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Les tourbières franciliennes méconnues

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In: Liaison IDFE, 2011, 136, p.17. Les naturalistes connaissent bien ou ont au moins entendu parler des tourbières « emblématiques » de l'Ile-de-France : tourbière de la Cailleuse en forêt de Montmorency, tourbière de Bajolet en forêt d'Angervilliers, platières de Fontainebleau, tourbières de la forêt d'Yveline et d'autres encore. La plupart font partie d'aires protégées, ont fait l'objet d'inventaires exhaustifs et bénéficient de mesures de protection. Pourtant, la majorité des tourbières franciliennes restent largement méconnues, en grande partie par manque de connaissances sur ce qu'est en réalité une tourbière, comment elle se forme et comment elle évolue. S'agit-il d'un habitat pour les libellules ou les amphibiens, existe-t-il une flore caractéristique ?
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Les tourbières franciliennes méconnues
Les naturalistes connaissent bien ou ont au moins entendu parler des tourbières « emblématiques » de l’Ile-de-France : tourbière de la Cailleuse en forêt de Montmorency, tourbière de Bajolet en forêt d’Angervilliers, platières de Fontainebleau, tourbières de la forêt d’Yveline et d’autres encore. La plupart font partie d’aires protégées, ont fait l’objet d’inventaires exhaustifs et bénéficient de mesures de protection. Pourtant, la majorité des tourbières franciliennes restent largement méconnues, en grande partie par manque de connaissances sur ce qu’est en réalité une tourbière, comment elle se forme et comment elle évolue. S’agit-il d’un habitat pour les libellules ou les amphibiens, existe-t-il une flore caractéristique ? Les spécialistes de ces groupes vous diront qu’ils n’en sont guère convaincus. Le rossolis (Drosera rotundifolia), souvent considéré comme une plante carnivore caractéristique des tourbières à sphaignes, pousse aussi bien sinon mieux sur les chemins inondés ou au bord des fossés, et les amphibiens aiment mieux une mare bien en eau qu’une dépression comblée par les sédiments et la matière organique. En fait, le principal intérêt des milieux où s’accumule sous l’eau stagnante la matière organique produite par la végétation aquatique ou subaquatique est, au-delà de la rareté, sous notre climat peu arrosé du centre du Bassin Parisien, et des menaces qui pèsent sur l’ensemble des zones humides dans une région en pleine urbanisation, de constituer des archives uniques sur le passé proche et lointain de notre région. Pollens, spores, restes animaux et végétaux, alternances de phases minérales et organiques, témoignent des évolutions climatiques que nous avons connues au cours des siècles voire des millénaires, et des changements des pratiques humaines. Préserver ces milieux, c’est donc, au-delà de toute considération relative à la biodiversité, conserver notre patrimoine historique et utiliser les leçons du passé pour mieux gérer l’avenir.
C’est à la tâche de comprendre, préserver et faire connaitre les tourbières franciliennes que se sont attelées la Société Batrachologique de France (Groupe Parisien) et le Collectif associatif, Sénart Forêt du Troisième Millénaire (issu de la Charte Forestière de Territoire de Sénart) en créant le Groupe d’Etude des Tourbières animé par Gérard Herbuveaux et Jean-François Ponge. Avec un objectif à l’origine essentiellement pédagogique, qui au fil du temps est devenu scientifique (création d’un pôle de compétence sur les tourbières franciliennes), ce groupe a réalisé depuis 2008 des campagnes d’étude unissant associatifs et scientifiques, avec en fil conducteur le respect des milieux étudiés : études stratigraphiques, prélèvements pour datations ont été réalisés en commun, à l’aide d’un matériel acquis par les associations, chacun devenant à tour de rôle acteur, observateur, ou… scribe ! L’alimentation en eau des milieux tourbeux est également au programme, avec une étude des nappes d’eau dans le sol, et une caractérisation de l’activité biologique des sols environnants. Parmi les conclusions les plus marquantes (toujours à revoir car la connaissance ne doit jamais s’arcbouter sur des principes figés), figurent l’ancienneté très grande des tourbières franciliennes (d’origine anthropique mais le plus souvent largement antérieure à l’occupation romaine), la complexité de leur évolution (alternance de phases acides et alcalines, de sédimentation et d’accumulation de la matière organique), et le rôle des nappes perchées (très sensibles à la sylviculture et aux travaux routiers !) dans leur alimentation et donc dans leur maintien.
Anecdotiques les tourbières franciliennes ? Que nenni ! Face aux grandes tourbières, majoritairement présentes dans les régions de montagne fortement arrosées (Vosges, Jura, Massif Central), elles constituent une interaction originale entre l’homme et la nature, dont le résultat reste encore aujourd’hui largement un mystère !
Jean-François PONGE
Gérard HERBUVEAUX