel de la Forêt près
Montjay, avec soixante-douze arpents de bois, trois de saus
saie, jardins, fosses à poisson, huit arpents de prés, un
étang de sept arpents11 ; — de dix arpents de pré à Noisiel12 ;
— de trois arpents de vigne à Saint-Thibault13 ; — d'un mou-
rue du Conte Dampmartin, ayant issue d'un bout en la rue aux Oes, lequel hostel
tient tout au long à l'abbaye de Saint Magloire d'une part, et d'autre part à Je
han Helias, espicier, et aux hoirs de feu Pierre Gaultier, et du mesmes costé tient
ledit hostel à deux petites maisons aboutissans audit hostel, qui sont des appar
tenances d'icelui hostel et servent à present à louages, et font front en ladite rue
aux Oes, devant le Bourg l'Abbé, et devers ladite rue aux Oes tient ledit hostel r maisons de Andriet de Dampont, de Gerard de Maalines et de maistre
Jehan Chouart, et par derrière devers la rue de Quinquenpoit aboutist aux mai
sons de Bonne Aventure de La Ferté, orbateur, de Jehanne La Grace et de sa
suer, de Jehan Sablonnier, sergent à cheval, de Anthoine Le Roy, pelé tier, et de
Jacques Baillant, bourgeois de Paris... »
1. Sauvai, Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, t. III, p. 573.
2. Bibl. nat., Clairambault, vol. 763, p. 77, à la date du 2 mars 1416.
3. Arch, S 6229, dossier 8, acte du 31 août 1422. Vente par Jean Pimorin,
marchand, bourgeois de Paris, à Augustin Isbarre, écuysr, échanson du roi.
4. Arch, nat., O1 3804b.
5. Conflans-Sainte-Honorine, Seine-et-Oise, cant. Poissy.
6. Mareil-Marly, Seine-et-Oise, cant. Saint-Germain-en-Laye.
7. Chambourcy,
8. Taverny, cant. Montmorency.
9. Léon Mirot, Les d'Orgemotit..., p. 172, note 2.
10. A. Longnon, ouvr. cité, n° XXVIII. — Au xvie siècle, les Spifame possé
daient encore des biens à Chaillot.
11. Montjay, Seins-et-Marne, cant. Lagny-sur-Marne, comm, Bron.
12. Noisiel, Seine-et-Marne, Lagny-sur-Marne.
13. Saint-Thibaud-des-Vignes, Seine-et-Marne, cant. Lagny-sur-Marne, LES ISBARRE, MONNAïEURS ROYAUX 283
lin à tan et à blé sur la rivière de Marne, en amont du pont de
Charenton1.
Cette fortune, qui s'accrut considérablement à partir de
1418, n'était pas due uniquement à l'habileté d'Isbarre à
remplir ses fonctions de maître des monnaies, de changeur,
et à diriger ses opérations commerciales, mais elle était le
résultat de son attitude politique dans les divisions inté
rieures du royaume. L'assassinat de Louis d'Orléans, le
27 novembre 1407 , avait consommé la scission entre
Orléanais et Bourguignons. Gomme les Raponde et tant
d'autres Lucquois, Isbarre fut l'un des plus fidèles partisans
du duc de Bourgogne2. Il faillit, au reste, en être la victime
quand, après l'insurrection cabochienne et après les tenta
tives du bâtard d'Orgemont et de Jean Fusoris3, les Armag
nacs furent maîtres incontestés de Paris. Isbarre, dont les
biens vraisemblablement alors confisqués4, dut, pour
sauver sa vie, s'enfuir. Il quitta le royaume et trouva un re
fuge à Bruges, près d'un Lucquois qui joua un rôle considé
rable auprès du duc de Bourgogne et en Brabant, Marc Gui-
dichon. Ce dernier lui offrit asile dans sa maison, lui rendit
maints services, comme on le verra bientôt, le fit nommer un
des maîtres de la monnaie de Flandre à Bruges, se porta en
cette occasion garant de sa solvabilité et lui servit de caution.
* * *
Isbarre demeura en Flandre, non sans y avoir eu quelques
désagréables aventures, jusqu'au moment où l'entrée des
Bourguignons à Paris, en juin 1418, lui permit de revenir
dans 1. Sur Mémoires ce moulin, de la sis Société près de Carrières, l'Histoire voir de Paris G. Hartmann, et de V Ile-de-France, Conflans près t. XXXV Paris,
(1908), p. 62 et 132. — Au xvie siècle, un descendant des Spifame, Gaillard Spi-
fame, seigneur de Bisseaulx, conseiller du roi, trésorier général de France,
racheta la seigneurie de Conflans à Émeri, seigneur de Ferrières, et à Louise
Le Picart, sa i'emme, le 24 avril 1529.
2. Léon Mirot, Les d'Orgemont..., p. 172.
3. Ibid., Le procès de maître Jean Fusoris, chanoine de Notre-Dame de Paris
(1415-1416). Épisode des négociations franco-anglaises durant la guerre de Cent
ans, dans Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris et de V Ile-de-France,
t. XXVII (1901), p. 137-287.
4. Léon Mirot, Les d'Orgemont..., p. 199, note 1.

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