Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

L'exploration archéologique du Pamir - article ; n°1 ; vol.73, pg 67-97

De
32 pages
Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient - Année 1984 - Volume 73 - Numéro 1 - Pages 67-97
31 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Voir plus Voir moins

V. A. RANOV
L'exploration archéologique du Pamir
In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 73, 1984. pp. 67-97.
Citer ce document / Cite this document :
RANOV V. A. L'exploration archéologique du Pamir. In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 73, 1984. pp. 67-
97.
doi : 10.3406/befeo.1984.1631
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/befeo_0336-1519_1984_num_73_1_1631L'EXPLORATION ARCHÉOLOGIQUE DU PAMIR
PAR
V. A. RANOV
Introduction
Bien que les recherches archéologiques intensives dans les régions
du Pamir aient commencé depuis relativement peu de temps, trente ans
à peine, et n'aient pas encore atteint le niveau des études consacrées
aux autres territoires du Tadjikistan, on se doit de constater que
beaucoup a déjà été fait dans cette région. En effet, outre les articles,
dont le nombre total se chiffre à une centaine environ, trois monographies
ont été consacrées à ce sujet ainsi qu'un livre de vulgarisation.
Ce volume de la production scientifique exprime le labeur complexe,
et même difficile, qu'accomplissent les archéologues pendant de nomb
reuses campagnes de terrain, dans des conditions climatiques sévères
de haute montagne.
La recherche archéologique du Pamir, réalisée principalement par
les collaborateurs scientifiques de la section d'archéologie de l'Institut
d'Histoire Donish (A.), permit de combler une « tache blanche » sur
la carte archéologique de l'URSS et d'ouvrir un domaine d'intérêt
exceptionnel aux archéologues, aux historiens, aux ethnographes et
aux spécialistes d'autres disciplines. Le Pamir soviétique est devenu
en quelque sorte un laboratoire archéologique original de haute montag
ne, où pour la première fois au monde ont été élaborées des méthodes
de prospection et de fouille pour différents monuments archéologiques,
mettant en évidence de nouvelles cultures jusqu'alors inconnues, qui
racontent l'histoire de la mise en valeur de l'un des endroits les plus
austères du globe. Austère et en même temps étrangement attachant,
plein du charme inexplicable propre à la haute montagne. Ces travaux
ont apporté à ceux qui y ont participé non seulement la joie de décou
vertes nouvelles, mais encore de profondes impressions, liées à la
connaissance de la nature du Pamir, à nulle autre pareille.
(*) Extrait de : Études sur Vhistoire du Badakhshan soviétique, Éditions « Mon »,
Dushanbe 1981, pp. 343-381. Traduction en français par H.-P. Francfort, URA 10, C.N.R.S. .
V. A. RANOV 68
Illustration non autorisée à la diffusion
•A.Umaire-BAA.CNRS-1982
Principaux sites archéologiques fouillés au Pamir soviétique
9 : Jamchun A : Âge de la pierre:
1 Oshkhona E : Monuments médiévaux:
2 Istyk 10 : Kafyr-Kala (sanctuaire)
В : Âge du Bronze: 11 : Vrang (sanctuaire)
12 Bazar-Dara Kurteksaj
13 Varshez Juzhbok
14 Zong Nécropoles saces: С : 15 Kukh-i-Lal 5 Ak-Bejt
F : Pétroglyphes : Alichur
Tamda 16 Shakhty
17 Vybisht-Dara D : Forteresses antiques 18 Ljangar Kaakhka EXPLORATION ARCHÉOLOGIQUE DU PAMIR 69
О. E. Agakhanjanc, géographe soviétique renommé, décrit de la
façon suivante les sentiments d'un homme découvrant ce pays : « Tout
était littéralement stupéfiant : les dimensions grandioses des architectures
montagneuses, la combinaison de hauteurs vertigineuses et d'une
aridité effrayante, les tons pastel des paysages du plateau, la vertigineuse
chute de hauteur sur le Pamir occidental, les folles cascades des rivières,
les glaciers surplombant le désert, le ciel bleu presque violet, les éboule-
ments de rocs, le paysage végétal à nul autre pareil, où il n'y avait
guère de place pour des forêts et des prés sur les pentes des montagnes »г.
Cette spécificité de la nature des deux Pamirs, l'Occidental et
l'Oriental, a laissé son empreinte particulière jusque sur le style laconique
des articles et des comptes rendus scientifiques.
Des aperçus historiographiques, en général courts, ont déjà fait état
des travaux archéologiques effectués au Pamir2. La question qui nous
intéresse ici a fait l'objet d'une étude plus détaillée dans l'ouvrage
de A. D. Babaev3, mais du point de vue chronologique, ce tour d'horizon
s'arrêtait à l'année 1964, date à laquelle une partie des travaux n'était
pas encore achevée. En outre, A. D. Babaev ne se proposa pas de
présenter de manière égale les différents domaines de l'archéologie;
dans certains cas il se limita à un simple enregistrement de faits.
Tout ceci justifie la publication du présent article, où nous avons
essayé de prendre en considération, dans la mesure du possible, toutes
les données les plus récentes. Nous ne suivrons pas l'ordre chronologique
des découvertes, sinon pour donner la liste des travaux effectués par
les équipes archéologiques durant la période de 1947 à 1979; l'essentiel
du présent travail sera consacré à l'examen de l'état de la recherche
pour les différentes époques définies dans la périodisation archéologique
du Pamir, à savoir : l'âge de la pierre, l'âge du bronze, l'archéologie saka,
les pétroglyphes, etc. Ainsi, les monuments du Pamir oriental seront
étudiés en premier lieu, ensuite viendront ceux du Pamir occidental.
Cet article ne fait pas état de la période pré-révolutionnaire ni de
celle de 1917 à 1947, car aucune fouille spéciale n'a été entreprise au
Pamir durant ces périodes, à l'exception de quelques petites opérations.
C'était l'époque du début de la collecte des données sur les monuments
archéologiques de la région, et de leur repérage réalisé surtout par des
amateurs. Il faut rendre hommage à nos prédécesseurs A. M. Mandel-
shtam, A. D. Babaev et surtout à N. M. Akramov4 qui s'est attelé
au choix difficile des données essentielles à partir de livres, d'articles
et de chroniques innombrables.
(1) Agakhanjanc O. E., Na Pamire, Moscou, Mysl, 1975, pp. 12-13.
(2) Mandel'shtam A. M., Materiály к istoriko-geograflcheskomu obzoru Pamira i pripa-
mirskikh oblastej — Trudy A. N. Tadzh SSR, t. III, Stalinabad, 1957, pp. 11-25;
Litvinskij B. A., Arkheologicheskoe izuchenie Tadzhikisiana sovetskoj naukoj (Kratkij ocheik)
— Trudy In-ta istorii arkheologii i etnografii AN Tadzh SSR, t. 31, 1954, pp. 40-41 ;
Khajtun D. E. et Shibaeva Ju. A., Vklad russkikh uchenikh v izuchenie arkheologii, etnografii
i istorii Pamira — Uchen. zap. T G U im. V. I. Lenina, t. VII, Trudy isi.-fllol. fak-ta,
Stalinabad, 1955, p. 50-51.
(3) Babaev A. D., Kreposli drevnego Vakhana, Dushanbe, Donish 1973, pp. 13-45.
(4) Akramov N. M., Voprosy istorii, arkheologii i etnografii narodov Pamira i Pripamiťja
v trudakh B. L. Grombcheskogo, Dushanbe, Mon, 1974, pp. 91-130. Dans ce travail, on utilise
non seulement les matériaux publiés, mais aussi les archives inédites. 70 V. A. RANOV
II est évident que la répétition de ces données serait inutile : le
lecteur intéressé par l'aspect historiographique de la recherche archéo
logique au Pamir pourra les retrouver facilement dans les publications
précitées.
I. Chronique des recherches archéologiques au Pamir
Les études archéologiques systématiques effectuées au Pamir au
cours de ces 33 dernières années ont été menées par six chercheurs,
responsables de différentes équipes :
1. A. N. Bernshtam fut l'organisateur et le responsable des travaux
durant les années 1946-1956. Les équipes de A. N. Bernshtam furent
constituées par la section de Leningrad de l'Institut de la Culture
Matérielle de l'Académie des Sciences de l'URSS, la section kirghize
de l'Académie des Sciences de l'URSS, et l'Université de Leningrad.
Chronique des travaux :
— 1946 : reconnaissance de Sary-Tash à Murgab.
— 1947 : fouille de quelques kourganes du Pamir central dans
lesquels ne fut trouvé que du matériel anthropologique assez disparate.
— 1948 : fouille de la nécropole saka de Tamda, sur le fleuve Pamir,
riche en matériel archéologique.
— 1952 : début des fouilles de la nécropole d'Ak-Bejt près de
Kyzyl-Rabat.
— 1956 : suite des fouilles de la nécropole d'Ak-Bejt, et dernière
campagne de fouilles de l'éminent orientaliste et archéologue d'Asie
centrale A. N. Bernshtam1.
2. V. A. Ranov a été responsable du groupe d'études sur l'âge de
la pierre, dans l'équipe du Pamir de la mission archéologique tadjike
(chef de la mission : B. A. Litvinskij) organisée par l'Institut d'Histoire
A. Donish, de l'Académie des Sciences de la R.S.S. du Tadjikistan,
en 1956-1958 et 1960. En 1972, il dirigea l'équipe chargée d'étudier
les figures rupestres du Pamir occidental.
Chronique des travaux :
— 1956 : premières découvertes d'outils de l'âge de la pierre au Pamir
oriental, faites sur une moraine de la vallée du fleuve Markansu.
Prospection effectuée aux alentours du lac Zorkul' et sur les cols de
Dzhemantal et Murgab. Outre les trouvailles fortuites, l'équipe a
découvert le site Karatumshuk près de Tokhtamych.
— 1957 : suite des prospections qui incluent les rives des lacs
(1) Bernshtam A. N., Istoriko-arkheologicheskie ocherki CenlraVnogo Tjarť-Shanja i
Pamiro-Alaja — Mat. i issled. po arkheologii SSSR n° 26, Moscou-Leningrad, 1952, pp. 7-12 ;
Babanskaja G. G. et Zadneprovskij Ju. A., « Arkheologicheskie issledovanija A. N. Bernshtama
na Pamire v 1956 g » — Arkheologicheskie raboty v Tadzhikistane v 1956 g, vyp. IV, Stalinabad,
1959, pp. 53-64 (plus bas : ART). EXPLORATION ARCHÉOLOGIQUE DU PAMIR 71
Jashil'kuP et BulunkuP et la rive droite de la vallée d'Alichur, dans
la région de Dzharty-Gumbez. Découverte du site d'Oshkhona.
— 1958 : début des fouilles sur le site d'Oshkhona, première station
de haute montagne ayant conservé une couche archéologique. De
nouvelles stations ont été repérées sur les rives du fleuve Ak-Su et sur
le cours oriental du Pshart; et Ton a également des grottes situées sur
le col de Dzhemantal et à l'embouchure du « sai » Kurteke. Des gravures
rupestres ont été découvertes et étudiées dans une grotte de Shakhta
et un abri de Kurteke1.
— 1960 : des fouilles sont effectuées dans la grotte de Shakhta et
dans l'abri de Kurteke; les fouilles du site d'Oshkhona sont continuées
sur une plus grande échelle. En même temps, des prospections sont
menées dans la vallée de l'Alichur et des travaux commencent sur le
site de Karakul', situé sur la rive septentrionale du lac du même nom2.
— 1972 : commencement des travaux de relevé, enregistrement et
copie des gravures rupestres (pétroglyphes) sur deux des plus importants
ensembles du Pamir Occidental : l'alpage de Tir-ЕГ au-dessus du village
de Debasta, dans le Shughnan, et la région des villages Ljangar et Kisht
dans le Vakhan. Ainsi plusieurs milliers de figures ont alors été repérées
et étudiées3.
3. B. A. Litvinskij fut responsable de l'équipe du Pamir organisée
par l'Institut d'Histoire A. Donish de l'Académie des Sciences de la
R.S.S. du Tadjikistan, en 1958-1961. En 1960, les travaux de l'équipe
dirigée par B. A. Litvinskij furent conduits par M. A. Bubnová, et
en 1961 par A. D. Babaev (fouille des nécropoles sakas).
Chronique des travaux :
— 1958 : a) recherches sur une nécropole située aux alentours du
lac Jashil'kul'; b) suite des travaux sur la nécropole d'Ak-Bejt;
c) fouilles sur les nouvelles nécropoles de Shajmak, Kyzyl-Rabat et
Mozhe-Tash ; d) itinéraire de reconnaissance suivant le circuit : Murgab,
Dzharty, Gumbaz, lac Salangur, Kyzyl-Rabat, Murgab; e) sondage
sur la nécropole de Daraj-Abkharv, au Pamir Occidental.
— 1959 : les principales fouilles ont eu lieu sur des nécropoles
jusqu'alors inconnues situées dans le bassin de l'Istyk, le long du
Tegermansu, aux alentours du lac Rangkul' et du fleuve Kokujbel'su.
— 1960 : fouille de nécropoles dans le bassin du fleuve Pamir, au
lieu-dit Khargush et le long du fleuve Tegermansu dans le district de
Kyzyl-Rabat. La prospection gagne les régions situées aux alentours
(1) Les travaux de 1958 se prolongèrent pendant trois mois, en partie financés par
l'expédition du Pamir de l'Académie des Sciences de l'URSS (« sur les traces de l'homme des
neiges »).
(2) Ranov V. A., Itogi razvedok pamjatnikov kamennogo veka na vostochnom Pamire
(1956-1958 gg.) — Mat. i issled po arkheologii SSSR, n° 124, M.-L. 1964, pp. 7-50 ; id.,
« Raskopki pamjatnikov pervobytno — obshchinnogo stroja na Vostochnom Pamire v 1960 g. »,
ART, vyp. VIII (1960 g.), Dushanbe, 1962, pp. 6-26.
(3) Ranov V. A., « Izuchenie naskal'nykh izobrazhenij Zapadnogo Pamira v 1972 g. »,
ART, vyp. XII (1972 g.), Dushanbe 1976, pp. 5-21. V. A. RANOV 72
du lac Turamtajkul', la vallée du fleuve Dzhaushangoz ainsi que les
districts situés plus à l'est et au nord-est du lac Rangkul'.
— 1961 : le but des travaux est alors la prospection de nouvelles
bel' et Tegermansu, et nécropoles dans les vallées des fleuves Kokuj
l'achèvement des fouilles de la nécropole de Tegermansu. L'ensemble
des travaux effectués par l'équipe durant ces 4 années a porté sur
260 kourganes et lieux de culte1.
4. M. A. Bubnová dirige depuis 1962 l'équipe archéologique du Pamir
constituée par l'Institut d'Histoire A. Donish de l'Académie des Sciences
de R.S.S. du Tadjikistan.
Chronique des travaux :
— 1962 : prospection archéologique du gisement d'argent de
Tokuz-Bulak et travaux sur le gisement de Kukh-i-Lal, lieu d'extraction
antique des spinelles (district de Shughnan).
— 1964-1966 : début des fouilles sur l'établissement de Bazar-Dara,
situé à 4000 m d'altitude, sur la partie Nord du fleuve Ak-Dzhilga,
affluent de la rive gauche du Bazar-Dara ; et mise au jour d'un caravans
érail et d'autres vestiges d'un établissement minier actif durant
l'exploitation des gisements argentifères au xie siècle.
— 1970 : étude des établissements miniers anciens sur les lieux
d'extraction de l'or et de l'argent situés près des fleuves Sasyk et Pshart
occidental.
— 1971-1972 : recherches sur les anciens gisements argentifères
et les établissements agricoles situés dans le district de Shughnan, dans
les vallées des affluents gauches du fleuve Gunt, c'est-à-dire le Tokuz-
Bulak et le Varshez-Darya.
— 1973-1974 : continuation des travaux sur l'établissement de
Bazar-Dara et mise au jour d'habitations et d'édifices publics; étude
de la décharge de l'établissement. Au cours de six campagnes de fouilles,
une surface de plus de 2000 m2 a été dégagée2.
— 1976 : prospections au Pamir occidental dans les vallées des
fleuves Pjandzh, Shakhdara et Gunt, et fouilles sur un sanctuaire du
feu dans le village de Zong et sur un habitat rural dans la région de
Van-Kala.
— 1978 : fouilles sur un habitat rural fortifié des xe-xie siècles dans
la région du village de Shitkharv; début des fouilles sur un caravansérail
des vie-xie siècles à Dorkysht et sur un édifice cultuel au village de Vrang.
— 1979 : continuation de la fouille de l'édifice cultuel de Vrang
(vie s. après J.-C).
5. A. D. Babaev a été responsable du groupe puis de l'équipe du
Pamir occidental relevant de l'Institut d'Histoire A. Donish de la
(1) Litvinskij B. A., Drevnie kocheuniki « Kryshi Mira », M., Nauka, 1972, pp. 5-6.
(2) Bubnová M. A., « К istorii dobychi poleznykh iskopaemykh na Pamire », Izv. Old,
obshch. nauk ANTadzh SSR, 1968, n° 3 (53), pp. 64-69 ; id., « Raskopki rabada na poselenii
Bazardara (polevoj sezon 1974 goda) », ART, vyp. XIV (1974 g.), Dushanbe, 1979, pp. 242-253. EXPLORATION ARCHÉOLOGIQUE DU PAMIR 73
R.S.S. du Tadjikistan, en 1961-1963. En 1970-1975, il dirigea les travaux
de l'équipe archéologique du Pamir de l'Université d'État du Tadjikistan.
Chronologie des travaux :
— 1958 : de reconnaissance archéologique au Pamir
occidental.
— 1960 : repérage, relevé préliminaire et description des monuments
situés dans les vallées des fleuves Pjandzh, Gunt (y compris les cols
de Tagarta et Kojtezek) et Shakh-Dara jusqu'au Dzhaushangoz. Les
grandes forteresses de Kaakhka, Jamchun et d'autres, ainsi que des
forteresses du type dit « provincial » ont été étudiées dans le même
temps.
— 1961 : achèvement des travaux sur la nécropole de Tegermansu;
prospections et fouilles sur les fortifications du Pamir occidental.
— 1962 : a) prospection de la vallée du fleuve Pjandzh; b) déblaye-
ment d'un certain nombre de pièces dans les citadelles de Kaakhka et
de Jamchun; c) fouille de kourganes.
— 1963 : étude des constructions funéraires des nécropoles de
Zmutk et Chil'khona.
— 1964-1967 : a) achèvement des recherches archéologiques sur
le territoire du Vakhan; b) fouilles de constructions funéraires au
village de Ptup : c) prospections et sondages dans le territoire située
entre le village de Ljangar et le col de Khargush1.
— • 1968-1969 : et fouilles de nécropoles dans la région
d'Ishkashim.
— 1970-1975 : fouilles de la nécropole de Dzhaushangoz, avec
inhumations de l'âge du bronze et tombes sakas2.
6, V. A. Zhukov a été responsable de l'équipe du Markansu en
1975-1979. L'équipe, organisée par l'Institut d'Histoire A. Donish de
l'Académie des Sciences de la R.S.S. du Tadjikistan, conduisit des
recherches sur l'âge de la pierre au Pamir oriental. En 1974, V. A. Zhukov
dirigea un groupe de prospection.
Chronique des travaux :
— 1974 : prospection aux alentours des lacs JasmTkul' et de Gansaj,
ainsi que sur la rive gauche de la vallée de l'Alichur; découverte de
quelques nouveaux établissements, parmi lesquels un site près du
hameau d'Alichur.
— 1975-1976 : suite et achèvement des fouilles de la station
d'Oshkhona; prospection à Mac et au col de Khargush sur les hautes
terrasses du fleuve Pamir. Début des travaux dans la grotte d'Istyk,
située sur la rive gauche du fleuve du même nom. Repérage de nouveaux
sites de l'âge de la pierre.
(1) Babaev A. D., Kreposti drevnego Vakhana..., pp. 39-43.
(2)A. D., « Mogil'nik Juzhbok na Zapadnom Pamire », Uspekhi sredneaziatskoj
arkheologii, vyp. 3, L., 1975, pp. 39-42. 74 V. A. RANOV
— 1977-1979 : suite des travaux dans la grotte d'Istyk, où furent
trouvées 4 couches dont l'une contenait des outils microlithiques avec
des retouches émoussées, technique qui n'était pas attestée jusque là
au Pamir oriental1.
Ainsi, durant la période écoulée, pratiquement toutes les régions du
Pamir, tant oriental qu'occidental, ont été couvertes par des prospec
tions archéologiques. Seuls subsistent quelques endroits que les archéo
logues n'ont pas visités. En outre, un grand nombre des vestiges
découverts ont fait l'objet de fouilles, et certains de recherches prolongées
durant plusieurs années : Oshkhona, la grotte d'Istyk, les nécropoles
de Kyzyl-Rabat, de Dzhaushangoz, certains établissements médiévaux
tels que Bazar-Dara, des lieux de culte comme Vrang, etc.
II. L'ÂGE DE LA PIERRE
La découverte des premiers monuments de l'âge de la pierre au
Pamir oriental en 1956 fit grande sensation. Elle permit de réfuter
l'idée de A. N. Bernshtam selon laquelle la haute montagne du Pamir
n'avait pu être peuplée qu'à partir du moment où les hommes maîtri
sèrent le transport sur roues2. Outre cela, les découvertes faites en
altitude au Pamir sont les plus élevées de l'URSS et ont véritablement
ouvert une page tout à fait nouvelle dans l'étude du passé lointain de
notre pays.
Il convient de souligner également que certains outils de l'âge de
la pierre, mis à jour au Sichuan et au Tibet à 3600-4500 m d'altitude,
restent des trouvailles isolées : jusqu'à présent, on n'a localisé aucun
site de ce genre en « Haute Asie », sur les territoires de la Chine, du
Népal de l'Inde ou du Pakistan3.
Pour ce qui concerne la méthode de recherche des sites de l'âge de
la pierre dans le contexte particulier du Pamir, avec ses traces encore
fraîches de glaciations, nous n'avions pas de prédécesseurs. C'est pourquoi
l'on peut dire qu'au cours des années passées, le Pamir oriental est
devenu un laboratoire original, où furent élaborés des procédés d'explo
ration tout à fait nouveaux, inconnus auparavant, intéressant la géologie
et la recherche des premiers monuments de l'âge de la pierre connus
au monde, en haute montagne. A l'issue des travaux mentionnés
ci-dessus 50 stations avec outils en pierre avaient été localisées, dont
un site avec une couche culturelle en place (Oshkhona), et quatre grandes
aires de trouvailles de surface, considérées comme des stations (Karatum-
shuk, Kulak-Kesty, Izvestkovyj Kamen', lac Karakul'). Près de
dix nouveaux sites, ainsi que la grotte stratifiée d'Istyk ont été découverts
grâce aux travaux de V. A. Zhukov.
(1) De brèves notices sur les travaux de V. A. Zhukov sont régulièrement publiées dans
les « Arkheologicheskie otkrytija » depuis 1975.
(2) Bernshtam A. N., Istoriko-arkheologicheskie ocherki..., p. 275.
(3) Ranov V. A., Sidorov L. F., « Razvitie prirody Pamira как sredy sushchestvovanija
cheloveka », Strany i národy Vostoka, vyp. IV, M., 1975, pp. 97-102 ; et aussi Kuchera S.
Kitajskaja arkheologijct, M., Nauka 1977, pp. 55-56. EXPLORATION ARCHÉOLOGIQUE DU PAMIR 75
En somme, des stations de l'âge de la pierre ont été repérées sur
presque tout le territoire du Pamir oriental et, en règle générale, presque
partout où l'on trouve de la pierre pour la fabrication des outils (malgré
les recherches entreprises, aucun monument de l'âge de la pierre n'a
été observé dans la région du lac Zorkul' ; des trouvailles isolées ont été
faites près du lac Rangkul'; et une grande partie du Pamir central,
du Baljandkiik et d'autres régions du cours supérieur de la rivière
Muksu restant inexplorées).
La densité la plus importante des lieux de trouvailles d'outils en
pierre, Karakul' d'après et dans la la cartographie vallée du fleuve récente, Markansu, s'observe le dans long la du région fleuve du Aksu, lac
de Tokhtamysh à Murgab, et sur le cours inférieur du fleuve Alichur1.
Jusqu'à présent, il n'y a pas de vestiges de l'âge de la pierre au Pamir
occidental; mais cette région n'a pas encore fait l'objet de recherches
spéciales. En outre, les trouvailles faites à la limite du Pamir oriental
et du Pamir occidental, ainsi qu'un nucleus isolé découvert sur une
haute terrasse près du village de Ljangar, témoignent des possibilités
de succès de telles recherches dans le futur2.
La date des monuments de l'âge de la pierre découverts au Pamir
oriental varie en général entre le VIIIe et le Ve millénaires avant notre
ère. Quelques objets isolés, par leur technique de fabrication, pourraient
être paléolithiques3, mais cette supposition n'a malheureusement pas
été confirmée par les découvertes ultérieures. Notons pourtant à ce
propos qu'à l'époque des grandes périodes interglaciaires et en particulier
jusqu'à la fin du pleistocene moyen, quand le Pamir était de 2 km plus
bas, les conditions d'existence de l'homme paléolithique étaient tout
à fait favorables, comme le montrent les recherches du palynologue
M. M. Pakhomov4.
Il n'est pas exclu aussi que la limite supérieure de la date proposée
(1) Ranov V. A., Sidorov L. F., op. cit., p. 103; sur les travaux du Pamir en 1956-1977,
voir Ranov V. A. « Rezultaty razvedok kamennogo veka v 1956 g. » (Shor-киГ et Pamir
oriental), ART, vyp. IV (1956 g.), Stalinabad, 1959, pp. 28-37 ; « Rezultaty razvedok kamen
nogo veka v 1957 g. (bas Vakhsh et Pamir oriental), ART vyp. V (1957 g.), Stalinabad, 1959,
pp. 33-42 ; « Izuchenie pamjatnikov kamennogo veka na Vostochnom Pamire v 1958 g »,
ART, vyp. VI (1958 g.), Stalinabad, 1961, pp. 19-35 ; « Raskopki pamjatnikov pervobytno-
obshchinnogo stroja na Vostochnom Pamire v 1960 g », ART, vyp. VIII (1960 g.), Dushanbe
1962, pp. 6-26 ; « Stojánka Karatumshuk », Krat. soobshch. In-la istorii materiaVnoj kuVlury,
vyp. 80, M. 1960, pp. 40-45 ; « Stojánka na ozere karakul'», Izv. Old. obshch. nauk, 1962, n° 1
(28), pp. 66-82 ; Itogi Razvedok..., pp. 7-50 ; Zhukov V. A., « Raboty po izuchenija kamennogo
veka Pamira », Arkheologicheskie otkrytija 1974 goda, M. Nauka, 1975, p. 573 (plus bas АО) ;
« Raboty Markansu jskogo otrjada », АО 1975 goda, M. 1976, pp. 564-565 ; « O rabotakh
Markansujskogo otrjada », АО 1976 goda, M. 1977, p. 563 ; « О rabote Markansu jskogo
otrjada », АО 1978 goda, M. p. 557 ; « Novaja stojánka kamennogo veka v Alichurskoj dolině
(Vostochnyj Pamir), ART, vyp. XIV (1974 god.), Dushanbe 1979, pp. 37-49 ; A. A. Nikonov,
« Novye nakhodki sledov kamennogo veka na Pamire », Priroda, n° 5, 1976, pp. 130-131.
(2) Zhukov V. A., « Perspektivy izuchenija kamennogo veka Pamira », in Paleoekologija
drevnego cheloveka, M. Nauka, 1977, pp. 320-334.
(3) Ranov V. A., Itogi razvedok..., pp. 21-26, 29, 30-31.
(4) Pakhomov M. M., « Pervye rezult'taty palinologicheskikh isslevodvanij kajnozojskikh
otlozhenij Pamira », Novejskij etap geologicheskogo razvitija territorii Tadzhikistana,
Dushanbe, 1962, pp. 53-68.
6

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin